‹ Histoire maritime de FranceChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

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^it d«L«mlbv-»TrjoMa|iiliood«OilkMlc«r4Ti>(irilacoiMMK«.— CaïuNu Midi on do L*nguedac..~Syil^ine enlonitl At CoIlHjri.— CanpftpnM<< di'i IniIrr-OecidenUUt et OricnUUi.— L« roarijoit de Trar^, gauTern«itr ^t-nrr«l J.-t blinoBCkli fruiii ta Anénipa. La nirtiiiii da limdcwiyaA, (»ut«niear dci ^UlliiMncnU de* Indot^riealalct. ».fl<lMlt«i<M ViM««M I MiiiQiMf^^fcMlmwil t Sfil^— C»— mwaim da l<Oi«Nt. i pHwal Loritul^ Toai de Colbarl tnr In coa|iagni«i dn rommorrt nurilin*.— Kncaun;:<?amU tn\ <nual«nr<.— CvIlicrI ciitoin<' Vf.lil i reeMUtitnet m* awriiM nilittirt, fvtt la prolc^lion du «cmaerre auTiliin4>.— Lu Roui d'Infrcrillf rt folUTl it Ti-r> nn, ialMdinli d« b aurinr.— L«« ronttracleori Rodolphe, Etaantl et tlnbir.— rroji'U dVUMiwrniriiti manliaKi à â SmMm «* 4 T«Mn»4:htMla. •» Cnad» tmnu «a HI«nMl«-Ctli:«.— Svateaus cxjtloilt d< d'Hac^mM^ : al 4t T— will». Biptiliii^a ChiwIwW.i ÂmiM iW, Otmét wwmmIi. BwiJw da Duqiieiia Itit It Poninl. — r it 1 Je l'aneoit d« BrnI. — r«rîdr«i da Bmafort ft 'tu cl • nlicr Piul. — r.onlioi»l>uB à - l.i ^u> rfa •aalra lat raruirtt birlaratifiiai.— Danuires caane* da d*RM<iDififonrt et e)« Ti>«r«ille.— MorI lU d'Itorijuinronrl. —Ordres da rai pour renrtil<Miifnt dei nalaloU. — Pnlî(i<iae incerU^ne àe LoobXlT i ruceuten de li f/mm «ilfi f âa|M«m at la UolUad*,— ûrdm «ipidiét a«t caleniat. — Onirtf 4n ni |Wiir ^ Catbart Mil rmmm tMnt •pétiilMaM«hHfétorfhiNadatoMiiM^D4ctanliM 4t gwm dt tMfa ZIT trAailalNn^liluliMdtli lurina frat'i'.iij.^ ï rc luoitj.-nl. — 0'>''*l<oo da pitillon «t da tilui. — C,rf,i'.'mn fùrt <)<: Unrheforl, en (CC6. — Ob'» ttfiarei Faïui à Lotiis XIY pour U eon^éla da i'Irtoiide.'— Ficrl>- Loat» îi V (««r «t marine naiuanle. — (tiaieê êê la guarra entra U Ilollanda a( l'Anglalarra. — > Bataillai entra lai flottai da cai daat nationi. — RAIei da i|Belfaal ftancait à bafd da la flatte da B«Ua»d«^FblU da Batorort.— laMncliau da Cetkart m t^jai da tMà I la^ialwl. wm mit imiUm. ~ WiriM dk frtàkm da la Baj«ia tm laM»rdlMd«i

du hlloml (le FriDCf — AcL)uîsilious A - taiitruni (o HolUnda et en t)in' rii^rek, — Goerre ooterla «itrr Ici Fruifait •t tt* Aif lai», «n ralaniaa. — L«i Aaflai* chatiéi da $iiint-Chrtilopb«.-><^(M«aei niTitai de L« Fèm de La B«m^ W IIM «I tWt — CanfHl d« flMiann roloniaa ang)aiia<.-> Paii da Brada.— Oéaliaa da fMt ét Catta, ta IMT. «Catrrt iree rSfiwçne, ao itijei Jet Payi-Bu^EiyddUiMu d«i flibatban d'At^^ caerir* Ici Eipagnoli. —rail #ili-la-CItfpiU«.--D«ntan «ifdditu»da«ha«riiar Pwii.>-6Mnf da Caadit. — Htrl «a dtq^aiitioe da (iiad* ikl

Ifasarb* à ce tupréme moment où Thomme même le plus occoutumé à la ruse méprise des détours pour lui désormais sté-» rîtes, et laisse échapper de ses lèvres la yérilé toute nue arec son dernier soupir, Hazarin, au lit de mort, avait dit à Louis XIV : t le vous dois tout, Sire; maie je crois m'acquitler en quelque

sorte avec Votre Majesté, en lui donnant Colbcrt. « En effet, de tous les homnies d*É(at que le cardinal italien avait devinés , élevés et formés fort heureusement sbr un autre modèle que le sien, Jean-Baptiste Colbert, né à Reims, le 29 août ICI 9, d'une famille de négociants, était le plus noble ouvrage d'un minislrcqui, à de très-remarquables qualités, avait joint bien des défauts, et qui, pour quelques hommes heureusement clioisis et poussés par lui, avait produit et secondé bien des coquins. On peut dire que les mouvements honnêtes et rangés que Maza^ rin avait eus dans quelques rares circonstances, et parlicnlièremonl à la fin de sa carrière, en fait de finances, lui avaient été inspirés par Colbert. Louis XIV, résolu à gouverner par lui-môme après la mort du cardinal, avait néanmoins donné toute sa confiance au protégé de celui-ci, et, s'il ne l'avait point élevé au rang de premier ministre, ni môme de surintendant sns finances, c'est qu'il avait pris le parti de supprimer cesliaulos charges. Il l'avait donc simplement noiiiaïc, en 1G61, contrôleur général ; sous ce titre modeste, il lui avait accordé une puissance plus grande qu'aucun surintendant ne s'en était encore vu. On a beau vouloir s'en défendre, un liomme de vrai génie pûlilit|ii0 domine toujours ce qui l'environne, et inculque ses pensées à tous les esprits qui sont là pour l'entendre ; le malheur des grands hommf'S est de ne pas pouvoir se faire entendre dans leur cabinet de tous ceux quMls sont chargés de gouverner. Colbert atteignait les alïaires du commerce par les finances qui se répandent sur tout; et , par le commerce , bien que Hugues de Lionne, éminenl homme d'État aussi, eût dans ses attributions la marine du Ponant, et le jaloux marquis de Louvois dans les siennes la marine du Levant, il atteignait déjà les affaires maritimes. Le com- • morce, ill'aimait par ses souvenirs de famille; il le connaissait, en ce qui concernait la France , pour l'avoir étudié dans ses voyages, province par province, ville par ville, port de mer par port de mer; et, en ce qui concernait l'étranger, pour s'être fait faire des relations détaillées, minutieuses, par des voyageurs habiles et véridiques. Il s*était entouré des négociants les plus intègres et les plus habiles ; il les interrogeait; il coordonnait, en les rédigeant, leurs pensées elles siennes; et c'est ainsi qn'I! arriva à recueillir une législation commerciale destinée à faire la

4U lilSTOIUE MARITIME:

gloire du ministre et la ri( hesse de TÉtal. 11 préparait pourlafirance un code marchand ; il formaikine chambre généraleé^asaurasce en fiiveur des villes maritimes, ef, dès 1664, il créa un conseil de commerce au sein du conseil privé du roi, où les plus habiles négociants f liront appelés à discuter les causes de la prospérité nationale. Tout en encourageant ragrîcuUure, il accordait une protection spéciale aux grands établissements manufacturiers. Pendant quUl faisait ouvrir de nouvelles routes et réparer les anciennes pour iaciliier les rapports commerciaux des habitants du pays entre eux , il projetait le canal de Bourgogne , et accueillait avec une admiration raisonnée le nouveau plan de Pierre* Paul de Riquet, pour ouvrir une communication entre les deux mers qui baignent les côtes de la France.

Ce fut en 1664 que commencèrent les travaux du canal du Midi ou du Languedoc , s'étendant du voisinage de Toulouse > sur 'la Garonne, àTétang de Tbau dans la Méditerranée, travaux gigantesques* dont la pensée etTexécution suffiraient n illustrer, avec son inventeur, un ministre et un roi. Il s'agissait d'opérer sur une longueur d'environ cinquante-cinq lieues, dans un pays qui présentait des difficultés de tout genre. De huit à douze miUe ouvriers par jour, pendant quatorze années, furent employés à cette prodigieuse entreprise, qui permit de voir des bâtiments» partis du niveau de la mer, traverser les terres liantes du Languedoc, et transporter environ soixante et quinze mille tonneaux par an de la Méditerranée à TOcéan, ou de TOcéan & la Méditerranée.

Coibert ne s'occupait pas moins du commerce extérieur que du commerce intérieur. Il comprit et élargit môme le système t colonial de Richelieu. U voulut qu'on fortifiât les colonies et

qu\)n y entretint des troupes; il àt tout oe qu'il put pour ne mettre à leur lôte que des gouverneurs et intendants à la fois habiles, actifs et intègres. Une se plaignait jamais des premiers frais d'établissement, persuadé que l'État les regagnerait dans la suite par l'augmentation du commerce. H pensa qu'il serait plus convenable d'envoyer en Amérique une escadre tixe qui y resterait trois ans, avec un bon commissaire pour pourvoir sur les lieux à ses besoins, que d*y envoyer tous les ans des vaisseaux qui coûtaient beaucoup et perdaient un temps considérable en

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voyages. Il ne s*occupa pas que du sort des maîtres ; il porta aussi son att.entioa<sur celui des esclaTes. Ne pouyant songer dans ee temps à interdire la traite des nègres ni l'esclavage dan» les colonies , il Toulut du moins rendre ces abus jmoins flétrissants pour . '* l'humanité. Il prépara les âéments du code noir, qui établissait les obligations des maîtres envtts leurs esclaves» et chargeait le ministère public de poursuivre les oppresseurs. «

L'année 1664, qui vit commencer tant de grandes choses • fiit aussi témoin , au mois de mai» de la création desdeui compagnies des Indes» dans lesquelles devaient venir se fondre la plupartie ces petites compagnies manquant à ta fois de moyens et de, portée, dont on a vu précédemment les peu fructueux essais.

La compagnie desÊides-Occidentales, qui n'eut pas plus de dix ans de durée, avait dans son partage la seigneurie de tout ce qtte les Français possédaient dans le nord et au centre de l'Amérique , à la condition de le peupler et de l'améliorer, avec le privilège exclusif d'y faire le négoce et d'y introduire des nègres pour y défricher les terres; à l'effet de quoi il fut dévolu à elle seule de faire la traite des noir& à la côte de Guinée. Les Antilles françaises durent être rachetées de leurs divers propriétaires» en vertu d'un arrêt du conseil du roi» daté du 17 avijl 1664. Dans, les vues de Colbest» le commerce aux lies de l'Jlmérique et à la côte de Guinée n'était pas interdit aux particuliers; mais ceux-ci ne pouvaient le faire sans la permission de la compagnie, qui leur délivrait même les congés nécessaires & cette navigation. Peu. de temps après, par arrêts du conseil d'État du 10 i>eptembre 1668etdu ISjnin i 660» il fut réglé quela compagnie ne délivrerait plus les congés et que» sur ses permissions» tl serait expédié des passe-ports du roi. Un des motifr de la formalité des passe-ports du roi fut de connaître ainsi Tétendue du commerce que les par^ ticuliers pouvaient faire dans les Iles» afin de régler là-dessus le 'temps de Texistence de la compagnie, qui ne devait être qu'un . établissement passager. Un autre motif plus grand fut d'empêcher les étrangers de partager ce commerce avec les Français ; parce qu'au moyen de permissions dandestines, la compagnie livrait le coipmeroe des lies aux étrangers, ce qui occasionna encore d'autres mesures pour mettre obstacle à cet abus. La compagnie des Indefnûccidontales n'accorda d'abord la permission de

%éê HISTOIRE M/iRiTIME

trafiquer aux tles de rAmériqua el aux oâlaa de 6uÎDée« qu*à la condition que les armateurB lui paiwaient six livres par tonneau du port de chaque navire pour aller, et eijiq pour cent en nature de marchandises de retour du cru du pays. Ces deux droits furent supprimés, le premier en 1609, le second en 1671, en ce qui concernait le transport des nègres; dans la dernière de ces années, le droit de dnq pour cent ftit réduit à trots sur toutes choses, et il y eut même exemption emnplète de tous droits de sortie et autres pour les marchandises destinées k rimérique.. Les armateurs furent tenus, à chaque voyage de leurs navires, de transporter aux colonies des bahîtanls, et des bêtes telles qpe dievaux et vaches; cette oMigationayantété peu à près levée, on fut hlentôtoUigé d'y revenir, en raison des besoins croissants des tles. Le marquisPirouvilledeTra<7, avec Tescadre dont on a parlé à la fin du chapitre précédent« avait non^senlement misaionite reprendre Cayennesur les Hollandaîsvmaia, choj»e plus importante» d*assurer aux Antilles les conséquences des résolutions prises à Paris, et de chasser les Anglais delà Hartinique eide Sainte-Lucie dont lia venaient de s*emparer. Getteeseadre, partie de La Rochelle avec quelques troupes, et les nouveaux colonsque Le Fèvrede La Barre destinait à la Guyane, commença par déposer oeuxH» à Cayenne. Asavue, ettémoinsdela volonté décoloniser de Le Fèvre de ÏA Barre, les Hollandais, au mois de mai 1664, ne jugèrent pas possible de se défendra, firani leur soumission aux Français et li« .vrèrenlleforiCapereaux dont on oban|^ le nomencalui de Foii» ^uls. Apaès quoit le lieutenant général pour le roi des établisse ments français dans l'Amérique, vint aux Antilles avee Tescadre et les troupes qu'elle poitaiL Après avoir promptement expulsé les Anglais de hiXartmiqueetdeSamte-Luflîa» il paya cent vingt miUa livres tournois atui héritiers IM dit Parquet ]N>Qr Tacquisition do ces deux lies ; pafiillasomme aux héritiers Befseral pour la moitié delà Goaddoupe etia totalité de Marie-Gekndeet de la Désiiadei œnt nille livras tournois au comte de Cerfllao pour luGrenadè at les Grenadins^ on acheta ausil de TOrdre de Halte les lies de SdntF^Ghris^fae, Sainte-Croix, Samt^iartin, Saint-Barthéleiny et la ToHue. Houèl seul s'obstina à'ne pas vendre sa |noitié de la Guadeloupe ; mais il ne lui m fiillut pas moins remettre son gou* loraement, qui fîit confié à un commandant pour le roi et la

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tiou?eUe com^gnie» nommé du Lion. Lajfartiniquc eut ouflsi son eonmandant particulier dans la personne de Ciodoré. Peu de

. tomps après Bertrand d'Ogeron fut appelé au conunandeiaMit de la Tortue et côte de Saint-Domingue $ il s'occupa» a>eo une

. admirable persévérance, et malgré des obstades sans nombre^ de coloniser sur cette edte et d*j fixer» dans ae but, les flibustiers» qui abandonnèrent en effet peu h peu la petite tle 4o la Tortue ; on vit se créer à Saint-Dominguç lea établissementa du Cap-Françai», duPort-de-Piiix, deLéogaaeet quelques autres moins importants. Dans TAmérique du Nord » le Canada eut aussi son commandant poup le roi et la compagnie des lades*- Occidentales, dans la personne ducomtedeCourcelles; rAçadia» dans celle de du Coudray, ainsi que TUe de Terre-Neuve» *

La compagnie des Indes-Orientales, constituée par lettres pa« tentes de Louis XIV du 26 mai 1664 et qui devait survivre avacr éclat à son fondateur, eut dans son domaine le commerce a?ec les contrées de Test de TAirique et de l'Asie. L'établissement du Fort-Dauphin de Madagascar, île où, pour le dire en passant, La Cazc était devenu Tépoux delà reine d'Amboul, fut acheté des héritiers du maréchal de La Meilleraie, et destiné à devenir le^ berceau delà nouvelle assootation et de lapuissancefintiiçaise dans les Indes. Le premier gouverneur pour le roi et la compagnie des îles Dauphiue (Madagascar) et Bourbon, fut le marquis de Mon'» devergue, qui n'arriva au Fort-Dauphin, avec quelques nouveaux colons, qu^en 4667. Colbert donna lui-môme d'emttentes idUslructions pour la colonie de Madagascar ; elles reoommandatei|l, entre autres choses* sous les peines les plus sévères, une grande moralité , le respect dss femmes et des propriétés , quelles qu'eUas fussent» de ne point réduire A l'esclava^ les habitants du paya» de las kaîtar hiuwmement, et da ne les jamais ni oulm^erm molester; allas mMmandaient aussi A toulas penouMs de ne jamais former partis séparés , ni d'atlioupemeDis pour aller à la guerre eontre originaiies du pays , sans otiikes sopérieun. NaiS) d*une part» cas sa^as nègleanents dsfaiant «voir Irop loin delà métropole leur mise k axéeutionrpour que €olbert jpùi « a^assurer A tamps de la manière dont on les suivraâl^' et, 4'autoa ^t» malfaeureiuemanf pour des coloniesnaissaoïes» Je marquii ^ Uondavariue Savait ni une lèlem u4e éMi|i» <iapaidBs da .

les mâiiitonir dans leur lettre jet dans leur esprit. Rien ne se forma de solide t tout ]iéricUta à Madagascar sous ce gouverneur que .l'on f||t bientôt obligé de rappeler en France, où il mourut, à San- ' mur, prisonnier d*Etat. Depuis l'explosion qui avait détruit quel- .ques années auparavant en grande partie l'établissement du Fort- Dauphin, on s*était surtout attaché à rétablir le fort. C'était, d'après Ui Description de CUniven de MannessonrHàllet, géographe con« temporain^un carrélong de vingt-cinq toisesdelongueur, sur vingt de krgenr. Des quatre anj^es, il n'y en avait que trois qui fussent couverts chacun d'un bastion. Le quatrième se rencontrait sur le roc escaipé; de sorte que cet angle était suffisamment défendu par une tour qu'on y» avait élevée. Le e6té qui regardait la mer était «aussi en précipice, et soutenu par une plate-forme où il y avait toujours des pièces en batterie. Cette enceinte renfisrmait le logement du gouverneur, flanqué de deux grosses tours bénies de pierres de taille : l'une destinée à servir de prison , l'autre de saUe diarmes. Les rades et les ports les plus assurés et les plus fréquentés & Madagascar, toujours au rapport du même géographè contemporain de cette époque, étaient le Port-au-Prince, ceux ^ du Fort-Dauphin, du Tonneire, des Bretons, de Saint-Augustin* de Saint- Vîncept, de Nansio, de Saint-André et le Rond.

Unnégociant nommé Caron, qui avait vieilli au service de la compagnie hollandaise des Indes, mais qui, ne s'étant pas trouvé suffisamment récomp«Dsé par elle, l'avait ensuite quittée pour s'attacberà lacompagniecrééepar Colbert, proposa défaire unétabhssenipnt français à Surate, sur la côte mémo du continent de l'Inde; choisi'pour l'un des trois directop/^ généraux de la compagnie dans l'Inde, avec Baron, ancien consul à Alex, et Blot, il s'éltÀlîten eflet, vers 4668, & Surate, pour en leiire le centre des opérations de ses nouveaux associés et aussi pour donner à penser sur son propre oompte, par sonvoisinagei à la coippagnîehoUandaîsedont il e^ niitsefaîf er^preder. DèsauparavrâtFIacouft avait obtenu destoneesBÎons pour la Ftoce à Ricotaet&laoola, sur kcôte de Malabar.

La compagnie française des Indes-Orientales obtint de Colbert Tautorisation de fonder un entrepôt sur la côte ouest de Bretagne, n fut fixé à une lieue du Port-Louis , au fond de la baie de Saint-* Louis ou du Blavet , sur la rive droite de l'embouchure du Scorff et à l'extrémité de la lande de Loc-Roch-Tan (lieu de la Roche*

lean) dont le vieui manoir en ruines sur nn monticole où s*jB8t élevée depuis la tour dè DécouTerte, avait, diUon » donné son nom aux sires de Roban. Ainsi placés au fond de la bue* dont l'entrée, , difficile et resserrée était fermée le soir par une forte chaîne de . fer qui barrait le ^ulet dans sa largeur, depuis le pied de la eîtadelle-da Port-Uiuis jusqu'à vm. autre fort, celui de EerbeTel. ^ situé en face, cet entrepôt était dans une entière sûreté. On l'appela rOrientt en raison de sa destination, qui était de recevoir des marchandises décrient et en l'honneur de ses fondateurs lés membres de la compagnie «des Indes-Orioitales, quoiqu'on ait prétendu depuis, par trop de prédilection peut-être .pour les étymologies gothiques, que cette compagnie avait songé a marier, sous le nom de l'Orient, le souvenir desanciens seigneurs de Loc- Roch-Tan à celui de sa propre origine.

Colbert ne se contenta pas de constituer ou de réorganiser des compagnies pour le commerce maritime ; il leur fit prêter des millions et «ila jusqu'à promettre aqx associés cinq pour cent d'intérêt dans les premières années. U offrit^ aa*nom du roi, dea honneurs et des titres héréditaires à tous ceux qui se distingueraient à leur service, el concéda, comme appAt, des droits con- * sidérables à quiconque y entrerait, fêt-il étranger; et çe fiurent ces avantages qui décidèrent Caron k se détacher de la compagnie • hollandaise. Comme il ne se trouvait pas un nombre suflGsant de bâtiments français pour une navigation vive et soutenue, un arrêt du conseil du commerce du roi, en date du 5 décembre t664, déclarant la compatibilité de la noblesse avec le commerce , oi£rit des récompenses à ceux qui feraient construire ou achèteraient des navires au-dessus de cent tonneaux, pour naviguer dans la mer Baltique et pour porter des habitants dans les colonies fran- • çaises. Un peu plus tard, un arrêt accorda aux maîtres des navires français frétés pour la compagnie chargée du commerce du Nord , cent sous par tonneau , au delà de ce quijierait réglé pour le fret des bâtiments hollandais employés par cette compagnie , dont quarante sous par celle-ci et trois livres pour le compte du . roi ; un autre arrêt invita les étrangers propriétaires de navires à ^ venir s'établir dans tel port du royaume qu'ils voudraient, en leur offrant aussi une gratUicatioji de cent sous par tonneau, pour » chaque iiavire de cent tonneaux et de , six livres pour chaque ton» '*

neau de navoean-dessusde cent tooneaui, à la charge seu1eoM»it par* eux de déclarer au greffe de Famiraulé ou de la aurinten* dance de la navigation qui en tenait lien , que leur intention était de se éier en France. On gratifia de quatre tirrea par tonneau qui- * . conque disait construire des navires, ou en achetait pour les ia- Ifoduire dans les ports français: Les étrangers n'avaient point ' interdiction, en ce temps, de faire le commerce dans ces ports; mais il ne leur était permis- qu'à^la cha^e de payer un droit de cinquante sous par tojmeau; les Espagnob et les Flamands pâyaienlun éou par tonneau. Cela dura jusqu'à ce que la fâcheuse

• révocation de l'édit.de Nantes, que ne put empêcher Colbert, ayant laissé un vide dans les ports, on essayât de le combler, en permettant, par un arrêt du 44 janvier 4686, aux étrangers de toute religion de commerœpen Franoe* d*y séjourner et d*en sortir en toqfe Kberté.

Quand Colbert créait des compagnies, ce n'était pas qu*il fftt aVnl du monopole^ et des privilèges commerciaux; mais, .comme ^ ;Richdiett, fl pressentait tous les avantages de l'association, et, o1)ligé de vivre avec son siècle, il ne la pouvait d'abord faire nattre, pour que l'État en profitât, qu^avecune partie des'abus de l'époque ; son idée était deretirerpeu À peu aux compagnies, lorsqu'elles lui parattmients'être suffisamment enrichies, lesiramenses avantages qu'il leur avait accordés, comme stimulants, à leur» débuts, pour les répartir ensuite sur toutes les classes de la nar tien. Colbert fit garantir par le roi au commerce, et particulié* rement à celui des compagnies des Indes-Orkntales et Occidentales, l'appui des forcés navales de l'État, au moyen de divisions d'armées ou d'escadres aussi nombreuses que les circonstances * l'exigeraient, pour escorter l^s convois et les retours de bâtiments marchands. Ce solennel engagement conduisait nécessai-

. rement à donner une extension jusqu'alors inconnue à la marine militaire de France. Cest, ei»ce qui concerne cet ouvrage, la seconde phase de la vie de Colbert, qui , pour le dire seulement en « • passant, faisait élever, dans le même temps, les plus beaux mo-. *numents de la capitale , réunissait chez lut tous les savants, tous les littérateurs, tous les artistes, fondait 4es académies, entre autres

' FÂcadémie dessciences, et, deccshauteursmagnifiques, descendait

' "aux détails du pavé, de l'éclairage et de la sûreté desmesâePari»

»Ë FHAKC£.

Voilà dbnc Golberl» que le besoin de faife fleurir les floances de rÉtat avait mmé à ^occuper de la prospérité et de Texieneîon du commerce, conduit maintenant, par la nécessitô qu*il s'imposait de protéger efficacement ceiui*ci, à consacrer une large part de ses veite à la marine du royaume. Déjà il avait noué une correspondance active avec le grand-mattre de la nar 'vfgatîon et du commerce' et avec tes généraux des galères ; il avaitusé de toute son influence pour feîre nommer des intendants et des commissaires généraux de la marine dignes de comprendre et de seconder ses vues. Il- y avait un vieil administrateur dont les serrices remontaient à l'an 1622; parent du duc de Gesvres, gouverneur de Paris, il avait été chargé de plusieurs missions relatives à la marine; en huit jours de négociations » il avait ob^ tenu, du temps des guerres ciriles de teligion, un secours de Yingi-deux navires de Hollande, que Louis XIH Tavait ensuite chargé d*aller recevoir au BUvre-'de-Grâce; lors du siège de La Rochelle par Richelieu, il avait été pourvu du commissariat général de Tannée navale, et, après la prise de la ville, il avait été chargé du désarmement des vaisseaux. En 1629, il avait eu commission d'aller risiter tous les ports de France, à com* mencer de la frontière de Calais du côté de la Bicardie, jus^' qu'à celte de Bayonne du côté de TEspagne, pour y éiatiltf les droits de l'amirauté ; ea 4636 , lorsqu'on préparait les moyens de reprendre les lies Sainte-Marguerite sur les Espagnols, il avait encore été«hargé des fonctions de commissaire général sur les vaisseaux, sous l'autorité de l'évêque Beauvau; il était en oon* séquence parti de Paris, accompagné de deux commissaires , d*un commis de contrôle, d*un garde-magasin, du prévôt de la marine de Ponant et de quatre archers ; en 1642 , après la mort du cardinal de Richelieu, il s'était* de* lui-même retiré du service; mais U avait été presque immédiatement rappelé et envoyé à Toulon pour y ex^cer la charge d'intendant des armées navales,* charge dont il s'était acquitté jusqu'à Tannée 1661, où César de Vendôme avait été nommé grand-maitre de la navigation; ce vieux serviteur dans la marine était Louis Le Roux , chevalier sei-^ gneur d*InfreriUe et de Saint-Aubin-d'Escroville , qui venait d'être , nommé conseiller d'État, en 1664» et qui , en 1665 , fut de nouveau tiré de hi retraite pour aller remplir à Toulon son ancienne^

charge d'intendant de la justice , police et finances de la maiinet à laquelle fut jointe l'intendance des troupes de Provence, charges qu'il devait continuer d'exercer jusqu'à Tannée 1670. A cette époque, il devait, non sans peine et seulement en raison de son grand âge, recevoir définitivement sa retraite d'intendant général

•.^et avoir pour successeur Louis Matharel qui, ayant exercé les fonctions de surintendant du grand - maître , était présentement- •secrétaire général de la marine de Levant et de Ponant , par provisions de ce grand officier de la couronne, comme l'avaient été avant lui les sieurs de Loynes et La Boulaye, comme le furent après lui les sieurs Lefoin et do Vaiencourt. Quoique Le Koux d'Infreville fût intendant général de la marine de Levant, la marine des galères eut son intendant indépendant dans la personne d'Ârnonl. Un cousin de Colhert, nommé Colberl de Terron, conseiller d'I'Jat et administrateur éminenl, exerçait déjà, depuis trois à quatre ans, la charge d'intendant de la ninrine de Ponant, à La Rochelle et Brouagp, avant la commission qui lui fut donnée, le 17 avril 1 GGG, d'intendant de la justice, police et finances des annrcs de Ponant et en toutes les côtes de Ponant , tant en mer que dedans les ports, sous l'niitorilé du grand-maitre d*' la n ivigalion. Sous ces chefs ,

'principaux de Tadministration raarituue dans les ports fonctionnaient, en qualité de commissaires généraux d un mérite reconnu, de Seuil, dti La Guette et Brodarl. Tandis que l'habile construrtenr Rodolphe continuait à diriger, comme maître charpentier, les chantiers de Toulon, et que son digne confrère Es!irnii en faisait autant au Hdvre-dc-Gnice , un autre constructeur l etiiarquable, Uubac père, était envoyé , dès 1664, h Brest, pour y bàln- deux vaisseaux, ce qui indiquait que l'on ailaii commencer à s'occuper de ce porl. Le fils d'Hubac et les deux fils d'Esaaut furent envoyés en Hollande et en Angleterre pour s'y perfectiotmer dans l'art des constructions navales. • nuui(jue Brest fixât Paltenfion des hommes les plus expérimentés dans la marine, telsque Duquesneet levieiliulemlant dTnfn ville, qui avaient même réussi à faire goiMer à ce sujet leurs aices au grand-maître Beaufort, Louis \1V et Colberl lui-même, mal insftin's à cet égard par de T<Tron, trouvaient encore dans ce temps (pi on exaltait outre mesure les mérites de ce porl, et que i' on avait mieux ù faire que de s'occuper de lui, eu créant (quelque

grand établisseaent maritime sur lescôtesde Saintonge ou «i^Aunis. - Colbertde Terron, quifaisaliaussisouvent sa résidence de Brouage que de î.a UoLlicUe « avait engagé son cousin à entreprendre de rétablir ce dernier |K>rt. Déjà on allait s'en occuper activement, ' quand de Terron ayant ^ à se plaindre du gouyemenr de la ^ce, laquelle relevait avant tout du secrétaire d'État chargé du département de la guerre, prit le parti de retirer la marine de Brouage, endonnant pour prétexte les inutilesefibrts que l'on avait faits du temps du cardinal de Richelieu pour eitraire les bâtiments qui y avaient été échoués dans la vase sous le règne de Henri m. Mais, comme on voulait un port dans ces parages, il proposa Soubise, sur la Charente, où l'on avait construit quelques navires en 1G59 ; mais la famille de Rohan , à qui ce lieu appartenait , refusa de le vendre. Cette opposition fit prendre le parti de chercher sur la même rivière un lieu convenable ; on remonta jusqu'à loonai-Charente , ville dans une agréable situation, où Teau passait pour excellente , l'air pour très-pur, et dans le voisinage de laquelle on crut d'abord trouva tout ce qui était nécessaire à la fondation d'un port; on prit aussitôt des mesures pour y établir la marine ; on traça le plan du parc, etc., et , dès le t2 juillet 4664, les vaisseaui du roi entrèrent dans la ririère. Lesembarquements et les débarquements s*y opérèrent, et Toir y désarma une escadre de onze vaisseaux, omunandée par Du Mée . d'Aplemont. Hais ces commencements, qui semblaient si brillants, ne devaient pas avoir de suite. Outre que la famille de Mortemart, ^ à qui appartenait Tonnai-Charente, fit difficulté de vendre sa terre, on trouva, dans l'éloignement de la rade et dans le peu de largeur de la rivière à cet endroit des obstacles qui devaient faire abandonner cet établissement avant que trois ans entiers se fussent écoulés.

A ces essais éphémères, et que Ton peut considérer connue les tâtonnements de l'ère nouvdle qui s'ouvrait pour la marine de France, se joignaient déjà des travaux durables. Le Hâvre-de- Grâce ressentait l'effet de ces funestes galets que les vagues roulent, après les avoir détachés des falaises qui forment la côte de Normandie, pour en faire la ruine successive de presque tbus les porls de cette province \ l'avant*port et lès bassins en étaient remplis \ on remaïquait que la mer, qui naguère encore battait *

toul auprès de la Tille, du côté du port , commençait h jeter entre elle-même et celie-ci un lit de cailloux ; les éeluses du Bassin da B< ù l' taieQi eo roiiMs; il n'y avait plus d'ouvriers dan^ les ^iteliers, ni d'approvisionnements dans les magasins. Colbert eatKpiit de rendre à ce port sa splendeur, deTaugmenter même, avec Taidé intelligent du duc de Saint-Aignan qui était gouverneur de la villa, et surtout avec celui de l'îllustre Yauban. Les habitants corvéables du Hâvre el des environs étaient employés, au nombre de cinq à six cents par jour, à dégager Pentrée du chenal pour laisser le passage libre aux navires. Yauban, envoyé sur les lieux afin de juger de ce qu'il conviendrait de faire pour arrêter un tel état de cboses, pensa que le meilleur moyen pour se débarrasser des galets et de la vase» serait de creuser un canal qui , partant d'Harfleor et portant les eaux de la Lézarde au Hâvre, fournirait un plus grand volume d'eau aux chasses destinées À, rejeter le galet dans la mer. Danaresprit de ses fondateurs , ce canal devait en outre servir au transport des denrées et permettrait à de nombreuses nutnuCsctores de s'établir sur ses bords. Il fut entrepris et terminé comme par enchantement en 4 666. Les écluses brisées furent rétablies, la jetée du nord fût prolongée; en môme temps la Bassin du Roi, ainsi nommé parce qu'il était consacré à la marine royale* fut mis en état de recevoir de vingt-cinq à trente biU timents de guerre ; et il en reçut souvent qui portaient jtisqu'à ^canons et plus. L'arsenal fut presque entièrement rebâti , entre

' le quartier Notre-Dame et celui de Saint-François , à l'extrémité du Bassin du Roi ot auprès d'un grand édifice que la compagnie des Indes faisait élever pour son propre usage. Un peu plus tard, Colbert fit élever au HAm, sous le coteau d'Ingou ville, unhdpîtal général, pour remplacer un <'lablissf»ment du mi^rae genre que Henri II y avait autrefois fondé y el il établit dans cette ville la principale des écoles d'hydrographie de France, dans laquelle les enl'ants furent hbrement admis. Aussi le port du Hâvre eutîi bientôt la réputation de fournir les plus habiles et les phis hardis navigateurs de l'Europe.

Cependant la guerre contre les corsaires barbaresques se poursuivait avec ardeur et continuait à former d'babiles marins pour le moment où éclaterait la grande guerre maritime. Dès le

* commencement de l'année 4664, d'Hocquinoourt» ayant recouvré

DË CMNCB. 155

. Sft MBlé, 9*éiah' remiB en ooune avec TouniI« et Haihii. Ib «^avaient que ieo» trois bâtimeats, quand Harini signala un ^land noml|pe de Yoîlea. Céiaient trentMx galèvas tmques, toute une flotte. EUas venaient, forçant à la ibis da Toiles et de rames, et Ton ne iKm?ait guère se flatter de n'en pas élrar atteint ; d*ail* leurs les tH>i$ intràiiides niaitns ii*élaient pas gens àieçuler. Ils s'apprêtèrent au contraire à bien réoeToir rennemi. Les trente* 8Î1 galères anivècentsur eui. Ils eurent soin de ne se laisser fli entourer, ni aboider, pressant leurs bordées et jetant des gre* . nades et des lanees à feu sur les galèies pour lés tenir à distance, car autrement le nombre les eût infiûHibteinent écrasés. La bataille, on peut bien donner ce. nom à une lotie dans laquelle il j atait d*Qn cèt trente^six voiles, la bataille dura neuf heures , sans que les Turcs vinssent à boni dTun seul des iroès bAtimenIs ebrétiens'. Au ëbntraire, leurs galères furent si désemparées et perdirent tant de monde, plus de huit oenla hommes» qtt% cheiw chèrent leur salut en sa retirant en toute bAto sous te canon du port Mphitto dans 111e de Scio. Les vainqueurs revinrent k Malte. ÛD y aecueiltit d'abord avee joie leur succès, mais bientôt on parut en prendre ombrage. L*bérôîque activité des trois braves marins était une aecusatioa tacite de la nonehabinee dans laqueUe eommen^aît à tomber TOrdre de Sailnt^fan à eette époque.

Pour tenir désormais les corsaires ds Barbarie daqs te-respect * • et bi craintes lé gouvernement de Louis XIV jugea qu'après avoif en partie détruit leur marine , 0 fallait s'assurer un étebiissement sur leurs côtes i qui mit à porté» non^seulement d*enlevsr leurs vaisseaux, mais encore de foire des courses dans teurs terres et de les ravager, quand on aurait contré eux des griefe. Dans ce but, ordre fut donné d*armer tous les bâtimenis de gusrre en quelque sorte que possédait TÉtet.

Pendant que te ehevalier Paul et Duquesne finsaient les préparatifo de cette expédition , te (^d-^tre Voanibrt partait de Toulon, te 3 mars 4664, avec sept vaisseaux, pour frayer la route, en nettoyant te mer de corsaires. Le 45 mars, il prit deux brî* gantinsd* Alger avee. soixante Bt douae hommes. Heures eu Tuvos» et, te 41, ayant atteint une escadre de sept bAtiments ennemis» il enleva l'un deceux*ci, de 86 canons^ et réduisit les antres, qui étctent, de même force, à s» brûler. Le 48 mars, BeauloiM vint

m HISTOIRE >lÀUITiME

mouiller aux îles Baléares, en rade dlvica, où il trouva le capitaine de Taisseau de Pteuilly^d'Humières qui avait enlevé , de 8oneôté« aux corsaiieSt une prise génoise portant cinquauteHanq Maures et une charge de blé. U porta ensuite sa croisière vers lés côtes d'Alger, y prit quatre navires corsaires , deux Mtiments remplis de munitions t et amena le tout, le 30 avril , dans le poil de Toulon.

Le grand-maitre trouva les préparatifs de l'expédition projetée fort avancés. On construisait, depuis trois ans, avec tant d'ardeur dans les ports de France, que, le 4*' juillet 4664 , on put • voir sortir de Toulon une belle flotte de seize vaisseaux de ligne , sept autres bâtiments de guerre , quarante et une grandes bar- ^ ques et huit galères. Ces dernières étaient commandées par le lieutenant général comte de Terme et devaient être jointes par les galères de Malte amenées par le baiUi d'Arménie. Six mille hommes de troupes réglées» commandées par le marquis de Gadagne , étaient embarqués sur la flotte qui avait pour amiral en titre le grand-maître de la navigation , mais pour guide en lait le chevalier Paul. Retenue jusqu'au 18 juillet, par les vents contraires , au Port-Mahon , où les galères de Malte l'avaient jointe» la flotte française arriva , le SIO» devant Bougie. Un calme étant survenu » fieaufort en profita pour passer sur la capitane des ga- ' 1ères accompagné du marquis de Gadagne et de l'ingénieur milittiire de Clerville. L'intention de ces chefs était d'aller reconnaître • de très-près Bougie» pour donner le change aux ennemis et leur fiiire ooire que c'était à cette place qu'on en voulait. La ruse réussit : car» le 24 juillet au matin » plus de dix mille Maures étaient accourus sur ce point pour y empêcher la descente.

Le ^ juillet, la flotte arriva devant Djidjeli , ville de la Régence , d'Alger» entre Bougie et Kollo, qui était le poste dont on voulait s'emparer et dont la position avait paru la plus avantageuse pour . l'exécution du projet d'établissement. Le vent étant tombé tout à coup, ordre fut donné aux galères de remorquer les vaisseaux jusque d nns l(> port , ce qu'elles firent à l'instant. A peine eut-on reconnu l'endroit le plus favorable au débarquement» que les troupes mirent pied à terre , appuyées par le feu dea vaisseaux et des galères. L'infanterie et la cavalerie des Maures qui étaient postées dans un kxi nommé le Marabout , essayèrent eù vain de s'opposer à

DE FftAiNCE. 167

la descente ; en peu d'instants Tennemi fut délogé de toutes set positions; ce que voyant les habitants de la ville, ils abandonnèrent leurs maisons et prirent la fuite. Aussitôt, une partie des troupes françaises entra daas*Djidjeli, et les régiments de Picardie, de Navarre, de Normandie et des vaisseaux occupèrent dans la plaine les postes regardés comme les plus avantageux. Le 24 juillet, la croii fut arborée sur la principale tour de la place. Mais on ne cessa pas d*avoir à essuyer des escarmouches de la part des musulmans dispersés dans la plaine. Le commandant d'artillerie de Béthencourt, héritier du nom et de lalsmille de Tancien conquérant et roi des lies Canaries dont on a raconté les expéditions au moyen âge, activa les travaux de la défense, au point que , dès le 28 juillet, il y avait sur leà lignes trente canons et quatre-vingts pierriers, et que, les 4 et o août, on fut en mesure de bien recevoir les Maures et les Turcs qui vinrent, au nombre d'environ neuf mille, attaquer, pendant ces deux jours» les redoutes des Français , mais sans pouvoir les emporter. Depuis lors, on resta assez tranquille dans la conquête, jusqu^à la fin d'octobre.

Par malheur, le besoin fébrile de mouvement et d'aventures qui travaillait le duc de Beaufort, poussa ce grand-maître de k navigation à s'éloigner de Djidjeli et à emmener une partie des vaisseaux et des troupes devant Bougie, où étant arrivé le ' ' S7 octobre, il fit enlever deux bâtiments corsaires par un détachement de chaloupes et de soldats, sous le commandement des officiers de marine d'Uectot et des Lauriers. L*un de ces bâtiments , qui était de 34 canons , fut amariné ; on brûla l'autre qui disait eau de toutes parts.

Mais pendant que Beaufort poursuivait ces succès de détail lë ' long de la côte de la Régence d'Alger, les Maures et les Turcs pro- , Étaient de son élpignement pour venir, le 30 octobre 4664 , au nombre de plus de. vingt mille, attaquer les lignes et les fortifications du marquis de Gadagne à Djidjeli. A la vue de cette multitude, contre laquelle il eût été facile de tenir avec un peu de sang-froid, les soldats du marquis de Gadagne furent saisis d'une terreur panique. Malgré les représentations de leur général qui leur criait qu'on pourrait aisément résister jusqu'2 l'arrivée d'un secours, il fallut céder à leur effroi, abandonné

m lllSTOIfiF. MAftlTÏMr

la ronqtiiMcî ol rogagiier on drsonlre, dans la nuit du 30 ail 31 (iclohre, ( eux des nnviresxie Franco qui ûlaieut restés au mouil- • léim', l.iisvnni derrière soi 1rs r.uions, et s*t;sliiuant trop hou rcux, dans celW (UtchiIc, du u'vivi} point ciiargé de trop près par les ennemis que le ninrquis de Gadaguo contenait de son mieux» o?ec une arrièxe-garde d'élile. La floite fui ensuite ramenée à Toulon.

L'année 1605 marqua par la rég«^néralion de la marine militaire, conimo l'année précédente avait niarfjué par la création des compainîTr s des Tndcs et dn canal du Midi. Le besoin de venger les armes de ia tranee de lo calaslrciphe de Djidjeli, sollicitait î.oiiis XIV à presser un armement naval imposant. La guerre entre l'Angleterra et la Hollande était umî nouvelle cause d'activité dans les ports dn royaume, ce monarque étant incessamment mis en demeure par la seconde de ces nations de prendre parti pour elle, conformément au traité d'alliance offensive et défensive de MiiSty et tenant d'ailleurs ù faire valoir tout le mérite de sa récente puissance auprès des deux parties belligérantes. Peudanî que Ton construisait et que Ton armait des vaisseaux, le grandmaître, par l'ordre du roi, délivrait im grand nombre de commissions d'officiers généraux, de capitaines et d'autres grades» aux marins destinés à les monter. Le o mars 1(i(>0, le chevalier Paul, lieutenant général des armées navales, reçut commission en qualité de lieutenant général, pour commander sur la flotte; le lieutenant général marquis de Martel en reçut une semblable, ainsi que Duquesne, qualiflé premier ciief d'escadre des vaisseaux du roi, et Gabaret père, chef d'escadre, qui recevait du •^rand-matlre , comme les précédents, couuuiMioa de lieutenant général ponr commander sur la flotte.

Le 6 mai, Duquesne arrivait de Toulon à Brest, avec une escadre dite du Ponant, composée du Vendôme^ de 72 canons et six cents hommes d'équipages, sur lequel il avait arboré son ptvillon ; du Diamant, de 60 canons et quatre cents hommes d'équî* pages, capitaine d'Alracras, depuis lieutenant général; du Itniis^ de ôO canons et quatre cents hommes; du Trîomplte, de iO ca« nens et trois cents hommes; du ^fatarint d'autant; du Mcrcœur^ aè 30 canons et doux cent trente hommes, capitaine de Turelles- , f hiballier^ depuis cheC d'escadre $ du BeanfoHf de 96 canons

ésaxtmi Irenle hommes, capitaine de Preuilly d'Humit los , depuis lienlenaol général ; de C Infante , de 30 oim ni d^ ux cents hommes ; de la Victoire, de 30 canons et deux rt^i 1 1 renie lioinines ; de t Hermine, de 30 canons el deux cents hommes, capitaine de Sourdis ; de ri\irondeUey de 30 canons et deux cent vingt hommes, capitaine Punnelicr, depuis ofiiiierg«'nérnl des plus remnrquoMesf « du Xhin/cerçuoii, de 24 canons el deux cents hommes, capil un* de * Bcaumont;du fiour/m«, d^oO cnnf>nspt quatre cents hnmmesj de h Notre-Dame-des- Anges, de 16 canons el cent cniquanle hommes, capitaine Jarobsen, de Dunkerque; du Grand-Charles , de 34 canons elcent trente hommes et de sept brûiots, parmi les capitaines * desquels figuraient Champagne et Chaboisseau. D' Aimeras fui

quelque temps détach*^ de cette escadre avec une division poUr convoyer les navires marchands, sfinn IVn^agcnu iit queGolbert avait fait prendre au roi vis-à-vis du commer( e maritime. L'iniondanl de la marine du Levant, d'Infreville , accompagnait Duquesne; connaissant de vieille date la cote du Ponant, il se flattait de con* courir, avec l'illustre marin , à faire revenir ïxniis XIV et Colberl de« préventions qu*on leur avait données an sujet de Brest. Colberl d'nill*Mirs avait une telle confiance dans l'expérience consommée de Duquesne, qu'il avait fait donnor à ce général, nonobstant la pn'senc'e de d'Infreville sur l'escadre et celle de l'intondant de irrron à La Rochelle, rautorité administrative ot milii lire réuni 1, exception unique peiit-f'lre de la part de ce ministre qui trouvait diiOcile que l'on pût jjf r( r et commftii lor tout enseniblc.

C'est alors que Brest commença à devenir un arsenal de manne, sous la direction de Duquesne. Ce grand homme releva d'abord les sondes de tnnq les points de la rade et de la côte, depuis Belle-Isle jusqu'à Saïut-Maio ; il fit baliser les rades et Ips embouchures des rivières ; il dressa la carte des abords de Rri st ' et des côtes voisines, carie que Colberl fit graver et remettre aux capitiunes, qui eurent ordre delà tenir secrète; il donna la cliasse aux corsaires avec son escadre , et rendit libres les communications entre Brest el les lieux d'o^i il tirait ses approvisionnements. Toutefois, il n'était pas sans rencontrer de grands obstacles à son projet. On le pressait de faire terminer les vaisseaux en chantier^ mais les magasins étaient vides ; les gentilshommes propriétaires des environs fefiisaienide i^ndre te bois dontoUftfoiibeâohi

160 HISTOIRE MAniTTMË «

faire ies bordages; le seigneur de Locmnna Miliii ju^îqn'è prétendre que les caiioiis pris à l'ennemi dans les eaux de sa seigneurie lui reveiiuieiil de droit; outre cela, la désertion s'était mise dans les équipages de l'escadre, mélange de Bretons et de Provençaux qui ne pouvaient s'entendre et étaient en jn (Telles continuelles. Duquesne, caractère naturellement très-nnpatient et Irès-irritable , s'indignait de u>iis ces obstacles; il témoignait , dans sa correspondance avec Colbert, de son étonnement que l'on n'en linit pas avec les prétentions des seigneurs Lreluus, et demandait avec instances qu'on vîntau secoursde la discipline. Colbert, qui esliniait ses avis par-dessus tous les autres, mais qui était d'un caractère plus patient, l'encourageait {"i persévérer et lui promettait que , peu à peu , tout irait suivant ses désirs. Au commencement de l'année 1666, il lui envoya pour Fassislcr et lui épargner les détails de radinmistration, le comniissaire général, depuis intendant, de Seuil qui eut ordre de le consulter en toutes les occasions et de ne rien faire ^ans sa participai ion. De Seuil fit aussitôt construire vingt-huit nouveaux magasins tout en pierre, du côté de la Kecouvrance, à la place ou près de ceux ipie l'on avait élevés du temps de Richelieu; et, sur le bord o|)pi)st do la rivière de Penfeld, il édifia le magasin général. En même le'mps, ifentrepril la construciion de la corderie et des étuves, d' un moulin à p 'udre et d'un liopilal provisoire; enfin, il fil élever, pour l'administration, un liùlel qui prit le nomde Maison du Roi. Peu après, furent encore construits seize nouveaux magasins, d(!ijx fori^cs à ancres et divers au 1res ateliers. Les rochers qui bordent ia Penfeld, que l'on avait fait sauter pour élargir les bords de cette profonde et sinueuse rivière, servaient h la construction des étiiiice^». \\> servirent aussi, dès l'année suivante, à faire de grandes réparai ions au vieux château de Brest et à élever quelques ouvrages en avant * des anciens murs de la ville. L'ingénieur Sainte-Colombe était plus particulièrement chargé des travaux de fortifications, quoiqu'il s'ocr upcit aussi des magasins et des autres constructions du port. Du LÙii de Recouvrance, des batteries lurent eiauiies, dans le même temps, pour défendre le bord de la rade; le reste de ce quartier fut presque entièrement couvert par nneliguedc redoutes et de relranchements en terre. Le Goulel et la côte du Conquel furent aussi armés de ballenes , dont* deux portaient le nom do

Beaufort. Le parlement de Bretagne, craignant sans doute pour les franchises de la province ou plutôt cédant aux obsessions d'une noblesse jalouse de perpétuer ses vieux droits féodaux, avait défendu aux maîtres de forges de fondre des pièces d'artillerie ; mais d'une part on ne tint pas compte de ses arrêts à cet égard et d'autre part on fit venir des canons du Nivernais. Duquesne fit fermer l'entrée du port de Brest par une chaîne. Il s'occupa particulièrement de faire construire des cales et des quais, d'abord en pierre sèche, et fit dresser la première machine à mâter. Il demanda que l'on établit, dans la crique de Troulam, une forme pour bâlir et radouber les vaisseaux. Deux arrêts du conseil du roi forcèrent les propriétaires récalcitrants des forêts du Faou et de Cranou à livrer leurs bois à la marine. Les chantiers de Brest commencèrent à prendre quelque importance, sous la conduite de Ilubac à qui Colbert donna, quelques années plus tard, vingt habiles charpentiers hollandais qu'il établit à* Brest avec leurs familles. Tels furent les commencements sérieux du plus grand des arsenaux maritimes de la France sur l'Océan. D'autre part , dMmportants travaux étaient déjà en cours d'exécution à Dunkerque.

Cependant, les vaisseaux restés dans la Méditerranée étaient tout d'abord destinés à venger le pavillon français du funeste événement de Djidjeli. En attendant que toute sa flotte fût prête , Beaufort était parti de Toulon , dès le 1 0 février, pour aller de nouveau chercher les corsaires jusque dans leurs ports, avec cinq bdtiments, le Royale de 50 canons, qu'il montait, ayant à son bord ^abaret père, dont les fils Jean et Louis Gabaret, quoique la conduite de l'un des deux ne fût pas toujours irréprochable, jouissaient déjà d'une certaine réputation dans la marine ; le Kercœur, de 36 , capitaine de Torelle-Thiballier ; tÉe»^ reuilj de 38 , capitaine de Preuilly d'Humières ; la Perle , de 36 , capitaine de Kerjan; tÉttnlet de 36, capitaine des Lauriers, et deux brûlots, la Smnte-Anne, de 16 canons, capitaine Cham-* pagne, ^t le Saint-^yprien, capitaine deCoux.Le grand-^matlre arriva devant Tunis , le mars , et, le 4 , il fit attaquer les nombreux bâtiments corsaires qui s'étaient retirés sous la protection du fort de la Goulette. L'affaire fut très-chaude et coûta la vie au |

capitaine des Lauriers qui .av«t entrepris d'aborder l'amiral dea : nu • tt < !

corsaires ; n/'Hnmoins ce bdlimenl et deux aulres, de 40 à 50 cAnon^ furtMil brftk^s ou co»l<^s Iws. La nuit favorisa la fiiiU* des autres.

licnlenaiil gémirai Paul élaut venu se rallier à Beaufort , en nule (l Al-'pr, avec quelques vaisseaux, il fuldt^p^ihé pour aller h la chasse des corsaires algériens qui s'étaient réunis, au mois d'aoûl , en nombre considérable. Parli sans attendre le gros de sa division, le chevalier Paul découvrit cinq des bMimenls barLaresques, les poursuivit, les obligea à aller mouiller, à Touesl d'Alger, au fort de Cherchell, et les canonna jusque dans leur retraite. Attiré» par le bruit de ses canons, les autres bâtiments de sa division vinrent le joindre. Beaufort y alla aussi avec ie Saint-Philippe 1 sur lequel il ayait transporté son pavillon, et avec le gros de sa flotte; mais il ne restait pour ainsi dire plus rien à faire quand il arriva. Déjà le chevalier Paul, assisté du lieutenant général de Marlel, des capitaines de vaisseau Des Ar* den* et de 1^ Giraudière» et du capitaine do brûlot de Coux, avait mis le feu à deux des bâtiments algérieiis et réduit les aulres à la dernière extrémité. Ceux-ci ne tardèrent pas en effet ù se rendre. Peu après, ayant sous ses ordres huit biUiments, le Sainte Philippe, de 74 canons, que montaient Gabaret père, Jean Cabaret, son fils, et les capitaines Gombault et Langlois; laltoynle, de 56 , portant le chevalier Paul ; le Dauphin , de 56 aussi , monté par le lieutenant général de Martel; la Reine, de m^me force, capitaine Dos Ardens; la Perte, de 36, capitaine de Kerjan; /n Notre-Dame, de 35, capitaine La Giraudière jeune; le brûlot la Sainic-Anne, de 16 canons, capitaine-major de Belle-Isle ; et le brûlot h Smnt-Cyprien, de même force, capitaine de Coux, le duc de Beaufort engagea, dansles mêmes parages, une action générale avec les corsaires d'Alger réunis en flotte, et leur fit essuyer une nouvelle et décisive défaite dans laquelle on prit leur amiral, leur vice-amiral, leur contre-amiral , et dix autres bdti* ments, sans compter deux navires qui furent briilés dans le port. Au mois de septembre de la même année, le duc de Beaufort enleva deux bâtiments tunisiens chargés de marchandises et mit le feu û un iruisièrue. Le 1*' octobre, le capitaine de Tivas coula bas un bâtiment algérien et reprit sur les corsaires deux navires d'Angleterre. Les pertes maritimes faites par les puissances barbaresqucsjdélerumiti oal la régence ô-è Tunis à demander la pals,

toE rHAMCÉ. . m

k 95 novembre 466l>. Cette d'Âlgor rimita bieiitdt oprès. Les deux élato oonsenlirent à rendre tous leur» esclaTes français* et , comme pour Umoigner sa satisfoetion de la paix , le dey d*A1ger enYoya des présenta À Loub XIV*

Pendant 00 temps» d*Hocqoinooiitt el da Tourville ayaient poursuivi le cours de leurs exploits. Mécbtitanti do Taécueil qu'on leur avdil fait h Malte, après la brilkinle action contre les trente* six galères musulmanes, ils avaient r^lu de quitter le pavillon deâ Religion et de prendre celui de Venise* <ette dernière république leur fournit deux vaisseaux pour aller croiser vers l'entrée du golfe Adriatique et protéger le commerce d'Italie. Tel fui l'objet de leur campagne do HOSt II y avait assez longtemps d(^jà qu'ils attendaient en vain quelque rencontre^ quand ils découvrirent enfin trois bâtiments marchands de Venise qui se di'fendaienl contre deux corsaires turcs et étaient sur le point de succomber. Ils Tolent à leur secours, les font ranger der^ rièro eux el prennent leur place. Tourville laissa monter les équipages d'un des corsaires à l'abordage do son vaisseau; pas . un de ceux qui avaient eu cette ténwîrité n'échappa. Toutefois \(Sm^ bâtiment coupa les grappins et prit le large. D'Hocquincourt cotda bas l'autre corsaire, (it intrépide marin ayail él«^ séparé de son compagnon de gloire par une tomp^^to et était allé se réfugier à un mouillage, quand trente-trois gajères ottomanes et dix-huit cents janissaires vinrent Tattaquert par terre el [uir mer, à la pointe du jour du 28 septembre 1665 , avec tant de furie, qu'en un instant ses voiles furent mises en pièces , sa poupe fut cou-» verle de flèches et le corps de son vaisseau percé en plusieurs endroits. Mais l'inlrépide chevalier ne se sent point ébranlé dans son eœur par cet assaut; il redouble d'énergie et de ressources • sous le danger qui le presse de toules paris. Deux flèches qu'il reçoit dans le corps ne sont qu'un aiguillon pour sa fureur ; quarante de ses honnnes lues, parmi lesquels le chevalier du Moulin* soixante el dix autres hlessés, ne lui font point perdre l'espérance de remporter la victoire. Six cents des janissaires sont fauchés par sa mousquelerie , ses kuices à feu , ses grenades el son carion qui battent inccssaniment des deux bords; nouibre de galères turques, parmi lesquelles la capitane, ne laissent plus voir autour du vaisbtuu i^ue de lloUauls débris, liniiu , après sept heures

164 HISTOIRE MARITIAIË

d'uD combat dans lequel trente-trois galères n^avaîent pu réduire un vaisseau isolé, les ennemis firent retraite, et d*Hocquincourt alla se radouber à Tlle Lipari où on le reçut avec des transports d^admiradon. De son côté t Tourville ajant rencontré un vaisseau ture, l'attaqua et le prit. À son retour à Venise, il trouva, diton , des lettres de sa fSeîinille, qui le pressaient de revenir en France où le bruit de ses hauts &its ne pouvait manquer de lui obtenir un grade dans la* marine du roi* TourviUe céda à ces instances; mais, avant son départ, qui eut lieu dans le courant de Tannée suivante, Venise lui donna les plus grands témoignages de reconnaissance et d'admiration., rappelant, a88ure-tH)n, le protecteur du commette maritime, et le saluant du surnom d*invîndble. Le chevalier d'Hocquincourt, son habile et intrépide compagnon de gloire, qui avait d'abord été son maître, ne fut pas fisses heureux pour le suivre. Décidé à continuer ses courses

* contre les mahométans , il était sorti , le 1 3 mars 1 666 , avant le jour, du mouillage des lies qui avoisinent Candie, quand , au lieu d'avoir doublé le cap comme il le croyait , il se trouva parmi des-

^écueib contre lesquels son navire se brisa. Il eût pu se sauver personnellement; mais, dans le commun danger, il s'oublia entièrement pour ne songer qu'au salut de son équipage. Celui-ci» par sa trop grande précipitation, causa la mort de soixante personnes, au nombre desque^es son généreux commandant d'Hoo* qumcaurt et le chevalier de La Grille, qui avaient tenu à honneur de rester les derniers sur les débris du bâtiment. Le conunandeur de BouiUé, qui avait réussi à se sauver, conduisit à Halle le reste de l'équipage. La France perdit, dans la personne àu chevalier d'Hocquincourt, un honune de mer déjà célèbre et qui semblait destiné à devenir un de ses plus illustres amiraux (f ).

Les chevaliers de l'Ordre de Saiot-Lazare avaient armé à Saint* Malo un bâtiment, monté par quatre-vingts hommes, pour fidre la course, et dont le commandement était confié au chevalier de Gro^eu qui s'empara de plusieurs navires du commerce anglais. Gioslieu fut rencontré par deux bâtiments de guerre d'Angleterre, auxquels il rint à bout d'échapper après une lutte inégale, héroïquement soutenue; mais, presque aussitôt, il tomba dans une division de trois frégates de la même nation» contre laquelle il lui fallut encore combattre. Sa résolution était

prise de mourir pliUùl que du se rendre. Il ne lui restait plus que cinq hommes, qu'il conLuiuait à se défendre Tépée à la main.

• Le navire des chevaliers de Saint-Lazare ne fui la proie de l'ennemi que (juand Groslieu et avec lui le dernier de ses iu>mmes, eu relit })erdu la vie. Des quatre prises que le chevalier avait faites, Tune coula bas, une seconde fut reprise, les deui aulres furent aniLTires à Saint-Malo.

11 y avait jieu de lumps que Beaufort était de retour à Toulon, avec la ilolle, quand Louis XIV rendit une ordonnaiici; , ua dat(3 du 1 7 décembre 1665, de laquelle on avait eu plusieurs exemples, et qui avait pour but de fournir des équipages à la flotte. Elle disait que, voulant mettre à la mer, au commencement de l'année suivante, un nombre considérable de vaisseaux pour les employer aux plus importantes affaires de l'État ui ayant lu soin * pour cet effet d'être secouru par les communaulcs dus villus et bourgs maritimes, du nombre de matelots et mariniers nécessaires pour le service des vaisseaux , le roi entendait qu'ai>r( s la revue qui en aurait été faite dans cliacune de ces communautés par des officiers de la marine, ceux que 1 ou trouverait utiles au service seraient enrôlés pour être eiisuite payés de leur solde suivant les ordres qui en avaient été donnés à Tintendanl du Tonant. Cette ordonnance enjoignait au duc de Beauiort, grandmai Ire de la navigation et commerce de France, de faire fermer d'une manière absolue à tous les navires les ports de provinces de Poitou, Sainlonge, pays d*Aunis, .Brouage et ville de La Uochelle, jusqu'à ce que la revue eût été faite. Le 16 août de l'année suivante, Louis XIV adressa une lettre à tous les gouverneurs et intendants des provinces et places maritimes du Ponant, pour leur enjoindre de faire un rôle fort exact de tous les matelots qui étaient en état de servir sur ses vaisseaux pour «n fortifier les équipages. Enfm, au mob de décembre de la mémo an*

^ née 1 666 , par une nouvelle lettre expédiée à Beaufort , il étendit k toutes les côtes du royaume indistinctement. Levant et Ponant , la mesure pour la fermeture des ports jusqu'à ce que la revue et l'enrôlement des gens de mer eussent été faits; ce qui provoqua beaucoup de désertions auxquelles on fut peu après obligé de remédier par une répression vigoureuse. L'inscription maritime ne date pas de ces ordres du roi, mais elle en tira un caractère

do pcrmanonce qu'elle n'avait pas encore eu cl qui est arrivé, à peu pii s sans iukriuplion ni motlificalion, jusqu'à nos j(uirs.

La 2juenre semblail (liHirile à éviter avec l'Atigl^'lerrr; que les envoy(!^s et les notes dijtlomaUfjue:* de Louis XIV soUicilaieul eu vain d'entrer en accommodements avec la Hollande. La position était toutefois (rAs-diMicate pcuir Lo\iis XIV; au fond il s'entendait parfaitement avec rjmrk's 11, dont il avait fait en quelque sorte son pensionnaire eu loi donnant sur son trésor ce que le parlement lui refiisîiit; mais il ne pouvait pesrr de la m«^me influence sur les chambres d'Angleterre qui ino!itraient peu de ménaç^emonts pour l< s sympathies personnelles du roi rev«Miu de l'exil, en fait de politique. Il n'est jMis aussi positit qtidu l'a ëcril , m nit'uie qu'on serait disposée le croiri* sur le seul examen de sa correspoudaure avec d'Kstrades, son aîlikl^sall('ur en Hollande, que Louis XIV ait eu le j>artî pris d'avance de ne point combattre sérieusement les Anglais. Plusieurs onlres ou lettres de lui font foi qu'il s'en remettait aux ciri ouslances.de la décision définitive h prendre dans l'oecurrence. Ainsi, à la fin do décembre 4665, il ('t'rivail au marquis de Trai y, sou lieutenant général dans les lli-s dt- l'Amérique et au ('anada, une lettre ainsi conçue: « Monsieur de Tracy, la guerre entre l'Angleterre et la Hollande étant de telle nature qu'il sera très-difiicile que je n'y preiuie part en me joignaul iww Hollandais, j'ai été bien aise de vous en donner avis et de vous diri; que mon intention est que vous redoubliez votre zèle et votre application pour la conservation des îles qui sont sous votre commandement et que vous vous mainteniez en neutralité avec les Anglais en cas que vous le puissiez; sinon que vous vous prépariez à vous bien défendre, même à les attaquer par toutes voies au j>reniier ordre que vous en recevrez de ma part. Cependtint vous donnerez part de cette lettre au sieur de Courcelles qui demeurera en Canada en volreabsence, alin (ju'il exécute pareillement cet ordre ipie je vous envoie. • Il adressa une hîttre semblable à Mondevergue, command.uil de l'île Dauphine (Madagascar); au commandeur de Sales, commandant de l'ile de Saint-Christophe; à Glodoré, commandant de la M irliniq»u;; h du Lion, etuninanJant de la Guadeloupe; à d'Oj^ron, commandant de la Tortue ot de la cote de Sainl-I)oami^ue j ù du Coudray, comuiuitdant dans l'Aeadie j au cumman*

dttDi des habilolionsdes Français dans l'Amérique sepleotriooale, et au commandant dans Tlle de Terre-Neuve. Quelques mois après, il envoyait un renfort de troupes à la Guyane et donnait le commandement en chef de toutes ses forces dans l'Amérique méridionale À Le Fèvre de La Barre • qui était prêt à se montrer aussi bon général et mèine aussi bon marin, qu'il avait été • bon intendant Sur ravis que quelques frégates anglaises a viaient paru dans les para^ de la Normandie et Ile la Bretagne , il otr donna au capitaine de marine de la Giraudlère rainé, dont l'ao^ tivité et Pexpérience lui étaient eonnues, de aa lendre à Saint» Malo pour eiercer sa surveillance sur les eôtes voisines, et il écrivit au marquia de Goasquin, gouverneur de oalte plaee, ainsi qu'au maire et aux échevins de la ville» pour qu% donnassent leur concours 4 tout ne qui semblermt utile h nfit oifîderdans |as GÎrconatanees.

De Lionne et Le Tellier, le premier surtout, avaient eaoore la contre-seing des ordres du roi relalife à la marine, qumqu'ile fussent déjà loua inspirés par Colbert; mais cette situation fut constatée d'une mantëra officielle le dernier jour de décembre 1 666, par une lettre adressée à Beaulbrt, aui intendante de la marine dlnikreville, Arnoul et de Terron, è d'Estrades, ambassadeur en ilollands, & de Pomponne et de Terlon, ambassadeurs en Suéde, et à de Courtin , réaident pour la France dana les pays du Nord* • Ayant ordonné , dit Louis XIV dans la pièce en quesiioy contresignée de Lionne, ao tieur Golbert de conlinuer à prendre soin de toutes les affaires de marine, je vous fm cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous lui donnies doiéna<» vant entière créance pour tout ce qu'il vous éerim de ma part sur cette matière. > Des avia analogues lurent envoyés aui eommandante des vaisseaux, aui capitaines de ports et aux commis * saires de la marine. Ayant été nommé, dans les premiers moia do la même année 1 665 , cbef et président de la direction des Indeer Oceidentales, Colbert avait, d'autre part amkf pleine autorité sur les colonies. Enfin, dans sa lettre du 16 aoèi 1666 , aux ^ver* neuiB et intendants des provinces, d^ oaenltonnée, pour l'ea^- * r^êment dos matelots du Ponant, Louis XIV prescrivit d'envoyer les rôles d'iascriptîoiià Colbert , « ialendaut et ooiitrôleur géntod dea dnances, ayam k ééptarimeni de 4i marsMf • eat«-11 dit en

1G8 IllSTOHlE MAHiTIME

toutes lettres, comme l'attestent les registres contenant les copies des ordres du roi déposés aux archives do la marine. C'est vers ce temps que commence rinstruclive série de dépêches de Colberl, relatives à la marine et aux colonies, telle qu*on la trouve encore dans ces archives et en partie dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale.

Louis XIV, pour ne pas paraître trop ouvertement manquer aux traités, déclara la guerre à l'Angleterre, le 26 janvier 1666. Dès la fin de l'année précédente , Beaufort avait eu ordre de passer le détroit pour aller se joindre dans l'Océan à la flotte de Hollande; mais il avait presque aussitôt reçu contre-ordre, avec Tavis qu'une escadre anglaise se rendait dans la Méditerranée. Dans ce temps, ordre fut expédié à Beaufort de défendre aux capitaines des vaisseaux de quitter leurs bords pour aller coucher à terre, pendant (juMls étaient en rade. Louis XIV et Colbert étaient très-ûers de la marine française renaissante ; mais ils tenaient à la faire valoir, sans trop la compromettre d'abord. Une grande question pour le roi de France, c'était de savoir comment son pavillon serait reçu et salué par la flotte de Hollande, au moment de la jonction. Une correspondance trèsactive s'établit àcet égard entre lui et d'Estrades, son ambassadeur, en même temps que des négociations très-déhcates étaient ouvertes à Paris entre les députés des Provinces-Unies et les ministres des affaires étrangères et de la marine sur le même objet. Il paraît que Van-Beuningen , envoyé des États, avait d'abord concédé, au nom de ceux-ci, que l'amiral de Hollande baisserait pavillon en présence de celui de l'amiral de France, et le saluerait dt'(juinze con[ts de canon ; Louis XIV avait môme donné ses ordres en conséquence à Beaufort, de rendn» le saint de treize coups de canon, deux de moins que l'amiral de Hollande, en môme temps qu'on enverra il dire à ce dernier de relever son pavillon. Mais l'amiral de la llolte batave était Uuyter qui ne pouvait s'accommoder de pareils actes de déférence, au nom d'une république, vis-à-vis d'un pavillon royal, fût-ce celui de Louis XIV. Sur ces réclamations, l'envoyé des Provinces-Unies en Franrc, Inî revenir sur ses premières offres, cl demander tout net qu'oii ir.iilàl d'égal à égal. Louis XIV tut obligé de rabattre considérablemeni de ses prétentions pour sou jeune pavil-

Ipn vis-à-vis du viuvix pavillon do Uiiytor. a En cas que l'on Irouvc trop diî difûcullés, écrivail-il va\ Milj>i(Uice, à obtenir le sailli en la forme précédente et que Ton cuiiiiaisse que cela pourrait rendre la jonclion plus difficile, le roi permet de se relâcher à ce que le pavillon soit seulement embrasse m présence du sien, et à l'égard du saiut des vaisseaux en la forme ci -dessus (quinze coups conlre treize^) ; et môme, à la dernière extrémité, si le sieur Ruyler s*y refuse , on se contentera du salut, comme il est dît, des canons, sans le paviUun. » Les Klats, par suite de l'insistance de Ruyler, ayant prétendu qu'après que leur amiral aurait baissé son pavillon et salué celui de France, l'amiral de France en lit autant absolument dans la même forme à l'égard de celui de llollande, Louis XIV écrivit à Beaufort qu'il n'avait jamais entendu baisser le pavillon royal, et qu'au reste, il s'en référait pour ce qui devrait être fait lors Je la jonction des deux flottes, au traité cjui était intervenu sur le même objet entre les Hollandais et les Anglais, du temps de Cromwel.

De tous côtés on travaillait à radouber les anciens vaisseaux et à en construire de nouveaux. De plus, Colberl, pour le roi, en faisait bâtir ou acheter en Hollande et en Danemarck. Le capitaine Forant fut successivement envoyé, ù cet effet, dans ces deux pays.

Dans le même temps, le commencement d'établissement de Tonnai-Charente s'étant presque évanoui, Colberl de ïerron fut chargé de faire de Rochefort un lieu propre à l'armement et au désarmement des vaisseaux. Rochefort appartenait alors a un gentilhomme calviniste, nommé de La Cheuse, époux d'une pelilefille d'Adrien de Loseré, ce valet de chambre de Henri ÏV à (im lu seilïneurie du lieu avait été donnée en t59i. Loms \1V, » liose peu lionorable pour sa mémoire, ne fit pas tant de laçons avec le gentilhomme huguenot qu'avec les liolian,deSoubise, et les Morlemart , de Tonnai-Charente; il prétexta déloyalement de ce que ce doiuame avait été aliéné de la couronne, par la générosité de son aïeul, pour s'en emparer sans autres formes de procès, au commencement de l'armée 1666. La profondeur de la Charente en cet endroit, la situation dans un vaste golfe, où les escndnîs pouvaient avoir besoin de trouver une retraite, le mouillaj^e de plusieurs belles rades voisines, d'autres avantages encore, que ne balancèrent pas quelques inconvénients résultant des siuuo-

170 HISTOIRE lIAniTfME

silés du fleuve cl de Tinsalubrilé tluiil on accas/iil Teiideoit, décidtTenl Colberi, cl après les iiileiilions son cousin de Terruii. Pur sr's ordres, le chevalier du Clerville, habile ingénieur, donna ie plan du purt el de la nouvelle ville, qui devait se modeler sur Bordeaux pour l'ëlendue; el l'architecte Blondel fut chargé do la conduite des bAliments. Dès le mois de mai 1006, les travaux commencèrent: on jeta les fondements de la corderie, des forges, du grand magasin, el l'on dressa provisoirement des chantiers de construction poiir un vaisseau de ligne el deux galiotes. Peu de temps après , une grande, ville était sortie des marais et une grande flulle, après avoir mouillé à Brest, venait désarmer à Hocheforl, attestant ainsi, par sa présence, la création de deux puissants arsenaux manlmws dans la même aimée. C'était réellement le siècle des merveilles, ioulelois ce ne fut qu'en 1669 que Rochefortprit la ligure d'un établissement de premier ordre.

La flotte que Brest et Uoeln forl virent ainsi, dans le courant de la même année, était celle de Beaufort qui avait été armée h Toulon. Elle sortit, sur un nouvel ordreduroi, le 29 avril 1666, pour se rendre d'abord du côté do Lisbonne et y attendre Tescadre de Duquesne, qui devait partir de La Uochelle, sous le coniuiaudement supérieur du lieutenant général de Ruvigny, chargé de conduire une éjwuse au roi de Portugal, Alphoni,(3 V!, dans la persomie de mademoiselle de Nemours. Duquesne fut vivement blessé do se voir placé ainsi sous les ordres de BuvignVf el il ne le dissimula pas; car Louis XIV dut lui écrire pour lui dire d'obéir et de faire obéir surl'escadre au nouveau commandant en chef, j'i qui il était d ullenrs fcrmellement ordonné « de tenir des conseils des principan.\ officiers et d'y faire un cas particulier des avis du sieur Duquesne, comme étant Tun des plus expérimentés capitaines de maiine qui fussent au service du roi. » Le fait est iicjiiinoins que, soit qu'il fût circonvenu encore par les grands seigneurs à Tégard (riiotiiines qui tiraient [)lus de droits au commandement de leurs talents que do leur naissance, soit (pi'il tînt rigueur aux officiers protestants, malgré leurs signnl< s ï^i i \ ifs et la justice que lui -môme rendait à leur expérience dans sa correspondance, Louis XÏV montrait parfois une injustice presque ingrate pour deux dos plus anciens el habiles olliciersde sa marine d'idorSr but^uesne et foruul, pour ce dernier surtout, caractère

DE FRAMCÊ. 174

trop peu flexible peut-être, qui aveit consenré quelque diose de Taucieu amiral républicain de La Rochelle el des Provinces* Unies; ce à quoi sans doute il faut a(tribu^, ainsi qu*& sa per« sévérance dans te protestantisme, Tin justice qu*eut le roi d'attendre .qu'il fût depuis loaglemps le plus anden de ses capitaines de Taisseau pour i'4tever, è la fin de sa carrière, au rang de dief d'escadre.

Cependant Louis IIV, malgré la dédaratfon de guerre, était toujours dans la même incertitude au sujet du parti définitif qu'il prendrait. D'un eété , il pensait que , sous le prétexte de la guerre aTee l'Angleterre, il pourrait travailler sans encombre à mettre sur pied des forces capables d'exécuter tout ce qu'il Toudrait entreprendre ailleurs, et particulièrement dans les Pays-Bas espagnols , sur lesquels il élevait des prétentions , depuis la mort récente de Philippe IV, roi d*Espagne. D*un autre côté, il aurait volontiers saisi Toccasion de se tendre maître de rirlande, oomme en témolgUe un mémoire manuscrit pour servir d'instruction & l'intendant Colbert de Terron, en date de Tannée tfifiO. (fe voiti dans ce mémoire, que l'arclievêque primat d'Mande, après être venu lui-même à Paris , y avait laissé un de ses confidents , bientôt accompagné de quatre hauts personnages , dont un évôque, pour suivre une négociation relative à la conquête de l'Irlande par Louis XIV. Au dire des négociateurs, dans la disposition des esprits contre le protestantisme iriandais, huit mille soldats, avec un secours d*armes et de munitions, suffiraient pour obtenir ce grand résultat. Mais, avant de s'engager dans une expédition de ce genre, Louis XIV voulut titer le terrain et, à cet effet, ordonna à €olt»ert de Terron de donner seulement aux négocieteurs, provMOÎrement, un ou deux navires sur lesquels on embarquermt dix milliers de poudre, dix milliers de plomb et autant de mèches, six cents mousquets, quatre cents piques, quelques battelMtrdes et pertuisanes, pour les insurgés qui tenaient, disait-on, dans la monia;;tie , sous le commandement d'un gentilhomme nommé T^agle. Quelques officiers français devaient passer en Mande sur ces navires, pour y juger de la situation des choses et de l'oppoKumté qu'il j aurait à pousser Taffoire plus avant. €e projet, qui existe «n minute dans le aui>bicr de Colbert de Terron el en copte dans les registres des

m HISÏOIUË MAiiiTlMË

ordres du roi aux anshifes de la marine, sulOrait pour démon* trer que Louis XIV n*aYail pas pris une détenninaUon absolue relativement à la conduite i tenir irîs-è*vis de FAngleterre, malgré ses relations secrètes avec Charles n. Son incertitude perce à chaque ligne de sa correspondance et de ceUe de ses minisires. • Il £Îut bien considérer l'état des affaires, porlait un mémoire adressé au comte d'Estrades, et prendre résolution sur la conduite générale de cette guerre pendant cette campagne» pour savoir s*il est à propos de se mettre en état de chercher les occa sions d'un combat général, ou bien si en donnant toutes les apparences de le rechercher, il ne vaudrait pas mieux Féviter» pour consommer les Anglais et les obliger, par Timpossibilité de soutenir celle dépense, à entendre à la paix.» La question du pavillon de laquelle on a parlé , dut entrer pour beaucoup dans les hésitations qui curant lieu pour la jonction des (loties de France el de Hollande, de la part d'un roi aussi jaloux que l'était Louis XIV de ce qu*il croyait être ses prérogatives et celles de la France.

Il n'épargnait rien pour faire ressortir l'importance do son alliance maritime. « Sa majesté désire , écrivait-on encore à d'Es* trades, que vous disiez au sieur de Wilt (Grand-Pensionnaire de Hollande) , que son armée sera composée de quarante-quatre bons vaisseaux et quatorze brûlots, savoir : vmgtrneuf vaisseaux» deux petits et huit brûlots qui partent de Levant en Ponant, sous le commandement de M. le duc de Beaufort ; treize vaisseaux et cinq brûlots qui sont à prendre aux rades de La Rochelle, et deux vaisseaux et un brûlot qui sont dans la rade de Mardick j que ces quarante-quatre vaisseaux porteront depuis quarante jusqu'à quatre-vingts pièces de canon , et que les équipages seront plus forts d'un tiers au moms que les vaisseaux de pareil port de M>L des Étals. » Dans le même mémoire, le minisire, au nom de Louis XIV, disait à d'Estrades, « qu'il serait important d'obli*

r le roi de Danemarck à joindre sa flotte de quarante vaisseaux à celle des États. » Il en ressort évidemment qu'il eût mieux aimé que d'autres vaisseaux que les siens se compromissent dans la guerre entre la Hollande et l'Angleterre.

Les causes de cette guerre^ ou plutôt de ce renouvellemenl de guerre en 1666, remontaient au protectorat d'Olivier Cromwel»

qui avait trouvé im continualeur assez actif de sa hainn contre la nouvelle puissance navale des Provinces-Unies, dans la personne de Charles II, heureux de se venger sur une république de l'humilialion dans laquelle le teii.iit Louis XIV. C'était toujours la question de souveraineté des mers, cachée sous une question de pavillon; et alors on comprend (jue Louis XIV tînt ;\ ôlre traité à cet égard par la Hollande sur le même pied que l'Angleterre; et Ton comprend aussi que la Hollande qui tirait le canon pour la solution de cette question, se montrât peu disposée à concéder, même occasionnellement et comme alliée aux Français, ce qu'elle déniait aux Anglais. Donc, en témoignage de celte souveraineté, Charles n exigeait des ITollandais le salut maritime; c'était ce qu'on appelait 1^ droit de pavillon. Cromwel avait fait mieux : il avait prétendu au droit de visite, sous le prétexte que les Hollandais pouvaient donner des secours secrets aux Espagnols. Mais Ruyler, du sein même de la destruction des flottes de sa patrie, prévoyant d'un œil si'ir toutes les conséquences de ce droit dont l'Angleterre, sans en elmnger le but, qui est la dépendance des autres nations maritimes , n'a jamais fait que transformer le prétexte; Ruyter, dnm une lettre datée du Texel, le 16 décembre ^ n'i3, avait écrit aux Ltats-Générau\,ponr If^s entraîner à révoquer la concession qu'ils venaient de faire de guefre lasse aux Anglais, ces lignes mémorables et prophétiques : «On nous fera sans doute quelque affront signalé, quand nous y penserons le moins. Le dernier des Anglais nous iHsultcra, vi^itfTa à son gre nos vaisseaux , s'en rendra nLiîire pour le plus léger motif, et nous traitera ensuite d'inf/lmes et de poltrons. * Ruyter le savait bien : le servage mciniime de la Hollande, la ruine de son commerce, la perte de ses colonies étaient au bout des prétentions de l'Angleterre, pour le droit de pavillon comme pour le droit de visite. Aussi, dès que les Étals-Généraux eurent relevé leur marine un moment abattue, les rendit-il non moins jaloux qnr» Ifii de la liberté des mers, et parvint-il, en leur faisant reprendre la lutte, À les relever pour un temps de leur abaissement.

Cette lutte était superbe et terrible. D'une pari une jeune république qui comptait pour ainsi dire autant di grands hommes qu'elle avait d'amiraux : les Ruyter, les ïromp, les de WiU, les

<7i mSTOlHP, MAHîTÎMk

Opd.iin, los B.HikaTl, les Evcrizrn ; de Taulro coté, une ntilioil fiôre d»' SOS anciens et récents triomphes sur mer, nyant à la UHe de ses ontiées navales le duc d'York, (jni rA«îna depuis sous le nom de JaC(}i]es II, le fameux Monk, duc d'Albemarlc et le briliani Uuperl, prince de la nnaison palatine du Rliin. Pendant que louisXIV hésitait, donnait à espérer la paix, ou cnga^^eait les Hollandais à altendrc Tarrivéc de la flotte de Reanfurl pour commencer ou accepter les hostilités avec les Anglais, les deux peuples maritimes étaient déjà aux prises, et se livraient, les 13, H, 15 el 16 juin 1^)66, des l);il;iilles de géants. Quelques sujets français figuraient pourtant sur la tlolte des Ltats, en témoignage de l'ailiancc. Parmi eux, le comte de Guiche se signala particulièrement ; il fut des premiers, avec le prince de Monaco, à charger les ciuiemis, montra une grande présence d'esprit, et fut atteint au bras et à l'épaule d'un éclat de canon; il paya, autant qu'il était en lui, la drîle de la France. La victoire avait, en déflnitive , appartenu à Kuyter dans les quatre jours de bataille» natales • du mois de juin.

Les fîotles anglaise et hollandaise se retrouvèrent bientôt en présence. Des volontaires français servaient encore à bord de la flotte des Étals; c'étaient, entre autres gentilshommes, les chevaliers d'Harcourt-Lorraine , de Coislin, de Cavoye, et le baron de Busca. Le service qu'ils rendirent à la Hollande dans le combat du 6 août 1666 valut h cette république plus que toute une flotte que leur aurait réellement envoyée Louis X I V . U uy ter s'élai t trou ?é trois heures durant entre les amiraux anglais, le prince Ruperl elle duc d'AÎLemarle; deux cents hommes étaient déjà tombés sur son bord; cependant il continuait toujours à se défendre avec une constance et un héroïsme tels, que les Anglais, désespérant de s'en pouvoir rendre maîtres, résolurent de faire approcher url brûlot pour mettre le feu à son vaisseau. Dans ce moment terrible et décisif, Cavoye, Ha rçonrt- Lorraine, Coislin et Busca ♦ suivis de quarante mousquetaires français déterminés, se jettent dans deuK chaloupes et vont au-devant du brûlot pour le détourner, au risque d'eu être eux-mêmes consumés. Les Anglais quî le dirigent , intimidés par tant d'audace, sont contraints à la fuitei et c'est à qui, parmi eux, se sauvera, celui-ci h la nage, celui- % sur la légère embarcation qui accompagnait Tinslrument d'in-

Digii

dendic. Its ont mis le feu au br6lo( , mois au hasard el k la Mte, et ses flftinmes defienneitt plus dangereuses i leurs pro|)res vois*seaux qu'aTamiral hollandais qu'elles n*al(eignenl pas. Le grand Ruyler était conservé à la Hollande. S*es(-on trompé en disant que ec service valait celui de toute une flotte?

On a écrit, quoique rieo ifen fasse foi^ quelean Bart, alors enfant, était au nombre des Français qui sautèrent Ruyler. On sait seulement que, vers cette époque , il ibisait son apprentissage de marin sur les flottes de Hollfkide.

Toutefois le combat do 6 août lé06 fut à Tavontage de l'Angleterre, parla faute, dit-on (car quel grand homme de guerre n'est pas exposé k une erreur dans sa carrière) du lieuienant-amiral Corneille Tromp qui, en se laissant entraîner à !a poursuite d'une des escadres anglaises, permit au gros de la flotte ennemie d*envelopper le reste de l'armée navale de Hollande , ce qui obligea celle-ci à faire sa retraite, après avoir fait des pertes considérables. Celte retraite de Ruyler fut si belle, que Louis XIV écrivit lui-même aux États-Généraux, qu'il en faisait plus de cas que d'une victoire. De son célé, Ruyter rendit on hommage éclatant aux Français qui , par leur présence d'esprit et leur courage, ruvaiunt fait échapper au plus imminent danger.

Enfin, sur une lettre du roi, en date du 12 juillet t666, qui lui disait que l'armée navale des États, forte de soixante el treize biUiments, croisait h l'embouchure de la Tamise, el qu'il eùl h se rendre dans la Manche jusqu'au Pas-de-Calais sans perdre de temps, Beaufort avait passé le détroit de Gibraltar avec sa flotte el fail voile pour La Rochelle, où il arriva le 23 aoftt. Louis XIV en lit avertir aussilol les États- Généraux pour concurler avec eux la jonction ; mais d'autres prétextes de lenteurs furent encore apportées parla conr de France, et la susceplibiliUj de Ldiiis XIV sur le sulul ranima au moment de la jonction des deux flottes, comme cause rcelle de retard ou comme moyen dilatoire.

La flolle que ce monarque se plaisait ainsi à faire voir dans rOcéan, sans trop ravcuturtr, éluil composée comme ilsiiil : /c Saint ' Philippe , du 7i canons et de six cojits honnnes d'('(jinpiii:(% ayant à ?on bord le grand-mailre Beaufort , cnlouru de (iidiarcl père, officier général commandant le vaisst .iu, des capitaines JuiinGaburel, Gombuult, Lmi^luis el de nombre d'au 1res ofliciers

476 ÎIÎSTOIUE MARITIME ■

oxpérimenlés; ta Royn/e, de 56 canons et quatre cents hommes d*équipage. portant le vicui chevalier Paul en qualité de viceamiral commandant le vaisseau et ayant sous ses ordres le capitaine de Coux et le lieutenant de Flacourt; te Dauphin , de 50 canons et trois cent cinquante hommes, monté parle marquis de Martel , lieutenant général commandant le vaisseau ; ie Saint- Louis, de 56 canons et quatre cents hommes, monté par le ihef d*e8cadrede Fricambault, commandant le vaisseau ; ta Heine y de 56 canons et quatre cents hommes « capitaine Des Ardens ; ie Cé* SOT, de 52 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine Du Hée d'Aplemont; le Jules ^ de 40 canons et deux cent cinquante hommes, capitaine de Bouillon; ta Thérèse, de 00 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine d'Hectot ; rilcrcu/e, de 10 canons et trois cents hommes, capitaine de Yallx lli; ; /e Soleil^ de 38 canons et deux cent trente hommes, capitaine deGrancey; te Saint- Joseph, de 34 canons et deux cent trente hommes , capitaine deKerjan; te Dragon , de 36 canons et deux cent cinquante hommes, capitaine de Préaux-Mercey ; le Palmier^ de 36 canons et deux cent trente hommes, capitaine de Beaumont ; C Écureuil^ de 38 canons cl doux cent trente hommes , capitaine de Beaulieu; rÉtoile de Diane y de 36 canons et deux cent cinquante hommes,i capitaine deTivas ; la Françoise^ de 36 canons et deux cent trente hommeSf capitaine de Châleauneuf; ta Notre-Dame ^ de même force en canons et en hommes, capitaine la Giraudière jeune; te Croissant cT Afrique, de même force, capitaine de Wonthron ; te Soleil d'Afrique, do 34 canons et deux cent trente-deux hommes, capitaine d'Infreville-de- Saint- Aubin; (ces deux derniers h'\timents étaient des prises faites sur les ^Barharesques) ; la Sainte-Anne y de 16 canons et cent vingt hommes, capitaine de Château-Renault; r In faute, de 22 canons et quatre-vingts hommes, capitaine du Maghon; te Saint-Antoine , de 30 canons et deux cents hommes , capitaine de La Heaume ; PElbcnf, de 34 canons et deux cent trente hommes, capitaine de fieaurusé; la Vierge, Aq 34 canons et deux cents hommes, capitaine de Cogolin ; le Lion-d'Or, de 30 canons et deux cent cinquante hommes, capitaine Ktienne-Jean ; le Postillon , de 8 canons et quatre-yingts hommes, capitainii de laRoque Fontiez; le fJgournois, de 24 canons et deux cent cinquante hommes ; les brûlots te Saint-C^furien,

DE FfTMeE. 4V

le Petit-Angtcns , les Trois-Hois , le Roi-David, qui échoua ;\ La liocheWc, /e Saint-Antoine, le liilhaud, le Saiti^^Aufjustin, duquel marquis d'Aoïfrt'ville avait vodiu tUre le capilainc, et te Grand- Saint-Augustin. Outre ses équipages» cette flotte portait un assez grand nombre de soldats. L'escadru de Ihiquesne, dont Ténumération a eu lieu précédemment, ne se irouvant pas comprise dans celle-ci, malgré sa jonction avec la flotte de Beauforl, Tannée navale de France, réunie ou sur le point de se réunir entièrement à La Rochelle , se trouvait donc être de Irente-huil bâtiments depuis 30 jusqu'à 74 canons; de cinq bâtiments depuis 8 jusqu'à 24 canons, el de seize brûlots environ. Il a paru intéressant de f;nre connaître en détiid et avec son personnel cette première en date des grandes flottes que Louis XIV mit à la mer, bien qu'elle n'ait été que l'avant-coureur de beaucoup plus considérables.

Colbert, qui tenait singulièrement à sa conservation, à sa b<)nne conduite et à sa bonne administration, mais qui n'avait qu'une médiocre confiance pour atteindre ces résultats dans le grand-maître, avait voulu faire embarquer un intendant sur le vaisseau -amiral; mais Beaufort s'était déjà opposé, en apparence pour cause d'incompatibilité d'humeur, mais au Ibnd parce qu'il distinguait bien que c'était sinon un surveillant, du moins un conseiller actif qu'on lui donnait, à l'embarquement de d'Infreville et dt; divers commissaires généraux, quand on espéra lui faire accepter l'intendant de la marine du Ponant, de ïerron. Colbert rédigea lui-môme à ce sujet des instructions secrètes pour son cousin, dans lesquelles il signalait les défauts de Beaufort , afin qu'on pût adroitement y remédier. Il en comptait trois principalement : 1® d'entrer à tout propos dans les plus minces détails, non-seulement pour les connaître, ce qui eût été fort à louer, mais pour agir par lui-môme, en sorte qu'il faisait souvent et assez mal les fonctions des officiers subalternes de laflotte ; 2° d'agir très-souvent de son chef, sans demander l'avis des principaux officiers, ce qui avait le triple inconvénient de dégoûter ceux-ci . du service , de les lui aliéner, et d'entraîner des décisions sou- ^ ^ daines et périlleuses ; 3° de donner ses ordres brutalement^ quoiqu'ils eussent en outre le tort d'être confus et môme de se contrarier les uns les autres, par défaut de mémoire de la part 4 ' «du duc. D'i^ès cette insiruclioa donnée îx Colbcct de Terron, l'oa

Ml. «

Ifft niSTOtftE MARrrtME '

dovait porlcfr Beauforl à tenir souYeni des conseils de". f»norre qtiî dovrairiil Aire composc^s dosa pcrsuiiiiu, de riutcndaiil de l.i flolle, drs (Ifiix liiiidHiafds g«^iR'raux l'àiil et d<3 Mfirlid, ol des trois cliuiis d'escadr»' i>tn}ii< siii% Gabarol père et Fricamba^jU. Ce dernier mourut dans le cnurs d^^ roniuki. B«'aufurt ne voulut pas plus entendre parler dv. Culberl de Ten on que de d'Iiifreviile. Il ronseiilil seulement à recevoir à son burd riiitendant des pd^res Ai iiuidqui pîiraissail devoir st' montrer docile à toutes ses vulont^'s. Aprt^s avoir obéi, au niftis de septembre, à des ordres qui lui enjoignaient d*allerévntiier dans les parages de Dieppe, pour y donner aux Hollandais l'espérance d'une prochaine jonction, le grand-înaîlre reçut, presque coup .mit coup, relui d'opérer cettH jonction et celui de se rendre dans la Charetite, an iiouveaii port de Boclieforl. Il envoya aussitôt avis des motifs qu'il avait jxjur n'y point aller, in'^i:iii Miî (|iie ce mouilla^îc ëtail mauvais et qu'on devait lui préférer Bresl. il ivail raison sans druite de donner ses préférences h ce demi,;!* port; mais le motif qui le guidait ne venait pas du pliis (n; m'Hiis d'excellence du mouilla^TP, maisdu désir qu'il avait de s'éloigner du voisinage de l'intendant (.olherl dii Terron. Il alki en effet h Brest au mois d'uetulire, maisjl n'y eagna rien celte •fois : carordr»' fui imnK'diatemenl expédié à riulendunl du Ponanl de se rendre lui-ni Mne à Bresl pour y rester auxsi longtemps que la flotte y séj(Mirnerait. f.ouis XTV écrivit alors, de sa main, une letîre h Heaufort pour lui reprocher son aniui itiversion contre les intimidants et commissaires de la m/irine. Il est a leiaarijuer que, dans cette lettre, le roi accuse le grand-maître d'avoir exagéré le» inconvénients de Rorhcfort et les mérites de Brest, en haine s(hilement de Culberl de Terron. Le piquant de la missive, manquant d'ailleurs de justesse en ce qui concernait Brest, c'est qu'elle reprochait à Beuiifort de vanter extraordinairement la beauté el la bonté de ce dernier port, sans tavoir vu. Louis \IV, en lermiuaal, prescrivait à Beaufort de s*enleiidre désormais avec Colbert do Terron qui, triomphant & son tour, força le grand-maître à . conduire la tlotle à Rochefort, où elle vint désarmer, le 45 no-

veinlire IGOG. • *

La li(illaiule, en avait été pour ses espérances (h'-rncs. Nénn moins Louis XiV trouva rnov<>n d'arciisiT la tlolle huiiaiulaiî»o d'ôlre sortie avant le temps marqué pour opérer sa jpticlioUt el

d*av<>ir ainsi livr<^' \ do grands riiiijiies la llolle froncaise, en la laissant dans i isolcmonl. Uî fait est q«ie Beauforl aurai! pu ôlro (M r 1 ! fiar la fldU»! .-iiiL'laise en passant devant rii(^ de Vv'i;r!i(-, niai» Louis savait que Charles II le respectait et qu'il n'oserait entreprendre rien de sérieux contre sa puissance. Tonlefois, dans celle campagne , d'après le récit de d'Haiiiecourl, les Français perdirent le vaisseau de 50 canons le Rid/is, séparé de la llolle par la t*'mpète (it (pii, enveloppé par 1''*^ Vncrlais, f<it pris après une Ijt'lle défense. D'aulre r(\té, l'étal lies It iiiinenls de l'armée navale porrr 4666, qui ne rdalt- pas la du Hiifjîs^ indique ia Victoire^ de 36 canons^ comme étant lombée au pouvoir de Tennemi.

Louis XIV, n'nyanl jui encore amener l'Aiiglelerre et la Hollande à faire h.'ur paix, donna ses ordres pour que Tua fût en mesure de rj'j)rendre la nier l'année suivante. En même temps, roHmrt lui fit prendre mesures sur mesures pour former el augninnler les équipages , et en même temps pour tlonner de» garanties aux marins. Dans le courant de décembre IfiOG, le pré* sident de La Heynie reçut, avec de pleins pouvoirs à cet effet, d^admirahles instructions pour aller reformer et régulariser la justice des amirautés el asseoir le personnel de la marine d'une manière durable. La fin prioripale de son voynge, comme le dit posiliverneiit le niéuioire qm y a trait, était de réformer tous les abus qui se commettaient dans l'administration de la justii e; i (vm retrancher les frais en totalilf ou en majeure partie, ainsi que les lenteurs ; de faire une exacte de^ci liitioy) d*» loul(î rétendue ( de cbaque siège d'amirauté; de dresser un roltj ilc tous les gens de mer qui s'y trouvaient; d'établir des écoles de pilotage et de canonnage; el d'observer si , dans les ports et rades et à l'entrée de^ rivières ) il y avait sufiisammeut de pilotes et de lamaneurs. i

Dans ce temps, lo brave et habile Forant qui, après avoir présidé i'i la construction el à rarmemenl de six vaisseaux pour le Icomj t'^ de la France à Amsterdam, était envoyé à CopenhaguÈ pour y chercher ie Grnnd^Panois et /e Grand-Frédéric, deux autres bàîim'^nls que Lmiis XIV avait fait construire en Danemarck, eut le crève-cœur de se voir pl.iré sous les ordres de La" Eoche^baintrArdré , t)£ûcier de quelque mérite peul-êlro, mais

m iiistoir£;maritime

qui nï'tait capitaine de vaisseau que depuis l'aimt^e 1002 ot qui, ayant clé lait chef d*escadre en 10G7, mouriil peu aprùs. L'amour de la patrie, qui déjà avait rajtpelé une fois Forant d$ Hollande où il occupait les plus hauts grades, put seul l'empùcher, dans cette pénible circonstance, de porter de iiuuveau ses services à Tétranger; mais, comme naguère Duquesne obligé d'obéir à deRuvigny, grand nom connu de la cour seulement» il laissa percer assez de répugnance à descendre au rôle de second de La Roche-Saint- André, pour que Louis XIV, à deux reprises, dût lui intimer l ordre de mettre son expérience coosoramée à l'usage de Tofficier courtisan.

Pendant que la guerre entr ' hi i rance et l'Angleterre pouvait être taxée, jusqu'à un certain point, de comédie en Europe, il n'en était pas de môme en Amérique. Là les passions belliqueuses et les jalousies étaient ardentes entre les colons des deux nations, placés d'ailleurs trop loin du théâtre principal des événements pour se tenir au courant des intrigues diplomaliques qui se passaient derrière le rideau. Aussi se battait-on par là beau jeu bon arL'cnt. Dès le mois (i'avril 1666, les deux colonies de l'île de Sainl-Ghristophe en étaient venues aux mains d une manière décisive. Les Français , après avoir perdu dans le combat le commandeur de Sales, leur chef, qui fut remplacé par le chevalier de Saint-Laurent, avaient fini par enlever aux Anglais leur artillerie et leurs forts et par les expulser complètement de l'île.- - Pour prouver l'importance que l'on attachait désormais aux aifaires des colonies , une médaille fut frappée à l'occasion de cette victoire. On y voyait une femme costumée à l'Américaine, foulant aux pieds les armes d'Angleterre; sur la légende on lisait, en mots latins : « Colonie des Français affermie » , et sur l'exergue : « Les Anglais expulsés de Saint-Christophe, en 4GG6. »

Lord Wilougby, gouverneur de l'île anglaise de la Barbade, se rendit, le 30 juillet suivant, avec une escadre de dix-sept voiles, Iiurtant dix-huit cents hommes de troupes , dans les eaux de la Martinique , pour prendre sa revanche de cet événement. Il j croisa deux jours et deux nuits j mais voyant qu'il ne pouvait rien entreprendre sur cette colonie, il détacha , le 4 août , deu^ de ses frégates \\(mr aller faire un débarquement de cinq cents hommes aux Sanites , rochers qui furent en partie pccupés par

. DE FRA|iIC£. 181

r.cnnemi. Peu après, Tescadre entière de lord Wilougby vint dans ces parages et y trouva deux bâtiments de la compagnie des Indcs- Octùdenlales, qu'elle attaqua avec fureur. Le capitaine Baron, qui conimandait vn des deux navires français , se défendit longtemps et, plutôt que de se rendre, finit par se brûler. L'autre bâtiment en allait' faire autant, quand les Anglais se précipitèrent en foule sur le pont et l'en empêchèrent. Lord Wilougby avait acheté ce mince succès au prix d'un désastre : car, dans la nuit qui suivit, lin ouragan 8*éleya qui ik périr presque toute son escadre. Du Lion, commandant de la Guadeloupe, ne donna . |)as le temps aux Anglais de se fortifier aux Saintes ; il vint en * ' toute hâte, ayec quelques bâtiments, pour les en chasser, cl, dès le H août, il les força à se rendre à discrétion. Le 20 du même mois, on aperçut sept voiles à trois lieues en mer du coté de Montserrat. Du Lion incontinent fit appareiller quatre bilti^ ments , portant environ quatre cents hommes commandés par de rObière , pour, leur donner la chasse. On les atteignit et , apri s une vive canonnade, trois des navires anglais, de 12 canons chaque» furent pris avec deux cents hommes qu'ils avaicul a bord.

Le Fèvre de La Barre, que d'Hamecourt qualifie à ce propos de gouverneur générai de l'Améilque, passa, le 1"" octobre i 066, Sainl-Gmstophe à la Martinique, en partit le 25 du même mois, avec le commandant dodorë, et se rendit à la Guadeloupe pour y prendre du Liop, coounandant de cette île , de Tiiémericourt, commandant de Màrie-Oalande, de Chambré, inlendanl de la compagnie des Indes-Ocddentalesetd'Orvilliers qui avait quelques troupes sous ses ordres. Le tout fut embarqué sur Tescadre des Antilles, composée alors de sept bâtiments seulement : le Fiolissant, de canons; le Lys, de 40,; la Justice, de 32 ; le Saint- Chrisiophe, de 26; la Vierge, de 18; la Bergère, flûte de 18 canons, eiC Afrique^ flûte de 18. Avec 'tes forces. Le Fèvre du La Barre enleva aux Anglais, dans le courant de novembre 1666, après des combats acharnés, lestlesd'Antigoaet de iNavis. Eu revenant à Saint-Christophe, il eut avis que le commandant d(3 la Gre- 'nadc, nommé Vincent, Tenait, de son côté , d'enlever aux en-^ nemis l'tle d| Tabago. Dans le même temps, il eut la nouvelle que les Hollandais, avec Taisislance de deux navires français, 1 ua du

m HiSTOiAË àlARlTI^}Ë

* rÉIat, capitaine de Padjou, Pau Ire de la compagnie des lDdee-Q&*

' cidentales, et d'un détacbement de soldats commahdés par d'ûs^ TiUiers, aTaîent repris IMIe de SaînUEustaehe, une de leurs cD-

1 lonies, sur les Anglais qui s'en étaient un moiiient emparés. Aii commencement de Tannée suivante, ld67. Le Fèmde La Barre, à qui Colbert venait d'envoyé un renfort considépabie de navires et d*hommes, remit à la mer avec une escadre de dix-buîtbdUmea(s* et quatorze barques, ie tout portant doute cents soldats, et en six jours il s*empara, au mois de février, de Pile de Montserrat, dé^ fendue par neuf cents Anglais. Sur Tavis qn*il reçut qn'une nou-< velté escadre devait sortir de la Barbade, le S5 mars, pour essayer de reprendre Ttle Nevis sur les Francis , il résolut d'aliitf preiuire k la Martinique ceux de ses b^tinients qu*il y avait en« voyés, puis de cingler sur Tennemi. Mais, Je 3 avril, alors qu'il était prêt à s*embarquer, un bâtiment anglais de 40 canons arrivadevant Nevis.- Aussitôt Fèvre de La Qaife de monter sur une frégate de canons , àipitaine Boudet, et d'allev droit è ce vaisseau. Les Anglais, pour mteui^profiter de leur supériorité, tentent

' deux fois l'abordage et deux fois sont repoussés. Le duel entre le bâtiment français de S4 canons, et le bâtiment anglais de 40, dura jusqu'à ce que ce dernier coulât bas sous le faix de sa mâture écroulée. Étant allé ensuite à la Guadeloupe, Le Fèvre de La Barre fut averti par le cbevalier de 8aint->Laureatv nouveau conw mandant de Saint-Christophu , que les Anglaîa étaient venus blo- • • quer cette dernière tle avec dix-sept bâtiments, dont Tamiral, de 59 canons, le rice-amiral et le contre-amiral, de 48 eanons, et les autres de 36. Aussitôt il mit à la voile, avec dix-huit na*» vires , portant huit cents soldats et un certain nombre de voloi^ (aires. Le tO mai, il reconnut , près de Ne vis, Fescadre anglaise et, sur4e*cliainp , donna Tordre de l^attaquer. On combattit aveo beaucoup de vigueur, de part et d*aqtre , dejuits huit heures du matin jtisqu'à tro» heures de raprès-raidi. Enfin, les Anglais furent obligés de plier et de faire retraite, après avoir perdu trœs de leurs bâtiments et bon nombre de soldats. Après cette victoire. Le Fèvre de La Barre retourna à la Martinique. A peine y était-ilt

^que lord Wtlonghy, uyunt reçu des renforts en navires et en* hommea, crut qu'il po u rrui t p rofi 1er de Téloigneiuent de Tescadre française pour opéier .«ne descente à Smat^Christophe. Il entre*

.{irit eii fMst de* déjbaTquér douse cenU Anglais dans oette- lle; *^iDai$ les commandanls Saint-Laureii4, d^OfYÎIlien et de Laldor en&eni un grand carnage; tout ce qui ne périt pas, par les armes fut noyé ou pris. Il est vrai de dire que » d*an autre càté, les Anglais avaient obteou quelques avantages. Us avaient attaqué et démantelé, dans la Guyane française, un petit fort. oon- . atmit vers rembouchure du fleuve Sinamari. Us eurent avec une égale iiMsililé rdson de File da Cayenne qui était à pe'me pro* ^ t^ée par quelques commencements d'ouvrages.

Cependant des semblants d'hostilités avaient recommencé en Europe» entra les Français et les Anglais» dans les premiers mois de Tannée 1667* Au mois de mars, le chef d^escadre d'Almeras, détaché avec une division > fit cinq prises sur les Anglais. Dans le même temps, un armateur de Dunkerqae en fit deux autres assez considérables. Au mois d*avril , le capitaine de Buor, montant la frégate h ÙiUgenle^ enleva à Tennemi trois navires et en coula bas un quatrième. Le marquis de Kerjan, commandant k temér^ frégate légère de I canons , s*empara aussi de quatre navires et en fit périr^n autre jusque sur les côtes d*Angleterri.

La floUe de Beaufort, après rbivemage, s'était rendue d'abord de Rochefort à Brest» puis de ce second port à'La Rochelle. Le •9 mars , sept bâtiments en furent détachés pour aller à la ren* V contre de douze frégates anglaises, qu'ils ne purent joindre. Dans ' le courant du mois de juîq, Cabaret père fut envoyé en Hollande pour en ramener des vaisseaux qu'on y avait construits au^ compte de la France. Dans sa traversée, il fit rencontre de six navires anglais richement chargés dont il se rendit maître.

Sur les entrefaites , l-Angleterre et la Hollande d'une part, et l'Angleterre et la France de l'autre , firent leur paix à Brada, jle 31 juillet 1667. On -convint de se rendre réciproquement tout ce qu'on s'était pris. L'Angleterre fut obligée de renoncer pour un temps à ses prétentions à la souveraineté des mers.

D semblait que chaque année dût voir naître un nouveau port sur le liltofal de la France. Louis XiV^ toujours inspiré par Col.* bert, voulut que le i^nguedoc, qui n'en possédait pas de digne ' • d'être nommé, eût le sien sur la Méditerranée. 1^ Àmeux canal ' du Midi dont s'occupait «tors Biquet» et qui devât avoir unité' •es aboutissants è l'étang de Tbau, avait suffi pour faiie Choisir '

m lUSTOlKE MARITIME

le promontoire de GeUe^ qui a d'un côté la mer/^t de i'ajitre ce^ élMg. En 1607, on creusa le Thau de manière à lui donner trente' pieds environ de profondeur, et on se servit de ses eaux pour remplir on port capable de recevoir des bâtiments de cinq & six eenls tonneaux. Cette devint l'entrepôt de tout le commerce du Languedoc.

Ivant même que la paix de Breda fût signée, la gueire avait éclaté entre la France et l'Espagne, au sujet de la succeeeion des Pays-Bas, sur laquelle, tomme on Ta dit , Louis XIV prétendait, pour Marie-Thérèse, sa femme, fille du premier lit de Philippe IV, ATexclusion de Charles II d'Espagne, fils du second-lit. U avait découvert pour cela une ancienne coutume de certames parties des provinces en litige; mais sérieusement les seuls droits qu'il eût à faire valoir, c'étaient* avec la force, les traditions toujours vivantes qui liaient ces provinces à la France , et la nécessité d'en déposséder les ennemis pour la sécurité de son propre royaume, n lui importait d'ailleurs au plus haut point d'assurer ses dernières acquisitions sur la côte de Flandre, et particulièrement Ounkerque, par Foccupation des places fiytes qui se trouvaient en arrière. C'est pour cela qu'eut lieu, en 1667, la Huneuse campagne de Lille. Charleroi, Bergues-Saint-Vinox, Fumes, Ath, Tournai, Douai; h Fort de l'Escarpe, Courtrai, Oudenarde et Lille furent enlevés aux Espagnols avec une rapidité dont l'histoire ofire peu d'exemples.

Si Ton en excepte k prise d'un galion espagnol, porteur d*une charge d'un grand prix, parles capitaines de Nesmond et deBeanmont, qui croisaient dans la Hanche, et l'exploit du duc de Saint-Aignan, gouverneur du Hévre, qui, sorti de ce port sur un navire avec qudques soldats d'élite, força, l'épée à la main, un grand bâtiment espagnol que le mauvais temps avait poussé dans ces parages , cette guerre ne fut l'occasion d'aucune afGaire navale en Europe.

Mab, en Amérique, les flibustiers qui s'honoraient entre eux du nom de Frères de fa Côte, saisirent avec avidité l'autorisation qtt*dle leur donnait défaire des courses sur les vaisseau^ ' espagnols, la terreur de leur nom, à cette époque, contribua singulièrement à leurs succès. Les Espagnols tremblaient à leur seidc vue, et mettaient souvent les armes bas sans avcnr eu

DE FUA.>iCË. 18u

^GOiuagede contbaitfe. Ils obtenaient la vie si les galions qu'ils ramenaient du Nouveau - Monde étaieiiibien chargés d'or^ d'argot, de pierreries, ou d'autres richesses; inais si Tespérance du vainqueur était déçue, alois malheiir à eux! on les jetait impitoyablement à la mer !

On se rappdle le coup du flibustier Legiand , enlevant un vioeamiral d'Eqia^e avec une sorte de baïque; il y eut un autre , flibustier, nommé Btichel Le Basque, qui en fit un non moins hardi. Il attaqua et se rendit maître, sous le canon de Porto- BcUo, dans l'Amérique centrale, d'un gros galion espagnol chargé depluaieursmillions depiastres. C'est ainsique les flibustiers, en sé * gocgeant de trésors, échangeaient souvent leiursbarques contre des vaisseaux, et parvenaient quelquefois à se composer des escadres.

Us en formèrent une, en 1667, pour aller attaquer et piller Haracaibo, dans la province de Venezuela. L'( ntreprise avait été conçue par Michel le Masque et par l'Olonnais , qui s'était rendu ûmeux sous ce nom emprunté aux Sables -d'OIonne, sa ville' natale, et qui Qut, en cette circonstance, le commandement des Frères de la Côte. L'expédition, après s'être emparée sur sa route; de tous les galions qu*eUe a rencontrés , arrive à la baie de Vene> xuela , qui s'enfonce très-profondément dans les terres ; le lort qui en défendait,rentrée:esteniporté,le canon est encloué et la garnison de deux oents hommes passée au ûl de l'épée. On va aussitôt aûaquer Maracaïbo ; mats cette ville , riche de son commerce de cuir, detabacet de cacao, est déjà abandonnée par ses principaux habitants, qui ont emporté le plus qu'ils ont pu de leurs trésors. Néanmoins les flibustiers y trouvent encore de grandes richesses, et forqmt en définitive celte viUe ^ payer sa rançon. Chosé étrange et que Ton prendrait pour une afireuse dérision, si l'on ne savait combien dans l'homme la superstition est souvent près du crime, ces pirates qui ne vivaient que des maui d'autrui, prirent aux églises de Maracaïbo des croix , des cloches, des tableaux , pour les placer dans une chapelle qu'ils projetaient de faire bâtir à la Tortue. Ils avaient déjà, d'un autre côté , ravagé, piyé , brûlé une partie des établissements espagnob à Saint^- » Domingue, et menaçaient la capitale même de Hle, quand la paix sigpée entre la France et l'Espagne, le 2 mai I6d8, à Aix-là- , Chapelle, vint gôner iecours de lemssauvages exploits.

480 HISTOdlti: MAUlTlMli:.

.£ite prévint en mèmè temps, dans los mors d'-iîurope, im rcn^

jO^tre entre une escadre de dix vaiiseaui et qualorz?» hrAîols^ commandée par Beaufort, ayant Dnqnesne surson bord, et la iluUo d'Espagne que le grand-maître cherchait deplH^ k mois d-avril. Beaufort vint désarmer à Brest. Une autre escadre de six faisscaui et (lo dix flûtes, .commandée par Gabaret pôre, était allée prendre . à I.isbonne pour les ammcr à La Hochelle , un petit corps d'arraéo de quatre millo Français elles généraux Scbomberg et jean d'Estrées. Ce dernier, à cette époque, n*aTait encore pris aucun service dans la marine.

Par le traité d'Aix-la-Chapelle, Louis XFV obtenait une partie de ce qu'il avait cQnvoité. Il rendait la Fraoche-Comté, qu'ih avait aussi conquise , et qui , toujours facile à reprendre, autiint k cause de ses vieilles sympathies françaises que de sa position isolée de l'Espagne, ne pouvait manquer de lui revenir un jour ou l'antre; mais il gardait los places dont Q s'était emparé dans les Favs-Bas. Les cotes maritimes de lu France avaient dt s lors acquis l'étendue qu'on leur voit aujourd'hui; le traité d'Aix- *la-Chapclle leur donna de toutes parts leurs puints d'appui.

D('^ Tannée 1006 , un commissaire général de la marine, nommé Trubeft, avait été député au dey d'Alizcr pour renouvelttr avec lui les anciens traités, ce qui semblait être un usage de chaque année, qui, accompagné de présents et d'argent pour le rachat des esclaves chrétiens, avait tout lo caractère d'un odieux tribut. Par suite (ks négot ia lions de Trubert, trois bâtiments amenèrent d'abord d'Alger à Toulon trois cent cinquanta^six esclaves français. L'intelligent négociateur, à qui les mensonges calculés du dey et de tos agents ne parTenaienl pas à caclx r le Jiombre des malheureux cnptifs, resta à Alger jusqu'au 4 4 septembre 1607, époque à laquelle il fut reçu avec oinq cents autres chrétiens libérés par ses soins, sur une escadre aux ordres du chevalier Paul (|ni terminait ainsi sa carri>^re navale, si longue et si bien remplie. Le vieux marin, à son retour, fut nommé au comman<dément de la marine à Toulon; mais il mourut la même .hiiilh^, laissant un nom r»>douté des ennemis de la France et béni ^ innombrable» chrétiens qui lui devaient leur liberté. (2).

Au commencement del'année suivante, de nouvelles pirat<Ties forcèrent Louis XIV à envoyer à Alger une division -de cinq vuifr-

seaux comenamMepar Louifl-Victor de Ftochechouirt, dopuiarduo de Mfirlemart el de Vivonne, élevé à la dignité de géc^ra^des galères de France par suite de la démismon du due de'Créqui. Le dey^ qui d*aillettra n'était pasioujours maître de retenir see oor~* 9aîret, accorda satttfuction, quitte à laisser reo^mmenee» ausatAt après le départ des bAtimenta français. *

Dans ce temps, les Tnies Isisaient nne guerre ^chaînée ani^ Vénitiens, et, depuis vingt-quatre ans déjà^ils assiégeaient presque eontinuellement Candie. Jamais attaque ni défonie ne s'étaient montrées aussi persévérantes. Toute la chrétienté, comme aux grands jours des croisades, avait fini par s'intéresser à la ebd"^ des assiégés. La France n'avait pas cessé d*dtre représentée parmi eux y malgré le» vieilles alliances qui runissaient à la Por(M>tto« mane. L'Ile de Candie était comme un champ cloe, .comme un carrousel , où chacun venait rompre des lances pour l'honneur de sa religion , mais sans que cela influât fortement sur les relations de peuple k peuple. Cependant l'intérêt de l'Europe chrétienne , si sincère qu'fl<fàt au fond, ne s'exprimait pas d'une manière suffisante. Ce n'4taient pas des paladins qu'il fidlait à Cifbdie*aiix abois j mais de bons et solides cprps d'armée. Loua XIV le oom** prit et décida, immédiatement après la paix d'Aix-hi-Chapelle, qu'il enverrait un secours considérable aux Vénitiens, sans pour cela déolar^ la guerre au sultun. S'il e6t eu des imitateurs dans les antres souverains, les Turcs sans aucun doute auraient fini par ne point réussir dans leur dessein. Beauf6rtfut obargA de transporter à Candie six mille hommes de troupes réglées commandés par le duc de Navailles, elde donner en outre aux assiégés le sor cours de ses vaisseaux. Vivonne, général des galères de France, reçut ordre de son côté de se tenir prêt à partir avec une eseàdre de galères, navires qui, aux termes d'un ordre de Louis XIV, expédié pendant la dernière guerre aveo l'Angleterre, avaient des troupes constamment et spécialement, attachées à leur service.

' Beaufort mit & la voile, le 5 juin 1609 , avec une flotte composée comme il suit : le Monarque^ vaisseau neuf, de 94 canons et six cents "hommes d'équii>age, qui portait le grandHoialtre, assisté do Forant, son capitaine de pavillon, et du chevalier de La Fayette ; h Courtiaon ,.de 66 canons ,' monté par le Heutenant

v4S8 ' HIbiOlUE MÂKiTiMË

général dâ Marlel > faisant les fonctions de ?ice-amiral ; Toulon , de 4^ canons , capitaÎDe de Belle -Isie ; le Provençal y de 40, capitaine de Bouille, commandeur de Malte; le Comte, de 50, capi- (4^1110 de Kerjan; la Thérèse, de 60, capitaine d'Uectot; CÉtûOe^ de 36, capitaine Contay-d'Hiunières; le Croissant ^ de 30 canons, monté par ïourville, qui venait d'être admis dans la mnriDe royale en qu^ité de capitaine de ¥&i88eau>/a Royale, de 56, ca*pitaine de LaUillière, commandeur de Malte; la Princesse, de 60 canons, capitaine Louis Gabaret ; la Syrène, de 44 , capitaine de Cogolin ; le Fleuron , de 48, capitaine de ïurcUe ; le Lys , de 60, mônté par le marquis de Grancey ; /elfereosur, de 36, capitaine de Beaumont; leBouràoUf de 50, capitaine de Bouillon; le Dunken/uois, de 24, cnypitaine Languillet^ en tout quinze bâtiments de guerre, sans compter dix brûlots, un vaisseau -hôpital, et quantité d'autres navires aimés en flûte, sur lesquels étaient embarquées une partie des troupes du duc de MaTailles. Une division deirois bâtiments, commandée par d' Aimeras, qui était allée porter un ambassadeur, nramnéde La Haye, à Constantinople, se joignit à cette flotte qui arriva devant le port du Candie, le 22 juin, et introduisit aussitôt les troupes dans la place. Tous les ouvrages extérieur^ étaient alors au pouvoir des musulmans. Montbrun, V)ciog('naire français, qui avait le commandement de Candie, ne défendait plus que des mines, et pourtant rejetait héroïquement toute idée de capitulation; mais c'était sur la patience surtout qu'il comptait pour fatiguer les Turcs et les forcer à se retirer. Malheureusement la fougue des ducs de Navailles et de Beaufort ne pouvait s'arranger d'un système de temporisation. Dans un conseil de guerre tenu le lendemain de leur arrivée, ils déci* dèrent qu'on ferait une sortie pendant la nuit du 24 au 25 juin, pour tomber sur les Turcs avant qu'ils eussent eu le temps de rassembler leur cavalerie dispersée dans l'ile. Les deux chefs, dont l'ardeur était encore surexcitée par celle des gentilshommes français, impatients de signaler leur arrivée par un grand fuit * d*armes , avaient en outre appuyé leur résolution de la nécessité qu'il y avait, disaient-ils, de débusquer les ennemis d'un poste . à l'aide duquel ils empi^chaient la libre entrée et la libre sortie du port. Après avoir marché une partie de la nuit, les troupes de terre, commandées par le due de Navailles, et les détachements

l>BPRA{fC6. ' m

des vaisse^mx ayant à leur tète le duc dP Beanfort, s^mireiiteii" ' ordre de Mtaiile dans* une (ketité plaine qùi condnîsaîttau camp des Turcs , sans que céuxH» las aperçussent encore, hks'k pointe du jour ratlaque'des postes musulmans commenta. Les conmiandants de Dampierre et ôa Castellan, aTec des troupes de tme»' emportèrent deux redoutes qui étaient à la tète du camp.forcèrent les ligaes ennemies et prirent trente canons. Les Turos, furieiix de se Toîr ainsi surpris par une poignée d'hommes, firent alors une violente iiruptiiHi hofs de leur cenp et coururent à leur tour à la charge. Hais deux fois le duc de Na?ailles M jeta au-devant ^ d'eux: et les mît en fuite, vigoureusement appuyé qu'il fol jar ' Beaufort et les détachements des vaisseaux t conduits, celui de Pamiral par Forant . Yaudré , Gravier et Belle*Isle ; celui du vice- ' amiral par de La Hotle et de Planta$ celui du eonfre-amtbl par Gabaret fils, leschèvaliers de Bouillon et d'flailly et un autre Belle- Isle ; celui de la division d'Almeras par Pannetier, La Roque- Foutiez , Bittaut, Belort le chevalin de Nesmond, d'Amhlimont, aide de camp de d'Almeras» et Poepe, aide-major. Le succès semblait assuré , quand un accident intmompit tout k dbup ces brillants débuts. Comme les Français occupaient déjè un des quartiers de l'ennemi, un soldat entra , avec sa mèche allumée, dans un magasin souterrain de poudres, de grenades et de bombes, . pratiqué au-dessous des baAteries, et y mit le feu par mégarde. Le souterrain saute avec un horrible fracas, et avec lui tous ceux qui se (rouvment dessus ou à côté ; la panique se répand avec la rapidité de Téclair parmi les troupes de sortie , qui, ne devinant pas la cause de l'accident, croient être suf un sol partout miné, et se dispersent au loin, sans que leurs chefs puissent les retenir. Les Turcs ont remarqué ce mouvemmit inattendu , M ils en profitent pour reprendre leurs avantages. C'est en vain que Navailles et Beaufort, chacun de son cAté, cherchent à rassembler leurs hommes épars et à les ramener au combat. Beaufort, transporté de rage, crie aux moins épownmtés de le suivre, et se jette à corps perdu à travers une multitude d'ennemis. Pendant ce temps, le duc de Navailles, qui ne l'a point aperçu, fait de son mieux pour changer du moins kl fuite des siens en retraite. Mais quand, ayant à peu près réussi, il chercha des yeux le duc de Beaufori et demanda de ses^nouvdles, personne ne sut lui répondre.

Beûufo'rt Vivait disparu , sans qtie toutes les informations prises alors ol depuis oionl pu faire connaître au juste ce qu'il était dc- \vA\u. Ou se pluî a iniaiiiui f que sa lia avait été aussi étrange i|ue toute sa vie, et on se livra, à ce sujet, aux plus bizarres suppositions. Les uns se représentaient Beaufort coiffé d'un turban, au milieu d'un sérnil; les autres disaient que ce pouvait bien (itre le gouveruemeut français lui-;in':ne <{ui Tavail fait enlever, de peur qu'il ne revînt quelque jour à régner sur l^s halles. Le plus, le seul [»robable est (|ue les musulmans, suiv«inl leur ancien usage, lui avaient ronpé la tète apri'^s l'avoir tué, et qu'ils avaient dépouillé son corps de toutes ses marques dislinrtives. Le découragement le plus com[>lel fut la suitf de cet événement, qu'un autre, non moins fir>|)lorablc , suivii prés.

'A quelques jours de là, le 3 juillet, ou vi[ arriver dovantCandie, une flotte de vingt-cinq galrres, dont quinze de France, eouiuiandée's par Vivonne, st-ni du pape et sept de Malte, le tout sous les ordres de don Vinr enzo Rospigliosy, a;énéralissi:n»' des troupes. Le lendemain, il fut résolu, en conseil, que ce» galère» feraient une attaque, par Hu;r, contre le camp des Turcs, pendant que les troupes de terre feraient une sortie générale; niais l'état de la mer força à dilïorer l'exécution de ce projet jusfju'au 24 juillet. Ce jour-lii , les officiers des galères, à la faveur d'un calme, allèrent faire leur atU.u{iie coutre les Turcs dont plus de deux mill«! perdirent la vie. Mais ce fut alurs qu'inie seconde calaslroplio vint désoler les Français. Pendant que les bâtiments réunis de France, de Venise, du pape et de Malte canonnaient le camp des musulmans, le vaisseau, de 60 canons, la Thcrcr^e^ qui p(»rlail le trésor de l'expédition française, sauta, avec son capitaine d'Ileelol et les trois cents hommes de son équipage; il couvrit de ses éclats une partie des autres bâtiments, et faillit couler h fond la galère réale, que moulait le duc de Vivonne, investi du commamlenient en chef dos forces navales de France, par suite de la mort de Beaufort. Plus de soixaiile des honunos . qui étaient sur celle palère furent tués ou blessés. L'n niouient après, Vivnnne fut atteint d'un coup de c.uion qui ne mil pas d'ailleurs sa vie en danger. Les galères durent cesser leur feu • et se relircr, d'autant que les Turcs, prévenus, avaient empêché ToUaque des troupes de terre. Le duc de Navailles leuia encore

plusiom'B Sorties ; mois, voyant qu'elles n'al>fM!<!!*<^niont à rien

AiUjuc son monde diminuait sensiblement, il deni.iiida ù se rembarquer. Vivonne le ramena en conséquence à Toulon , avec le reste de ses troupes et lallotte, le :1\ août 1G69. Le 5 septembre suivafil, les Vénitiens capitulèrent dans la ville do Candie qui tomba ainsi, avec toute nie, au pouvoir des Turcs.

Du([ucsne, tout occupé dans ce temps des trrands travaux du port de Brest, s'applaudit de n'avoir pas fait parlie d'une expédition que des généraux en chef plus braves qu'expérimentés, avaient ehangée en échau.ïourée. Oii^i'il- Colbert, contre Tavis de (jni elle avait été faite, il espéra qu'elle pourrait servir de leçon à Louis XIV; il sut tirer toutefois parti de la mort de lieuufort, pour faire su[.pr!inerj comme on va le voir, la charité de ^rand-niaître, chef et surintendant de la uavigatioD et du commerce de France.

Au milieu de ces événements, les armateurs français, proûtant de l'élan donné au commerce par Colbert, avaient entrepris des voyages du plus long cours. Ils avaient expédié des navires ^ jusqu'à la Chine, il paraiuail (jue, dès Tannée lo3!, François r"" avait envoyé, &ur un bâtiment de Dieppe, un sieur Valois, qui, de sa pari, aurait tait présent au céleste empereur de quatre canons de fabrique française, et qui, en retour, aurait apporté en France, des porcelaines, du thé, et d autres produits de ce lointain pays. *

Ce qui est parfaitement constaté, c'est qu'en 1667, un Français, nonnné Jean-Ba[)tistede La Feuillade, commandant un navire de Rouen, du port de cinq cents tonne^mx, après être passé par le • détroit de la Sonde, avoir mouillé- aux Moluques, einj^lé à l'est pour ri'((Mn'iicr en Lurope, et lail u auiiMge sur la cote du Ciiili, a une petite distante au nord de l'entrée du détr jit de Magellan, par suite présumablemenl d'uîi courant qui, parlant de l'est nordest, Tavail poussé sur des écueils, se construisit une petite frégate des débris de sou navire , pour sauver ses gens et le plus précieux de sa cargaison, et revint en France, par l'Océan atlantique, ayant fait ainsi, bien av ni Bougainville, un voyage autour du monde sur un iiavire français; ce que ce dernier navigateur se complut trop à paraître ignorer et à laisser ignorer, pour avoir i'iionneur de passer pour le premier de sa nation qui

eûtoAIropris unefAreille eipéditîôn. LaFeuHlade écrîtit iBUpÊ^ Uia, à Rouen, une relation dè sa navigation, sous le titre de Voyage de ia Chine et det Moluques. Les étrangers eux-mêmes la mentionnent, entre autres Tanteur espagnol du Teairo nawU hydrografico, dt l'Anglais Burnay, dans son Histoire ehroiuih^ gique des vo^foges et découvertes dans la mer du Sud»

PÉRIODE oe L'administration'des deux colbbrt,

M t& a«AllDlirR «ABtTlIlH Pt LA ÏBAItCl.

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HtSTOIRË MARltlMET DE KllÂNCË. m

GfiÀPHRB VIL

CalbeH . tnin;<lr<* êf l« maria* m tîirt, e«min« il VfUti «a fui. — Alielition èt la cliar^t d» ^nj-B«1tr«. rftrf «I «B.-wU:uJ..iit lie la nati^tion et da Mmmerfe de Frioec. — RcUUîMepMnl H» la cW^e d'^imnl il< France ror de ponv.llci kt5«t. — comte i}« Tcrmanrfoi* , amiral de Fnncc. — lU^li iiii-iit >ar hi pomoir* Je l'imirtl..^

' CHaiiM iffi gui»* i» H ■MÙw. Ccfalwtt 4a «ic»^ifaWt 4a Pnaiit aa praAt 4u egnlc J«m 4*KitoéM,i— Radoi»' Uemeat 4t» irattas 4eif«rU.— La part 4è Taotn «a K70.— Ord«tmtiiec«Mt^j;l«nrnl< 4ul 1 CaKwrt ««r* w le«É|«.

-s-Fi 'r < rni'L< (Tt l\ Fnnfs- rn l<"/>0. — R»|i.'i)iln>ri du li'iitenjnl ~'tirr.il Ji: Mitl-I, «In --miMl d'K.lr.xt, 4« Daffaxtric «I de Hn Mii« d'Àplewonl, en ICTH,— f^rAdrr de la mer de* ladei, tn 1670.— ^a aii»i<>n.— Siiii^tian dc« Frinfiis i Ka4agMCtr>— LmÎI XIT dgaaedi-i nntii* fixe* airx iwMMMldePl^lat. -«F«rMSR«*a1r* df la Franr«

«a l671^Gaana eaaM iMButeaMpai, an l«71 «1 1672.— Saite da I» eiBi|ia|ii« ibat b awr dM lad««.— MîiWMntdaSanto.— TmM««» MrrO» C«Tl«s.~lft«A>e«Mnti Ihm fUiaiMiiiM da Ntfd.— IM<oai«r|f, y» al rriw 4a fanfMiM dt h Itt* aiBnaM, MB 4a ni da FbiMfc

It

Colbcrl étail donc depuis longtemps chargé de radmiuislralion de In marine el des colonies; un roglemenl du roi , en dale du . Il mai îGG7, lui avqil conservé le détail el le soin qu'il avait déjà pour ia marine, les galères, le commerce extérieur, et n'avait laissé à de Lionne que les cxpi'ililions à faire en conséquencci Colbert avait succédé, ca l(i09, dans le d» [tarlementde la maison du roi , à Hem-i de Guénegaud qui, le 20 mars 1660, signait des odes relatifs h la marine, purliculiéremenl au port de Brest (1); un nouveau règli-umuL, en date du 7 mars 1669, en l u iiit cesseï d'une manière délinilive le morcellemml de radiainLiir<ition en marine du Ponant et en marine du Luv aut, avait consliiué d'tinc manière plus sùro encore, entre les mains de Culbert, çol importa ut mmi&lère; le rè^emeul du 7 mar$i009» portait

qiieColhcrl, scrr<^lniro (i Lnl do la muriac cl coulrtMeur cc^rn^rai dès linanccs, aui.ui dans ses allributions lu marine du l'oiiaut et celle du Lcvanl, les galères, les compagnies des Indes-Orientales et Ociidentalcs et pays de leurs concessions, le tomnicrce intérieur et extérieur du rnv;umie, les consulats de la nation française dans les pays élraugcrs, les manufactures et haras du royaume, et que de Lionne, secrétaire d'Etat des affaires étrangères, aurait dans son déparleinent, en dédommagement de ce qui lui était enlevé, U iNavarre, le Ht'arn, le Bigorrc et le Berry qui élaieiil nnpnravant du déparlemeiil de Colliert ; que les ' appointements de (pialre mille livres qu'il avait sur la laariue lui seraient aucmcnlés sur ceux dont il jouissait [)oiir les affaires élraugères, et qu'enfin il lui serait payé sur le tn-sor royal une somme de cent mille livres. Celle transacliou dit assez ce qu'étaient encore à cette époque les Chartres de sucré laires d'Étal : des sortes d'offices transmissibles et vendables, dcTagrémenl du roi ; mais Louis XIV, qui augmentait considérablement leur importance, tendait en même temps h les dégager de celte s^itualion aussi absurde qu'abusive qui p luvail mellre la conduite des affaires du pays dans les mauis les plus déshonnôtes ou les plus inc<ipables.

On a vu comment le cardinal de Richelieu, qui avait fait abolir * Tainiralat de France sous le prétexte de sa trop grande puissance, s'était mis en possession de tous les droits et privilèges de celte charge, sous le litre de grand-maître de la navigation et du commerce, et conmient elle était arrivée au due de Ueaufort qui, bien (lu'un peu amoindri par la volonté de Louis XIV, venant en aide au génie de Colbert, délivrait eucore , en son nom, des commissions d'officiers commandants et d'officiers généraux de la marine, et n'obéissait aux ordres qu'il recevait sur les devoirs de sa charge, qu'autant qu'ils émanaient de la main même du roi. Beaufort n'eut pas de successeur. Mais avant d'abolir la charge de grand-mailre, chef et surintendaiU de la navigation et du eomiiit'ive de France, comme il y avait toujours des princes à pourvoir de riches dignités, priii* es dont la vie désordonnée de Louis XIV augmentait incessamment le nombre par des enfants naturels, il fut décidé que l'on reconstituerait l'amiralat de France sur d'autres bases qu'autrefois. Une des plus uuporlantes

■et dangereuses pn^rognlivcs qu'il y ivait à comballre, estait celle qu'avaient eue les uncieiis amiraux et depuis les grandsmailres, de nommer aux emplois el fonctions dans la marine; Colberl rédigea un mémoire pour contester ce droit h l'amiral et en faire ressortir tous les inconvénients (2); ses misons eurent sur l'esprit du roi toute Taclion qu'il désirait; il lit décider aussi que l'amiral n'aurait absolument rien à voir dans l'administration de la marine, qu'au besoin même il reeevrait des ordres de celle-ci, au nom du roi; et dès lors il ne dut j)as songer h faire davantage obstacfe au rétablissement d'une charge dont il s'agissait de pourvoir tout d'abord un enfant à peine sorti dos langes, fils de Louis XIV et de Louise- Françoise La lîeaume Le Blanc, duchesse de La Vallière-Voujonr. Du reste , si Louis XIV voulait que les princes -eussent de grandes positions pour qu'ils tinssent leur rang, il entendait aussi qu'ils ne possédassent que très-peu de vraie puissance, pour que, ne vivant que par lui, n'étant quelque chose que par lui, ils n'eussent jamais la pensée de se révolter. Us ne furent plus en effet que les premiers particuliers de l'État.

Le i% novembre 1669 parurent et Fédit royal qui supprimait la charge de grand-maître de la navigation, et celui qui rétablissait la charge d'amiral de France , au profit dç Louis, bâtard de Bourbon, comte de Vermandois,tous deux contresignés: Colbert. Il est à remarquer que cet édit qui donne «lutorité à l'amiral tant en Ponant qu'en Levant fait exception de la provmcc de Ikelagne, qui paraissait donc ainsi conserver encore son antique droit d'amirauté spéciale el indépendante, dans la personne de son gouverneur. Une estampille , au nom du comte de Vermandois, devait tenir lieu de signature aux actes de l'amiratité, jusqu'à ce que le nouvel amiral iùi en âge de remplir les devoirs de sa charge.

Le même jour parut, également avec le contre-seing de Colbert, le règlement sur les pouvoirs, fonctions, autorités et droits de la charge d'amiral -de France. Il était très-concis et à peu près ainsi conçu : toute la justice de l'amirauté, ainsi qu'elle est réglé?, par les ordonnances, appartiendra à l'amiral et sera rendue en son nom; l'amiral pourvoira de plein droit aux ofQces des sièges des amirautés; il jouira des droits. de nomination et provision dont

m ' HISTOIRE MARITIME

les amiraux de France jouissaient sur les ofOces 4^ ramirauté à ces s'u'ges et à la Table de Marbre, ainsi que des amendes, confiscalions et autres droits de justice dons les sièges parliculiiTs, et de la moitié de ceux des lablcs de inarbre; plus ilu droil dt> dixième sur toutes les prises et conquùtes faites à la mer; du droil d'ancrage tel que les précédente amiraux en jouissaient j du droit de congés sur tous les navires parlant des ports et liavres du royaume; enfin H aura pouvoir de commander l'une des armées navales du roi à son clioix, et, dansée cas, d'ordonner des fniances, comme ont coutume de le faire *les généraux des armées de terre. Par un article spécial et final le roî se rés^rràit le clioix et la provision de tous les officiers de guerre et de finances qui avaient emploi et fonction, savoir les vice-amiraux, lieutenants gtiiéranx, chefs d'escadres, capitaines de vaisseaux, brûlots, frégates, lieutenants, enseignes, pilotes, capitaines et officiers des ports et gardes-côtes, intendants* commissaires et contrôleurs généraux et particuliers, gardes-magasins, et généralement tous autres officiers, ensemble tout ce qui pouvait concerner les constructions et radoubs des vaisseaux, les achats de marchandises et munitions pour les mn^r^sins et armements de marine , et l'arrêté des états de toutes les dépenses faites par les trésoriers de la marine.

Dans le mi^me tenin^^, la compagnie des gardes du grandmaître de la navigation fut licenciée, et Ton en forma une nou- ' velle, sous le titre de g\bdes dis- la mabine , pour servir auprès de l'amiral; il fut réglé qu'elle se composerait de deux cents hommes, savoir : cent cinquante gentilshommes et cinquante soldats de fortune, dont cent seraient départis à Toulon cl cent A Rochcfort et à Hrest. Ces jetmes gens furent, à proprement parler, les élùves nobles de la marine, comme Favaient été les gardes du grandmatlre.

Le 12 novembre 1669, fut également créée la charge de viceamiral du Ponant. On se réservait de constituer celle de viceamiral du Levant; mais le gouverneur de Provence et le génrral des galères qui, chnnin de son coté, se prétendait en possession d(î rarnlralal du Lmint, y firent ass' Z longtemps encore obstacle. Louis \iV ne trouva pas que les lit)mmes de mer les plus expérimentés qu'il eût tussent dignes, par leur rang social, d'occuper

m rRÂNGE. 499

la charge de vice-amiral sous un de ses bAlards. Le chevalier Paul et le chef d'escadre de Fricambaull étiiiuut morts; mais rcsUiient, do la marine de Kichclicu, Duquesne qui avait rh' déliuilivcuicat élevé au rang de lieutenant général des arm '(is navaltîs, en 1667, et qui juslemonl créait alors, à Brest, un arstMial pour la marine du l'uuaul ; le ( hef d'escadre Gabaret père dont les talents et l'expérience a'avaienl pa cessé d'être utilisés par le roi, et Forant , ce vieux viie- nnual de La Rochelle el amiral do Hollande à qui l'on confiait, av( r le simple litre du capitaiia' de vaisseau, les pln<; iiiiporlauLs loramandemeiiis , sous rouibre d'inlellit^ence maritime de généraux de hasard (jui profilaient de son expérience pour s'élever souvent sans rien faire, de même que de celle du capitaine Des Ardens, qu'on ne traiuul t^iit'Te luieux. Louis XIV, que Colberi ^lut désespérer de vaincre à cet égard, préléra a des marins c nsommés des hommes de race. 11 pensa, pour la ci)ai>:o de vi( L! - aiiural du Ponant, à Jean d'Eslrées, d'une ancioiine familiu de Picardie, l;a]iiLll(!, dés le règne de saint Louis, était en possession des plus liaiiliis dignités militaires.. Par iaalabur, Jean d'Eslrées, tils du marrclial François-Annibal d'Lslrées qui s'était fait remarquer à lu lois comme homme de guerre el cummc auibassadeur, n'avait encore servi que sur terre. Colonel d'<yn régiment d'infanterie, il avait fait sa premicre campagne dans la seconilo anu' o de l'avénemenl de Louis XIV au trône; il s'était signalé au su .;n de Grav^liiif s, d'où on l'avait vu revenir estropié de h la iiii ul du hras droit; après avoir reçu ce baptême de téu dont d devait à jamais garder les honorables manjues, il avait congosiru à la victuir*; que \o. grand Coudé remporta, le iO auiU KiiS, sur 1*!S Impériaux el les Espagnols; élevé, l'année suivautti, au îjrade de marénhnl de camp, il avait }»ris part, en cette ^pia ilé, uux guerres civiles de la Fronde, et servi dau:^ l'aïuiee royale au blocus de Paris et à l'attaque du pont de Cliarenton; après asuii pris les ^eçons de Coudé, il s'était instruit à celles de Turenne, et avait vu, en 1054, ces deux illustres capitaines, le premier mai'icureusement égaré h lii Irte des emiemis, lutter ensemble de génie îni'itaire tievaal Arras; il avait contribué, dans la mémorable jour uéo 25 août, à t'oreer les ligues des Impériaux el des !'^^[•a;^uols commandés par Coudé, et, par saile, à faire lever le sté^e de la place j U

m HISTOIRE MARITIME

grade (fo lieutenant général avait été la fécompcme de sa valeur déterminée dans eette occasion; mab, en 1^56^ Condé ayant pris sa revanche de la journée d*Arras, et forcé à son tour Tu> «nue à lever le siège de Yalendennes, Jean d*Eslrées avait été /ait prisonnier, dans la retraite, avec le maréchal de La Ferté. A la conclusion de la paix, en 1659, il était revenu en France, et, ayant remorqué que les idées de Louis XIV et de ses minisires se tournaient vers la marine, il avait commencé h se passionner pour cette carrière de hasards, qui convenait à son camctère entreprenant et ami des grands périls; toutefois, la guerre s'étant rallumée, en 16^7, Jean d'Estrées avait sei(^ encore quelque temps sur terre et accompagné Louis XIV et'Turenne dans la brillante campagne de Flandres dimt chaque journée, pour ainsi dire, avait été marquée par la conquête'd*une ville ; peu après, en 1660, revenant à son dessein d'obtenir de grands commandements dans la marine, il s*étaît fait nommer lieutenant général des armées navales, et s'était, assure-t-on , embarqué pour l'Amérique, afin d'y combattre les Anglais; mais Le Fèvre de La Barre l'y avait devancé.. Ce lut, à ce quMl parait, apn's son retour d'Amérique, en 166Ô, que Jean d*Estrées sévit investi delà dignité de vice-amiral du Ponant, dans laquelle il était ambitieux de se 'signaler et où il se soutint, ^ce à son courage, à son énergie, à son coup d'œil , à son désir de bien faire, beaucoup mieux qu'on n'aurait dû Tattendre de ses antécédents.

Après celui de vice-amiral , le plus haut grade dans la marine française, où il n'y avait point, selon la remarque du P. Daniel, de contre-amiral en titre d'ofBce , était celui de lieutenant générid des armées navales, qui, eu égard au rang et au commandement qu'il donnait, était de l'institution de Louis XIV. Le titre de lieutenant général n'était donné, avant l'année'l 647, qu'à l'amiral ou au commandant en chef d'une flotte , de même qu'on ne le donnait autrefois dans l'armée de terre qu'aux maréchaux de France ou à ceux qui commandaient en chef l'armée , par la raison, fait observer le môme auteur, que le roi étant général né de toutes ses armées', qui que ce soit qui les commandât n'était que son lieutenant. C'est dans le règlement de 1047, fait durant la minorité de Louis XIV, que l'on trouve, pour la première fois, un lieutenant général sous ie commandant en chef de la flotte j depuis

le grand-prieur des Gouttes , le chevalier Paul et de Martel avaient été iails lieutenants généraux, ce second en 16Sd; Duquesne, quoique commissionné temporairement, ainsi que Cabaret père, de ces fonctions par Beaufort au mois de mars 1665, n'avait eu, comme on vient de le Toir, ce titre d*une manière permanente qu*à dater de t667, probablementapfèslamortdu chevalier Paul. Depuis ceUe époque^ on fit des créations de plusieurs lieutenants généraux des armées navales; ce fut un nouveau grade où Ton monta après avoir passé par celui de chef d*escadre. Quant aux chefs des escadres, terme synonyme primitivement d*escouades, qui, selon l'observation du P. Daniel, après avoir été appliqué à une troupe de- soldats des armées de terre et surtout de soldats à pied du temps de François T', élait devenu propre de Fermée de mer et se donnait à un détachement de vaisseaux, leur nombre fut encore limité à six portant des titres de provinces. Les grades de ■ lieutenants généraux et de chefe d'escadre ne furent, à quelques exceptions près, confinés qu'à des hommes renommés par leur expérience et par leur bravoure.

L'année qui vit porter Colbert, d'une manière désormais claire et nette, à la tête du département de la marine, fut aussi (émoin, comme conséquence naturelle, d'un npuvel élan dans les ports et sur les côtes, que la pan &vorisaît encore. Les travaux furent accél^ésà Brest, à Rochefort, au Hdvre, à Dunkerque;4>n s'occupa aussi de Saint-Mak). Le 29 mai 1668, un devis du travail « pour te curage du port de Toulon , ayant été convenu et signé par d'Opède, président du parlement, d'Infreville, iotendantde la marine du Levant et par les consuls de la ville, un arrè^Uu conseil d'État du roi , en date du %i juin de la même année , avait fait injonction à ces derniers nu^;istrats municipaux « d'employé au curage les deniers provenant des lérmes du septième du pain et du vin appartenant à la ville de Toulon, attendu l'urgente nécessité et jusqu'à ce qu'il y eût été satis&it. > Un autre arrêt du conseil fût rendu, en 1669, pour qu'on prit annuellement, pendaiit.cinq ans, douze miUeiivres sur les revenus de Toulon , les* quelles seraient employées à donner à la darse un fond de vingtcinq pieds. Un mémoire, conservé aux archives de la marine, fait connuUrc exuctemenl quel était, en 1670, l'état du pSrt et de l'arsenal de Toulon.

« Le port de Tholon, dit ce Mémoire, esl, de lui-môme et par son heureuse situation, le plus beau elle plus avantageux qui soit un Luro[te , et dans lequel il y a le plus de facilité et de commodité pour toutes sortes d'armements, et généralement pour tout ce

qui regarde les ouvrages et le service de la marine La darse

(car il n'en existait qu'une en<ïore, et la plus petite, la vieille), est le lieu le plus enfermé dudît port, et dans laquelle sont ordinairement les vaisseaux désarmés, n'est pas tout à fait suffisante. Il est aisé de la creuser et de l'agrandir. On a établi quatre pontons, de l'entretien dcsquelsJa ville est chargée, qui servent au creusagr; de ladite darse et petite rade. î( s*en tire quelque avantage, mais non suffisant pour produire le' nettoiement dont on a besoin. L'arsenal se trouve situé à l'extrémité de ladite darse, du voUS du Ponant , et en occupe même une partie qui a été remplie cl comblée pour donner plus d'espace à la construction des vaisseaux. »

Le mrme Mémoire fait connaître qu'il y avait, en 1070, dans la radu dr Toulon, vingt-sept vaisseaux de guerre, un vaisseauhôpital, trois brûlots, quatre pontons, huit gahares et quelques aulres, pt-lils biltiments; sans y comprendre onze vaisseaux de guerre et deux brûlots qui en étaient sortis pour tenir la mtrj plu§ ç'm\ vaisseaux et deux pontons sur les chantiers.

Malgrù l'uloge que l'auteur du Mémoire fait de Toulon, ce port, . encore si incomplet, laissait à peine soupçonner ce qu'il serait bientôt. Louis XIV et Colbert avaient souvent les yeux tournés de ce côté; plusieurs plans de l'agrandissement du port et de l'arsenal leur furent soumis; Vauban en donna d'abord un d'une étendue gigantesque, qui parut à la fois trop coûteux et hors de proportion avec les besoins, du temps ; on ne l'accepta qu en le rélrécissanl, et on ne l'exécuta que plus tard.

Il ne se passait pas d'année que Colbert ne fit publier quelque nouveau rt''irlemcnt ou quelque nouvelle ordonnance sur la niariiic militaire, oû, avant ftii, presque^ tout encore, ( tait à laiie, quoi([ne Hi( helieu eût laissé à ce sujet des projets dont il [irolil.i. Personne n'était pîns digne de continuer le grand cardinal {pie Couvert. Il publia un code forestier (car sur quoi son génie administratif ne s'élendait-il pas?) dans lequel il n'oublia point la part des vaisseaux. Il favorisa en outre l'entrée des bois étrangers dans

DL tKÀlNCE. 203

tous les poits du royaumo, pour Tusogê de la marine marchande, aussi bien que pour celui de lu marine de TÉtai. Il régla, en 1670 et 167 1 , les mesures à prendre d<;sormais pour la meilleure constructioii v.[ le perfeclionnemeut des vaisseaux du guerre. Tout vaisseau de premier rang , portant de 70 à 120 pièces de canon, dut avoir trois ponts entiers et non coupés. Défense fut faite de' çonstruire , s« Km Tancien usage , des châteaux sur Tavant du troiflème pont. ,Les vaisseaux de second rang et de troisième rang , de 70 canons et au-dessous, furent astreints à n*avoir que deux ponts. Ceux de quatrième» rang, de 30 à iO.pièces de canon, et ceux de dernier rang , de 18 à âl8 pièces de canon, durent avoir deux ponts toiiranls devant arrière. Il est question , dans oes règlements, des frégates légères, portant de 8 à 1 0 et 1 6 pièces de canon, et qui ne devaient avoir qu'un tillac. Les règlements, en ce qui concernait le rang des vaisseaux, furent plus d'une fois modiidés dans le COUTS du mdme règne. Pour dire encore ici quelques mots des vaisseaux en eux-mêmes, à cette époque, c'est sous Louis XIV que Ton commença à donner d'une manière précise aux plus considérables des constructions navales le nom de vaisseaux de ligne, ce qui indiquait qu'elles étaient assez grandes et fortes pour combattre en ligne, en présentant le côté, et non plus seulement comme les flottes de galères. Colbert ordonna, que, dans les principaux ports et arsenaux de marine , il serait tenu , deux fois par semaine, un conseil de constructions navales. 11 voulut aussi que les capitaines de vaisseaux ne manquassent pas de tenir un journal exact de leur navigation. Un règlement fut fait au sujet des marques de commandement; et deux ordonnances parurent, l'une concernant les saluts que les vaisseaux, en gènural, se devaient entre eux; l'autre pour régler celui de la galère réale avec le vaisseau-amiral. La réale était la galère que montait le général des galères. Depuis quelque temps déjà il n'y avait plus de galère capitane en France; la Patronne y que commandait toujours' le lieutenant général, en tenait lieu. Colbert eut soin de régler la garde, la conservation, ainsi que la police des arsenaux ; il prit également des mesures pour là garde et conservation des ports et des vaisseaux. U assu-* juUil à une disciplnie sévère, mais indispensable, aussi bien les ofiiciers que les moindres matelots. Toute querelle fut interdite

m HISTOIIIE MAUniME

enlre les uns comme entre les autres. Les capil-iiiKS curent ordre de ne point abandonner leurs vaisseaux pour aller coucher à terre; la peine de mort menaça ceux qui s'absentcraieiH des escortes chargées de proléger les navires marchands. Eu revanche, de grandes récompenses furenl assurées à ceux qui se distingue- • raient, et particulièrement aux capitaines de brûlots qui inceu-» dieraicnt des vaisseaux ennemis.

Si l'on en croit le commentateur de l'ordonnance de 1681, le savant Valin, la France possédait, dès l'an 1669, un matériel naval de trente vaisseaux de ligne, dont deux de 130 canons chaque (fe Hoyal-Louis et le Soleil-Hoyal) j un de 1 iO {le Dauphin- Royal); deux autres d(,' MO canons chaque {le lioyal et le Monarque) ; plus quarante et un vaisseaux depuis 40 jusqu'à 60 canons ; dix-sept frégates depuis 6 jusqu'à 30 canons ; cinq tartanes et six galiotes, dont deux à rames ; tout cela indépendamment de la marine des galères. V.ifn cgé de la marine ^ que les archivi's ne possèdent plus (|a'à partir de l'année 1671, donnera tout à l'heure la situation aullientique de la marine de Louis XIV , telle que la faisait Colbert.

La protection que ce ministre donnait au commerce l'engagea encore à envoyer, en 1670, des escadres contre les pirates barbaresques. Le lieutenant général des armées navales de Martel partit de Toulon , au commencement de janvier de celte année , avec une escadre de douze vaisseaux, arriva, le 29 du même mois, devant Alger, força, par la seule présence de ses vaisseaux, le chef de la Régence à renouveler la paix, à rendre les esclaves chrétiens qu'il avait en son pouvoir, et à convenir que désormais ses sujtjts ne visiteraient plus les navires portant pavillon de France, et qu'il ne serait plus acheté ni vendu de Français. L'escadre de Martel alla ensuite croiser devant Xums et bloquer la Gouletle, mais avec moins de succès.

De Toulon également partit, au mois de septembre 1670 , une division de trois ou quatre vaisseaux , commandée p«1r Du iMée d'Aplemont, qui porta k Constantinople le marquis de Nointel, ambassadeur extraordinaire de France, chargé de renouveler les anciens traités avec la Porte, et facilita l'évasion du chevalier de Beaujeu, qui était esclave, depuis quinze ans, dans le cbàteau des Sept-Tours» ainsi que de quatre-vingts chrétiens.

liaxquels les yaisseaux français serfÎTcnt d'inviolable refuge.

la même ann^e, une division sortit de Brest, sous les ordres de Duquesne , pour aller a» joindre , dansies eaux de Belle-Isie, à une autre division que le vice-amiral d'Gstrées, ayant avec lui lo chef d*escadre Cabaret père, amenait de Rochefort. Ces deux divisions réunies sous leeommandement snpéfieur de Jean d'Estrées, et formant ensemble neuf vaisseaux , étaient destinées à aller réprimer les corsaires de Salé. Mais elles partirent trop tard et se bornèrent à une promenade aux Canaries, comme pour servir en quelque sorte à Téducation maritime du nouveau viceamiral, ^s-à«vis duquel I>uquesne et Des Ardens, qui auraient dû être non-^ulèment ses maîtres, mais ses supérieurs, se montrèrent peu indulgents. D^Es^lrtes s'en étant plaint à Colbert, le ministre lui répondit : « Je vois bien que vous n'avez pas lieu d'être satisfiiit des sieurs Duquesne et Des Airdens t ce sont nos deux plus anciens of&ciers de marine ; le premier a toujours été reconnu comme u^ très-habile navigateur. Je conviens avec vous que son esprit est difficile et son humeur incommode; mais dans la disette que nous avons d'habiles gens en cette science qui a été longtemps inconnue en France, je crois qu'il est du service du roi et même de votre gloire que vous travailliez à surmonter la difficulté de cet esprit et à le rendre sociable pour en tirer toutes les connaissances et les avantages que vous pourrez. • Colbert, dans cette circonstance comme dans plusieurs autres de sa vie, faisait un sacrifice À l'esprit de cour, sous lequel il devait finir par succomber.

Ces «scadres ne furent pas les seules que, malgré la pàix en Europe , on mit à la mer pendant l'année 1670. La compagnie des Indes-Orientales, déjà obérée, soit par la mauvaise gestion de ses agents » soit par le défaut de paiement de plusieurs de ses actionnaires, s'était vue obligée, dès l'année 1669, d'avoir recours au roi, par l'entremise de Colbert. Louis XIV, se flattant de fàire de Madagascar une colonie florissante , lui avait accordé un secours de deux millions. Le 29 mars 1670, le lieutenant général de La Haye, revêtu du titre pompeux de vice-roi , partit de Ro* chefort pour la mer des Indes, avec une escadre de cinq bâtiments de guerre : le Navarrey de 56 canons, monté par de Tureltes-Thiballiar, étovéau girade dechef d'escadi^ Tannée piécédente, et qui

ne émit pMtmxnt de oitte campagne; te Triomphe^ de 3S ca« noDSf eommandani Forant, que les éTénements devaient rappeler en Eurape «vant ia fin de la campagne ; ieJides , de 38 ca« nons» capitaine de Luphet, que la mort deyatt prochainement frapper* ainsi que son successeur immédiat; te Flamand^ de 36 canons, capitaine du Maine, qui devait mourir non moins promptement et n^avoir pas un successeur plus heureux; /« liayonnais^ de 34 canons» capitaine Cabaret Marais;, plus quatre frégates et flûtes : ia Ditigeniet de 8 canons , capitaine de Bretancourt; t Europe ^ de 12, capitaine Du pré; (a Suitanst de 16, capitaine de Beanlieu^Vemay, mort en 1671 ; ^Indienne, de 12, capitaine de TËtrille, et un brûlot, capitaine Gespin qui, dans le cours de la campagne, passa au commandement du Flamand* Quatre cents hommes du régiment de royal-marine, commandés par le maréchal de camp de Grateloup, qui mourut en 1672; étaient embarqués sur cette escadre, laquelle devait s^augment^, en 1671, de trois bâtiments. La mbsion de Uk Haye était nonseulement de protéger le commerce des Français dans la mer des indes, mais encore de lever les plans -de toutes les côtes par où il passerait, et de rapporter la description des lieux oiï les bitiments de la compagnie des Indes pourraient établir des entrepôts, de bien reconnaître le cap de Bonne-Esi^érance et Madagascar, et d*aUer ensuite s*emparcr de la partie deTile Ceylan qui était à Test, les Hollandais ne possédant que la c^tc ouest et sud. Malheureusement, La Haye, outre qu'il n*était peut-être pas àla hauteur de sa mission , ne devait agir que du conse;itement des directeurs de la compagnie dans llnde. Il arriva à la colonie du * Fort-Dauphin de Madagascar, & la fin de janvier 1671, et y entra en relations avec Cbampuiargou qui , homme dur et avare selon lui, avait eu le talent de se faire craindre et respecter desindigènes* La Haye trouva la colonie très-bien établie , mais le commandant Champmargou elles habitants extrêmement Intéressés, ne cherchant que leur profit personnel sans songer au bien gêne rai , et employant toutes sortes de voies pour s*enrichir. Il rcmai qua (]ue le principal inconvénient de Tlle Madagascar venait de maladies trèft-fréquentes et presque inévitables qui y n gnatcnl dans les mobde janvier, février et mars, et que le port du Forl-D^uiphia ' n'était bon que dans les beaux temps. L*llc Sainte-Marie et soa

DE PHANOR. ml

port étroit, où les vaisseaux pouvaituil être h l'abri do loiis les venls, Ûxèreiit son altenlion, ainsi que la baie d'Anlongil où il pcubuit qu*un «'loblissement eût élé beaucoup mieux placé qu'au Fort-Dauphin , sous le rapport de la salubrité , des moyens de se procurer de ia nourriture, de la largeur, de la prof^Tuieur, de la sûreté de la rade, et de la facilité plus grande qu'il y avait à passer de ce point 6 l ilo Bourbon et aux Indes. A Tégnrd de l'île Bourbon, La Haye vanta la lerlililé de son sol, Tair pur qui y règne, la bonté de s(^s radesf particulièrement de celle de Saint-Denis; il •fit observer qu'on n';iv;.ii h y craindrf^ les ouragans que les trois premiers mois de l'année ; il aur>ut désiré que le gouvernement y établit des magasins et des forlilicaiions et y entretînt un certain nombre de troupes. Kn l'abseme d'un port à Bourbon , celui de l'île Sainte-Marie ou celui de la baie d'Antongii, où l'on pouvait, dit-il, se rendre en six jours, y aurait suppléé.

Mais, avant de suivre plus loin La Haye dans le cours de sa longue campagne de la mer des Indes, il importe de revenir en Europe où ia marine française faisait d'incroyables progrès, r/année 1671 doit marquer à cet éganl, non par l'éclat des armes, puisqu'on était en paix, mais par le développement que prit comme par enchantement le maléricî de l'armée navale. Louis XIV étant à Ath, arrêta, le 20 juin 1071, une liste de noms fixes pour les vaisseaux de guerre, et c'est ainsi que l'on vit se succéder, jusqu'à la fin du règne de Louis XVI, des bdtinients portant les mêmes noms sous lesquels hnirs devanciers s'étaient illustrés, comme celaiivaU lieu pour les ré^meat« de l'année do terre.

En 1661 , époque à laquelle Colbert avait commencé à s'occuper des affaires maritimes, la France ne possédait que dix-huit bâtiments de guerre en mauvais étal , depuis 30 à 70 canons, et deux flûtes. Le i*' janvier 1071, il ne restait plus de la marine de 1661, que trois vaisseaux de 48 canons, un de 42, un de 38, deux de 36 et un de 32. Colbert , à cette date du 1 *" janvier 1671, . montrait déjà à Louis XIV une augmentation immense , tant à la mer que dans les ports. Il y avait, outre l'escadre des Indes, à la* quelle O'i donnait le titre d'escadre de Perse, et qui allait se composer de douze biitimttiits, l'escadre des îles, qui était de cinq bAtimcnts, dont V ua de 42 cauoos et unau^re de 28 ^ plus une escorte

m HISTOIBE MARITIME

(j( man liands, composée do^doux Mlimonts, le premier de 34 eaiioiis, le second d«; 2 i. L'escadre de PunaiU proprement dite était forte de trois vaisseaux, depuis mille à quinze cents touiieaux, et de 50 à 70 canons chaque, araies pour six mois, et de treize b<^timents, armés pour douze mois, dont un de G4 canons, un de 48 , et deux de 36. L'escadre de Brest était à part et se composait alors de quatre vaisseaux seulement, mais parmi lesquels fic^uraient fe Soieil-Hoyal^ de deux mille quatre cents tonneaux , duut on avait sagement réduit le nombre des canons du chiffre de 130, donné par Valin pour l'année 1089, à 120, en alu iidaul qu onl'abaissât même encore à 110 et 104, comme cela eut lieu aussi pour le Hoijnl-iMuis. L'escadre de Levant était forte de seize bâtiments, dont l un, le Monarque, de Si canons.

Le nombre des bâtiments dans les ports ou en Lli.iiUier était infiniment supérieur. 11 y avait dans le port de liocliefort quatorze bâtiments depuis quatre cent cinquante jusqu'à onze tents tonneaux, ceux de ce dernier tonnage au nombre de six; plus vinglnpialre autres kUiments. Trois vaisseaux étaient en outre sur les chanliers de liocliefort, dont deux de treize cents tonneaux, et il y awiit du bois pour cinq autres vaisseaux. Dans le port de Brest se trouvaient vin^^^l-quatre bâtiments, dont un de seize cents tonneaux, deux de quatorze cents cbaque, un de treize cents, les autres de onze cents, de mille, de buit cent cinquante, etc. Outre cela, il y avait sur les chantiers de Drest quatre bâtiments, qui devaient être achevés dans le courant de Tannée 1671. Au Hâvre-de- Grâce, on comptait dans le bassin , huit navires, dont un de six cents tonneaux et 1^ moindre de soixante; il y avait sur les chantiers de ce port trois bâtiments, dont deux de huit cents tonneaux; des marchés étaient passés en outre pour la fouraiiure du bois nécessaire à la construction de quatre autres grands navires au Hâvre. Dans le port de Dunkerque, il y avait cinq bâtiments, dont deux de sept cent cinquante tonneaux chaque ; des ordres étaient donnés pour en bâtir un autre de cette force , et il y avait du bois pour en construire quatre. A Bayonne, trois bâtiments de six à sept cents tonneaux chaque, étaient ù l'eau. Il n'était pas jusqu'à Libourne qui iTeûl son cbantier; un y construisait un brûlot. Jusqu'à (Jnébec, dans le Canada, il y avait en chantier, pour le compte de 1 .Liât» un navire de cinq cents tonneaux. A loulou, U

ff

DE FRANCE. 20d

^ avait dans h port un vaisseau dé deux mille à deux mille six cents tooneaux; h Royal~ Lotus , un de dix-huit cents , un de seize cents, lin de quinze eetats, deux de quatorze cents» neuf bâtiments depuis quatre cents jusqu*à treize cents tonneaux, et quatre navires de moindre force. Douze autres bAtimenls, dont l'un de quinze cents tonneaux et plusieurs de sii^ cents à initie dnquante toilneaux , étaient portés comme devant rendre le bord à Toulon, en mers 1671. Sur les chantiers de ce port étaient trois vaisseaux de mille cinquante tonneaux chaque , et deux de mille» qufiievaientètFe tous les cinq mis à l'eau du 1 5 avril au f juillet 1671 . H y avait du bois dans le parc de Toulon, à Arles et en Bourgogne, sur le bord des rivières* pourconstruire huit vaisseaux. ' A Marséille , on venait de mettre à l'eau un bâtiment de cinq cents tonneaux, et sur les chantiers de ce port se trouvaient à un état très-avancé Iroi^ autres bâtiments , dont deux vaisseaux de ligne , le Courageux , de quinze cents tonneaux, et ie fier, de mille cinquante^ Il y avait du bois pour construire deux autres vaisseaux & Marseille, où. se tenaient en outre ordinairement trente- • Ginq;galères du roi.

En résumé, la table d'armement de tous les bâtiments de guerre, y compris ceux qui devaient être mis à la mer avant la fin du mois ' de' juillet de cette année 1671, suivant un règlement £iit depuis peu sur la solde et les équipages de chacun die ces bâtiments qui dataient en majeure partie, po'ur Tâge de construction, de Tunnée 1668, présentait en effectif : seize vaisseaux de premier rang, dans lesquels on fusait encore entrer ^cette époque ceux de 74 et dç 70 canons , même un de 66 ; seize vaisseaux de second rang, dépuis 62 à 68 canons; trente-trois de troisième rang, de 48 à 60 canons ; vingt-cinq de quatrième rang, de 36 à 44 canons ; ringt-nêuf de cinquième rang, de 24 à 34 canons; sept frégates de 14 À 18 canons, quatre de^i2 , autant de 10 , six de 6 canons, une de 4; trente-neuf flûtes et autres navii^s de charge, et'seize * brûlots; en tout cent quatre-vingt-seize bâtiments de guerre, portant ensemble 6,620 canons, et pour lesquebon entretenait alors sept cent dix-neuf officiers de vaisseaux , six mille cent soixante et douze officiers ihariniers ou sous-officiers, vingt mille huit ceqts matelots, douze nulle cinq cent dnquapte-cinq soldats , au total environ quarante miHB hommes, coûtant par moist

lU. M

M msxaiUË mabitime:

pour ta solde et les vivres» neuf ceol quaranteHleux mille cent

quatre-vingUquiHre livres.

Bienldty comme on le verra, la marinô de l'État ^'.'lint accruo dans une proporlion égale k Tannée 1671, Louis XiV détermina d'une autre manière le classement et la force de ses vabseaux, en même temps que leur nombre et celui des équipages.

Colbert faisait remarquer au roi, dans l'étal de l.i marine de 1671, que tous les vaisseaux étaient gréés et que la plupart avaient leur rechange; il lui donnait le détail exact de son artil* lerie de marine dont le tiers environ était alors en caïKMis de fonte et les deux antres tiers en canons de fer, les uns et las autres en

* général du calibre de 36, de 24, de 18 et au-dessous; il y avait quelques canons d*; iS. Suivait le détail des munitions, des voilures, mâtures, boulets, marcbandises en magasin dans les ports.

« Tons les établissements de manufactures de la marine étant

* à présent laits en divers endroits du royaume, disait le ministre, on peut les abandonner aux marchands et ouvriers , et faire des marchés au rabais avec eux, qui produiront dans la suite une • diminution considérable sur les prix , et l'abondance dans les

* porta pour k marine et Vaugmentation du commerce. »

La guerre contre les corsaires barbaresques était à l'état de permanence. Les prétendues paix resst mblinciU à peine à des trêves. Une division de cinq bdtidienls, de 14 à 56 canons rliaque, fut envoyée, au mois d'avril 1671, sous les ordres du chevalier de Cbdteau-Renault, capitaine de vaisseau depuis l'année 1666, contre les Salétins. Cette division établit sa croisière devant Salé même, et poula ou prit quelques navires corsaires. Peu de temps après une escadre de quinze bâtiments de toutes forces, 80US les ordres du vice-amiral Jean d'Estrées» alla joindre la division Château-Reoault, avec laquelle elle bloqua le port * de Salé, canonna divers forts le long de la o6t6 et fit éprouver quelques pertes à la în.^rine des musulmans* fille no put toutefois parvenir à brûlerie gros des navires corsnires dans le port, à cause de h l>arrc qui rend l'entrée de celui-ci peu accessible, ïxj vice-amiral d'Estrécs ramona son escadre à Uoclieforl, au mois d'août i 67 1 , laissant ù la division Château-Renault le soin de continuer le blocusi oe doAt elle s'acquitta avec lèle» forçant

DE FRAMCE. âU

à difléreiltes reprises hiili mente de Salé^à se briier contre la côlo, avec perle d'une partie de leur monde.

De son côlé, le chef d'escadre d'Almn as f'tait parti de Toulon, le iO mai 1671, avec seize bdliments, dont six de ÔO à 94 canons chaque, pour entreprendre de briiler de nombreux navires corsaires qui s'étaient réfugiés à Port-Farine, dans TÉlat de Tunis ; mais il dut se borner à une croisière • les corsaires ayant démêlé et coulé presque tous leurs navires.

Cette même année, trois Mtiments de Luerre, ieBreiout de 48 canons, capitaine Régnier- Duclos, les deux autres de G canons chaque, allèrent grossir l'escadre de la mer des Indes, qui^ partie du Fort-Dauphin de Madagascar, dans le courant de septembre 1 I , alla d'abord mouiller à Anjouan, qui était le rendez* TOUS gjénéralt puis gngna Surate, sur le golfe de Cambaye, au commencement dedécen)l)re. Si l'on s'en rapporte à La Haye luimême, il trouva ce comptoir dans le plus grand désordre ; les trois directeurs de la compagnie des Indes , Caron, Baron et Blot, ne s*eptendaieat point entre eux; quand il leur parla de projete sur File Ceylan et sur l'ile Bourbon, il rencontra une Irès-vife opposition qu'il eut beaucoup de peine à faire fléchir, surtout de la part de Blot.- Il se louait beaucoup dans le principe de Caron « dans les sentiments duquel il ne trouvait que de belles instruc* tions et de grands desseins pour de solides étahlissemenls », selon *lês expressions, plusieurs fois renouvelées, de ses correspondances on journaux manuiscrito, en partie conservés dans son dossier; mais, par la suite, son opinion sur Cctron changea du tout au tout. Ce directeur alla établir, dans ce temps, un comptoir français à Bantam, comme te constate le journal manuscrit de La Haye, adressé à ColbertVsotfs la date du 43 décembre 4674* Enfin, après avoir obtenu à grand*peine des agents de la compagnie lea secours néceesaires, La Haye fit voile de Surate, le 6 jan<' vier 1672, accompagné de Caron, et alla mouiller, le 22 mars suivant f dansleportdeXrinquemalé» enllle de Ceylan, lequel, suivant son observation, fus Suffren devait confirmer cent ans après, était le plu» grand et le plus beau port de l'Inde; mille bâtiments, dit ù Haye, y peuvent tenir en tout temps à Vabri des vente; il est si heureusement placé, qu'on y peut recevoir de TEuiope et des Indes des marchandises de toutes sortes i et il est

' 313 niSTOiUi:: MAiUilMË

si bien défendu par ki nature , qim douze cents iiommes et vingt'» six navires sufiiraieiU [)Our le défendre contre les plus vastes entreprises enneipies. La Haye envoya deux de ses ofticiecs, avec des présents, au roi de Ceylan qui, pour susciter des rivaux aux Hollandais, donna à la France le pays de Trinquemalé et ses dépendances en toute propriété., La Haye y planta le pavillon de Louis XIY et en prit possession, au nom de ce monarque, en présence des principaux personnages des environs (3). Les Hollandais ne pouvaient voir ce voisiua^o d'un bon œil; ils firent savoir au général français qu'ils (It-clnn l aienl plutôt la guerre que de le supporter k Trinquemalé. La Haye, instruit des préparatifs que faisaient les Hollandais pour Texpulser, demanda et obtint les secours du roi de Ceylan ; mais, si on l'en doit croire, Caron , silt le compte duquel il trouvait autant à redire que naguère il trouvait à louer, contrecarra tous ses projets et flt obstacle à tout établissement sérieux des Français à Ceylan. Les Hollandais étant venus pour s'emparer de Tombi lgan, dans le pays cédé à la France, Caron , ^ l'avis duquel La II ito avait ordre de souscrire, s'opposa formellement à ce qu'on fondit sur leurs vaisseaux et à ce qu'on lesmUdansTimpossibiUtéde nuire. Caron saisit ensuite le premier prétexte pour forcer Tescadre française à s'éloigner de Ceylan et à partir pour la cote de Coromandel. A peine eutelle mis à la voile , que les Hollandais s'emparèrent de Trinquemalé. Arrivé à la côte de Coromandel, dépendant du roi de Golconde , Haye , pour utiliser du moins ses forces , s'empara , au ■ mois de septembre 1672, deSaint-Thoraé, poste très-avantageux de celte côte, et s'occupa aussitôt de s'y fortifier. Bien lui prit, car, dès les mois d'octobre et de décembre , il fut assailli ù plusieurs reprises par une multitude d'habitants du pays, qu'il ne ' .vain(]uit que par la supériorité de l'art sur le nombre. H essaya ensuite de se faire céder amiablement et moyennant une rétribution, par le roi de Golconde, la propriété de Saint-Thomé; mais les Hollandais d'un côté et les Anglais de l'autre traversèrent ce dessein. Au mois d'octobre 467âi, 4e Jules , un des principaux bâtiments de l'escadre de la mer des Indes, partait pour la France, oik il ramenait Caron et présumablement avec lui les capitaines Forant et Cabaret des Marais qui servirent dans la campagne de 4673 en Europe (4).

I>E FKANCK. 213

En môme temps que Ton essayait do donner im commence- . ment de puissance aux Français dans les Indes^Orientales , on continuait d'dargir celle qu'ils avaient dès longtemps acquise auK Indes-Occidentales. En 1 67 l^d'Âvaugour, gouverneur du Canada, et Talon , intendant du même pays , envoyèrent de nouveau par terre , à la découverte de la baie d'Hudson. Saint-Simon et La Couture fupent chargés de conduire la petite expédition, composée de six Français, au nombre desquels le P. Charles Albanei, de la compagnie de Jésus. On partit de Québec le 6 Août, puis, après un séjour à ïadousac, on remonta le Saguenay sur des canots; les premiers rapides étant franchis, on prit une petite rivière qui se jette dans le Sâguenay, et l'on arriva au lac de Kinougami le dernier jour d'août; le l*' septembre, on coucha au delà d*un petit lac appelé Kinongamichîs ( Kiguagomishisk ou Iskaskayamagis), renommé pour la multitude des grenouilles à longues queues qui rhabitent et y font un croassement continuel ; on vint ensuite

' à l'entrée du lac Saint-Jean, en un lieu qui était autrefois le rendez-vous commercial de toutes les nations placées entre les deux mers de l'est et du nord. On gagna le bout du lac, et l'on tut joint par des canots d'Indiens Attikamègues (Alticameoets) ou Pmsms-BhncSf et Mistassîrinis, qui firent savoir que deux navires avaient mouillé dans la baie d'Hudson, et longuement commercé avec les habitants de la côte. La saison étant désormais^ trop avancée pour qu'on pût espérer arriver à la mer avant les neige&et les glaces, on prit le parti dliiverner, avec les Indiens qui servaient de guides, à l'extrémité du lac Saint-Jean, au Uça alors nommé Natascbegamiou. Le l'^' juin 1672, l'expédition se remit en route, dans trois canots, au nombre de dix-neuf personnes, dont seize Indiens et trois français seulement, quelquesuns de ceux-ci n'ayant pas poursuivi plus loin. On eut six jour-; nées de rapides, et souvent il fallut mettre pied à terre pour aller, à travers bois, gravir sur des rochers, passer des espèces de

■ fondfières, puis remonter sur des hauteurs escarpées, par des pluies battantes., et portaii^t canots et bagages sur le dos. Après un nouveau potage de quatre heues, on parvint à la rivière Piccougamis, et, le 10 juin, on se trouva au lieu appelé, alors PasIisL'iskau , petite langue de terre qui partage les terres du nord et celles du sud, et dont les deux bouts sont terminés par deux

214 UlSiOniE MARITIME

petits lacs. Le Id, on arriva à kimaganusis « el le lendemain à Pikousitesinacutf c'est-à-dire au lieu où l'on use les soulit.TS, nom qui expM^e la dilBcuUé du chemin. Le 48, on entra dans le lac des Mistassirinis, qui tirait son nom des rochers dont il osl rempli, et que l'on tenait pour » grand qu'il fallait vingt jours de beau temps, disait-on, pour en faire le tour. On y voyait beau-* coup de belles lies, qu'habitaient les origoals, les ours, les porcsépîcs et les caslors. On avait fait six lieues à travers les détroits que forment ces lies, quand on découvrit, d'ansf^i loin que la vue pouvait s'étendre , une éminence de terre, (in des Français demanda aux guides indiens si c'était vers ce point qu*il fallait aller, u Tais-toi, répondit aussitôt l'Indien, ne regarde pas de ce coté, srtu crains de périr ; son seul aspect agite les eaux, et forme des tempêtes capables de remplir d't-ffroi les plus sûrs de leur courage. > On passa pourtant, et, le 49, on arriva à Makoùami>tikac , c'est-tVdire à la pèche des ours; on voyait de ces animaux qui marchaient le long de l'eau , et qui prenaient de la patte, en * passant, avec une adresse surprenante, des poissons de diverses espèces.

I *- ^2, on alla à Oûetataskoûamiou, et pour cela, il fallut quitter la grande rivière, les chutes d'eau et les rapides étant trop violents pour qu'on pût espérer les passer; on prit route parmi de petits lacs, et, après dix-sept portages, à travers des montagnes, des plaines noyées, des ruisseaux qu'il iallut traverser avec de l'eau Jusqu'à la ceiiUure , on retomba dans la même rivière que Ton avait quittée. Ëniîn, un pays plus beau, sous un air plus tempéré, se présenta aux regards des trois courageux Français et conlinua jusqu'au lac Nemiskaii (que traverse la rivière Huperts) , où l'on arriva le 2o juin. Ce lac, de dix jour* jdées de circuit, formant un demi-cercle, autour de hautes montagnes, depuis le sud jusqu'au nord, reçoit cinq rivières. Au moyen de portages par des chemins fort pénibles, on coupa droit au nord-est la plus grande de ces rivières (celle de Ruperts) , et l'on alla coucher à Katoûatikouan. S'étant remis en course, le i7 on eut achevé de franchir les portages. Le 28, à peine s'étaiton 'avancé un quart de lieue, que l'on vil à main gauche, dans un petit ruisseau, un heu de dix à douze tonneaux, qui portait le pavillon anglais et la voile latine; un peu plu^ loin on trouva

DË FRANGE. 915

une boraqud où s'étaient logés les gens de ce peittnaTire, et Ton contempla la mer. La baie d*Hudsott , que Jean Bourdon a?ait antérieurement découTerte par mer, en J,656, était ainsi découverte par terre, quinze ans après , par trois Français, Saint- Simon, La Couture et le P. ÀlbaneL On y entra» li 5 juillet 1678, par la rivière de Nemiskausipiou, qui descend du lac Nemiskau et en retiékit le nom.

Il fut estimé querembouchure de cette rivière étaitau 50* degré d'élévation. A la pointe ouest habitaient les Indiens Kinistinpus,. et sur la baie même les Hataoiiakirinouek et les Monsounik ; chaque nation était séparée par de grand cours d*eau. Les gens de la mer restaient particulièrement au nord-est sur la rivière de Miskoutenagasit» où Ton entra, après s'être avancé vingt lieues environ dans la baie. Plus avant, en prenant au nord-est, on trouvait les Pitehibbutounibuek, les Koùakoiiikoiiesioùek, et beaucoup d'autres peuples. On sut qu*à4rois journées , dans les profondeurs de la baie , au nord-ouest, il y avait une grande rivière que quelques Indiens appelaient Kichesipiou, et quelques autres Housousipiou, ou la rivière des Orignals ; que, sur le chemin de cette rivière, on laissait à gauche une tle de quarante lieues de long et de vingt de large, nommée Oûabâskouk, remplie d'animaux et surtout d'ours blancs. Les terres qni environnaient la baie du côté du Canada ne parurent aux Français ni à dédaigner, ni impraticables pour le colonisateur. € Ceux -là se sont trompés, dit le P. Âlbanel, qui ont cru que ce climat était inhabitable, soit en raison des grands froids , des glaces et des neiges , soit par le défaut de bois propres à bâtir et à se chauffer. Ils n'ont pas vu- ces vastes et épaisses forêts, ces belles plaines et ces grandes prairies qui bordent les rivières en divers endroits, couvertes de toutes sortes d'herbages propres à nourrir du bétail. Je puis assurer qu'au quinzième de juin , il y avait des roses sauvages aussi belles et aussi odoriférantes qu'à Québec; la Saison même. m'y paraissait plus avancée, l'air fort doux et agréable. Il n'y avait point de nuit quand j'y étais; le crépuscule n'était pas encore fini au couchant qu«nd l'aube du jour paraissait au levant du so* leil. •

Les Français prirent hauteur en un endroit, y plantèrent une croix , mirent en terre au pied d*un gros arbre les armes du roi

3K> HISTOlUL MARITIME*

de France , gravées sur du cuivre , entre deux plaques de plomb, et prirent ainsi possession des terres de la baie d'Iludson. Après quoi, ils revinrent apporlcr à Québec la nouvelle de leur découverte, pur les 'mômes cbemins il peu près qu'ils avaieat déjà parcourus (5)..

CHiPITRU; VIII.

C—niifiiteai' i'l Jr- I» :ii<îrr<> «iilfi? U Frinfr ci \^ HolfciniJe. — Allnnfe il«> Ij Prince t\ i« l'AnjlolcTTe. — T..\ IIliIliod* atUiiurc par tcrr< et {xir m«r. — Campagne naralc da 1672, — Joncliaa dci flalte* lie Fnac« •( d'Anglelerr**^ wmmiMtê pu h »gin mini l«u dtiWtei «1 b «Im dTariu-^Ea toOa hoUaaatlM. eotHmidia y» Rnjlar, «itiit jiMMDtor U hibilit tn dHéi juMiua tUf Im <Mm 4fAi|lcl«n. •-•Bitiilk unie de Soatltwold. — in- ^ci» <te reira<lrc de Ptmm.— IMTe (ondnite da la ditinsB Uf • Ai^eni.— Toariîll* , Vitbelle . le petit clienlier de Cbilean-Monnil. — I». •i«tr.- .:l tm.rl r,i\:At: de Sin(l«iok< r.inlrc-.in in'. i\i • illi. j. — D. ri.M'iiih'iil ijc U UiImII.-. — Periu réci|ir<i<{uei.— Chiu|ue flotte l'itlribuc U (tctoirv.— Encadre du UenteniaT (^néral de Martel dani la Mcditcr

Ci!>raltar et de CataU et dant la Manche.— DWhîoh de Da Mi<« d* Aptetnont aut Aalille»,— CortûvM ftMçiUi.— Cou— qa jtr, d'une pi«lie de la noltindc. — Nouteliri inititutioni de Colberl. — Cain|i«^n* Mvale de 1673. — Nouvelle jaDtlion Aut (orcei de Praoee et d'Anfrlelerre, eoaimandéei par le Tie<-«ninl Jean d'Fftrée* et le prince Ruperl.— Lm attièi «ont disrchn la flatte dt Ruftw «ar )«• etUt d« Elallui^, — Baliillc uialc d« SchMimid.— Ordm de btoilb d* BDjtor tt du allUt^lmdn telhiiAiM d« CaiMilltTWwp->-Cgi«btf pviisi mlM 1» £A»4«0r, oeiMd par Traïup, rl h Cooquirant , commandé par do Tifa», — Bcllea maniEuTre* do ItuTler qoi entreprend de couper U li^ne Ati alliri. — Ignonnce <le ceux qui ni- font p»s reniviiter l'IntenliMi de tciublalilet iiiantenTrei plut loin <|iic- KcUan nu liodiie^-Suiith. — Kclili"> >!'< la lauisiiire dt RuTicr. d'aprc.i la Gatiît* de France, de 1673.— Abordi^e dn f o«droy«iil «1 da DiveMer. — Ileroi^iic leioprilc du nui{uM de Grucey «I d* YeUi«li« ceoire rarnèr«>g>rd« helliMlsitr, CMMendé* |wr BuluMt.-'Ilearanmiiti de l'eindi* d« Ti«n|i, — Talli«n» ddiim I* niiUMt angtaii le f amtrtJjf ci coiiibfl l'ir ni Tr.,tn|\ — IVmi.'Tf« —inTtiTrc» dcj deux llottci. — Fin Je la liataille do 7 juin 1673.— fingagCHU'nl lia 11 juiik i!<j 1,1 uiiaie annce.— Fîciicuiei ttianicaTrei du prince Hnperl. — Itan^cr auquel elles cipoient |m AUiéfi — U>'vooenicnt de Forant.— Fin de IVnKi^-eiiicnl du 1 4 juin. — I.ei allii't <e rrljrenl moiarntinemcnt <l.ioa l4m pofU. — CwnMnMiwala do JeanBoti— La ÛMie da Tie«-«aural Jean d'Ertréoi MigiaenUe de U dhiMM CbJUniH'IlflMiiHt poil de U diviiien de Martel , epète da mnivcav '•«« I* flatle d'Aagletom. eematMidde fer 1ln|H:rl. — UxniEiifrei prcliuiii ur\- te la Hotte do Ruyler. — Ititiille nir»lfl Uu Tr»i-I, Ir 2t .loiil 1075.— Le» Praiic»i» "ouleut rendi.? 1 lluiUr U hijihium de coHper l\ U^ne. — I.e eapilaine Fataot y ixuMit. — Le capitaine de bdktot Guiltji<ii.— riiii<-! (rprochces «u pciaea Rapert, \ propot >ic la bataille d« SI mM. ~ Saila daa apMina 4a Peicadra da U mer d«* ta4e«.— de la aisfaiH wnle de 167}.

La UoiiaQde n'avait pas lieu d'i^tre satisfaite de la politique incerttiiue de Louis XIV daus la dernière guerre avec rAngletorre; < I, •!•' |>lus, son inquiétude était extrême de se voir, par les nouvelles conquêtes de la France , si yoisîne d'un souverain trop

disposé à reculer incessamment ses frontières. Elle n'ignorait [>as en outre que Colbert éuili jaloux, pour ses compatriotes , du commerce immense des Hollandais « et que Tune de ses plus profondes- éludes tendait aux moyens de le leur enlever, au moins en partie, pour le transporter à la France. La compagnie d(ft Indes-Orientales avait été créée particulièrement dans ce but. « L'envoi d*une escadre française, d'une force imposante, et de troupes de débarquement dans la mer des Indes , n'était pas fuit pour rassurer les États-Généranx de Hollande. Ceux-ci, qui depuis de longues années déjà ne supportaient qu'avec contrainte le poids de la reconnaissance qu'ils devaient, par Henri IV, à la maison de Bourbon, se décidèrent enfin à le rejeter complètement. L*Espagnc, leur ancienne ennemie, celle dont ils n'avaient pu secouer le joug qu*en* se mettant sous le protectorat de la France , leur paraissait maintenant si déchue, qu'ils l'aimaient mieux avoir à leurs portes, par les Flandres, que Louis XIV. L'esclave, échappée depuis à peine un siècle à ses chaînes, prit ses anciens maîtres sous son é^de.' La Hollancte rapprocha, dans . un intérêt commua, les deux branches de la maison d'Autriche. Une ligue fut conclue entre elle, l'empereur d'Allemagne et le roi d'Espagne. Ce dernier ne se déclara qu'un peu plus tard. On dît qu'à la menace, la république batave ajouta l'insulte, et qu'une médaille, niée d'ailleurs par ceux que l'on en accusait, fut frappée, qui représentait le principal négociateur hollandais de cette ligue, avec un soleil au-dessus de sa téte, accompagné de mots latins dont le sens était : < A mon aspect le soleil s'arrêta. > L'allusion était facile à saisir : le fler personnage qui, à l'exemple du prophète biblique, suspendait le cours de l'astre, c'était Josué Van-fieuningen, bourgmestre d'Amsterdam; l'astre soudainement interrompu dans son cours victorieux, c'était Louis XIV, qui avait pris le soleil pour le corps de sa devise. Que la médaille ait existé ou non, le bruit en courut, et Louis XIV dut se sentir saisi d'une irritation plus facile à coâiprendre qu'à peindre à la seule idée qu'un bourgmestre hollandais avait osé se mettre ainsi en balance avec lui, le plus puissant et le plus superbe souverain du monde. Les courtisans donnèrent, il esl vrai, immédiatement une satUfactionàTamourwjpre royal, en répondant à la médaille hollandaise par une

inddaiUe française où Ton voyait un soleil qui attirait les vapeurs d'un marais» et sur laquelle on lisait une devise latine qui signifiait : c Je les ai élevées , mais je les dissiperai. > Le jésuite Comirefit, à ce même sujet, en vers latins, la fable des Grc-» nmiUes » dont le soleil dessécha les marais parce qu'elles s'enflaient et croassaient contre lui. Fontenelle' la traduisit' en vers français, et La Fontaine donna sa fable du Soleii et des Gre^ ' Houtifes^ qui en est une imitation supérieure à Tinvenlion. Cette guerre d'épigranmies n*était point celle qui convenait à Louis XIV. Bientôt ce monarqu^ unissant son désir de vengeance à ses projets d'agrandissements, détacha Tempereur d'Allemagne de la ligue, et entraîna d'autant plus facilement * Charles II d'Angleterre dans sa querelle, que celui-ci prétendait aussi avoir à se plaindre d'une médaille injurieuse de la Hollande qui . n'avait pas cessé de lui être cordialement antipathique. Le 7 avril 1672, la guerre fut déclarée aux Provinces- Unies. La flotte organisée par Colbert était destinée h y jouer un râle extrêmement - in^rtent. On mit une promptitude et un • 9oin très-grands dans l'armement des vaisseaux. La compagnie des gardes-marines, formée en 1669 , ayant été provisoirement dissoute en 1671 , tant à cause de son indiscipline, que de sa position mixte qui, sur les vaisseaux, la soumettait au ministre de la mariiiie, et A terre au ministre de la guerre, le roi appelaies jeunes gaitilshommes du royaume A servir comme volontaires ^ sut la flotte.

, Pendant que quatre corps d'armée entraient sur le territoire batave, et débutaient en s'emparant avec une étourdissante rapidité d'une série de places fortes» le vice-amiral Jean d'Estrées, avec environ trente bâtiments de 74 à 32 canons chaque, six frégates de 10 AU canons chacune, quatre flûtes, deux tartanes, et huit brûlots, ie tout monté par près de vingt mille hommes, se joignait au duc d'York dont la part, pour l'Angleterre, était de quatre-vingts et quelques voiles, dont cinquante-trois bâtiments qualifiés vaisseaux de guerre, mais dont plusieurs ne portaient que de 30 à 40 canons , le tout portant vingt-trois mille cinq cents et quelques hommes et quatre tp\\\e huit cent douze pièces de canon. La flotte dus Provinces-Unies, composée de cent cinquante-huit bâtiments de toutes grandeurs, dont plus de moitié qualifiés vaisseaux de

m UISTOIRE MAKITIMK

guerre , ne craignit pas, ayant le grand Uuyter pour lieutenantamiraUgénéraU de Yenîr cherclicr jusque près de Soulhwold , sur les cul' s (In comté anglais de Suffolk, les flottes combinées de France eld'Angielerre. Klles se divisaient en trois escadres, prenant chacune le nom de la couleur de leur pavillon : l'escadre blanche à l'avant-garde, avec le vice-amiral Jean d'Estrées; i'escadre rouge au corps de bataille , avec le duc d'York, grandamiral d*Anglelerre, et i'escadre bleue à l'arrière-garde, avec le comte de Saodwi» k, remplissant les fonctions de conire-amiral.

Le 7 juin 1 672, entre sept et huit heures du matin, Tavant-garde * hollandaise, commandée par le lieutenant-amiral Bankœrl, commença le combat contre l'escadre blanche de d'Estrées. Duquesne, ■ monté sur le Terrihte , de 70 canons , s'y trouvait en qualité de lieutenant général des armées navales; mais, de deux de ses plus vieux compagnons de gloire, l'un, le chef d'escadre Gabarel père, était mort au mois de septembre 1671, l'autre, le vieux Forant, était allé voir si des services rendus jusque dans la merdes Indes, feraient oublier à Louis XJV le viccamirol de La Uochelle, et lui donneraient enfui, dans la marine du roi , lo grade auquel depuis longtemps il avait droit. Moins maltraités vers la fin de leur carrière, Treilh'bois, natif de la Tremblade, capitaine de vaisseau depuis 1640 et que l'on connaissait plus alors sous le nom seigneurial de La Rabesnière, ainsi que le vieui Des Ardens, servaient sur la flotte en quahlé de chefs d'escadre, grades auxquels ils avaienlété élevés, le premier en 1671, Ig second au commencement de celle année 1072, L'escadre blanche, parmi les capitaines de laquelle on comj)lait les Valbelle, les Gabaret fils, les Tourville, les de Coux, les Sebeville, lesd'Amfrevillc, les Pannelier, les Treillebois de la Vigerie, les de Tivas, les d'Hailly, recul avec valeur celle de Banka^rl. Néanmoins, il fut constaté que l'escadre de France avait rerii des avis secrets du cabinet de Versailles de ne pas trop se compromettre et de se tenir plutôt sur la défensive que d'agir avec vigueur. Un démêlé qui eut lien entre d'Estrées ot Duquesne, laissa percer lesinlenti^Misde Louis XiV et p( iil-rlro aussi de Colbert,lesqnêlles étaient sans doute de ruiner. Tune par l'autre, les deux marmes angliûse et hollandaise. Le vice-amiral de France qui, en luul ciu>, élaitchargé, tout en ménageant les forces navales du royaume,

de sauver, par une démonstration suffisante, rhôiineur du pavillon royal, s'acquitta du moins avec assez de bonheur de cette :$ecoade partie de sa mission ; il fut môme entraîné, par la ImuîIlante valeur de ses capitaines, plus loin que la cour ne* l'aurait * Toulu. Quoiqu'il ne disposât contre toute Tavant-gerde hollandaise que de neuf de ses. vaisseaux, parce que les autres n'avaient pu se ranger sur la même ligne que te Stdni- Philippe, de 74 canons, qu'il montait, â soutint d'abord le feu des ennemis avec une belle fermeté; puis, voyant que Ton avait sur lui le

* vent et la marée, il courut au sud pour prendre le vent, {a lieutenant-amiral Bankatrl poursuivait l'escadre blanche; mais celle-ci se remit bientôt en ligne, désempara plusieurs vaisseaux hollandais, et aurait gagné le vent sur eux, s'il n'était survenu nn grand cahne, par suite duquel on se vit dans la nécessité de remorquer, avec des chaloupes, les vaisseaux qui avaient peine à gouverner. Alors il arriva que, les deux escadres se trouvant en partie mêlées sans pouvoir se dégager, il se fit pendant un moment entre elles un terrible carnage. L'intrépide Des Ardens qui , monté sur le Tmnant , dirigeait une des divisions de l'escadre blanche, eut une jambe emportée . Le chef d'escadre Treil- . lebois de la Rabesnières , qui commandait le Superbe^ fut tué. Les capitaines du Magnon et de Coux furent grièvement blessés. Le chevalier deTourville, commandant leSage^ de 50 canons seulement, tira plus dq trois mille six cents coups de canon. Il avait à son bord, en qualité'de volontaire, le marquis de Lauzun, aîné de ce nom, et le marquis de La Porte, qui se battirent comme des lions; mais la merveille de son bord fut son neveu, le petit cheva-

"'îier de Château-Morand qui, à peine entré dans sa neuvième année, en était déjà à sa seconde campagne sur mer; tantôt sur le pont, il maniait , avec une dextérité prodigieuse, un mousquet fait pour sa taille , tantôt , dans les batteries, il mettait le féu àla mèche des canons. Les Fiançais délivrèrent le vaisseau anglais la Cathenne, dont les ennemis s'étaient emparés et prévinrent l'enlèvement d'un bâtiment de k même nation que montait lord Ossory. Le vaisseau que montait le commandeur de Valbelle fut partîculiè* rement remarqué des Anglais par l'ardeur de dévouement qu'il mettait à voler au secours de tous les bâtiments alliés en danger. Il ne put empêcher la perte du Boyal-Janm^ de 400 canons, pov-

m ftlSTOmE MARITIME

tant le pavillon amiral de Tescadre bleue; le comte deâandwick qui le montait, atait amariné deux vaisseaux ennemis cl fait manquer Teffet de deux brûlots lancés contre lui , en les coulant, quand un troisième vint enfln à bout de Tincendier. L'^quipnge ei les troupes qui se trouvaient à bord furent en presque totalité victimes de Texplosion. Le comte de Sandvick et quelques officiers avaient pourtant réussi à se sauver dans une chaloupe; mais, en se rendant à un autre bord , elle chavira, et le comte de Sandwick fut englouti dans les flots. Ce ne fut que treize jours après la. bataille que Ton reconnut, au collier de l'ordre de la Jarretière, son corps qui était revenu sur Teau et quePon rapporta à Londres où il fut Tobjel de pompeuses funérailles. Le chevalier de Digby, ^ fils du comte de Bristol, qui, monté sur un vaisseau de 80 canons, avait percé l'armée hollandaise pour venir au secours du comte de Sandvick , fut ^ctime de son dévouement : il reçut un coup de mousquet dans le cœur au moment où il se flattait de dégager son amiral. '

Cependant, les deux escadres étaient toujcuirs mêlées, et celle de Bankœrt supportait des perles non moins grandes qu'elle n'en faisait éprouver. Ruyter, témoin à distance de la position de son avant-garde , profita du vent qui venait de s'élever, pour énv< >} ( r au secours de celle-ci une division de son corps de bataille. Mais les vaisseaux français engagés redoublèrent d*énergie, et peu s'en fallut que, malgré l'assistance qui lui arrivait, l'escadre de Bankœrt ne fûtabtmée par eux; iVneleurman(}ua, pour atteindre ce but, que le vent venant en aide à leur courage. Néanmoins, tant dans leur avant-garde que dans leurs deux autres escadres, . les Hollandais perdirent, avec plus de cinq mille hommes d'équipage, parmi lesquels le lieutenantpamiral Van-Gent, comman* dant en chef leur arrière^garde , quatre de leurs vaisseaux, dont un coulé bas et trois pris. Au nombre de ces derniers était ie Josué^ de 80 canons. La bataille navale de Southwold, généra*' lement et improprement appelée de Solbay, ne flnit qu*avec !e jour. Ses résultats incertains permirent aux deux armées de 8*at*tribuer l'avanlngo (i).

K ne juger d'elle que par ses résultats, elle fut favorablé à Huyter» car ell^ condamna les* flottes combinées à ne rien faire* d'important pendant le reste de Timnée. Les Anglais, jalouj^ de là

DE t RANGÉ. 223

gloire que les Français s'étaient acquise par leurs conquêtes et honteux de n'aTOÎr rien exécuté de mémorable pendant la fameuse campagne de 167S1« persistèrent dans le projet d'une descente sur les <^tes des Provinces-Unies» afin de faire voir qu'ils n'étaient pas des alliés inuUles. Les flottes combinées prirent la route de lile de Texelt sur la côte septentrionale de Hollande, pour favo-^ riser les desseins des armées de Louis XIY, par le Zuyderzée. Si ce projet eût réussi, c'en durait été fait delà république batave; piais rèbe ou basse-marée, qui dura, un certain jour, douze heures entières au lieu de six , fit , par un phénomène qui n'était point sans exemple dans ces mers et que les Hollandais prirent pour un miracle en leur faveur, échouer une entreprise dont toute l'habileté et la bravoure de Rujter n'auraient probablement pas pu empêcher Texéeution. Tout projet maritime contre la Hollande fiit ajourné par les alliés au printemps de Tannée suivante. * Cependant les intérêts du commerce avec le levant n'étaient pas oubliés un seul instant par Golbert, et l'éternelle répression des Corsaires barbaresques se poursuivait. Le lieutenant général de Martel, avec une escadre de six vaisseaux, une ilûte et un brûlot, était allé, dès les premiers mois de l'année, croiser le long des côtes de Barbarie. Il profita de l'occasion pour renouveler les anciens traités avec le dey d'Alger qui lui. fit rendre tous les navires, tons les individus et toutes les marchandises dont ses sujets s'étaient emparés sur les Français. Une escadre de dix •galères, aux ordres de La Brossardière, étant venue le joindre, dans le courant du mois de juin 4673, il' se rendit aussitôt A Port-Farine, sur la côte de Tunis. Déjà il avait fait approcher setf vaisseaux pour canonner les forts, quand les Tunisiens effrayés demandèrent la paix et rendirent, en vertu d'un traité signé le 96 juin, tnus les navires qu'ils avaient pris et trois cent cinquante esclaves» parmi lesquels les chevaliers de Malte éè Gravier-, Dalattay et des Cluseaui. Le général de Martel détaoha ensuite lè chef d'escadre d'Almeras, avec cinq vaisseaux et un brûlot , pour aller vers Smyme chercher cinq bâtiments de guerre et huit navires marchands de Hollande, qu'il savait être de ce côté; mais, avertis à temps, les Hollandais évitèrent la ren*» pontre des Français. Pendant ce temps, de Martel était allé ijiouiller, avec le reste de son escadre | devant Tripoli, dont le

souverain, aiissitr^t qu'il vil les forces navales de France, témoigna uo grand désir de faire la paix. Le général setelira, oprès avoir reconnu les endroils faibles par où Ton pourrait attaquer Tripoli, dans le cas où le gouvernement le jugerait nécessaire. Hnllié par la division d*Almeiras, il se rendit d'abord en rade de Liboume où il apprit du consul qu'il y avait quinze bâtiments hollandais mouillés dans le Mdle. 11 eût bien voulu les détruire; mais, outre qu'ils se trouvaient confondus avec des navires français et anglais, les habitants de la ville élevèrent aussitôt une estacade pour s'opposer à son dessein. En conséquence il continua sa route sur Toulon où il arriva le 30 octobre 1672 , pour fiure caréner ses vaisseaux.

Une division aux ordres de ChiUeau -Renault croisait alors depuis le déiruit de Gibraltar jusqu'à l'entrée de la Manche. L'un des biUimenls qui la composaient, le Tigre ^ de 36 canons, capitaine de La Yrillière, en ayant été détaché pour aller à la découverte, fil plusieurs captures sur les Hollandais. Pendant que la division Chiiteau-Renault troublait le commerce de Hollande* une seconde division , commandée par Le Févre de La Barre, qui était entré dans la marine, le 2 janvier t67t, comme capitaine de vaisseau, croisait le long des cèles de Bretagne, poiir protéger le commerce de France, et une troisième diviâon, aux ordres du marquis de Kerjan, chargée aussi d'assurer le commerce dans la Manche, escortait les biitiments marchands et reprenait, au mois de septembre, sur les Hollandais, un navire deDunkerque. Deuz'vaisseaux, commandés par Du Mée d'Aptemont, se rendirent aux Antilles où ils devaient rallier quatre autres biitiments, pour s'opposer de ce côté aux projets des Hollandais et défendre le commerce français.

La guerre des armateurs à la course avait commencé avec la grande guerre. Le Douid^FrançaiSf de 3 canons seulement et onze hommes d'équipage, capitaine Pierre Duval, du port du Hâvre, ayant été attaqué parun bâtiment hollandais, de 32 canons et cent cinquante hommes d'équipage , se défendit si Jjîen.^ par ses adroites manœuvres, qu*il donna ie temps à deux autres " petits navires, l'un terreneuvier, l'autre d'Harileur« de venir k son aide et de le dégager. Le capitaine Pierre Duval, à son retour au HÂvre , reçut les félicitations de Ut population.

Cep«'ndaiit plub de la liioiuê du ia Hollande était conquise par les |h)is corps d'aruicu de Louis XIV, qui, poursuivant le cours de leurs succès, prirent les trois provinces de Guddres, d'Ltreclit et d'Overyssel , avec plus de quarante villes fortifiées.

Cependant aussi Colbert conlinunil h assi/oir la marine et le cumnirrce sur des règltîs et des lois en harmoni<3 avec les besoins du temps. Déjà il avait préludé à la célèbre ordonnance de 1681 sur la marine commerçante, par celle du mois de mars 1073, sur le commun c » ii générai, vulgairement appch-tj Code marchand. Celle ordonnance attribuait, pour la pu mitTe fois, la compétence sur les affaires litigieuses du commerce muritnneuux jugps Consulaires, dont l'institution , en tant que n'ayant d'à nire objet que le commerce ordinaire, remont^iit à l'an 156:1, sons le règne de Cbarles IX. L'arliclô7 du titre xn de la nouvi:llc orditnnance, qui autorisait les juges consulaires à connaître des assurances, grosses aventures, promesses, obligations et conirals concernant le commerce de la mer, le fret et le noiis des navires, fi!t immédiatement contesté par Tamirauté. Un arrêt du juin lb73 en altt'uua presque aussitôt l'importance, en attendant qtie rordonnancc de 1681 eiU rendu aux amirautés la juridiction pleine, entière et sans partage sur tout ce qui concernait le commerce maritime.

' Une nouvelle et mémorable campagne navale allait s'ouvrir contre la Hollande avec le printemps de l'année 1073. Il paraît que, de part et d'autre, on avait senti l'inconvénient de mesurer ses forces sur le grand noml)r«; des voiles; car on s'altaclia des deux côtés, cette fois, à avoir |tlulôt des vaisseaux forts qu'une multitude de bâtiments, Les I j iis-Généraux des Provinces-Unies avaient mis en mer une tlotte de cinquante-deux vaisseaux de ligne, douze frégates, vingt-cinq brûlots et quatorze yachts, navire» légers dont l'usage n'était pas^^omme aujourd'hui exclusivement d'agrément, sous les ordres du lieutenant-amiral-général Rnyler, ayant pour lieutenants-amiraux le fameux Corneille- Tromp et Bankfert. La France et r An!:'1eterre n'étaient pas restées ^n arrière de ce formidable armenienl. Au mois mai , le viceatniral d'Estrées partit de Brest avec une escadre, ou plutôt une flotte composée de trois divisions de vaisseaux commandées,

celle d' avant-garde par le chef d'escadre Des Ârdens, taisant III. tt

226 HISTOIRE MAUÎTIMK

fonctions de conire-nmiral , cqWg du cenlre par d'Eslr«^cs en personne, aviui! rl(» ( juts de Co^'olin pour capilaine de paviliun , et celle d'arrière -garde par le marquis de Grnncey. Les vaisseaux de CCS trois divisions, au nombre de vingl-hix, étaient dans i'ordro , " saivaiit : le Pn-cieux, de ôO canons, capitaine de Panni lî<'r; ie Sans-Pareil, de (>4, capitaine de Tourvillc; le Conquérant ^ de GO, capitaine de Tivas; f Aquilon, de 50, capilaifie louis Cabaret, fc Terrible y de 70, porlanl le pavillon contre-amiral de Des Ardeus; le Prince, de 50, capitaine de Villeneiivo-Ferrières; le Téméraire, de 52, capitaine d'Infrpville-Saint-Aehîn ; le Sage, de 50, CLipiiaine Le Fèvre de La lîarre; COrijlanune , de 50, capitaine de Bélhune; C Excellent, de 60, capitaine du Maguon; r Apollon, de 50, capilaitio de Langeron; rinvtn* cible, de 70, capitaine (rLstival; /f^ Tnnvant, de 8i, capitaine de Preuilly d*Hnmi*Ves; /a /îenjc, dr jo4, portant le pavillon de d'I^tréi"^, cniiun tndant en chel jusqii'à sa jonction ave- les Anglais i/c tondroijant, de 70, capitaiiii' Jean Gabarel; le Glorieux ^ de 64, capitaine de V'albelle; le Fier, de 58, capitaine d'Hailiy; le Vaillant f de 52, capitaine deSourdis; le lion , do 52, capitaine de Coux; ie Bourbon^ de 50, capitaine Treillebois de la \ iuerie ; te MaurCt de 50, capitaine d'Amfreville ; le fortuné, de 00, ca- ' pitaine de La Uoche-tAanbon-Blenac; fOrrjueilIcux, de 70, portant le pavillon du chef d'escadre de Grancey ; l' Uln^tre^ de 70,' capitaine de Beaulieu ; le Duc, de 50, cajalainede Hacourl, et /« Grand, de 70, dont le commandeur de Verdilles, en prenant sa rrfraite, remit peu après le commandement au capitaine Forant, de relourde la mer des Indes. A la division d'avant- garde étaient atla- ( lu's trois brûlots, le Serpent, r Inconnu^ f Imprudent, capitaines bauit-Micliel, Uocnelion, Desgrois, une frt^gate, laGaillarde, capitaine de Lizines, et trois barques long!) es. Ln division du vice-amiral de Francccomptait-niitreses vaisseaux, quatre brûlots, leDéguisé^ le Périlleux, le Irompeuv, le Voilé, capitaines Ozée-Thomas, CliaLoisseau jeune, du Uivau et Chaboisseau aîné, une frégnto et cinq barques longues. A la division du marquis de Grancey étaient attachés trois brûlots, le Fanfaron, le UamrdeuXj l'tnicndu , ca- * pilainf s Vidault,^erpauU et Guillolin , une IVégale et deux barqueS longues. Le commissaire-général embarqué sur l'escadre française avait nom de Vauvré et fut, par la suite, intendant de Ut

marine. Le vicc-amiral d'Eslrécs joignit, le 24 mai, dans la Manche, la floUe d'Angleterre forle, selon Télat qui en fut envoyé dans le temps au département du la marine du France, du vingt-sept vaisseaux de ligne partagés en trois divisions do neuf vaisseaux chacune, auxquelles divisions ensemble étaient attachés deux frégates légères , dix-huit brûlots, vingt yachts et douze dogres, petits navires ordinairement consacrés à la pèche du hareng. Le duc d'York avait remis le commandement de la flotte d'Angleterre au prince Uupertou Robert de la maison palatine du liluu, qui, après la jonction, eut le coniniauduaitJiiL des forces navales combinées, s'élovrud alors ensemble à quaranle-lrois vaisseaux de ligne, viuj^L-iiuù Lrûlols, cinq irégates, et quaiaulo et un peiiU navires.

Celle jonction opérée, la flotte des alliés fut divisée en Iruis escadres, (1:1:111 i année précédente : la rouge, au pavillon du grau muai Angleterre; la blanche, au pavillon du vice-amiral d*^ l'rance; ol la bleue, au pavillon conUc-aumai d l^diMiard Sprag. Le prince liopurt se plaignait presque ouvert» luriii qu'on lui eûtadjoinl ce dernier qu'il n'aini.tilpâs; il raccusaiUuriout de liaison avec le comte d'Estrées, et s'ini.igiuail (prils s'étaient entendus pour le sacrilier. Sa d(!'lianco augmenta lolkunent, que, sous le pvt'texle d'éviter aux vaisseaux français le reproclit; qu'on leur avait lail, l'amiée précédeulo, de s"èln; tenus à recul, U voulut les disséminer au milieu des siens. Mais d'Etirées ne le permit pas, assure- t-on , aiil uiL [)arce ([ue c'élail faire iujuicà sa nation, que p ir(" qu'il eiUendail conserver ses i>r(Togalives, cjui étaient de combaUre dans un poste d'uoiiueur cl parfaitement distinct. Toutefois Basuage, dans ses Annales des Provinces^ Unies, d'il positivement qu'on mèla les vaisseaux français aux vaisseaux anglais; il ajoute que Courtilz , dans son Histoire de la guerre de Ilolfande, en disant le contraire, est fort suspect, et que cet auteur est sujet k caution. Ce reproche que Courtilz mérite assez généralement en effet, pourrait être, jusqu a uq certain point, dans Toccasion, adressé à l^asnage qui, en sa qualité de ministre d« culte protestant, réfugié en KoUande, est, le plus possible, toujours défavorable à la Erance.

Ouoi qu'il en soit, les alliés s'avan(}aient vers Schoonveldpour diercher la ÛoUe hollandaise, c[uand, arrivés, lu

S3S riISTOlAE MARITIME

1*' juin, à la poinlc sud dv. TOsler-Bank , ils reconnurent celle-ci aycinl derrière elle le Duurluo cl de l'Iïsl-Pl iL , [)assai^Ob de grands vaisseaux, lurmés par des bancs de sable, entre la eôle de Flandres et rUc zélandaise de Walclicren, et par lesquelles on va à Milddeboiirg et à Flessingiies. li m reliai i aux Hollandais d'autre parti à prendre, en cas d'allanue, que de courir vers le nord ou de rentrer au fond de leurs bancs, empècliéï. iju ils élaienl par les bancs de Flandres de courir la bande du sud. Le 2 juin , les principaux ofliciers des escadres alliées tinrent conseil, et, sur l'avis parliculièremciiL du prince Rupertqui voyait peut-être là un moyen de mêler une partie des vaiii^uaux de l'escadre blanche aux siens, il fut résolu que, dès le lendemain, on enverrait trente-cinq des bâtiments qui liraient le moins d'eau pour aller provoqu(îr les eimemis à sortir luut.a l.iil des bancs où ils étaient mouillés comme dans d'inexpugnables rclraachements. Une tourmente qui dura jusqu'au 0 et força les alliés à caler leurs huniers et leurs vergues, til ajuuxuer l'exécution de ce projet jusqu'au 7 juin. '

Ce jour-là, le prince Kupcrt, voulant proliler du venl qui était deveiuj doux et propice à son armée, mais jugeant qu'il n'était pas favorable d uUaquer les ennemis avec le venl et ia mcii\:e, de peur de les dépasser et de perdre ainsi l'avantace qu'il avait sur eux, ordonna d'appareiller, à dix beuru5 du malin, au moment de la pleine mer. On lui reprocha de n'avoir pas mis sons voiles ù deux tiers de tlot pour commencer l'action à pleine mer, ce qui lui eût procuré deux heures de plus pour combatlre , les vaisseaux n'étant pas sitôt désemparés que ne sont rompus à terre les escadrons et les bataillons, comme le fait observer une relation.

Le vent était ouest-nord-oucsl. Rupert, ayant pris l avantgarde pour lui, donné le corps de bataille à d L.Nlrées, et l'arrièrc-garde à Sprag , envoya en avant , mais en ayant le tort de ne pas leur donner un oflicier général pour les diriger, les (rentecinq bâtiments de la Hotte tirant K moins d eau, et treize brûlots, outre les petits navires pour suiuicr. L'inconvénient qu*eut celte disposition, lui de former une ligne entre les Hollandais et le reste des vaisseaux des alliés, laquelle empêcha longtemps une partie de ceux-ci de Lu er, de peur d'alleiudredes leurs. Parmi les

♦ DEFRA.NCi:. 229

Mtimenis îiinsi détachés, on comptait dii vaisseaux françnis, /<? Grand t flUustre, le Vaillant^ le Maure ^ lAguUaUf C Invincible, t Oriflamme, F Apollon, le Bourbon^K le Conquérant , commandants Forant, deBeaulieu, deSourdis, d'AmfrevilIe, Louis Gabarel, d*E»tival, d6Béihime,deLangeron, Treiileboiâdela Yigerie, etdeTivas.

Les premiers coups de canon furent tirés, à une heure après midi, par le capitaine d'AuifreviUe , dont rarlillerîe» très-bien servie, fut presque aussitôt accompagnée de celle des capitaines de Tivaset Louis Cabaret, et de plusieurs vaisseaux anglais. « Ruyter ne s'était pas fait attendre longtemps. Dès qu'on n'avait plus été qu'à une lieue environ de lui , il était sorti fièrement de sesespèces de retranchements, courant sur une ligne ^ en former, de croissant (2), au plus près du vent» au nord-nord-ouest. Corneille Tromp, qui avait Tavant-garde hollandaise, mit le cap au nt)rd*-quart-Dord-est , suivi du corps de bataille , com> mandé par Ruyter en personne, ainsi que de Tarrière-garde , aux ordres de Bankîert, et se trouva un des premiers engagés avec les alliés qui arrivaient vent arrière sur Tarmée des Provinces- Unies. Toutefois les bâtiments détachés en avant par Rupert, canonnaient déjà à bonne portée , tant ils avaient mis de promptitude, rarrière*garde hollandaise, que Tarrière-garde francoanglaise n'avait pas encore même appareillé.

De Tivas, avec le Conquérant , ne craignit pas de s'en prendre à Tromp lui*méme, s'attachant à priMer le côté au Uon^d^Or, vaisseau qui portait ce glorieux lieutenant-amiral. Il le serrait de si près, qu'il allait Taborder, quand un coup de canon en lui donnant la mort rompit son audacieux projet. Le Conquérant et /e/.ion-rf*Or furent criblés, de sorte que pendant que le prince Rupert donnait la remorque au premier, l'amiral Tromp était obligé de quitter le second et de transporter son pavillon sur ua autre bord.

,Le grand-amiral d'Angleterre avait négligé non-seulement de commettre un officier général aux vaisseaux détachés, mais encore de convenir d'un signal pour les faire rentrer dans leurs postes. De sorle qu'une fois l'action engagée, ils revinrent se ranger en désordre dans la ligne, chacun comme il put; plusieurs des vaisseaux français se joignirent au pavillon rouge, qui était le plus rapproché d'eux ; c'était peut-être au fond ce qu'avait voulu

23C lîlSTOlFlK MAUITIME •

Rupert. Forant, d'Kslivul, de Béliiune, d'Auifre ville, 'Louis Ôabarel se iiruiil là sin.;ulitVemeal admirer des Anglais.

Sur les qualro heures de l'aprAs-midi , le premier (lot commençant, le corps de bataille coamiaiulé fiar d'Kslrét's , s'approcha du corps de bataille de Huyler cpii lit fciiUe d'arriver, pour oblii:» r les PraTïçais à le [)re^s(T, et pour se mettre ciinsi en situation de huv gagner le vent, ei de couper en deux la li^'n»' des alliés. C'est là une manœuvre que l'on verra se renouveler plusieurs fois dans celle seule campa;-îin;, quoiiiue, faute d'élndos rétrospectives, chaque jour des écrits dus ù des officiers de niarme fassent hou-, neurde son invention h l'amiral Uodiiey dans la guerre de Tindopendance d»' rAnicrique, et (juelquet'ois mi^me à Nelsriii Peut-être qu en examinant de près dans cet ouvrage les mananivres des flottes depuis, sinon drs avant la bataille navale de rÉclusc, on trouverait plus d'un i:.\iuq)le de li.L'ncs coupées, partictiliérement à TÉcluse où la situation des Français avait quelque chose de semblable à celle <pi'ils eurent d<;puis à Abonkir et où la manœuvre d'Edouard 111 ne l'ut pas sans annlogie avec celle de Nelson, aux moyens près. Mais , sans remunli r si loin dans les temps, voiri, à propos de la bataille du 7 juin 1()73, la réfulalion de celte commune et fausse opinion, d'ajirès la (lazciie de France de cette année, qui était le Moniteur o/'iiciel d'alors et que personne ne songe à consulter aujourd'hui, non plus <]U(' I»' Mercure de France, vieux recueil également Irùs-rich© eu documents historiques sur la mai iue.

« Tandis que le prince ïlupert, dit la relation du combat du 7 juin, insérée dans !a Gazette de France tle 1073, faisait .1 rte à Tromp avec toute l'escadre rouge, Ruyter s'atlocha à celle de l>aiit e, e(, Cfoyant l'avoir assez attirée sous le vent, qui était même venu nu peu plus au nord, ?/ prit fa résolution la plus hardie qui se pût prendre en cette renci>)i'rc. Ce fut de rcrirer de bord et d'essayer de coiri^r /« moitié de farrncc par un autre endroit^ tellement qu'il ménagea le vent le plus qu'il put. Mais il trouva la ligne si torle , qu'il ne put la yiereer et fut obligé d'arriver, l.lli' était composée du Soge^ du bondroijapi y du Glorieux^ du Tonnant , du F/er, de P Excellent (on ajoute ici les noms des vaisseaux à ceux des capitaines portés seuls dans la relation), commandés par Lu Fèvrede La. Barre, Jean (Cabaret, Valbeile,

Preuilly d'Hbmières, d*Haiily et du Magnon» aoutenuft par le Scins^Pareitt de Toanille, le Terribfe, de Des ârdens, /« Pr4cieux,àQ Pannetier, le Téméraire^ de d'IofrevUle-SaiQt-àubiD, h Prinee^ de ViUeneuYe-Femëies, et par six autres bâtimenla du détachement, lesquels , passant entre la ligne des ennemis et celle des vaisseaux français, se rallièrent jsn comte d*Eslrées qui fit là un feu extraordinaire , tant de son canon que de sa mous* quelerîe. Enfin Ruyter et lui, étant venus à la portée du mousquet et se disputant à qui passerait au vent, on fit dans le vaisseau ^ Heine uû feu si considérable, que lé premier fut obligé de passer derrière et sons le vent , vergue à vergue; de sorte qu*il y • eut de part et d*autre toute la chaleur qu'on saurait imaginer. Buyter^ n*ayant pu ga^er le vent, jugea à propos de couper par le vaisseau le Feudroff/mt qui était second d*arrière du vice** amiral. Il lut passa au veni , et le eoupa ; mais, comme un second de Ruyter en voulut fidre autant et comme on Pavait contraint par le grand feu des Français d'arriver davantage, il se trouva obligé d*aborder le Foudrojfant qui, de son côté, tenait le vent du mieux qu*il lui était possible. »

Le Foitdr(»^t avait mouillé Tancie, de peur que le ilot ne le fit dériver dans la ligne des ennemis. Le vaisseau qu'il venait d'aborder était k Deemter^ de 70 canons, commandé par le brave et habile capitaine Kallemburg, l'ami intime de Ruyter. Le chevalier <ie Léry, lieutenant en pied sur le Fourfro^nf , comme c^était son devoir et sa charge, sauta le premier, l'épée à la main, sur le Devenler, suivi d'un autre lieutenant, nommé de La Chabossière et d'un volontaire, nommé du Rivau. Trois k quatre hommes seulement du Fendro^nt les accompagnent et pourtant ils ne reculent pas; chacun d'eux s'attaque à un des ofG<^ cîers du Deventer; Léry, parvenu à* se rendre maître du ché* teau d'avant, soutient une lutte corps à corps avec le capitaine RoUcmburg qui, sorti subitement de son château d'arrière, s'est élancé sur lui, et l'a saisi par le cordon de sa croix de MaUe, Us étaient sur le point de se jeter l'un el l'autre à l'eau, ou de s'étrangler, quand du Rivau fait lâcher prise à Kallemburg qui s'en venge en fidsant une large entaille au corps de La ChsiHis* sièrct déjà atteint de trois coups ^e pistolet. Cependant d'autres marins du Feudrcyant avaient W par passer sur le Deeenteri"

Cabaret fut même an moment maître du pont de ce vaisseau et y fit \hvA prisonniers ; il Teût peut-être amariné, s'il ifavail été rappelé par le péril que courait ie foudroyant qui tombait soas le vent, et menaçait ou d'échouer ou d'être pris lui-nitme par Tromp ; ce lieutenant-amiral ayant alors reviré et étant au velft de lui», quoique encore assez loin ; tandis que d'autre pari Ru yter ne cessait pas de soutenir, par le feu de son vaisseau-amiral, " son ami Kaliemburg. Gabaret, pour échapper à un double danger, fit passer en toute hâte sur le Foudroyant les vingt prisonniers qu'on retenait sur le château d'avant Deventer^ et se dégagea de ce vaisseau qui n'eût été d'ailleurs qu'une inutile conquête : car il sombra peu après. L* Apollon ^ COr pitaine de Langeron, qui était de la divbîon d'Estrées, perdit l'enseigne Sicart. Le Tonnant ^ commandé par Preuilly d'Iiu> mièfes, avait été menacé d'un grand danger au moment où le vaisseau de Ruyter s'était trouvé entre lui et le vice-amiral de France; il n'ét«iit pas sorti de cette position sans avoir été dégréé. Le chevalier do P.on«'ln rolles y avait eu le bras droit emporté. Nt^anmoins, Valbelle, Preuiily d'Uumières et d'Hailly suivirent de pris la ligne de Ruyter, tenant mrrne bord que lui, et pou après toute la ligne du vice-amiral d'Estrées revira, courant la m^me^ bordée , mais un peu plus loin des ennemis; ce à quoi elle était obi i ;-!(•<' pour se remettre en bataille.

LV^cailre de Sprag et toute la division Grancey, ayant jugé que Ruyter leur gagnerait aussi le vent si elles ne reviraient promptement, mirent sur-le-champ à l'autre bord pour se le conserver. Elles y réussirent. Soutenu de loin par un<x seule des divisions de l'escadre bleue, mais excité par l'élan qu'il voyait ailleurs à la division Des Ardens, le marquis de Grancey, avec quelques-uns de ses vaisseaux seulement, au nombre desquels/e Due, commandé par de flacourl, entreprit d'arriver sur les paresseux de l'escadre de Ruyter et se trouva même bientôt engagé avec l'arrière-gnrde des ennemis. Valbelle , qui appartenait à la .division d'fistrées, tout en accusant le marquis de Grancey de témérité, s'est laissé emporter à la même imprudence, tant il là trouve généreuse et noble, et cingle vers lui pour le défendre. Les capitaines de SébevHc , d'Hailly et du Maguun l'ont imité, et tous sont arrivés foit-è propos pour délivrer Grancey

DE PIVANCK. S3d

quî, Qvec ses forces inégales, courait risque d*ètre envéloppéf pris ou brûlé. l'arrière-garde hollandaise, avec Bankœrt, a plié devant eux. De (erreur, cinq de ses vaisseaux ont fait vent arrière, et presque lous les autres, ceuxHsi ea ^ssimnlant de leur mieut lébr défaite , ceux-là sans se soucier même de sauver les apparences, se sant pareillement retirés. Bankaert, à la vue du désordre de son escadre, revira pour rassurer ses gens, et attaqua le - vaisseau que montait le marquis de Grancey. Le combat fut chaud de part et d'autre. Le marquis de Bonnivet, qui servait comme enseigne sur fOrgueiUeux, fut blessé , de manière à se retirer du service. Grancey lui-même fu t atteint. Banksert perdit son petit mât dikhune, et il s'en Mut de bien peu que deux brûlots n'incendiassent son vaisseau. Le Duc, de 50 canons, en secondant tOrgueU-ieux, eut son capitaine, de Fiacourt , assez grièvement blessé à son tour. Le marquis de Grancey faillit encore être coupé par Ruyter, avec qui il en vint aux mains de fort près , ayant reviré pour aller se rallier au gros de Tescadre blanche. Ruyter, désespérant alors de gagner le vetit à i'arvAlr&f;arde des alliés , mau^^uvra, sur les sept heures du soir, pour aller joindre Tescadre de Tromp, surlaquelleVescadre rouge et Tescadre blanche des alliés étaient prêtes A tomber. Dans la conjoncture, les capitaines des brûlots français qui avaient manqué jusqu'ici leur effet par trop d'ardeur et de précipitation, renouvelèrent cette faute. Deux furent démâtés et perdirent leurs capitaines Rocuchon et Ozx^e lhomas ; deux autres, lê Fanfaron et ie Serpent ^ capitaines Vidault et Saint-Michel, se consumèrent inulilemcnt, entraînant avec eux la perte de leurs chefs; un cinquième, fe Hasardeux, capitaine Serpault Tainé , fût plus heureux et brûla un vaisseau chef de division des Hollandais, mais son intrépide commandant périt en fatisant cette exécution.

Pendant que le vice-amiral de France faisait en sorte de se rallier aux vaisseaux séparés de sa division et à ceux de Grancey, pour leur faciliter son. approche, le prince Rupert, avecTescadre rouge d'Angleterre, venait de ce côté, balançant Tescadr^ du lieutenant-amiral Tromp qui deux fois encore avait changé de vaisseau, et jamais désespéré, toujours combattant, était sur le point de passer sur un quatrième. Toutefois, l'illustre marin, s'élaut trouvé séparé, avec onze VÉsseaux hollandais seulement, *

S3i HISTOIRE MARITIME

d'eiiTiron deux lieues, de ramiral Ruyter, sous le vent de Eupert qui avait fingl-huii vaisseaux autour de lui, ce fut encore un sujet de reproches contre ce prince qui aurait dû , disait-on, arriver 'sur son adversaire et l'empôcher d'échapper. Tromp avait leHementtenu le vent, qu'il l'avait gagné sur les escadres blanche et bleue» et quand il vit que Kupert avait reviré de bord et n'arri- Tait pas sur lui, il revira lui-même et joignit l'amiral Huytar qui venait à sa rencontre pour se rallier.

Le capitaine VaUielle aperçut alors un bâtiment anglais, k Cambridge^ qui , sous le vent de Xromp et bien que désemparé de son grand hunier et de sa grande yergue, se df'fendait encore avec une intrépidité admirable , quand les Hollandais lui ën- Toyèrent un brûlot. À ce spectacle • Vulbelle se sent émouvoir jusqu'au fond du cœur, et» ne consultant personne, ne se laissant point arrêter par la pensée de son propre danger^ il envoie sa chaloupe avec un de ses lieutenants pour remorquer /e ' Cambridge qui, sans cela, allait iolailliblemenl périr. Valbelle ne rendit pas le^ervice à demi ; il partagea ^ bon frère , avec le capitaine anglais de ce vaillant mais malheureux bâtiment, tous les coups de canon que Iromp, qui ne cessait pas de Imrceler son amère, loiisait tirer sur lui. il soutint le feu du lieutenant-qiiiiràl deux heures durant, abattit son grand mât et son mât de hune * d'avant, et eut la gloire de le voir, de voir Corneille Tromp se retirer devant lui. Yalbelle reçut à la fois les remercîraenls cl les félicitations du grand-amiral d'Angleterre. Il rln rchail à obtenir la cornette t cette sorte de pavillon distinctif du chef d*escadreet quel(iiit'fois du capitaine commandant plusieurs vaisseaux; il l'avait bien méritée, et il l'eut en effet cette année avec le grade de clief d'escadre , de môme que Jean Gabarel, Preuilly d'IIumières et Château-Kenault. Après cet avantage signalé que Valbelle avait eu d'abattre le grand mât du vaisseau de Tromp, il put aisément se rallier à la division française, avec l'un des deux frères Geban t qui avait aussi pris part au combat contre l'escadre de Tromp. l^e feu s'apaisa de part et d'autre d'une manière sensible \ les deux armées coururent la bande nord-ouest , se canonnant encore, mais de loin, jusqu'à dix heures et demie du soir que la nuit fermée et obscure les sépara tout à fait. Les Anglais avaient perdu beaiicoiqi^de monde, eiitre autres cinq capi-

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laines de vaisseau. Ils rëpandirenl le bruit qu'ils avaient pris aux ennemis un vaisseau, la Ville de Ddfi, el se flattaient d'en avoir coulé plusieurs. Mais bientôt on dut reconnaitre que k .perte des Hollandais n'était pas ce qu'on l'avaU cru.

La flotte des Provinces-Unies se relira, à son ancien poste, dans les bancs de Schoonveld ; celle dos alliés resta toute la nuit sou» voiles et mouilla à six heures du malin, en vue des ennemis, à quatre lieues hors de ces mûmes bam s, par les sept à neuf brasses d'eau* Le prince Ruperl aurait dù se borner à rester un jour à ce mouillage, uniquement aiiu de constater un avantage qui néanmoins ne lui fut pus concédé par tout le monde. Mais au iieu d'aller se réparer, pour revenir bientôt combattre des ennemis qui avaient l'avantage d'ôtre chez eux el de ne manquer do rien de ce qui était nécessaire à la prompte réparation de leurs vaisseaux désemparés, le prince Rupert attendit, jusqu'au 14 juin, «que Ruyter, à la faveur des vents qui s'étaient rangés au nordest, appareillât en parlait état pour venir lui livrer de nouveau bataille.

Il était entre onze heures et midi. Dh que les vaisseaux de garde des alliés eurent distingué la manœuvre des Hollandais, ils firent des signaux d'avertissement aux escadres combinées. Le prince^ Rupert y répondit aussitôt par le signal do couper tes cables, signal auquel n'obéirent ni l'escadre blanche, ni l'escadre bleue, trouvant qu'on avait le temps nécessaire pour virer de bord et se mettre sous voiles avant que les ennemis fussent à la portée du oaoon ; les deux escadres eurent ce -temps en effet. Mais une fausse manœuvre des Anglais eut lieu ensuite, qui au* rait pu faire essuyer un grave échec à l'armée des deux rois , si les Hollandais avaient jugé à propos de profiter de la confusion qu'elle a[jporla. Elle fut d'abord occasionnée par Sprag qui venait de se rendre sur le bord du prince Rupert. Par son absence, il mit l'iiscadre bleue qui, se trouvant à l'avant-garde, devait forcer de voiles pour gagner le vent aux ennemis , en demeure d'attendre pour manœuvrer 5 il s'ensuivit une perte de temps considérable. Rupert fit d'abord vent arrière, comme s'il eut eu l'intention d'éviter le combat; mais il paraît qu'il n'avait pour but que d'attirer les Hollandais en pleine mer, car il tint ensuite le veut. Son escadre formait rarriàii^'*gar4e des alliés» et devait

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comballre rarriore-garde des iiuilandais, formée par l'escadre de Bankoprt; tandis que IN^sradrc blanche ou de France aurait eu affaire à celle de Iluylcr, et Vescadre bleue à celle de ïronij). Jusque-là tout parai-^snil en bonne di-=pnsiiion. Mais ilupert jugea à propos de forcer de voiles avec loule Tescadrc rouge; ce que voyant , sans y rien com|)rendre, l'escadre de d'Eslrées, elle envoya "^^^ 'n major à bord de l'amiral d'Angleterre, pour se faire expliquer les motifs de celle manœuvre. La ré[)onse du prince fut que Sprag , avec Tescadre bleue, ne cinglant pas à son gré, il voulait rcmplat L'r Tescadre bleue à Tavant-garde et faire prendre à celle-ci rarrière-gnrde. En vain le major français lui représenla-t-il que c'était entrcprt'ndre une chose impossible, puisque Sprag et sou escadre étaient déjà ù quatre lieues de Tavanl et fort engagés dans le combat. Le prince ne changea ni d'idée ni de manœuvre; mais il ne put venir à bout do se placer qu'à deux ou trois vaisseaux de Tavant de d'Eslrées qui, avec l'es- ' cadre blanche, secondait de son mieux l'escadre bleue d<> Sprag. Un grand désordre s'ensuivit : la division du cmlre- amiral de l'escadre rouge fut mêlée avec celle du contre-amiral de l'escadre blanche, et le vice -amiral roupie se trouva dcrrii'îre d'Eslrées; telle était la confusion de Tarmee des alliés, qu'elle formait trois à quatre lignes. Elle fut bien heureuse en ce moment que Kuyter ne vint pas avec ses brûlots; mais cet amiral avait vrvn Tordre des Étals-Généraux de ménager sa flotte et de se montrer satisfait quand il aurait garanti les cotes de la Hollande. Ce fut ce qui l'empêcha de s'engager dans une mêlée, comme il avait fait quelques jours auparavant, et d'approcher plus qu'à portée de canon. Né-anmoins, pornii les alliés, le marquis de Grancey, qui se trouvait à l'arnéregarde, avec cinq ou six vaisseaux, eut beaucoup à souffrir; Bankœrt, avec trente bàlim( ni^. rivant fondu sur lui et éiant venu jusque dans ses eaux. L'expérience, le courage et le dévouement de Forant qui, ()■ jniis son r^four de la mer des Iniles, n'avait pas été plus récompensé de ses nouveaux que de ses anciens services, firent, dans celte c irc(.)nstanc**, le saiui' d'une partie de l'escadre de France , ctue l'eseadre d'An^lelorre, Icinoln de su position critique, ne paraissait nullement eu dis|tosilinii de iecouhr, couuue si el(e n'eiU pas été lâchée de lui voir essuyer

un écbec pûrliel. Le vaisseau te Grand que numtait Forant, et que. secondaient d'ailleurs avec énergie ceux des capitaines de Sébeville et de Ceux» anêta longtemps un grand nombre de M* ^timents ennemis» qui le canonnèrent à couler bas. Il était dix heures du soir, qQ*fl tenait encoieavecla plus prodigieuse énergie. Désemparé, criblé, ayant près de neuf pieds d'eau dans sa cale» le vieux Forant, fier de monlrer aux HoUandais qu'il n'avait point dégénéré du temps où il comptait parmi leurs amiraux, ne pa- » . raissait nullement songpr à se rendre, n ne se rendit pas en effet. Seulement , comme son vaisseau menaçait de sombrer, il le laissa arriver et mit pavillon en berne, pour signaler sa détresse, non • à renneoû'comme fit le Vengeur aux affaires de prairial pendant les guerres de la révolution française, mais aux vaisseaux de sa nation qui lui firent donner la remorqiie ^ au moment où les Hollandais cessaient leur feu et reviraient tous de bord pour rentier dans leurs bancs du côté de Schoonveld.

Toute la nuit les deux armées coururent sur le même bord. Â la pointe du jour, la moitié seulement de la flotte des alliés revira, comme pour aller de nouveau chercher les Hollandais; mais le prince Rupert, qui i^vait &it presque toujours porter largue à son escadre, ce qui marquait plutôt une fuite qu'une volonté de combattre, tint conseil dans l'après-midi, et, comme sa manœuvre tendait à ramener les alliés près des côtes d'Angleterre, le Jd juin, on se trouva dans les eaux de fai Tamise. Pendant que les Anglais 7 allaient mouiller, pour se réparer, les FrçiK.uis prenaient la route de Brest et celle de Rochefort , dans un but semblable. D'Estrées se plaignit hautement de la conduite de Sprag, quiavait négligé de le soutenir avec l'escadre bleue, et le fit blâmer de sa négligence.

La' carrière du fameux Jean Bart commençait dans ce temps h s'ouvrir. I(é à Dunkerque, le ^21 octobre 1650, d'une famille d'armateurs & la course, qui depuis longtemps donnait de vaillants et excellents marins'à la Flafidre, Jean Bart avait fait soa éducation maritime à bord des bâtiments hollandab et servait en qualité de secopd à bord d'un navire de Flesângues, quandla guerra déclarée par Louis %iy k la république batave le décida aussitôt à revenir en France, malgré les offres qu'on lut faisait pour le retenir au service de la Hollande. H fut oblî|^ de

ft38 niSTOIRE MAniTIME

donner à son départ de ce pays le caractère d'une évasion. Enfin, il arriva à Dunkerque avec son compatriote et ami Keysor.qui avait été obligé de recourir au même moyen que lui pour quitter les Provinces-Unies. L'un et l'autre servirent, en 1G73, comme « seconds et maîtres d*équipages.

Dans la première moitié de Tannéo 1673, une frégate du roi qui avait été armée au Hâvre, par le duc de Saint- Aignan , pour faire la course, prit cinq navires hollaiidnis. Une autre frégate sortie du môme port, sous les ordres de l'oÛicier de Laliorde, enleva aussi un bâtiment de cette nation.

D ne faut point oradlre que , vers ce temps , le chevalier d'Uarcourt, commandant les galères de Malte, se signalait contre les Turcs, en maintes rencontres. Ktant allé au-devant de la grande caravane d'Alexandrie, puissamment escortée, il ralti'ignil près de Rhodes et lui enleva deux gros galions de 00 canons chaque et quatre autres bdlimenls Irés-richemont clinrgés.

Après s'être pourvue de munitions et de matelots, et s cire augmentée de la division Chdteau-Renaull, l'escadre de d'Estrées alla rejoindre, vers la mi-juillct 1673, dans la Tamise, celles du prince Kupert. Avant tout nouvel enj:agemenl, l'escadre de France se trouva encore aiiiitnentée d'une partie de la division de Martel, qui, après avoir croisé dans les paragCî^de Cadix pour y attendre l'arrivée des galions, venaU de conduire dans les ports de la Manche huit navires de Saint-M.il;s ihargés d'une valeur d'environ douze millions et trente bàtinicnls du commerce anglais. D'I'^strées compta ainsi quatorze bâtiments de guerre de plus, à savoir : le Forty de 66 canons, monté par le nouveau chef d'escadre Chàteau-Henault; t Heureux, de iS, capitaine de La Bretèchci le Hardi, de 32, capitaine de La lio^jue-ronliez ; le Diamant f de 60, capitaine de Beaumont; le Vigilant » de 28, capitaine Cabaret des Marais qui clait de retour de la mer des Indes; fc Tigre, de 36, ca|iilaiue Gombaull; TÉmenV/oM, de 50, ca^iiLauiu Ciiaudeau de La Cloclieterie; fOîrondvUc, de 30, capitaine de Banville ; le Laurier, de môme force, capitaine Desnots; la-^Thérèse-Rmjalc , de 72 canons, monté par le lieutcuont général de Martel; et le Pompeux , de 70, capitaine de Buons.

Le projet d'une descente était toujours dans l'esprit des flottes combinées I burloui de celle d Anglclurre. En conséc^uencei on

^F. FnyvNCE. m

• embarqua plus do dix mille lioinuios do Iroiipes, sous le commamleiiuiut du cumle de Selioinberg. Mais ou ne jtouvailse flatter d'njM rer un dcb.frquemenl , qu'autant qu'(»n aurait délriiit ou éliAgaé des colts dos ProviiK cs-Unies la flotte de Ruytor La nou- •velle do Tarrivée d'un riche convoi des Indes-Orienlales, (jue le lieutenant-amiral-général de Hollande fut chargé de présorvi r de

* * • toute atteinte, sembla devoir procurer aux alliés une favorable ' occ<ision dVn VL-nir^i leurs fins.

Ils firent voile (hi la Tamise, le 27 juillet 1673, pour les côtes de

• • Hollande. S'étant trouvés, le 30 du même mois, à la hauteur des

bancs de Schoonveld, ils reconnurent les ennemis dans leur ancien poste, et mouillèrent à leur vue, hors des bancs. Le prince Uupert avait ordre du roi d'Angleterre de ne pas rocommcnoer à les attaquer dans une telle position, mais de tâcher de les attirer plus au large. Il appareilla dans celte intention , le l*"" août, et fit mettre le cap (4) au nord-ouest, pour les engager à sortir d'onire los bancs; ce (ju'ils firent en effet, en suivant la môme route que le prince llupert, environ quatre lieues sous le

' vent, dans le but de préserver le convoi qu'ils attendaient. Les alliés continuèrent leur marche i\ piMitos voiles jusqu'à midi, qu'il y eut jussant. Le major de l'escadre do France, qui était passé sur le bord du prince Uupert pour connaître ses intentions, exécuta l'ordre qu'il reçut de s'en retourner et de faire arborer le pavillon d'union au haut du mât de misaine, pour avorlir l'amiral Sprag de revirer. Parce moyen, on gagnait tout a fait lèvent sur l'oruiomi. Sprag comprit très-bien le signal et y obéit ; mais, une heure après le vent lourna en faveur des Hollandais qui, alors, se présentèrent en Itoii ordre jusqu'à la portée du canon. Ils renlrtyrent ensuite dans leurs bancs, sans que les alliés pussent se rendre compte du

• motif qui les empêcha, ce jour-là, deseservir de louravantage. Les flottes combinées mirent le cap au sud et coururent toute la nuit. Le 2, elles mouillèrent par le travers du port delà Brielleen Vile de Wœrn, patrie deTromp et de Guillaume de Wilt, dans la Hollande méridionale; elles rangèrent la côte de Hollande jusqu'à l'embouchure du Texel où elles se tinrent au large et d'où elles partirent le 9 ; mais elles furent chargées de si violents coups de vont, qu'elles se virent obligées d'amener leurs niàts de hunes et vergues pendant dix^ à douze jours. Le 4 7» le capitaine tto Goux découvrit i'amM

. no lIISTOmE MARfTIME -

(les iVovinces-Unics qui, malgré lo m luvais temps, (ilail venue mouiller à Temboucliure du Textl. Le 18, une Aille hollandaise, chargée d'une valeur di { lus do deux cent mille livres qui s'éluit trouvée écartée du convoi dos Indes-Orientales, tomba dans la division Des Ardcns, dont elle devint la proie; ce fut tout ce .que • les alliés curent du riche convoi que, dans ce temps-là même, les belles manœuvres de Ruyter préservaient, pour ainsi dire sans qu'ils s'en doutassent. Le 19, lèvent mollit, et, le 20, les flottes conibniées iipj areillèrent. Le vent étant à l'est, on mit le cap au sud-est pour ranger Ift côte et gagner le vent aux ennemis.

Deux heures après, on aperçut ceux-ci sous le vent, et on arriva sur eux en fort bon ordre; mais ils ne jugèrent pas à propos d .lUendre. Ils mirent leur quatre corps de voiles, arrivèrent en dépendant (5) et coururent an large. H était alors environ trois heures de ruprcs-midi. Le prince i\u[)ert, ayant des ordres précis de ne point attaquer dans l'après-midi et voyant que le temps manquerait pour décider du sort du combat d'ans la journée, remit l'engagement au lendemain. Dans ce bul, il tint le vent, et donna l'ordre au major de l'escadre blanche, laquelle avait lavant-garde, de courir au sud avec les deux huniers, jusqu'à ce qu'elle trouvait dix brasses d'eau , et , en ce cas, d'arriver sud-sud-ouest, afin de ne pas échouer; ce qui fut ponctuellement exécuté.

Mais, dès que la nuit fut venue, Ruyter força de voiles, courut de Pavant, se servit du flot qui le portail a terre, et, connaissant parfailomenl ces côtes, il les alla chercher debout au corps. Sur le niHiUil, il revira et gatzna le vent. Le prince Uuperl, qui aurait ùà faire p( trier plus de voiles à ses vaisseaux , et , quand on aurait été à dix brasses d'eau , venir et laellre le cap au nord-est en regagnant la cote. Ht le siiinal de revirer, après avoir entendu les signaux desennémis et vu leurslcux. Lesalliés changèrent de bord ot coururent au uorJ, pour tâcher de conserver ravantti^e ; mais ce fulniutilement : car, à la pointe du jour, les Hollandais rangeaient leurs Cotes et étaient à deux lieues au vent des llolles conibiiii'*es. Ils éten«lirent leurs lignes, et, ([uuiid leurs (rois escadres tun nl par le travers de celles des français et des Anglais , ils arrivèrent dessus vers les huit heures du matin, à quelque distance du

Texel, pendant que le convoi des Indes-Orientales ainsi garanti (iûsait son entrée dans les ports de Hollande.

Tfomp» avec FaTant-garde ennemie, tomba snr Sprag et l'escadre bleue; Ruyter sur le prince Rupert et Tescadre rouge: Bankœrt sur l'escadre blanche ou française qui avait l'avant^ garde.

Comme il avait été arrêté, dans le conseil de guerre, qu'au cas où les Hollandais auraient le vent , l'escadre blanche conserverait l'avant pour revirer et leur gagner le vent (6), et que , pendant ce temps, les deux autres escadres des alliés tiendraient le lof (7) et soutiendraient le choc , le lieutenant général de Martel, qui commandait la division de droite du viccrnamiral et qui avait ainsi la téte de toute l'armée navale , parvint à gagner le dessus du vent de la longueur de trois à quatre vaisseaux, et chercha à placer Banktert entre deux feux. Tourville fit la même manœuvre et revira si à propos, qu'il gagna aussi le vent aux ennemis. Ilarbora une flamme rouge à la vergue d'artimon de son vaisseau te Sans" Pareil, de 64 canons, dont on lai avait donné le commandement à la place de celui de tlmnneiète^ et fut suivi par les capitaine» Pannetier, avec ie Précieux, Loub Cabaret, avec fAquHon, et d'Infreville-Saint-Aubin avec k Téméraire, Bankœrt comprit l'imminent péril qui le menaçait, et, prenant sur-le-champ son parti, il se livra à des efforts inouïs pour se fûre jour à travers l'escadre française, avant d'avoir pu être enfermé par elle. La canonnade fut terrible alors. Hartel déployait toute son énergie pour s'opposer au mouvement de Bankœrt qui activait le feu de ses vaisseaux avec une fureur de désespéré. Hais, dans ce même moment, le vice-amiral d'Estrées, voyant Bupert engagé au mi lieu des ennemis d'une manière qui pouvait lui devenir funeste, prit la résolution de tenter la même manœuvre que Ruyter dans la bataille du 7 juin précédent , et de percer les Hollandais pour aller ensuite au secours du prince.

D'Estrées ne pouvait passer au vent du lieutenant- amira

Bankeert, qui arrivait sur la Reine, accompagné de trois brûlots.

L'un de ceux-ci fut consumé, sans effet, sous le beaupré du

vice-amiral de France, et les deux autres furent coulés bas.

La Reine passa au vent de trois à quatre vaisseaux et, se battant

ainsi, des deux bords, à portée de pistolet t eut trente-six ni. n

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