‹ Histoire maritime de FranceChapitre 7 sur 19 · SI2 HISTOIRE MARITIME · texte numérisé non relu

SI2 HISTOIRE MARITIME

hommes dfj tués ou i>lessés, et ses itaques, drisses, bras, galobans coupés, son grand hunier déralingué et tous ses mâts atteints. Le rnpilaine de Langeron , avec C Apollon, s'ëlant Monsé au T^t du lieu tenant-amiral Bankœrt, entreprit d'aborder successivement plusieurs vaisseaux ennemis; il soutint avec une fermeté prodigieuse un feu de trois heures entre trois bâtiments hollandais, comme s'il eût été à Tancre, tirant des deux bords, et sortit de cette position non-seulement* sans avoir été mis hors de combat, mais après avoir désemparé ses adversaires. Les capitaines d'Estival, sur tltwineiàle, de Sébeville, sur t Aimable, et d'Hailly,sur ieFier, eurent à soutenir le choc de Bankœrt et d'une partie de son escadre; ce qu'ils firent avec une telle énergie, ^uece lieutenant- amiral n'osa les aborder et se contenta d'arriver dans les eaux. Mais les Frangais perdirent dans cette occasion le capitaine d'Estival el plusieurs autres ofQciers.

L'habile et intrépide Des Ardens qui était de l'arrière-garde, avec son vaisseau ie Terrible i admirablement secondé par le Grand, que montait Forant < coupa enfin ta ligne des ennemis et conduisit au vaisseau de Bankœrt le brûlot l Arrogant^ commandé par le capitaine Guillolin. D'Cslrées ne le suivit pas. lien donna depuis pour cause la nécessité où il s'était trouvé de réparer, quoique à la hilte, ceux de ses vaisseaux qui avaient souffert, et le défaut de vent.

Dans son métier si funeste à ceux qui l'exerçaient, Guillotin a déjà eu le visage et les bras brûlés; mais cela n'a fait qu'exciter sa passinn giierriùre. Avec son bâtiment rempli de feux d'artifices, (Guillotin dédaigne deux vaisseaux qu'il rencontre et dont il évite les bordées; il prend le vent sur le vaisseau lieutenunt-amiral, vient à boni de raccrocher et met aussitôt le feu à la nK^'che qui communique à rari'.lice du brûlot. ProIUantdu temps que la disposition de celte mèche lui laisse , il descend dans sa chaloupe avec le peu d'hommes qui l'accompaL'nent, j^ar la porte pratiquée à col effet à côté de l'arri» re du brûlot; puis il s'éloigne, bien persuadé que tout à l'heure il va entendre rexpinsion el voir jaillir la tlanime. C'est un sauve-qui-peut général sur le vaisseau aecroclié; tout l'équipage, moins vingt hommes plus courageux que les autres, se précipite h la nage. Mais au bout d'un assez long moment, tiuiÛotin n'entend rien; il se retourne : sa mèche a

niatiijué son effet. Alors, à la grande sliip»^fartinn de tous^ on lo voii liiniener suri'heure sa chaloupe bnllot, et, malgrt^ fous les l)(niU'ts qui pieu vent devant, derrû're lui, à ses côté», il ini;t le iVju à sa mèche une secgnde fois et se retire. Mais les vingt Hollandais, presque aussi intrépides que lui , qui (''taiciit restas sur leur bord , avaient déjk eu le leni|is de comuitincer à séparer le vaisseau dcBankifirl du bourreau qui l'élreignait, et réussirent à le sauver. L'iusuceès de l'An ayant ^ malgré l'audace de son capitaine, vint surtout de ce que ce brûlot était trop forl, et (ju'ert abordant les Hollandais par les haubans de misaine, au lieu de le prolonger, il iceula. l^aukcert s'estiuianl trop heureux d'avoir échappé, comme par miracle, prolitadu vent pour aller à toutes voiles joindre Kuyler.

Le lieutenant général de Martel, déjà furieux que le mouvement de d'Kslrées, fait sous le prétexte d'aller au serours des Anglais, eût empêché le succès de sa manœuvre contre Bankœrt, ne connut plus alors de bornes à son emportement qu'il poussa jusqu'à écrire, dès le lendemain do la balaille, à Colberl, que le vice-amiral de Ponant était un liîchequi déshonorait la nation.

Le lait est que d'Estrées n'atteignit pas môme sort but, qui était de secourir à temps le prince Rupert. il est vrai qu'on dît pour l'excuser, que comme il était entre onze heures et midi quand son escadre avait gagné le vent sur celle de Bankœrt, si l'escadre rouge eût fait porter au plus près du vent et soutenu le choc d6 Fennetoi, elle aurait été secourde à tine heure de l'afirès-toidi , et la victoire etlt été, par suite , assurée aux alliés ; mais l'escadre de Bankœrt ayant fait vent arrière, comme on l'a vu, celle de France, quoique la chassant tontes Toifôs dehors, quand ses vaisseaux «ttaient été réparés , ne put la jdndre qu'à sept heures du soi^ ail moment où elle s*était déjà i^alliée à l'escadre dé Ruytei' et eotnbattAlt atecî elle l'escadre du pntm Rup^t. Cellëci était h plus de douië lieuéa de l'eadroit où racltdn s*élait engagée , lorsque le fice-atuiral d*£st^ée9 se fstoufà enfin à (lorlée de la soutenir.

Otiafit à Sprag , atecreacadre Meue, moins occupé de» ordres qu*li ataïf reçus de ne pdlnt quitter l'èscadre rouge et de se tenir toitjcftfrs èri ligne , que de prendre sa revanelie des reproches qu'on lui avait adressés Ait sujet de là |)récédente affaire^ et d

8*illusirer par quelque haut fait parlicalier, il $*était engagé dans une épouyantable mèiëe avec Vescadre de Troq^p. Sprag avait, dit-on, promis au roi d'Angleterre de lui amener ce grand homme mort ou vif , ou de périr lui-même à ta tâche. II périt en effet, après avoiriorcé Tromp i chang'er de vaisseau , et en avoir changé plusieurs fois lui-même. Il reçut un coup de canon en passant dans sa chaloupe à un autre bord.

Cependant Ruyter, en voyant Tescadre de d^Estrées en situaion de combattre près de Rupert, cessa de poursuivre ce prince qui avait le cap au nord-ouest, portait ses quatre corps de voiles et qui mit un pavillon bleu à la vergue d*ariimon, pour ordonner aux autres escadres d'arriver dans ses eaux. La nuit étant survenue , les Hollandais mirent le cap vers le Texel, et le prince suivit sa route. Mais Pescadre française n'obéit point à ce signal, parce qu'il lui semblait que si elle arrivait dans les eaux de Tamiral d'Angleterre^non-^eulementelle perdrait l'avantage du vent, mais elle exposerait les vaisseaux démâtés et désemparés à être pris. De plus, d'Estrées prétendit qu'il lui importait de conserver le vent, pour le cas où la bataille recommencerait le lendemain. L'opinion des Français était qu'il aurait fallu que le prince Rupert eût mis le cap à rest*nrâd-est ; alors, l'escadre blanche en eût fait autant; on aurait ainsi gardé les ennemis, toute la nuit, sous le vent, et le lendemain on aurait été à peu près certain de les battre et de les chasser jusque dans le Texel.

La victoire , cette fois encore , ne s'était décidée pour personne. Aucun vaisseau n'avait été pris de part ni d'autre; mais il y avait de irès-grandes pertes réciproques en hommes et en ofûciers, ainsi que des avaries considérables aux bâtiments. Si Ruyter se retira, on ne le suivit ()as. Ce grand homme s'embarrassait peu de rester le dernier sur le champ du combat, pourvu qu'il eût atteint son but, et cette fois il en avait atteint deux, en évitant une descente et en sauvant un grand convoi.

La politique des Anglais n*était pas celle de leur roi. Outre qu'ils sentaient qu'elle était inutile et humiliante pour eux , que peut-être même au fond, elle menaçait leurs libertés et les conduisait, par gradations, à un gouvernement absolu, ib étaient amèrement jaloux des succès de la France sur terre , et ne voyaient qu'avec dépit l'accroissement de sa puissance. Us allaient

répétant sans cesse que d'Estrées n'avait éprouvé presque aucun dommage , et leur avait laiss(T tout l'effort de chaque combat. Ignorant que l'emprisonnement du marquis de ôiarlel à la Bastille, emprisonnement qui dura près de deux ans, avait pour cause une lettre plus qu'insoîenle sur le compte du vice-amiral du Ponant, ils prétendaient qu'on avait seulement voulu punir ce lieutenant génf'ral de la valeur avec laquelle il s'était comporté, sans se préocciiper des inslructions secrètes que pouvait avoir son chef immédiat. Charles II, sous peine peut-(Mre de perdre son trône, dut songer dès lors à prêter l'oreille aux négociations des Hollandais pour le retirer de l'allianfe (îf> Louis XÏV.

Au commencement de l'année 16 /3, une escadre dus Provinces- Unies, portant des troupes de débarquement, avait pris l'île de Sainte-Hélène aux Anglais; mais, dès le mois de mai de la même année, une escadre brit,uini(pie l'avait reprise.

Voulant troubler et nitercepter le commerce des ennemis, Louis XFV avait fait armer, à Toulon, une escadre de six bâtiments de guerre, sous les ordres de d'Almeras. C'étaient le Saint- Esprit, de 70 canons, monté par cet officier général j l'Édatant, de 60, capitaine de CluUeauneuf; te Prudent, de o2, capilninp de (lorrisde La Guerche,le plus vieil oflicier en activité de la manne française, mais non le plus capable, car sa carrière finit par une révo Miion; fOraye, de 34, capitaine Etieune-Jean , et le brûlot t Ardent t capitaine Desprez. D'Almeras avait ordre d'aller rejoindre, à la barre de Cadix, le marquis de Martel, pour le mettre en état de combattre neuf vaisseaux hollandais qui étaient depuis un mois dans ce port, de t* mr la Méditerranée totalement libre de corsaires et de se rendre ensuite à Tembouchure du détroit et de le garder de manière ù ce qu'aucun vaisseau hollandais n'y entrer; de se présenter quehjue temps après, avec son escadre, devant Al-'cr et Tunis, pour obliger le dey et le pacha de ces villes à tPTiir les traites, et aussitôt que trois des vaisseaux de Martel l'auraient joint, d'être tout entier à la protection du commerce, en faisant escorter tous les marchands anglais et franriiis richement chargés, par un ou deux vaisseaux, suivant les circonstances. Les vents contraires avaient empêché d'Almeras d'arriver h Cadix avant le 3 mai ; et dès lors le marquis de Martel avait quitté ce por avec le convoi dont on a parlé et qu il avait ramené, de conserve

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