‹ Histoire maritime de FranceChapitre 5 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

f^Mli XIV lipm fir M m»m. — .CiwmmuiI êt fMIaMiM i$ Calbrt mit h «nriM<»TnKâ» mw iRitnm

n*li<in« m«ritiin««. — Rpimiun it.T.rulj»; if.- Punlcr.j'ii' V U Fniirt. — Lr <lnr J* B<"juf»rt, gniiil-iii^ilrr, dii-r el lurinU ndMt il* la n4«i)î»liuu i l du r.i!ijnn< i ris. — liusnc eonir» U» f aruire» IUrb\ri«. — Etrtdre <3ii rlirT»lt#f Piul. — (VimpïgM lUTile At IC60.->-Fx|>loitadt roomuntlt :r <l>- VilMlc— Canpa;n« du chetalwr Pial en l66i.<M

L'art de clioisir d'habile* ministres et de les faire servir à sa gloire comme h celle de la France, fut la plus jurande qualité de ï.ouis XIV. Pnrmi ceux dont il s*enloura aii>Miùi a[*rès avoir cessé d'rlrc sous resp^ce d«i tutelle de Mazarin» le plus célèbre et le plus di2;ne de l'être ful incontcsiablerneut le coutrùlcur général des iiaances Colberl, dont i'iiilltjcnce sur la marine en p'néral, par l'intérêt iuiuiense qu'il portait au commerce, se iii rt s-entir dès Tannée 1G61. A cette époque, l'administration de la niarine conlinuaii à être divisée en marnie du PonoTit ( l en marine du Levant; la première était encore aJiuuiislrée par Loménie, ayant son fils pour adjoint et surN ivaucier; mais néanmoins elle élait sur le point de passer à l'actif lluiiues de Lionne, maripiis de Fresnes, qui la devait prendre le 20 avril ir)()3; la seconde était restée à Michel Le Tellierde Chavillc, qui s'adjoignit a us.^i , comme survîvancier, son fils François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, si fameux comme ministre de la guerre.

Parmi les actes de la puissance non plus nominative, nnais

DE FRANCE. m

twWe do Louis XIV, on trouve tout d'abord, comme preuves de riinporlaace qu'il ii 11 ait attacher à la marine, quatre traités avec des Etats maritimes : le premier, en date du ^7 avril IGG2, portant confédération de vingi-cuiq ans, avec les Provinces-Unies; le second avec le Danemarck pour le bien du commerce ; le troisième avec la Suède, afin de faire arriver dans les ports de France les bois de construction de la Scandinavie ; et le quatrième, signé le 17 octobre de la- même année 1(U)*2, avec le roi d'Angleterre, Charles II, qui, après la mort de Cromwel, avait recouvré le lione de son infortuné père. C'était habilement se ménagerie temps de se reconstituer une lorce navale imposante. Mais, outre cet avantage, le traité signé avec Charles 11 acquit d'une nianirro déûnitive la ville de Dunkerque à la France. Louis XIV crut, et avec raison, peu la payer au prix de cinq millions de livres. Los Anglais la vidèrent de leurs personnes, le 27 novembre IGGsi, pour la remettre aux Français; ils en flrent autant de Mardick, et généralement de tous les postes qu'ils occupaient, depuis l'alliance de Ci*omwel avec Mazarin, sur les côtes de Flandres. Les Anglais cl les Hollandais virent la cession faite à la France de l'œil le plus jaloux. Mais, sans plus tarder, Louis XIV ordonna qu'on travaillât aux nouveaux ouvrages dont il voulait fortifier Dunkerque, et fit creuser, entre la ville el la citadelle , un bassin assez large pour contenir à flot trente gros vaisseaux (h guerre. Ce fut sa réponse aux plaintes amèresde l'étranger contre Charles U.

Pendant ce temps, la Méditerranée était le théâtre d'une petite guerre marilime contre les corsaires barbaresques , qui avait à la fois pour but de préparer à la grande guerre et de laisser le champ ouvert au commerce avec le Levant. D'autre part, déjà Louis XIV avait fait passer aux Vénitiens , assiégés dans Candie» un premier secours sous la conduite du clievalier Paul.

Le personnage français le plus éminent par son rang, que Ton vit figurer dans les expédilioiis de i^Hi à 1665, contre l<s Algériens, les Tunisiens et les Tripolitains, fut François de Vuiidome, duc de Beaufori, LTund-maître et surintendant de la navigation et du commerce en survivance de son père César de Vendôme. C'élait un dos cnractères les plus originaux de sdn temps. Il avait joué un rôle actif et marqué dnns les troubles de la Fronde; il était entré d'abord àsm une cabale dite des importants y puis

ITL M

kdù tllStOtRE MAtllTIMÊ

avait bravé ouvortement le cardinal Mozarin et la reine régente qui pourlunt lui avait témoigné nue confiance soiipçuuui''e ir.iller au delà d'un intérêt ordiiiuifc. 11 se piquait de façons si piMi chovalere&ques, si grossières mémo, qu'on l'avait vu (oun cr le dos à la veuve de Louis XIII, ne pas daigner lui rL-pt iidre, ou ne 1^ faire qu'avec des sarcasmes de corps de garde. La régonle, poussée à bout, avait été réduite à le faire cnft i tii*T, en 1G43, au château de Vincennes; mais il s'en ctait mu\é en iC49. Il s'était joint ensuite à tous les hauts meneurs de la Fronde , et , devenu , par ses manières, par son langage si m dehors de h tour, l'idole des dernières classesdu peuple, il avait tenu à honneur d être proclamé par elles le roi des halles ; piiis , ayant pris logement dans la rue QiJiucarnpoix, il s'était fait marguillierde l'église Saint-Nicolasdes-Champs, pour être à pruxiiinié du centre de son royaume. Cependant, quand les choses avaient comiu ë à mal tourner pour les frondeurs, Beaufort n' a \ , i i t pas (Hé des d im rs à se rapprocher du gouvernement. C'esl alors qu'il s'était vu (innnerla survivance de grand-maîlre de la navigation. Mais, en ^05x1, stisuisiiiiLls naturellement peu soumis et promplement fatigués de l'inaction, eo avaient fait le lieutenant de Condé, quand celui-ci avait recommencé la guerre civile. Bientôt après , Beaufort n'a va ni pu s'accorder avec son beau -frère, le duc de Nemours, ia (juprelle avait fini par dégénérer en un duel, dans lequel Nemours était tombé frappé à mort d'un coup de pistolet. Enlin, lorscjue l'autorité de Louis XIV avait été universellement reconnue, Beaulttrt, ce caractère si irritable, si indocile, s'était incliné devant une volonté plus puissante que la sienne \ le roi des liulies avait définitivement abdiqué. Comme il était brave d'ailleurs, entreprenant et grandement porté à courir ii s {it nls de la mer, on l'envoya d'abord, en qualité de volontaire, sous le chevalier Paul, occuper sa dévorante (tciivité, juiiile à un extrême besoin de paraître, de faire parler de soi, de se sioguloriser, en combatUmt im corsaires méditerranéens.

L'escadre du chevalier Paul, composée de quatorze bâtiments, se rendit, le l"' août 1GG0, devantXripoli dont elle trouva le port barré par une estacade de navires coulés bas. Le chevalier Paul, obligé de renonoer h combattre, se mil h négocier pour ne pas perdre tout k truit qu'il espérait de son ejipédition de ce cdlé| il

M le bonheur d^amener le pacha à lui rendre tous les esclaves français > moyennant cent cinquante ifadalers pour chacun d'eux. H prit ensuite la route de Tunis et arriva, le 8 août, devant cette ville. Aussitôt 0 débarqua, pour entemer des négociations, un . de ses officiera qui lui rapporta que déji un traité venait d*ètrd signé avec le roi de France, par une autre entremise que la sienne. Sans perdre un instant, le chevalier Paul se rendit dè Tunis devant Alger où il prit quelques dispositions préliminaires dans le but de bombarder cette place; mais les vents contraires Tobligèrent à lever la croisière, après avoir reçu à son bord qUitrente esclaves qui étaient parvenus à se sauver. E laissa seulement quatre bAtiments dans ces parages et arriva, au commencement de septembre 4660, à Barcelone , avec le gros de son escadre.

Dans çe temps, Valbelle, élevé au rang de commandeur de Halte, entreprit uue campagne toute personnelle sur son vaisseau /a Vierge t construit à ses frâs. Ilnefidsmt pas bon à s'embarquer sur son bord quand on n'avait pas le cœur bien décidé : car, dur pour lui-même et ne s'épargnant pas, ValbeUe ne connaissait en campagne que le combat et la victoire. Une relation manuscrite duo à un des hommes qui s'éteient embarqués sur le vaisseau ia Vterge, et qui maudissait le damné capitaine de son ardeuf incessante pour le combat, ftiît foi dè cette humeur Apre et belliqueuse de Valbelle (1). Dans celte campognc , le commandeur appuyé par une frégate, enleva dans les parages des lies Baléares, trois corsaires d'Alger; il rencontra ensuite et combattit quatre autres bâtiments de ce p t} s, en coula deux à fond et força les deux autres à prendre le large.

Au mois de mars de la même année, deux bAtiments français, commandés par les capitaines de Saintot et Cyprien, se défendirent avec tant d'énergie contre sept corsaires d'Alger, qu'ils réussirent, après huit heures de combat, à leur Hure prendre le large, malgré leur grande supériorité de nombre, avec përte de plus de quatre cents hommes. Malheureusement ce brillant succès coûte *a vie au capiteine de Saintot et A plusieurs de ses^^raves ^ compagnons.

Les Algériens et les Tripoliteins continuant A infester la Hédi* tmanéo de leurs courses, ordre fut de nouveau donné au chevalier Paul d'aller les chAlier avec une escadre de trois Vaisseau^

m lilSiUiUE MARITIME

et un brûlot. Partie de Toulon le 8 février 1664, ceUe-d découvrit, le i avril suivant, deax vaisseaux algérieDS, en coula un à fond et s'empara de l'autre qui portait cent cinquante pièces de canou destinées à garnir les côtes de Barbarie. Le chevalier Paul se rendit ensuite à Alger où il ût au dey des propositions d'arrangement qui furent repoussées. L'escadre n*était pas assez forte pour se faire craindre ; elle retourna à Toulon sans ûToir rien entrepris de plus.

Le principal honneur des expéditions partielles des Français contre les corsaires barbaresques , en 1661, appartint à deux chevaliers français de TOrdre de Malte. L'un d*eux était un jeune homme ù chevelure blonde , aux yeux bleus et mélancoliques, au teint blanc gracieusement carminé, aux traits fins et délicats, un Adonis enfin, comme on Pavait surnommé, l'amour des femmes, en attendant qu'il (ùi la terreur des ennemis. Né en 164S1 . d'un seigneur d(.' Normandie, premier gentilhomme de la cliambre de Louis Xlli et premier chambellan du grand Condé. Ann^Hilario!j rie Cotentin,chevaliep»puiscomtedeTotirvil1e, h peine nn sortir de lY'iifance, avait voulu i^ervir sur mer l'Ordre de Malle auquoi il appartint quelque temps* On l'adressa au chevalier d'Hocquincourt,fiIs du maréchal de ce nom,qui, dans ce temps, faisait armer è Marseille une frégate de trente-quatre ofi trente-six canons (car peu ù peu ce genre de navires prenait de rimpor!nnrp\ pour aller en roiirse conlre les musulmans; mais dllocquincourt, intrépide marin, la première fois qu'il le vit, ne put s'empêcher d'f^erire au duc de La Rocliefoucanid , parent malernul de Tourvillc : « Que ferons-nous , sur des vaisseaux armés en course , de ce jeune clievalier, plus propre à servir les dames de la cour qu'à supporter les fatiîjnes de la mer? » Le duc pria !e chevalier d'attendre et d'éprouver le jeune homme, avant de porter un jugement sur son compte, et lui prédit qu'il ne serait pas lont'temps sans être détrompé. D'Hocquincourt consenlit à essayer de lourviile qui s'embarqua sur la frégate corsaire. Celle-ci fitd'abord voile pour Malte î elle s'y arrêta, et l'on descendit à terre pour saluer le grandmaltre de l'Ordre, et prendre de lui l'autorisation d'aborder le pavillon de la Religion, Elle fut accordée. Sur hs ontrefailes, un habile marin français, nommé Cruvillier, qui avait une frégate de 24 canons prête à mettre à la voile, offrit à d'Hocquincourt» qui

DË FRANCE.

accepta, He s'associer à lui dAns la campagne qM entreprenaitJ Sur la noaTéUe qu'Us eurenlque deux vaupeaux tripolit^, Pun de i% canons, Vautre de disaient de graq^j[|^ps dans rArchipel, ik.. cinglaient en toute hâte dé ^^ mÊÊK chemin &îsant, deux corsaires d*Alger furent réncoi]p|||^mi forts de la supériorité qu'ils se croyaient, coaiQienèère^B|médiatemeni le combat .par deux bordées qii*âà eii?oya|Bhitt Français. D'Hocqufscourt, après avoir essuyé sans beaucoup de souffrance le feu des ennemis, leur riposta de telle fitçon, qu'ils ne Tirent d'autre ressource que dans Fabordage , qui était leur manière la plus ordinaire de combattre, étant toujours inférieurs dans la manœuvre. Mais les F^çais à l'abordcge valaient tous les 'peuples du monde; et puis, pour parler le langage du temps, le jeune homme au teint de lis et de roses, l'Adonis, était sur la frégate abordée : maniant son sabre avec adresse , à défont de force, il abattit à lui seul autant d'ennemis que presque tout le reste de Téquipage ensemble ; dé ceux qui avaient sauté sur le pont, il n'en échappa pas un : ib furent tués ou jetés à la mer. Tourville avait éclipsé jusqu'au chevalier d'Hocquincourt luinnème dans cette action qui n'était que le prélude immédiat . d'une autre, et c'était lui qui avait dominé toute la scène. H était couvert de blessures; mais il tenait de la généreuse nature du lion, qui, loin de s'affaiblir, s'exalte dans son propre sang qu'on fait couler. La rictoire des Firançais semblait assurée, et déjà les vaisseaux algériens, trop heureux qu'on les eût débordés, semblaient se disposer à la fuite, quand les deux corsaires tripolitains qu'ils étaient venus chercher, sortant tout à coup de derrière le cap Hatapan, promontoire le plus méridional de la Morée, à la hauteur duquel l'action s'était engagée , les ramenèrent avec une recrudescence de rage au combat. Les Français, déjà si disproportionnés, le furent encore davantage, tant par le nombre que par la force des vaisseaux ennemis, dont deux étaient entièrement frais. Mais la retraite ne convenait ni à d'Hocquincourt ni à CruviUier. Leur air de confiance en inspira à tous ceux qui étaient sous leurs ordres. Jamais on ne vit plus terrible ni plus sanglante affoîre. On se battit à distance pendant plus de trois heures sans discontinuation. La viotoiré restait indécise; mais la firégate de d'Hocquincourt était

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loiito désemparée , et avait la moitié de son équipa^ hors dQ cuiubal, lundis que l'aiiliL' semblait prrs de succomber à :a faligue. Dans ci^Ue position extrême, il jette un coup d'œil pénétrant sur le vaisseau Iripolilain qui l'avait jusque-là le plu» pressé, remarque à sa manœuvre incertaine, au feu de son artillerie tout à riicure si vif, maintenant amolli, que quelque cbose de parliculiur venait de s'y passer. « Arrive sur le Tripolitain! »> sV'crie-t-il; et tout l'équipage valide de répondre comme un seul homme : « Arrive sur le Tripolitain! » Un coup de gouvernail fait l'affaire. Le corsaire n'était [)as préparé k cette soudaine résolution ; il fut accroché en un instant. D'IIocquincourl reste à son propre bord pour le défendre; mais un jeune marin le supplée sur le vaisseau abordé. C'est encore Tourville, qui de tout son corps laisse échapper à la fois la sueur et le sang ; c'est lui qui s'est élancé le premier par le beaupré sur le pont du corsaire; c'est à sa suite, et enflammés par son exemple, que cinq ou six volontaires et trente matelots résolus sont venus prendre les Tripolitains à la gorge. Le coup d'œil de d'Hocquinuourt avait admirablement jugé : le capitaine du vaisseau ennemi avait été tué; il ne restait plus à bord qu'un seul oflicier pour plus de deux cents hommes; l'incertitude et le désordre s'étaient par suite introduits : c'était la cause du dérangement de manœuvre et d'affaiblissement de feu qu'il avait remarqués. Toutefois il y a encore sur le pont six Tripohtains environ contre un Français, et il faut toute l'ardeur de Tourville et celle qu'il inspire pour les abattre; c'est un massacre inexprimable de musulmans. Ênlin, après une heure de combat , il n'en resta pas un ; et Tourville , les deux pieds dans des ruisseaux de sang, ayant peine à se dégager des membres amoncelés, des tronçons de corps qui encombrent le pont, d'ua geste triomphateur annonce à d'Hocquincourt que le vaisseau corsaire est à lui. Voilà comment répondait à la lettre de son capitaine le jeune efféminé , l'Adonis, le Céladon de la cour. Jamais si radieuse vengeance n'avait été tirée d'un jugement précipité. Le brave d'Hocquincourt, confessant avec enthousiasme son erreur, salua Tourville lieutenant du vaisseau qu'il venait d'emporter si vaillamment. Cruvillier, de son coté, coulait à fond un vaisseau algérien avec lequel il était depuis longtemps aux prises. l<es deux corsaire^ ^esUmi cherchèrent leur salut dans une fuite

qui, heureusement pour eux, fut protégée par le mauvais étal ' ' " des deux vaisseaux français.

Le vaisseau tripolilain enlevé par Tourville, conduit à l'île de Siphanlo, l'une de celles de rArchipel, ne larda pas i\ élrc armé. Le commandernonl en fui donné au chevalier d'Arligni, qui avait ♦ servi comme second de d'Hocquincourt dans celle campagne, et qui eiil le jeune vainqueur pour lieutenant. On le fil servir sur-hjchamp contre ceux qui iavaient construit, et il alla en course avec • les frégates de d'Hocquincourt et de Cruvillier. A peine avaient-ils tous trois repris la mer, que l'on découvrit trois voiles, dont deux turques et l'aulre une prise que ces corsaires avaient armée pour s'en servir au besoin. Les corsaires de Tunis, abusés par l'aspect du t vaisseau tripolilain que montaient d'Arligni elTourville, s'avaU' cèrent avec conliance vers les Français, croyant avoir affaire à des musulmans. Le voile ne se leva pour eux que quand l'heure de reculer fui passée. Qu'on le voulût ou non, il fallait combaUre, et combattre à mort. Le vai ^ au de d'Arligni, celui qui avait été cause de la m<'piibe dt s Tunisiens, se trouvait en avanl de ceux de d'Hocquincourt et de Cruvillier; ce fut avec lui que s'échangea le premier choc. Les vaisseaux corsaires étaient plus forts en canons et surtout en hommes ; selon leur habitude, ils essayèrent d'en venir loul de suite à l'abordage , fondant leur espérance sur le nombre de ceux qui les montaient et qui tous étiiient armés jusqu'aux denb. Ou jugea convenable d'abord de les maintenir au large par un feu des plus ai Ids el des plus habilement servis. Il f avait deux heures que le combat durait entre les corsaires et les vaisseaux franeiiis, quand le tapiiaiiio d'ArliLiii, h^mme de valem" et d'expérience, fut lué d'un coup de caiiou. Le lieutenant Tourville prit sa place avec une espérance passionnée de le venger. Mais au moment oh il semble près de fixer la victoire, on lui donne avis tjue sou vaisseau fait une si large voie d'eau t que les pompes sont inutiles el qu'il n'y a plus qu'a se rendre ou à couler bas. Tourville, qui ne sait pas et ne veut pas savoir ce que c'est que de se rendre, est saisi d'une idée aussi prûnii>te que le danger est imminent. «Amis, abordons ! » Alors a lieu un spectacle que la plume ne peut qu'affaiblir en le produisant. Un bizarre échange s'opère. Tandis que ïour ville et (es siens, au nombre do quatre-vingts, envahissent

le vaûseau tunisien, cent cinquante Turcs. -enTah^nt 1a sien propre. Cétaitbien ainsr*que Tour?i{]e Tavait espéré. A peine sont-ils sur son pont occupés au pillage , que la Toie d*eau s'élargît comme un gouffire et les submerge tous eh un clin d*œil. Cependant il restait encore' assez de Tunisiens à bord du vaisseau sur lequel Tourville était passé avec son monde, pour qui^ la lulle y îùi acharnée et quoique lemps indécise. Un bruit soiird se fait entendre, sortant de Técoutille; TourviUe l*a surpris avec bonheur : sans nul doute ce sont de malheureux esclaves chrétiens qui s'efforcent d'échapper à leurs chaînes pour venir en aide & leurs frères. Enfoncer les écouUlles à coups de haches, rendre ces infortunés à la liberté, est, sur l'ordre de Tourville, l'afifoire d'un instant; iC^surgis^eat au nombre de plus de ciiK|uanle , et leur secours délennme Tentière définie de l'ennemi. TouryiUe a remplacé d'une manière merveilleuse son vaisseau tripolîtain par un vaisseau tunisien meilleur. H avait été fifit lieu* tenant du premier; il est fait capitaine du secdndj Quel homme jamais avait mieux conquis ses gradesY D'HocguijlIkourt et Cruvillier, avec leurs frégates, avaient (ait éprouver de grands ravages à leurs adversaires ; mais ceux-ci parvinrent à s'échapper à la faveur de la nuit.

En 1662, le gouvernement de Louis XIV envoya contre Alger une escadre de huit vaisseaux et quatre brûlots, sous le commandement en chef du duc de Beaufort , qui fut obligé de revenir après une inutile croisière. ^

Tourville fut plus heureux. Il monUiit, dètte année, le bâtiment qa'il avait enlevé aux musulmans dans 1% campagne précédente et un corsaire napolitain, noMié Garini, s'était joint à lui, quand il rencontra, à la hauteur àji File ionienne deCaprera , trois vaisseaux turcs. Tourville en laissa venir un A l'abordage, comme le lui avait enseigné d'Hooquincourt, etn'empccha point les musulmans de passer sur son pont. Mais dès qu'ils y furent en nombre suffisant pour son dessein, il tomba dessus, en fit un épouvantable massacre, et força tous ceux qu'il ne tua pas à se rendre. La même manœuvre fut employée et lui réussit pareillement pour un second vaisseau ennemi. Après ce double triomphe et s'être assuré d'un des bâtiments vaincus, il h'api r«;oit que Garini ei»t en danger, cingle à son secours, le délivre et mal-

traite tellement le Iroîrième vaisseau turc, que, désespérant de pouTOÎr échapper, celui-ci se feit sauter.

» Après cette campagne, Tourville alla mouiller à Venise. Il ne tarda pas à en partir, la môme année , aTCç le corsaire Carinî et un chevalier .italien nommé Harini qud Ton avait fiai capitaine de la dernière prise. On signala quatre voiles turques; Tourville disposa aussitôt un petit ordre de bataille, donnant la droite à Carini» la gauche à Harini , et prenant le centre pour lui. A dix«> neuf ans à peine, on le voyait déjà préluder au rôle de chef d'escadre. Deux des vaisseaux turc^réunissent contre le sien tous leurs efforts. Tourville juge à propos cette fois de ne pas laisser Tennemi aborder le premier, jette les grappins, s*élanoe sur un des'vaisseaux turcs et Tenlève après avoir entassé morts sur morts autour de lui. H lâche ensuite sa bordée à un second vaisseau , - le met hors d*état de se défendre , l'aborde A son tour et Tenlève comme le premier. Garim» moins heureux, venait d*ètre tué, et son vaisseau, abordé, était sur le point de tomber au pouvoir des musulmans. Par un reste de bonheur, Tourville n'était pas loin ; il force de voiles , arrive sur le bAliment chrétien et entre dedans pour le disputer aut Turcs; le pont se divise en deux camps, mais Tourville fauche avec tant de fureur dans celui de l'ennemi, que bientôt on n*y voit pas un Turc qui ne soit ou mort ou mutilé. Le vaisseau musulman, qui tout A Theure triomphait, déborde au plus vite et 8*échappe ; un autre gagne le large avec la même précipitation. De cette dernière action deux prises étaient restées à Tourville. Le voilA maintenant A la tète d*une véritable escadre, conquise tout entière par sa valeur et A la tèté de laquelle il alla mouiller successivement A Céphalonie, A Zantbe, puis A Halte oili on le reçut avec des acclamations extraordinaires. Là il retrouva le chevalier d*Hocquincourt, dont il s*était séparé depuis quelque temps et qui, moins favorisé que lui, et n'ayant pas fait de prises dans la dernière campagne , éprouvait un peu de mauvaise humeur d'être en quelque sorte éclipsé par un si jeune homme. HaisTourville eut l'attention délicate de lui enlever tout prétexte de jalousie, en reportant sur ses leçons tous les succès qu'il venait d*obtenir sans son concoucs. -

Ils firent ensemblé une nouvelle campagne en 1663, ayant six t)âtiments sous leurs ordres. Six corsaires algériens vinrent les

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attaquer. i>*flocquiiicourt était tombé malade; Toorvilie fut k principal chef et acteur de ce notife&n drame. Son vaisseau, qui était excellent Toilier, serra le plus gros des six bâtiments algé* riens, et Taccroeba. Ce fut eneore un abordage au bout duquel le vaisseau ennemi devint la proie de Tourville. k ce spectacle les autres n'eurent garde de s'exposer à un sort pareil et ne s'oo* cupèrent que de l'éviter par la fuite. La mauvaise santé de d'Hocquincourt engagea la petite escadre victorieuse à retourner promplcment à Malte.

Une escadre de six vaisseaux de guerre et d'une flûte-maga« sin partit encore de Toulon cette année, dans le but de répri* mer les eourses des Barbaresqnes. Le chevalier Paul la commandait, ayant sous ses ordres Duquesne, d'ilmeras. Des Ardens, Beaulieu et Frieambault. Arrivé en rade de Tunis, le 13 mars, Paul donna ordre aussitôt au capitaine pes Ardens de conduire son vaisseau, la nuit venant, à une portée de mousquet d*un gros bâtiment algérien qui se trouvait sou» la protection des f(Hrts de la Qoulette, et de Penlever ou de le détruire, tandis que l'enseigne de Betbomas , avec quatre chaloupes armées et chargées de matières combustibles, irait droit à deux autres bâtiments , dont une prise hambourgeoise, dans la même situation, pour les incendier, si on ne pouvait les prendre. Cette double commission, rendue extrêmement périlleuse par l'artillerie des forts qui tirait à fleur d'eau et par un feu de mousqueterie très-vif, fut accomplie avee un plein succès; les liois bâtiments étant échoués, on ne put 8*en emparer ; mais le vent porta jusque sur les maisons des Tunisiens la fùmée de l'incendie qui les consuma, sans perte pour les Français d'un seul homme. Après cette exécution , le chevalier Paul continua sa croisièreavec une activité qui multipliait ses forées. Se trouvant momentanément seul avec son vaisseau fHereuh, il rencontra, le 42 mai, des navires corsaires de Tunis, dont le nombre augmenta successivement jusqu'à vingt-cinq. Après une lutte magnifique d'un jour entier, il échappa A la foule croissante des ennemis par un stratagème. Il fit placer, pendant la nuit, un fanal allumé au haut du mât de sa chaloupe qu'il laissa ainsi sur la route qu'inditpiait le vent, et, dans le môme temps , il fil prendre une route différente h son vaisseau dont les fanaux étaient éteints. Les corsaires tunisiens

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lureoi siogulièrement désappaintSs , au lever du jour^ de ne plua trouver devant eux qu'une pauvre chaloupe abandonoée. Échappé si habilement à oe péril, le chevaUer Paul découvrit, le 48 juÎD suivant, un vaisseau ennemi qui, espérant le surprendre, mit en un instant sa chaloupe à la mer pour Taborder, à la liveur du calme, et sauter à son équipage} mais Tœilde rexpérimeutémarin avait été aussi prompt que le projet de ses adversaires, Paul a déjà détaché ses propres chaloupes pour couper le diemin à celle de Tennemi. La première des chaloupes françaises,' com" mandée par renseigne de Bethomas , qu'accompagnent seulement le chevalier de Chamilly et les eUiq mousquetaires Dufour, Mous* set, La Corse, Durot et Desnos, joint bientôt la chabupe cor» saire , l'aborde et l'enlève, avec trente-cinq Turcs qui la montent» après un terrible oombat corps è corps. Pendant ce tanps, le chevalier Paul en personne s'emparait du vaisseau des ennemis. Dans la même campagne, il prit le vaisseau vicMmiial d*Alger, portant une cargaison estimée à plus de trois cent mille tivies el moi^ par un redoutable chef de corsaiiei, nonmé Trik*

I*escadie française avait plus souifivt de la vîoleiice des vente que du canon des enneinia. Le chevalier Paul te ramenait à Tou^ loa pour te réparer, quand il rencontra, en vue de ce port, k duo de Seaufort sur les galères du roi) te grand-imattie dé la navigation rentra aussitôt pour attendre que les vQjsseaui lussent en état de reprendre la mer, ce que raotivité du ehevaUer Paul et de Duquesne rendit possible en très-peu de temps. Le gntnd-t maître et le chevallier Paul firent alm iiiie campagne en commun dans tequélle le premier sMnstiuisit aux leçons du -second. Us livrèrent bataille, le 4^ juillel 466B, à on grand nombre de corsaires d'Alger^ qui s'étaient assuablés dans respéranoe de prendre leur revanche de teurs réoentes déirites parlielke. Plus de vingt bfttimento algériens Itirent coulés bas; te vaisseau-amiral de la régence fut pria et amené en France. Après cette vic-> toirè signalée, le duc de Beauibrt ramena les gpdères à Toulon pour les faire radouber, pendant que les vaisseaux continueraient kur croisière. Dès k 46 juillet, le grand-mattre aUait rejoindre ceux-ci , dans le golfe de Palma , avec six galères et treize grandes ' barques chargées de vivres. Viveane, destiné A une belle célébrité maritime, accompagnait Beaufort. Le % août, galèrss el vais^

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seaux ensemble quittèrent le mouillage de Pa1ina;tous se rendirent en peu de jours devant Alger où les deux chefs de Texpédilion, Beaufort et Paul, se promettaient de brûler, pendant la nuit , les derniers vaisseaux de la régence qui s*étaien( retirés dans le Môle. Leurs mesures étaient bien prises t leurs moyens bien conçus; mais les pilotes firent fausse route , et les Algériens, ayant aperçu à la pointe du jour la flotte française, donnèrent Valanne et firent manquer le coup. Survint ensuite un si gros temps que Tcscadre fut dispersée, eut beaucoup de peine à éviter d'ôtre affalée à la côte et ne gagna, qu*aTec de grandes difTicullés le port de Fermentera. Le lendemain toutefois, le chevalier Paul poursuivit deux bâtiments des corsaires, dont Pu'n avait trente canons et dont l'autre était une flûte d'origine aifglaise; le premier fut brûlé par ceux-là im-im qui le montaient et qui furent pour la plupart noyés; la flûte se rendit avec soixante Turcs qui s'y trouvaient. Les vaisseaux se réunirent de nouveau aux galères dans le port dlvica , avec dessein de continuer la campagne; mais il fut impossible à cette flotte de tenir plus longtemps la mer en raison des tempêtes par lesquelles elle était incessamment assaillie dans les paiages d'Alger, et force lui fut de revenir croiser du côté de Majorque. Le 4SI septembre, le duG de Beaufort, avec les six galères qu'il commandait plus par* ticulièrement, prit, aux abords de la Ciotat, un navire d'Alger monté par cinquante Turcs et peu après rentra dans le port de

Toulon.

Les colonies françaises, tout à l'heure appelées à un si granct progrès, ne firent que se maintenir jusqu'à l'année Î064. A celte époque, les Indiens qui liabitaient les côtes de la baie d'Hudson , ayant appris, par Jean Bourdon , qu'une nation étrangère exbteit dans leur voisinage , envoyèrent à travers les terres quelques-uns d'entre eux à Québec, pour y nouer un négoce. En 1 GC I , le vicomte d'Argenson qui fut peu après remplacé au Canada, chargea La Yallière, gentilhomme de Normandie, Denis Guyon, Després- Coulure, François Pelletier, et les PP. jésuites Drueillettes et Dablon, d'aller, par terre, à la découverte de la baie, avec des Indiens des bords du Saguenay pour guides. L'expédition partit au mois de mai 4664 de Québec, et au mois de juin suivant de Tadousac. Elle entra avec quarante

canots dans le Sagiienay, remonta celle rivii'-re, et après avoir francl:i plusieurs rapides , fait de fatitranls poriayes, ses cauols et ses bagages sur le dos, pour tourner les chutes d'eau insurmontables à l'aviron et passer les terres d*une rivière ou d'un lac à l'autre , elle arriva au Long-Lac, puis au iac S;iinl-Jean, long de trente lieues sur dix de large , au delà duquel aucun Européen n'était encore allé. Douze rivières y avaient leur embouchure,' et une seule, le Saguenay, en sortait. On entra dans une de ces rivières, que Ton appela le Saint-Sacrement, nommée Piecougagamis; elle était large, belle et entrecoupée d'îles verdoyantes; mais elle offrait de nombreux rapides, ainsi que des cascades. Les poriagea recommencèrent; enfin, après avoir passé encote j liiM urslacs, on arriva du côté du lacNekoubau, à quaranteîieui degrés de latitude. Mais ce fut le terme de l'expédition ; les guides indiens, ayant ouï dire que les Iroquuis avaient porté jusque par ces côtés la terreur de leurs armes, communiquèrent leurs craintes à ceux dont ils dirigeaient la route , et déclarèrent d'ailleurs, quoique un peu tard, qu'ils ne connaissaient plus bien les chemins. L'expédition revint en conséquence à Québec (2)

Il y avait toujours des FraïK^'uis qui pensaient à la Guyane. En 10G3, un maître des requêtes et intendant du Bourbonnais, nommé Le Fèvre de La Barre, qui fut par la suite gouverneur du Canada, communiqua au contrôleur général Colbert, le plan d une nouvelle compagnie pour la colonisation de Cayenne. Colbert seconda de tous ses efforts Le Fèvre de La Barre ; il fit accorder à sa compagnie, sous le nom de France éqlinoxiale, tout le • pays situé entre l'Amazone et rOrénoi|ue, ainsi que les îles en dépendant. Une escadre aux ordres de Prouville de Tracy, nouvellement nommé gouverneur général des possessions françaises en Amérique, fut chargée d'expulser les Hollandais ou autres Européens qui s'étaient établis à Cayenne, et de mettre La Barre en possession du pays. Ou verra bientôt les conséquences de l'expédition de Prouville de Tracy, laquelle ne conceraait pas seukmenl la Guyane» mais encore lesÂalillles (3).

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