M HISTOIRE MARITIME
a?ee des vauseiiiix de guerre anglais, dans les pqrls de )a Manche, avant de se raUi<îr à d*E*!trées. Is départ de ce Jieutenani général empâcba d*Aln>eras da profiter de Toccasion la plus fa?orable qui se fût présentée de prendre neuf Y^i^seaux Uoilaiidais chargés de plusieurs millions qui étaient comice bloqués dans la liarre de Cadix, et qui étaient sortis apr^ son départ. Depuis, 4'Al(pera^ renforcé de la Syrène, de 14 canons, capitaine de Tambppneau ; du io/y, fie 44, capitaine de Forliin Taîpé, et du giei(ii'}Iarini de 44, capitaine de La Fayt-Uîi , continua de croiser |e long des côtes d'Espagne, sans pouvoir rencontrer d*eqnemU. Il se rendit en septembre , devant Alger où )1 trouva tout dans 1^ plu:^ gr^i){| désordre, par suite de la giierre clvi|0. Le bey 4e Conslantjne s'étant approché d'Alger avec huit k dix mille liommes pour en chasser le dey, d' Aimeras dut revenir ^ Tpulqn si^n^ avoir rempli sa mission, et emmenant à son borç} le pQnsul de France.
Ënlin, les Hollandais ayant déjè finit passer quelques forces dans l' Amérique méridionale, le cabinet de Versailles y envoyq aussi une division navale , avec mission dp prptégur le coaiiDercp des Français et d*empêcher les interlopes. Elle se composait du Marquis, de 40 canons, capitaine de larsoil; de fAicyon, de même force , capitaine Bitaut de Bléqn ; des Jeux, de 30 canons, capitaine d*Amblimont, et de la frégate k fHfioiinfs^ 4o 1 4, capitaine du Grosbois.
La France avait toujours une escadre dans la mer des bides, un peu diminuée par le retour de quelques-uns 4o ses navires en Eu* ropi3, particulièrement du 4^lei qui, parti de Saint*Thomé| le % octobre 1672 , venait de ramener Caron, l'un des |rois direcr leurs de la compagnie dans Tlnde. |ja Baye ne ae soutenait qu'avec beaucoup de diflicuUés dans son réceqt étahliâsefpent de Saint- Thomé. Dès le U mars 1673, il écrivait è Louis ÎIY directement, qu'il était presque oonlinuellemept assiégé» depuis huit mois , par une armée d'indigènes de plus de douze mille hommes; il se plaianait de ne point recevoir de nouvelles; et pourtant, disait-il : « Nos navires périront s'ils ne sont (jrom|)(ement assisté^.» Il ajoutait, pour inspirer au roi quelque zèle en faveur de son établissement : « Si j'avais ici vingt navires bien équipés et ^e Targent, je vous rendrais maître d'un royaume aussi rich^ et aussi grand que la France. • La Haye ignorai^ enc(tre Ip gqerre
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ouverte qui existait entre'.là' Franc^*èt ïa Hollande en Europe. Pour obliger le roi de Golcond^kfai^e sa paix avec lui, il partit, le 41 avril 1673, avec./^ Brepin^le flamand , dans le dessein d'inquiéter les États 4^ ce 8oiiverlB&, et particulièreùient Hasulipatnam. Grande fut sa suTpn|c[Vau oei^ cette expédition, le 24 juin de la même année ,^$3Au ver Saint-Thomé bloqué par . dix-sept bâtiments hollanâih^dôiitll^imputa TarriTée à des avis secrets de Caion. Ne voyant d'autre moyen de secourir Saint- Thomé que de passer à (ra?en la flotte ennemie, La Haye se mit en devoir de le faire; mais une tempête qui survint, au moment où déjà il avait conmiencé son attaque , l'obligea à se retirer à Pondichéry. Quand il revint peu après, il reconnut que la flotte hollandaise avait été aussi dispersée par la bourrasque, et il put entier dans Saint-Thomé sans obstacle.
n est à remarquer que , dès cette époque , on s'occupait beaucoup de la question du douUagedes vaisseaux; que Ton trouve dans les cartons des archives de la marine de ce temps des projets de doublage en feuilles de bronze , et que le journal manuscrit de La Haye, qui s'inspirait sans aucun doute des études et des observations de Forant , avant le retour de ce capitaine en France, proposait le doublage en plomb pour ériter la ruine rapide des navires par la piqûre des vers dans la mer des Indes ; les navires de la compagnie , dans le même but, mais sans l'atteindre suflisamment, avaient leur coque chargée d'une grande quantité de dous au-denous de la flottaison (8).
CMMm 4t rrapmar 4'AtMiNtM, 4« rai ftifipm «II* b IWtalt mUm iMbXIT^lMBMlNt 4t wr fii^
ii<-t1< • l'ri' 1< • K4p.ii;nal> ri \ft HolUodaii. — L'AngletCTT* M rttirt dt rtUince <!• U France.— PnijtU d« la HaU Undr ronlr<! le» cùu» *l conlr* l»» colonie» Je U Ffmii««.— FletU» de Troiap là da Rnrier, — TenUlitr* d< inctnlet d«i nolluidjit en Xormindir, Brel<);nc, Saiii(oii;<- cl Poitaa. — Relnilc de Trvnp. — Atla>{iie de li Marlini.juc |ar llii]<ir.— Dcfcito dM Halkndaii. — É*ciMneaU de déltU^tiitarra da Maiiiaa.— Vtlballa Mtaarl Ut*ùM^lj» due it TivMM t vHV-ivi da Sieila. — Fraaiicr tftit mfai 4a MaiiiM aatra In ItfagMl* al Im Frantata, caonaïadé* ■H Tiwna «t Paqueine. — F \ pli I* i!c TmirTille rt d'autres cafiUinei frinfaii. — AtUqoa et ffÏM d'AgoiU (uir ■ar. — Op'ratitini da l'eKaiire lit J'AIiiiern. — Unqueine (»l dim à U tiie d« l'irmee natale. — Arrifée d« Rovler daat U Mcdilemne*. — BaUiIle» iu»»lcf de SlnmiKoll et du Moat-CiM. — Titonnc r-'prmd le tuniroindcmenl rn chaf da h lalla. — Baiaillt aa<a)e d« Pticraa. — CaMbU litraa pu r««cadn da OiUcan-RcaanU. — Canrerencei pawbraisoTnlHM«4fl Lwla UT * «h hihilwto 4* HtMiM. » Énnillw 4» b Skib par In
Les alliances étaient déjà changées ou sur le point de l'être. L*empereiir d'Allemagne avait [)ris parti pour la Hollande contre Louis XIV, qui menaçait de lui enlever la Lormine. Sous le prétexte d*empécher la France de faire la conquête de celte province autrefois détachée d'elle, un traité fui pass«S le 30 août 4673, entre l'empereur, le roi d'Espagne et ks Étals-Généraux de Hollande. Louis XIY n'attendit pas que l'Espagne efll complètement jeté le masque pour lui déclarer la guerre; il la lui fit au mois d'octobre de la môme année.
Presque aussitôt d'Àlmeras, dont l'escadre était rentrée à Toubn, ayant eu avis que quatre bâliinenU hollandais se trouvaient dans le port de Malaga, détacha quatre des siens, commandés par les capitaines Forbin l'aîné, Gravier, La Fayette et Tauibonneau, pour les aller combattre. L'action eut lieu le 40 no-
vembre 1673. Les bâtiments ennemis s'étaient ptacés sous la protection de la forteresse. La division française , après six heures d'un combat acharné, dut rentrer à Toulon, sans avoir atteint son but qui était de les enlever ou de les brûlw.
D'un autre côté, Château-Renault donnait la chasse tout à la fob et aux corsaires de Salé ,* et aux bâtiments hollandais qui pouvaient se trouver le long des côtes de Galice et de Biscaye, afin de les eçipècher de mouiller dans aucun port et d'interrompre leur commerce avec l'Espagne. Il profita de cette expédition pour ramener de Lisbonne deux prises qu'il avait fàites Tannée précédente.
Tout annonçait que l'Angleterre allait décidément se retirer de la lice. Louis XIV, se voyant sur le point d'être abandonné de ses alliés, au moment oiL l'Espagne apportait aux Holhmdais l'appoint de ses forces navales, donna des ordres pour faire rentrer provisoirement ses escadres. Celle du vice-amiral d'Estrées, en revenant à Brest , vers hi fin d'octobre i 073 , eut à essuyer de furieuses tempêtes, et se vit quelque temps séparée. Dans cet accident, le i*^ novembre, ie l^gUantf de 28 canons et cent cinquante hommes d'équipage, commandé par Gabaret des Malais, fut rencontré isolé par un bâtiment espagnol, de 30 canons, avec lequel il combattit quatre heures. Le capitaine Gabaret des Marais et son lieutenant furent tués dès le commencement de l'action; mais l'enseigne de Boulainvilliers-Bezancourt, ayant pris leur place; soutint le choc avec tant de valeur et d'habileté, qu'il coula l'Espagnol à fond, puis alla mouiller à Rochefort, où d'autres vaisseaux de l'escadre française vinrent désarmer. Le 13 novembre, le vice-amiral d'Estrées entra de son cêté à Brest, où il désarma.
Au mois de îsnvier 1674 , Château-Renault , commandant cinq bâtiments, et chargé de convoyer les navires du Port-Louis , de Nantes, La Rochelle, Bordeaux et Bayonne, détacha trois d'entre eux à cet effet. Monté sur ie Prince^ de 50 canons, et n'étant accompagné que de f Actifs de 30, capitaine de Nesmond, le \ " février, il aperçut, à huit heures du matin, à sept lieues du Cap-Lezard, une flotte de cent vingt navires sous le vent, qui sortait de la Manche. Huit des bâtiments convoyeurs étaient montés de 50 à 60 canons chaque et de six cents hommes d'équi-
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page; quatre Tle 40 à 50 canons , et parmi les marchands plasieun portaient de 30 à iO canons. Le tout était sous le commandement de Ruyler jeune qui portait pavillon contre-amiral. Malgré
' l'inégalité de la partie» CbAteau-Renault fond à toutes Toiles sur cette flotte, et fait un si grand feu sur les bâtiments légers qu'il
* les écarte et perce jusqu'au contre-amiral. Il sa place par son travers à demi-portée de mousquet; dans le même instant deux Taisseaui de 60 canons étant venus au secours de Ruyter jeune, GbéteaU'Renault, que ces deux bâtiments gênaient beaucoup, leur ût tirer des bordées entiches et si bûsn servies, qu*en très-peu de temps il les fit arriver. Dès qu'il en eut fini ayec eux, il retourna au contre-amiral, avec lequel il eut un nouveau combat de trois heures, qui ne Onit que quand Ruyter jeune, doni le vaisseau était percé à Teau, eût regagné le gros de sa flotte, et se fût fait couvrir par douze bâtiments qui l'empêchèrent d*^lre coulé bas. Château-Renault resta au vent de tous jusqu'à la nuit, sans qu*aucun osét venir Tattaquer, quoique le vent très-irais leur donnât l'avantage, et qu'étant sous le vent, ils pussent se servir aisément de leurs batteries; tandis que celles des Français étaient noyées. Château-Renault suivit les iioUanduis toute la nuit, jusqu'à huit heures du matin, qu il donna au mihcu de leur flotte II prescrivit aux canonniers de ne tirer qu'à portée de pistolet, et choisit soixante mousquetaires auxquels il donna ordre de faire leur décharge dans les sabords. Il rangea ensuite toute l'armée ennemie, arrivant ou retenant le vent, suivant qu'il convenait, et ne faisant faire Ceu que sur les gros vaisseaux. Celte habile manœuvre fatigua singulièrement les ennemis ; mais douze de leurs bâtiments lui ayant gagné Le vent , il lut obligé de prendre le large. Ce ne fut pas sans avoir auparavant très-maltraité la majeure partie de cette flotte, sur laquelle il tira plus de trois cents coups de canon de si près que tous portèrent. Ce qu'il y eut de surprenant, c*est que son vaisseau ne fut atteint que par vingt coups de canon des ennemis , et qu'il n'eut ni tué§ m blessés. Cliàtoau-Renault vit, en ae retkant, beaucoup de navires sur hi cote, des mâts, des vergues, despavillpus tombé» et plusieurs vaisseaux en désordre ; mais i» qui acheva de lui persuader qu'il avait fort incommodé les ennemis, ce furent les nombreux coups de canon qu'ils tirèrent pour se demander des
secours, et le parti que prit Jluytcr jeum; du se rendre dans les ports d'Angleterre Deux heures aprèb le cunibat, Cliàieiui-UenauU aperçut trois bâtiments de la flotte hc)ll Hid.iise tombés sous le vent; il cingla sjir h \À\is gros (pii st; trouva être l'urtugais, et apprit (Iti lui que Riiyler jeune, ayant eu son vais^srau percé à fairu uaii , avait (Hé obligé de relâcher à FalinuiUh ; que le |)lu6 grand des vaisseaux deSmyrne, ayant reçu égaleuienl six coups à l'eau, s't'lait sauvé aussi à Falmoulh, où il avait coulé bas et perdu toute sa cargaison 5 eniin, il apprit qm» d'autres bà(!ments de la flulte liullandaise, qui avaient gagné rinnoulh, étaient parejllement très-nialtraités. Lesennemis avaient perdu pliisde cinq cent mille livres de marchandises, et se virent en outre obli^<'s de faire, à très-grande 1î iis, leurs vivrez en Angleterre, où leur départ fut retardé de plus d un mois. CluUeau -Renault, après les avoir observé pendant quinze jours, continua sa roule, elSCCûûsaora de nouveau à escorter des marcliaiul.>» h ançais.
Pour que les Hollandais trouvassent déjà un refuge assuré dans les ports d'Angleterre, û iailait que TaUiane'e de Louis XIV fiU al^andonnée par Charles II. Eu effet, le parlement britanniipie ayant refusé à ce roi les subsides nécessaires pour pouvoir continuer la guerre, il dut faire sa paix avec les !■ tats-Généraux des Provinces-Unies, le 19 février 107 i. (diarlcs li avait déclaré toutefois au parlement que tout ce qu'il pouvait faire, aiin de donner satisfaction au peuple anglais, c'était de garder la neutralité dans la guerre où il laissait Louis XJV engagé
Les Iloliandais, délivrés de la crainte des Hottes d' A imlcicrre, se flattèrent d'avoir raison de celles de la France aban Inmii 1 s è elles-mêmes, et préparèrent deux armements considi'i il K,.^ , 1 un pour aller attaquer les Antilles françaises , l'autre pour inquiéter les Cotes mêmes du royaume et y opérer des descentes (|ui forceraient peut-être Louis XIY à retirer ses troupes de la Hollande et à songer à sa prqpre défense. L'espérance était vaine.
Pendant que I^ouis XIY en personne reprenait la Franche- Con.ti' pour m plus la rendre; que le maréchal de Schomberg, en Roussilloii, soutenait victorieusement les efforts des Espagnols; queTurenne faisait sa lameuse et terrible campagne du Palaiiiiat, en lf)7i, cl que le i^rand Condé, en Flandres, courpumui I4 iui dp bft carciére iniiiUiie par les trois combats achar-
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nés et meurtriers de Seneff , qui forcèrent le prince d'Orange, stalhouder de Hollande et depuis roi d'Angleterre , à la retraite; pendant ce lemj^s h Tice-amiral d'Eslrées, chargé de la défense de Brest, prenait les précautions nécessaires pour garantir de toute insalte dix-sept Taîsseaux qui se trouvaient dans ce port, les rangeant de façon qu'ils pussent, dans l'occasion, protéger la place sans Être exposés à aucune surprise ; et le lieutenant général d'Almeras prenait à peu près les mômes dispositions à Rochefort. Enfin , pendant qu'il avait l'offensive par terre, Louis XIV, pour quelque temps, jugeait prudent de se tenir sur la défensive par mer.
Dès le commencement du mois de mai 1674, les Hollandais étaient entrés dans la Manche , avec une formidable armée de soixante-six vaisseaux de ligne, dix-huit briMots, vingt-(}uatre flûtes et unemultiludc d'aulrespetits navires portant quatorze mille cinq cents hommes de troupe de descente. Le 7 juin, celte armée se partagea en deux flottes : Tune de quarante-huit bâtiments, ùi voile pour l'Amt^rique, sous la conduite du lieutenant-amiralgéncral Ruyler; l'autre, sous les ordres de Corneille Tromp, cingla vers les côtes d** Frnnce, avec dessein d'y jeter Tépouvaute et même d'y conquérir quelques positions.
Un chevalier de Rohan-Gném<Mié , homme perdu de dettes et de débauches, avait promis mix Hollandais, moyennant une certaine somme, de leur liMrr (Jaillebeuf ou Uunileur dont il se disait m;ulrr': et de plus, il leur avait donué à entendre que, grîîce à ses uilelligences, un soulèvement ne manquerait pas d'avoir lieu à leur approche parmi les habitants de la Normandie, de la Bretagne et du Poitou , fatigués du poids des contributions. Mais ils reconnurent bientôt qu'ils avaient été dupes d'un intrigant, qui n'était nullement en état de tenir ses f>romesses. Pendant qu'on arnMait le chevalier de Rohan-Guémené et ses complices, et qu'on s'apprêtait à les livrer au bourreau, Corneille Tromp, ne voulant pas être inutilement venu, so diricrea vers l'embouchure de la Loire, avec l'intention de surprendre litHeisle-en-Mer, et d'y opérer une descente de troupes commandées par le comte de Ilorn. Mais déjà le duc de Chaulnes, gouverneur de BrHiacne, était averti; huit à dix mille braves paysans, oubliant les griefs qu'ils avaient contre lui, s'étaient levés et veili&ieul, de concert avec une valeureuse noblesse, à la sûreté de
DE FRANCE. m
la province. Lorsque, le 2i juin 1673, Tescadre holiAndaise mouilla l'ancre à l'e^t du château de Belle-Isle , c«înl gentilshommes bretons, ayautà leur trte les mar(]?ns de Coëllogon et de Lorgerie, s*y trouvau-nt pour le gardiir cl s'ensevelir sous ses ruiiit s. \Ai 26, Trom[> el 1»; comte de llorn se mirent dans une chaliiUjKî pour aller roconnailro les endroits propres à faire leur descente; le 27, les troupes hollamlaises débarquèrent sous la proleclion du canon de leurs vaisseaux; elles s'avancèrent vers le château , cl immc^diaiement un feu terrible et continu s'ouvrit de part el d autre. La place répondit avec tant de vigueur à Ui flotte de Tromp et du comte de llorn , que l'amiral el le général hollandais, déconcertés par une résistance à laquelle ils ne s'étaient point attendus, et voyant qu'il leur faudrait entreprendre un siégé dans les formes, résolurent de se retirer. Ils allèrent lenter fortune meilleure sur la petite ih3 de Noirmouliers, située en face des limites des provinces de Bretagne el du Poitou, et si proche du continent , qu'elle semble ne laire qu'un avec lui. La descente des iioUandais fut facile sur ce point, que Ton avait d'autant moins songé à garantir qu'il était impossible à l'ennemi de le conserver. Cette expédition de Tromp lut en tout indigne d'un si grand homme de mer; elle se borna a quelques contributions levées sur les pauvres habitants de Tîle de Noirmoutiers, qui fui presque aussitôt évacuée que sui prise par les Hollandais.
Dès que ie vice-amiral d'LsUees fut instruU de la relraite de Tromp, il lit sortir plusieurs divisions de vaisseaux, sous les ordres du nouveau lieutenant général d'AImerasetdes chefs d'escadre Jean Cabaret et Chiîteau-Heuaull. D'Almeras escorta une flotte de plus de trois cents navires marchands partis des différents ports de Bretagne pour se rendre au Havre, et d auULs venant des îles de TAmérique et de Terre-Neuve, ou y ëUaiil. Gabaret croisa, avec cinq vaisseaux, depuis La Koclielle jusqu'à Brest et depuis Ouessant jusqu'à la vue des passages de La Rochelle, pour donner chasse aux corsaires et convoyer aussi des marchands. Dt'jà, comme l'on voit, les forces navales de France reprenaient la mer ; bientôt elles auraient partout l'offensive. i uuL cela était conduit avec une incontestable habileté.
Buy ter, qui avait pour mission d'enlever aux Français leurs élabliàscmeub de^ Antilles, ne fut pas plus heureux que Tromp.
iH mSTOîHC MAAttlME
Arrivé devant la Mai liiii(|iip, le 19 du mois de juillet 167i, i( entra, le 20, dans la baie du Fort-Royal, et, tout enordnnnnnt UQ débarqih'iiHiit de troupes, il voulut prendre ou i)riiler quelques kHinienls français qui se trouvaient dans le car('ii;ii*e. Il détacha en eonséqueuce deux de ses frégates et un brûlot, pour qu'ils entrassent dans le chenal conduisant au lien on l'on car('nait les navires dans la baie. Mais le capitaine Uenard de Fnsiiiamberg, niarquis d'Amblimont, qui commandait le bàliûient de guerre les Jeux^ de 30 canons, et de Beaujeu, qui avait pris le commandement du Saint- Eustache, firent couler bas, à l'entrée du cbeaal, deux bâtiments marchands qui fermèrent ce passage. Cette manoeuvre et une batterie de treize canons, qui lira continuellement, lit connaître aux ennemis la vaniie de leur entreprise , et, de ce cMé , ils se retirèrent. Ruyler continua de débarquer toutes ses troupes, montant à plus de quatre mille hommes. Le Prévost de Sainte-.^arthe i alors commandant à la Martinique, se jeta, avec environ cent soixante hommes, qui coInpo^aient tout son monde, dans un retrancliem( nt couvrant le rocher du Fort-Royal , leqiu'l prenait depuis la grande rade jusqu'à celle du carénage qui avaitvue.sur une iteiite plaine s'étendant de ce rocher à la mer. Les ennemis s'i^bsimèrent à péni'lrer dans ce retranchement et à vouloir forcer les palissades : mais comme leur tentative était impraticable en raison de la force du lieu, ils y perdir«mt beaucoup de monde, se rebutèrent et filèrent le long de l'anse. Alors , perçant une ceinture de roseaux qu'on avait laissée exprès pour masquer la palissade et la plaine, ils se trouvèrent à découvert et essu vén al un feu terrible qui leur enleva plus de trois cents hommes. Ils continuèrent néanmoins leur roule pour rern|)lir leur projet qui était de gagjier qm hpies niai^ons de'rrière ies(|uelles ils se postèrent; mais cet abri ne leur tut pas longtemps utile, car levaisseau les Jeux, où se distinguait, auprès de son cuuimandanl, l'enseigne de Marlignac, acheva de les disperser avec son canon, bien secondé par celui du Suint-EusUiclic. Ayant reeu un renfort, ils résolurent d'attaquer une seconde fois, mais sans plus de succès, le rclraachement. Une troisième attaque ne réussit pas dtivantage. Ayant eu une grande partie de leurs officiers tués tiu blessés et parmi ces deraiers le fils de Huyter, les Uollauduis
DE FfeANCfi. Hét
prirent le pnrti do se rembiirquer. Leur floUo se retira ensuite vers la Domini(|ii(i. lluyler toutefois s'était trop hiûé de faire retraitu:car, nccTuyaulpluspouvoirrésisler.ruauquaiU de munitions et craiguaai d'être encore attaqués le lendemain, les habitants forcèrent le gouverneur d'abandonner le fort. Suinte-Marthe en Sortit en effet pendant la nuit avec son monde, aprcs avoir donné ordre aux capitaines des vaisseaux de les brûler. 3I.us d'Amblimont nejugc.i p.i >àpropusde tant se [)resscr, et bien il lit. Pcndiint que ces démarches avaient lieu, il signala la relraile de Rnyter à la pointe du jour du 21. Cette nouvelle lui étant parvenue, Sainte-Marthe reiitr a sur-lc-champ daa^ le fort, fil planter sur les retranchements un drapeau enlevé à reiinemi et envoya Taniionce d»^ révénementau Heutenanl général de Baas, depuis peu iuvebli du UUo et desfunclions de vii-e-iroi des îles de l'Amérique. Iluyter, jugeant par cet essai qii 'û s'était ni('-pris sur l'état des colonies françaises, abandonna son projet et fil v(jile pour les ports de Hollande. L ue médaille fut frappéeàla gloire de l'île triomphante. On y lisait d'un cùlé : « Colonie française vicidrieuse en Amérique, j» et de l'autre : * Les Balaves défaits et mis eu fuite à la Marlini(jue, 1074. »
Le chevalier de Bretteville, parti le 15 jnillet en course aved une petite frégate montée de soixante hommes et de 10 canon^ de quatre à cinq livres de balles, se rendait de Clierhourg au fldvre pour y prendre des munitions, lorsqu'il fut attaqué, à èix lieues du port, par un bâtiment hollandais de 20 canons et cent vingt hommes d'équipage. A[)rès avoir soutenu un long cund)al et ciiiq abordages repoussés à coups de pique etd'épée, il fut tué, sur les deux heures, ainsi que d\\|>remont, son enseigne, puis son pilote, son fils et dix-huit h'umnes. Mais, dans ce péril, le lieutenant de l.a Chesnaye, s'avisa d'un stratagème. Il fît cacher \éi cadavres sous des couvertures, et pousser des cris de vive le roi, pour que la vue des morts et les plaintes des blessés ne troublassent pas le reste de l'équipage. Les matelots, anitnés par leur chef, continuèrent le combat pendant trois heures.- La Chesnaye n'avait plus à tirer qu'un coup de canon chargé de ferrailles; il le pointa si bien qu'il porta en plein dans la chambre de poupe et sur lè tillac des ennemis; au fracas qu'il fil, l'effroi se répoadil parmi les Uollandaisèt leul* fit abandonner la frégate. Celle-
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ci se rendit ensuite au Hdvre où le due de Saint-Aignao la reçut . avec des honneurs mérités.
Le maréchal de Schomberg opérait dans le Roussillon, avec dessein d'entrer, en moment opportun, dans la Catalogne; et le duc de Vivonne avait été chargé de le seconder avec une escadre de six vaisseaux et deux brûlots. Depuis son d(^port de Toulon, cette escadre avait rallié successivement une division de quatre l)âtiments, commandée par le capitaine de Gorris, et par une escadre de Ponant, forte de dix vaisseaux et quatre brûlots, aux ordres de Valbelle. Après avoir inutilement attendu dans les parages de l'Espagne qu'on l'employât d'une manière elïicnro , elle revint mouiller à Toulon, au mois de juillet. Bientôt le duc de Vivonne , avisé par le maréchal de Schomberg des tentatives des Espagnols sur CoUioure, repartit de ce port, avec six vaisseaux et douze galères, celles-ci aux ordres du chef d'escadre Du* plessis La Brossardière. Étant au mouillage de CoUioure , dans le mois d'août, Vivonne reconnut un vaisseau espagnol de 50 canons, nommé /e San-Pedro et portant pavillon contre-amiral ; il détacha contre lui deux de ses bMimenls, commandés par les capitaines de Langeron et de La Fayette, qui s'en emparèrent après un léger combat. Vivonne, ayant préservé Collioure, sollicitait le maréchal de Schomberg pour qu'il entreprit avec lui le siège de Cap-de-Quiers par terre et par mer; mais le maréchal lui ayant annoncé que l'arrivée d'une armée ennemie considérable le retenait ailleurs, l'escadre française rentra à Toulon, dans le courant de septembre 1674, d'où une autre escadre venait de partir, sous le commandement de Valbelle. Voici dans quelles circonstances.
La ville de Messine , pour se débarrasser des taxes exorbitantes, des iniquités et des concussions du gouvernement espagnol, s'était naguère insurgée et offerte à Louis XIV, en lui annon^t que présumablement bientôt toute l'Ile de Sicile suivrait son exemple. Louis XiV, ne fût-ce que comme un moyen de diversion, avait agréé les propositions des Messinaîs^ et déjà une escadre de six vaisseaux de guerre, l'Agréable, de 50 canons, monté par Valbelle, ie Fier, de 60, capitaine d'IIailly, ie Fortuné, de môme force, capitaine de Cogolin,^5a^e, de 50, capitaine de Langeron, U Téméraire^ de 54 capitaine de Tambonneau, U Prudent^ de «10,
capitaine de La Fayette, avec trois brûlots, commandés par les capitaines Charles Verguins, Desprez et de BeauTOisis» et des barques chargées de blé, avait été dépêchée au secours des Messi* nais. A rarrivée de Valbelleldevant Messine, ie 1 5 septembre 1674, les habitants firent retentir leurs muraille du cri de « Vive la France! » Bientôt Yalbdle les aida à enlever aux Espagnols le fort de San-Salvador, que ceux-ci n'avaient pas cessé d'occuper, et duquel Melchior de La Cueva, qui s'était approché avec vingirtrois vaisseaux, ne sut «pas prévenir la capitulation. Le 10 octobre, l'escadre française fut ramenée en France, pour y rendre compte de ses opérations et y chercher de nouveaux secours. Hais à peine était-elte partie de Messine, que les Espagnols avaient attaqué celte ville par terre et par mer, et réduit, en peu de temps, les habitants à la famine. Déjà même ceux-ci s'étaient engagés à capituler sous quelques jours , s'ils ne recevaient point des secours de France, quand, le SI janvier 1675, on signala l'escadre de Valbelle, repartie de Toulon leSO octobre. Elle se composait cette . fois du Pompeux , de 72 canons, monté par Valbelle; du Pmdent^ capitaine de La Fayette; du Téméraire, capitaine de Léry; ébC Agréable, capitaine d'Hailly; du Sage, capitaine de Langeron; du Fortuné, capitaine Gravier; de /a Gracieuse, frégate de SI4 canons, capitaine de Goussonville et de quelques navires de charge. Valbelle avait sur son bord le marquis de Valavoir qui devait r^plir à Messine les fonctions de vice>roi. Il aperçut une flotte espagnole de vingt-deux vaisseaux et de dix-neuf galères qui fermaient le passage. Don Melchior de La Cueva , capitaine général des armées navales d'Espagne, la commandait. Valbelle, confiant dans son étoile, malgré l'effrayante inégalité de ses forces, prend la résolution de passer, dès le lendemain matin, et de secourir la place. A son ordre, le vaisseau te Prudent, capitaine La Fayette, entre le premier dans le détroit de Messine , et fait un si grand feu contre une tour dont les Espagnols s'étaient emparés, qu'il les force aussitôt à l'abandonner. Les autres vaisseaux français et la frégate ia Gracieuse, qui escortait les navires de charge, firent également si bien, qu'au bruit de leur canon les ennemis délaissèrent tous les postes qu'ils occupaient sur le rivage, y compris le fort du Phare, et s'enfuirent dans les montagnes voisines, fendant ce temps » la flotte de Melchior de La
Coeva, terrifiée eUe-méme au setil aspect de Paudace ÎDOuîe de la petite escadre de Valbelle, se tenait, silencieuse et consternée, à l'écart de la poudre et des boulets, n'indiquant pas» par le moindre mouvement, qu'elle songeât à disputer le passage. Le capitaine de La Fayette, qui était entré le premier dans le détroit, le premier aussi entra dans le port de Messine, après avoir vu le siège sur lequel il était placé pour diriger ses manœuvtes emporté d*un boulet de canon. Messine était pour la seconde fois secourue.
Mais, par la faute du marquis de VaUyoir, aussi mautais administrateur qu'il était vaillant soldat, ce second secours encore n*ayunt pas été longtemps suffisant, et, déplus, les Français trop oublieux de ce qui avait autrefois causé leurs malheurs dans les Siciles, se laissant aller aux plus grands d^ordres de mœurs, on résolut d'envoyer k Messine un personnage auquel on supposait plus d'autorité qu'à ce premier gouTemeur. Le duc de Yivonne , général des galères de France , fUt nommé vice-roi dé Sicile, et partit en conséquence de la rade de Toulon^ le Si9 janvier 1675, accompagné du lieutenant général Duquesne» avec huit vaisseaux de guerre : k Sceptre t de Sût canons, monté par lui; P Heureux ^ de 60, capitaine de La Bretôcbe; /c Parfait t de 56, capitaine de Cbâtcauneuf; le Triomphant y de, portant le chef d'escadre Preuilly d'Humières; ie ]^i4^le^ ^ 56, capitaine de Cogolin; le Saint^Michel, de GO, monté par Duquesne ; C Apollon , de 56, capitaine de Forbin l'aîné ; et le Vaillant , de 32, capitaine de Scptesme. Un convoi de blé suivait l'escadre. Des vents défavorables, qui obligèrent presque aussitôt celle-ci à relâcher aux îles d'Hyùres, ne permirent pas à ViYOïlfMii^ d'arriver avant le M février à la vue des cotes de Sicile.
Cette fois la flotte espagnole , forte de vingt vaisseaux de guerre et de dix-sept galères, sous le commandement de Melcbior de La Cueva , résolut de réparer la honte dont elle s'était couverte en laissant, à deux reprises, de minces «'srafires françaises secourir Messine sans venir à leur traverse ou les attendre. Fondant toute son espérance sur le nombre si inoomparablementsupérieur de ses vaisseaux, «jlle vint au-devant de l'escadre de Vivunne, et lui présenta la bataille, te [xmj qu'il y avait d»» vent était nord-est, ce qui était très-iavorabie aux galères emuemies. Les vaisseaux
espagnols faisaient porter vent arrière sur Tescadre de France qui, de son côté, malgré les désaVcutUiges du veut et du nombre, courait au sud-est et faisait toute la manœuvre nécessaire pour s'approcher de ses adversaires. Comme ceux-ci , en (Hentiaut leur ligne, auraiuiil attaquer en même temps les huit vaisseaui français et les envelopper, Vivuiaïc , par le conseil de Duquesne, prit, pour éviter cet inconvénient, la précaution de laisser de grands inlervalU'S cuire ses trois petites divisions, se conliaul duiis la valeur et dans l'expérience des olUciers qui lescoinmaudaienl. Duquesne, à la ItHe de l'avan l- garde , eut d'abord à soutenir tout l'effort du combat; plusieurs-, parmi les Espagnols» avaient un tel désir de vaincre ce vieux marin, qu'ils lui firent» par leur nombre et leur ardeur, courir un instant de sérieux dangers. Il sut toutefois maintenir le combat presque sans perte aucune, jusqu'à ce que Vivonne, avec son corps de bataille, eûi eu le temps de lui venir en aide. Il ^ avait quatre beure& q^e l^ feu durait de part et d'autre, quand Vivomw* s'apepcemi que les galères espagnoles commençaient à se rebuter, iugea qu'il n'y ayait plus d'iacanTénienI à rassembler tous 1m Yaisseaus de son ' escadre, et que, dans cet étal, la troisième division, commandée le marquis de FreuîÙj d*fiumièrea, qui n'avait poiiU encore donné, pourrait produire un efifel déeisii liC signal de jonctioa fut lût. Les viôsseatux de Vivonne et de Dvquesne allèrent sw-le-champ au-devant de Tarnère-garde de PreuiUy qui, de son isôiét venait à eux à toutes yçSk»^ Us H&pagaob, voyant que Français aUaîeikt gagner le vent, leyiiîèrent' ptompteorat pour 1^ en empêcher. Le coByral i ecomnea^a idois avec pU» de ku^us qu'auparavant; la jonction, dea vaieseiiux auxqueb . les enaeioiis n'avaient pdni encore eu af&ifie, neleui fit point lâcto prise. Duquesne continuait à être l'objiet des plus aebamés efforts; nais,, impassible comnte le génie de la guem devant cette recrudescence de fougue ca^Uaoe , il déteoliflit de superbee bordées contre toua les vaisseau:^ qui se Ûatlaieai de l'approeher, et les. rejetait Tun après rautpe à ^taïuiew La victoire cependant flottait encoçe incertaine, entre le* nombre- et rhobiielé^ quand Valbelle, aveirti par le bruit ds rasIiUerie de œ qui se paarait eni mer, sortit dapert de Hmne» et amena, an osofeit,. wsin Ymm^ 4 Yivo^. Il amv« siuc lea Itepa^iok ventianîte*
S60 HrSTOIRE MARITIME
et dès que l'escadre engagée l'aperçut, elle manœuvra de manière à niellre l'ennemi entre deux feux. Dès lors, la lloile de Melcliior de La Cueva n'espéra plus rien que de la fuite : on lui donna la chasse jusqii a Naples, et bienlùt après l'escadre française entra triomphalement dans le port de Messine.
Les liabilanls de la ville secourue pour la troisième fuis saluèrent Vivonne pour leur vice-roi , aux cris de : « Vive la France. Vive la Vierge Marie! • Par malheur, la vice-royauté de ce personnage ne répondit [uts à ce qu'on en avait es[)éré. LUeméconleuta les liabilauLs. d'ailleurs assez peu faciles i\ satisfaire, et qui auraient dû bien conq^rendre qu'en changeant de roi , ils n'avaient fait que changer de maître. Au lieu de poursuivre les conquêtes en Sicile, Vivonne passa son temps à se défendre contre des conspirations vraies ou fausses. Ce fut pourtant à cette époque qu'il reçut le bâton de maréchal de France , sans pour cela abandonner sa charge de général des galères qui tenait lieu en quelque sorte duTice-amiratotdttLsvanLLe 1*'juin 4675, vingt-quatre galères de France, commandées par le chef d*escadre Duplessis de La Brossardière, amenèreht à Messine de nouvelles troupes dont on ne sut pas se servir, non plus que de celles qu'apportèrent encore , aux mois de juillet et d*aoilt delà même année, les escadres de lean Gabaret et de d*Amfre?ille.
Si le duc de Vivonne ne s'occupait alors que de ses phiisirs, en revanche les capitaines des vaisseaux français se signalaient dans la Méditerranée. TourviUe, de Léry et de Goussonville, ayant été détachés, au commencement de juillet 4675, avec FE»" cettentf de 60 canons, ie Téméraire ^ de 52, et h Gracieuse, de 24, pour se rendre dans le golfe de Venise , afin d'empêcher quelques troupes allemandes de passer du port de Trieste dans la Fouille, apprirent, en entrant dans ce goÙe, qu'elles étaient déjà débarquées, et que plusieurs des bAtiments qui les avaient portées, se trouvaient devant la ville de Barletta. Aussitôt ils prirent k résolution d*aller les enlever. Chemin faisant, ils ra» massèrent un navire ennemi, et bientôt, à l'entrée de la nuit, ils découvrirent trois bAlimmits sous les forts de Barletta. Le lendemain lis allèrent mouiller à une portée de mousquet des murailles, par cinq brasses d'eau , et canonnèrent la pUice pendant près de deux heures. TourviUe, pendant ce temps, détacha le
chevalier de Goétlogon , son capitaine en second , avec quatre chaloupes , pour s'emparer des bâtiments ei\pemis. Gel offîcier, malgré le feu continuel du canon et de la mousqueterie des forts, sous lesquels ceux*ci étaient amarrés , attaqua le plus gros qui était un Vénitien et qui n'opposa aucune résistance. Ayant su du capitaine que les deux autres étaient espagnols, il en aborda un aussitôt, quoiqu'il fût protégé par toute l'artillerie de la place et la mousqueterie d*une galiote qui était dans le port ; après une demiheure de combat , il s'en rendit maître, en coupa les amarres, et vint rejoindre Tourville, avec sa prise. Étant ensuite retourné au Vénitien pour le faire mettre à la voile , Coëtlogon eut à courir un plus grand danger encore qu'auparavant. Nombre de soldats qui s'étaient jetés dans l'autre bâtiment espagnol, firent un feu terrible sur les chaloupes françaises qui eurent beaucoup à en souffrir. Mais Coëllognn s'en vengea, la nuit suivante, en venant attaquer le second bàli ment espagnol que défendaient, outre l'arlillerie de la place, seize canons et vingt pierriers dont il était monté, ainsi que la mousqueterie de son équipage; il l'aborda si heureusement, que les Espagnols, stupéfaits de son audnre et de celle des chevaliers de Léry cadet, des Gouttes, du Cliallard , de Brécourt, d'O et de Sillery-Genlis, qui raccompagnaient sur les chaloupes, se pré( ij>ilèrenl à la mer, le lui abandonnant avec toute son artillerie. Trois bâtiments pris à Messine, d* ux autres brûlés, furent les résultats de cette action. Mais, le 30 juillet , alors que Tourville conduisait ses conquêtes à Me>>inf , 1 1 irégate la GrO" cieuse fut séparée de sa division et, entraînée par le courant,* tomba du côté de liep'L'io. Le lendemain malin, dix galères d'Espagne, la voyant isulie ih' la sorte, s'en emparèrent à l'abordage , malgré la vigoureuse déiense du capitaine Goussonville, sans que Tourville et de Léry, qui rapercevaient de loin, plissent, par le calme plat qui régnait el qui était si favorable aux galères, lui apporter aucun secours. Ces deux inlré|ndes marins ne voulurent pas du moins que l'ennemi profitât de cette prise, et, quoiqu'on l'eût amarrée sous la lorleresse de Reggio et placée de manière à ôtre défendue par tout le canon de la place, réputée la plus in 1 posante de la Cu labre, ils décidèrent d'aller la brûler en plein midi. Ils s'avancèrent en conséquence avec leurs vaisscauiet un brûlol, commaiàdé par le capitaine Serpault jeune,
à la portée du mousquet des bastions et des foris, et, aprts les avoircanonnés vivement pendant quelque temps, ils délachèaul le brûlot qui non-seulement, taïUfut terrible son effet, mit le feu à la frégate, mais encore à quatorze navires qui en étaient voisins, fît sauter la moitié d*un bastion et porta Tincendie sur plus de cinquante maisons de la ville. Dans cette circonstance., les deux Taisseaux français avaient failli être victimes eux-mêmes d€t leur hardiesse, et le capitaine Serpault, un moment abandonné par les gens de sa chaloupé , aurait péri sans le chevalier des Gouttes qui vola généreusement à son secours.
Le duc de Vîvonne pour se donner enfin l'air de ne pas rester complètement inactif, prit la tardive résolution d'aller assiéger, par mer, la place d*Agosta, sur la côte de Sicile, à quelque dislahce de Syracuse. T^e lieutenant général Duquesne eut à remplir les fonctions de vice-amiral dans cette expédition, comme oaiis le combat du il février, Vivonne exerçant celles d'amtral. Vingt-neuf bâtiments qualifié vaisseaux, vingt-quatre galères et douze brû^ lots vinrent mouiller devant Agosta, le 47 aoét 46?5. Vivotine G( d'abord entrer les galères dans la rade et forma ensuite un détachement de six vaisseaux sous le commandement de tourviUe, pour attaquer h tour d'Avalos, premier fort qui se présentaii. TourviUe» pour cette opération, passa du vaisseau tÈxceUeni^ de 60 canons, sur la .Vyrène, qui n'était que de ii. D étaii accompagné des capitaines Louis Cabaret, sur leSani^Pareii, Co- ^olin, sur/tf Fidèle , Forbin l'aSnét sur tApolton , de Coux, sur fEmcettent, et de La Motte, sur te Brusque, Pendant que cette division canonnait la tour, Vivonne faisait filer le reste de Tarmée vers les autres forts. La division de t)uquesne, qui faisait Tavanigarde* alla mouiller jusqu'auprès des foris Victoria et Picolo au fond de la rade; l'escadre de Vivonne se plaça devant la ville et le châteaUy et celle de Jean Gabaretqui faisait fonctionsde coùtfe'-àmiral, resta près de la ville et de la tour d'Avalos. Dès qne les vaisseaint eurent pris chacun son poste, ils cdnonnèrent vivement la plaCë\ bien secondés par les galères que commandait La Brossardiére et dont les petites embarcations armées attaquèrent les forts de plus près. Celles des gali res qui étaient avec la division de Duquesne, et cette division elle-même pressèrent si vigoureusement les forts Victoria et Picoio » que te prenuer se rendit à composition au bailli
DE rilANCE. '« . S<}3
de LaBretèd^e, capttaiae de galère, et raulireaà lieulènânt ilè vaisseau Pallas. Dans le même temps, un détachement d*in» fanterie, composé, du bataillon des vaisseaux commandé par d*Almeras et de celui des galères, coinmandé par de Hàned, mil pied k terre sur un petit promontoire situé au bout de là ville et avança vers la tour d*Avalos, que tourviÙe chauffait vi^ vement. ....
Ce commandant, voyant, que les ennemis 8*opmiâtraient, dé* tacha Coêilogon, avec.qntlqîies mousquetaires, dans une chaloupe, pour les serrer de plus [)rts. Gôetlogon attaqua la première batrièreavec un prodigieux courage ; il la lit couper avec la hache, sous une grêle de boulets, de pierres ei de mitrailles. Cest alors que Tourville lui-même, craignant que .soii compagnon de gloire, ne succombât sous le nombre des obstacles, s*embarquà dans son canot, avec tous les soldats de bonne volonté, et vola à Son secours. ])éj£ Coêtîogon était à la seQpnde barrière. A la vue du renfort qui lui arrivait, les Ëspagnols àrliorèrent navillon blanc, mais c'était une surprise. Quand les Français furent à portée, ils firent contre eux une décharge cle toute leur mousqueterie, & laquelle oç riposta avec fureur. jCe nouveau choc diirâ près d'unç heure. Enfin, Ifi commandant du fort, voyant qu*ôn allait met^ le feu à ia porté, deinancic^ à capiiuier. Aussitôt Totirville fit ^borer le drapeau blanc sur lé fort.
yivonne alors donna ordre à l'infanterie de marcher droit & la ville» tandis q^'il s'avancerait dii côté du chÂteau. Èh y ârrivdni, il trouva que les majors des vaisseaux et des galères qui Tavaient précédé, .avaient si bien fait leur devoir, que le gouverneur demandait à capituler. Cejour même la garnison sortit avec les honneurs de la guerre, et le lendemain, 18 août, elle fut conduite A Melazzo. *
, Tourville fut élcvi' un grade de chief d'escadre, le 30 octobre de ceUe année, à la place du vieux Des Ardens qui mourut dans ce même mois et dont on pouvait dire , comme du maréchal de Rantzau , en voyant son corps mutilé , qu'il ne restait eh lui rien d'entier que le cœur.
Le gouvernement espagnol avait fait des efforts immenses pour armer une flotte, qui pût aider à enlever Messine à |a France, n lèumt quinze vaisseaux et trois brûlots dans le port dé Naplés,
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dont il confia le commandement à don Francisco frejre de la Gerda. Celui-ci se rendit de Naples sur les cdtes de Sicile , et joignit & Melazzo les gak^res espagnoles avec lesquelles il passa le phare le 24 octobre, |et Tint mouiller à la cÀle de Calabre, près de rentrée du port de Messine. Aussitôt Vivonne donna ordre à d'Almeras de sortir avec dix vaisseaux et six brûlots. Ce lieutenant générai mouilla dès le même jour vis*à-<vi8 des ennemis. Le canal qui les séparaîtn'avait pas plus d*une lieue ; néanmoins la marée était si rapide et déréglée que les armées ne purent se rejoindre. Le 27, à neuf heures du matin , lèvent devint favorable, et d' Aimeras, ayant mis à la voile, alla droit aux Espagook. Mais iln*eut pas paûé la moitié du canal, qu*il entra dans les courants de Calabre qui le portèrent sous le vent des ennemis. Ceux-d se maintinrent à Tancre pour ne pas dériver et pour laisser tomber les Français qui, à un quart de lieue plus bas, seraient entrés dans les courants du phare , et auraient été contraints de les dépasser. Les Espagnols, ayant dessein de tomber alors sur les vaisseaux de Fhmce avec Tavantage du courant et du vent, s'étaient mis à cet effet à pic et leurs huniers déferlés ; mais d*Almeras , s'apercevant que la hauteur des montagnes diminuait encore le vent et abandonnait ses vaisseaux au courant, fit revirer toute son escadre et étant remonté au vent , il cingla vers les Espagnols qui firent bien voir qu'ils n'avaient tenu bon jusqu'à ce moment que par ruse et non par fermeté; puisque leur amiral, soutenu par deux galères, coupa son cAblc , mit le vent dans ses voiles , misaine et civadière, ets*enfuit le premier, se faisant suivre de toute sa flotte.
0'Ahneras, ne pouvant croire que l'amiral d'Espagne , ne fût venu avec des forces aussi supérieures que pour fuir, à la vue de tout Messine, crut au contraire qu'il n'avait pas voulu Tatlendre à l'ancre, et qu'il courait une bordée depuis la pointe du phare le long de la côte de Sicile, qui va vers Messine, pour avoir le loisir de former sa ligne et de combattre h la voile. Il arriva en conséquence sur lui pour le charger, tandis qu'il était encore en désordre; mais cet amiral lit vent arrière et courut au large. D'Almeras l'y aurait suivi, si, jugeant qu'il ne pourrait l'atteindre et ie combattre avant la nuit, il n'avait dû retenir \f* vent et envoyer prendre les ordres de Vivonne. Le maréchal lui fit dire un peu inconsidérément de poursuivre les ennemis jusqu'à
Rïelazzo ou à Slromboli, voulant faire voir à toute la Sicile que le pavillon royal d'Espagne, avec quinze vaisseaux, fuyait devant une escadre franraise qui ne complailque dix vaisseaux. D'Almeras obéit etfut bientôt emporté hors du phare, jus<ju auprès de Melazzo, où les ventsde terre empêchaient les Espagnols d'abnrder. • Il voulut passer au vent et leur couper le chemin de ce port. A cet effet, il rangea la terre; mais quoique chaque vaisseau français eût un pilote du pays, qui assurait que la route était bonne, trois des plus grands touchèrent sur un banc de sable. Le vaisseau de d'Âlmeras, qui liruii trois pieds d'eau de plus que les autres, fut de ce nombre, et s enfonça si avant (ju'il resta sur le banc. La flotte espagnole en profita pour se jeter dans Melazzo, mais non pour attaquer la flotte française dans son accident. Le lendemain d'Almeras vint i bout de remettre à flot son vaisseau, et se présenta avec son escadre devant le port, pour inviter les ennemis au combat. Quoiqu'ils eussent été joints par treize galères et que le vent leur fût favorable, ils ne jugèrent pas prudent de sortir. D'.4lmeras fut obligé de regagner Messine, sans avoir pu les piquer d'honneur. Le i novembre, l'armée navale d'Espagne, élevée à dix-sept vaisseaux et vini^t galères, étant allée déposer quelques soldats au-dessous de Libisso, fut battue d'une tempête qui fit échouer trois de ses bâtiments sur la côte de Calabre, près d'un fort appellé Terre del Cavallo, et en perdit plusieurs autres. Le lendemain, d'Amfreville, ayant aperçu les trois vaisseaux échoués , conduisit un brûlot pour y mettre le feu; mais, malgré Tintrépidité avec laquelle il les aborda, il n'en put faite sauter qu'un; les deux autres ayant coupé leurs câbles, et s'étant éloignés à la faveur des courants.
Cette tempête , si fatale aux Espagnols , avait été favorable à un convoi français, destiné à Hessine, en le poussant jusq-u au cap Pezzaro; d'où, le 6 novembre, il gagna Agosta. Peu de jours après , d'Almeras fut détaché avec une division pour escor* ter ce convoi jusqu'à sa destination. Le capitaine de La Motte» qui commandait le Brusque, et était chargé de faire Tarrièregarde, fut à peine arrivé à Messine qu'il aperçut une barque espagnole mouillée un peu plus bas que Reggio. H fit aussitôt embarquer dans sa chaloupe les enseignes de Tourette et de rÉiang, avec quelques matelots , pour tâcher de l'enlever; mais
m HISTOIRE AIARITIME
les EspagjDols s*échouèrent de façon qu'il fût impossible de remettre leur barque à flot. Les chevaliers de Tourette et de VÉtang prirent alors le parti d*y mettre le feu « et quoiqu'elle fût défendue par plus de sept cents hommes venus de Reggio» ils y portèrent jusqu'à cinq fois des feux d'artifices. De Tourette, ayant eu le bras gauche brûlé à la seconde attaque et le bras droit cassé à la cinquième i ne voulut pas qu'on le ramenât au vaisseau , et resta au milieu du feu jusqu'à ce qu*; l'action fût terminée. L'Étang, qui le suivait dans un canot, aborda la barque, et comme il prenait un baril der poudre, dont il s'était muni, pour la faire sauter, il re^ut un coup de fusil, au cœur* Deux eanonniers qui l'accompagnaient prirent le Itaril de poudre pesant cent cinquante livres| le jetèrent dans la barque, et f mirent enfin le feu. Le navire s'ouvrit de toutes parts et périt avec un grand nombre d'Espagnols.
Sur les entrefaites^ on apprit Farrivée d'adversaires plus dignes des illustres marins que possédait alors la France. Riiyter et ses Hollandais étaient entrés dans la Méditerranée. C'élait une immense et généreuse émotion sur tous les bords des capitaines français; chacun s'y demandait s'il aurait la précieuse faveur d'être des batailles qui se préparaient ^ chacun aussi s'interrogeait pour savoir quel chef on opposerait au grand Ruyter : car, tout en ren^ dant justice à la valeur de Vivonne , on comprenait qu'il n'était pas à la hauteur du plus illustre marin d'alors.
Dans ce temps-là justement , Duquesne avait été envoyé en France, par le vice-roi de Sicile, avec la plus grande partie de la flotte de la Méditerranée, pour chercher des vivres, des munUions et des renforts. Quelques vaisseaux seulement étaient restés à Messine , et se trouvaient ain«i fort exposés; on se mettait en peine de la jonoiion qu'il faudrait bientôt opérer entre eux et la flotte qui allait revenir de Toulon, alors que Ruyter, et non plus l'amiral d'Espagne, était là pour barrer le passage. Colberk y songeait autant que pas un, de Versailles oii il était; et il enlra^ à ce sujet, en correspondance avec Duquesne qui se trouvait è Toulon. Le plan que proposa le vieux marin fut adopté par Louis XIV et par son ministre, qui, heureusement inspirés» ne conçurent rien de mieux que d'en conlier l'exécution A son auteur. U y avait longtemps que Duquesne était tenu pour le plus
bttbilé hoamé de mer dë Frànce. Ati fond, les (flU^ ^andës (ifoflUtbles actions delà tnaritite» oti les lui devait, on né Ti^orait pas , bu ht 16 niait pa» ; èt poorlaht bn l'avait làistô parvenir â si,
sOiiaiite!-(|tialH(fnte atiuùc sarts Télcver ati vicc-aïuirdlat, ^tie pcffsonne n'avait si biëii itlérité que lui: On a déjà dit que la cause en était àa calvinisme qu'il professait àVcc une inébranlable feriflèté. la liaiiie contre le^ bugueiicrtd était un des défauts de Louis XIVi moins pèUt-être à cause de leur reli^icfh en èllemênif^, que du soupçon qu'il àvait; pat de précédents exemples^ qu'ils étaient toujours pr(fts k former un État dans l'Étati elî ellger, de l'absolUlisrae royal, tel (ju'il le concevait, des cnnc^ssiotis à demi, sinon tout Ô fait républicaines. Néanmoins il n'étaii çioint homme à rejeter les services d'un brave et liabile guerrier,* parce qti'il appartenait au calvirlistne ou au lutbéHaUisme ; il le portait aussi baul qjn'tl et&fHfl pduvoit le faire sans trôp d'inconvénient pour ses principes personnels; et il n'épai^àit rien; insinuations, magoiflqùes pr(Tmesses, prières môme, pofir obtenir de ceui dont il appréciait les qualités ei les talenf«; , le sacrificê^ de leur croyance contraire à \é sienne. Ainsi, quand Turenne avait abjuré le protesianlisme, Louis en avait senti une ]o\t* si proloffide, que le grand capitaine n'avait plus connu dès lors de rival auprès de sa personne ; il lui avait soumis toiis les awtres maréchaux de France, les princes de so^rt sang eux-mêmes; et dernièrement k sa mort, frtr Turenne venait Je périr emporté par un boidet de canon, èSalsbach; il n'avait pas trouvé qi/e ce fût trop, pour honorer sa mértioire, de le faire inhumer h Saint-Denis, au milîeil des dépouilles foyales. De môme, à chaque fois qu'il voyait Da- ■quesrte,' F-otrtS lui mofnti'ait la dignité de vice-amirnl , celle de maréchal âi^ France, comme prix de son entrée dans le sein de l'Église cat}ioik|ne romaine. Ouquesne était au-rléssus de ces séductions; ce n'est point elles qui auraient pTr l'entraîner. Il reftrsa juqu'au dernier jour d'accéder, sous ie rapporl de la religion, aux yct^ux de louv< \ \y M/^ÏK fnfin , pour la gloire de la France, on Tallail pourtant voir revelu du coiTYrnnndement suprême d'une armée navale; on l'allait voir utiliser, pour Ses propres desseins, son expf'fience consommée, la merveilleuse sûreté de son coup H'fT^il, l'en: i LMqim et puissante dorriTnatmn de son srtn'i-froid entre le ciei el k&n âuts', dans^ la tempête des batailles j m Fallait voir à
travers la fumée, les boulets, la mitraillp, se développer dans la libre étendue de son génie. Ouel beau jour ce dut rtro pour le marin qui avait fait ses premières campagnes au temps de la surintendance de Richelieu, et qui, après avoir ensuite victorieusement commandé en qualité d'amiral de Suède, était revenu, au premier bruit des guerres de son pays, réclamer son poste en France, quelque inférieur qu'il fiU à ses services et à son mérite! quel beau jour ce dut èlre pour le vieux Duquesne que celui où il arbora pavillon pour aller se mesurer avec la plus grande illustration navale du temps! Et quelle joie aussi ce fui, ce jour-là, pour les jeunes comme pour les anciens du métier, d'avoir pour amiral, même passagèrement, ce doyen vénéré, admiré, aimé, malgré sa rudesse de formes, mais non de cœur! Il n'était pas un marin en France, du matelot au chef d'escadre, qui n'ambiliounàl de pouvoir dire plus tard :« J'ai servi, en4676, sous Duquesne contre Uu vtpr. »
Le célèbre amiral général des t'rovinces-Unies se trouvait alors avec sa flotte, du côté de Melazzo, ville de Sicile, à huit lioui s seulement de Messine. Un capitaine du commerce anglais l'ayant rencontré et interrogé sur ce qu'il faisait dans ces parages : « J'attends le brave Duquesne, «avait répondu Ruyter. l)u(îuesne ne se fit pas longtemps altemhre. Parti de Toulon, le 1 7 décembre 1075, avec vingt vai-seaux et six brûlots, il faisait voile pour Messine, où il avait d'abord dessein d'entrer par le nord du détroit , dûtil être obligé, comme c'était peu douteux, de s'ouvrir un passage à travers la flotte ennemie. Ruyter amenait en effet celle-ci audevant de lui ; el, runnfé par ses ordres sur un des sommets les plus élevés des îles volcaniques de Lipari, situées au milieu du * golfe ;\ fond ouvert que forment la Sicile el le sud de l'Italie, déjà un de ses lieutenants c!îerchait à découvrir la flotte française. Ruyler apprit bientôt que ses vœux étaient comblés. Il cingla en toute hâte vers l iltï Stromboli, la plus au nord des IJpari; car c'était par là qu'on avait vu s'élever les nuits et les voiles de Duquesne. C'était là aussi que les deux géants du monde naval devaient SL livrer leur première bataille, là en présence de cette fantasmagorique montagne de Stromboli, surnommée par les marins le grand fanal de la Méditerranée, et qui, du sein de l'antique mer Tyrrhénienne, élève de plus de deux mille pieds
nu-dcssus des flots les flanmies continuelles de son cratère toujours brûlant.
Le 7 janvier 4676 , Duquesne vil la flotlo de Ruyter, composée de vingt-quatre vaisseaux de guerre, quatre brûlots, deux flûtes et neuf galères d'Espagne , qui venait vent arrière et toutes voiles dehors sur la sienne. Ce jour-là , l'amiral de Hollande n'avait dessein, h ce qu'il paraît, que d'examiner à dislance à quelles gens il avait affaire, et si le cœur leur tiendrait bon en sa présence; car, ayant vu que Duquesne allait au plus près, et avec ses huniers seulement, pour lui faire connaître qu'il acceplait'le combat, il n'arriva pas et conserva toujours le vent. Le soir, Duciuesnedépècl>a une felouque , bâtiment méditerranéen, à-vuiles et à rames comme les galères, pour porter à Messine la nouvelle qu'on était en présence de l'ennemi ; l'embarcation passa heureusement. Les deux flottes, leurs feux allumés, marchèrent toute la nuit en présence et à la vue l'une de l'autre, cherchant par tous les moyens imaginables à se gagner le vent. Sur la lin de la nuit, il eu vnii un d'ouesl-sud-ouest si violent, que les neuf galères d*Espagne furent obligées d'aller se mettre à couvert sous une des lies Lipari, et ne purent ainsi être utiles aux Hollandais, pendant le combau Le vent s'étant décidément déclaré pour les Français, Duquesne résolut aussitôt de mettre a profit cet avantage, et, le 8 janvier, dès le point du jour, il força de voiles vers les ennemis, qui étaieiil k deux lieues tfe lui. 11 avait ainsi lixé son ordre de bataille : le chef d'escadre de Preuilly d'Huniières, monté sur le Saint-Michel ^ de 64 canons, avait Tavant-garde , avec les capitaines de La Fayette, de Châteauneuf, de Chabert, de Relingues, de Villette-Murçay, montés sur Prudent^ de 5 i canons, le Parfait^ de 60, /e Fier, de 60, ieilignon, de 46, l'Assuré, de 56. Deux brûlots, commandés par de Beauvoisis et le chevalier de La Gallissonnière , appartenaient en outre à cette avant-garde. Duquesne s'était réservé le corps de bataille pour avoir rœll à tout, et avait eu soin de donner pour vaisseaux matelots (les deux vaisseaux entre lesquels le vaisseau pavillon,, ou chef de division, doit combattre dans Tordre de bataille) au Saint-Esprit , de 72 canons, où flottait son pavillon carré blanc, ie Pompeux , de 72 , et le Sceptre j de d4, commandés Tun par Yalbelle et Tautre par Tourville. Les capitaines de Lanfseroii, sur le Sage, de 51 » de Béthune, sur ia Syrène,
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de 46, deCoux, sur f tlchiant, de GO . Lf»ry, sur h TcmémlrCf de 54, Le Fèvre de La B.irn,', sur CAimtibie^ de oG, couipléUiieiit^ avec les deux brûlots di s ciipilaines Le Hoi dit Champagne et Honorât, le corps de bataille de Duquesne. L'arrière-garde «Mail aux ordres du chel d't'M .ii ii e Jean Gabaret , monté sur le Sam- Partit ^ de 66 canons, et ayant avec lui les ta['ii mies de vaisseau de Sej)tesuie, sur le VuHltint, de 54, de BiniuIicu, sur/e Grand, de 72, de Villeneave-berncres, sur C Aquilon, de 50, Gravier, sur le Magnijique, de lit, et Forbm l aine, »ar l'Apollon, de 52. L'arrii regarde avait aussi ses deux brûlots, conduits par les capilaiaçs Serpaull jeune et Desprez.
Hnyter, de scfti colé, ayant divisé sa flotte en trois escadres, avait dunné la tète au contre-amiral Verschoor, gardé le c()r|is de bataille pour lui-m(>me, et mis le vice-amiral Hnan à la queue. A l'ordre merveilleux dans lequel les Frcinrais arrivaient sur Kii, il reconnut bien Duquesne, et ne put se défendre d's^dmirer.
Des doux c<5lés les vaisseaux étaient en ligne, distant les uns des a 11 II es d'une enciîblure ou six cents pieds, pour ne [xjint courir le risque de s'aborder involontairement. Presque toutes kis voiles étaient ferlées uu repliées autour de leurs vergues; il n'y avait que les iaiiaers, ces voiles trapoziformes qui posentsi fièrement an-dessus des bas mais, et dont la puissance es^elle qu'elbîs suflisenl souvent, à elles seules, à emporter r»''dilice naval tout entier, il n'y avait que les huniers qui se gonllassent encore au souflle de la brise. Le branle-bas s'était fait un un clin d œil ; tous les hamacs ou braides avaient été dépendus et jetés avec les matelas et autres objets dans les filets de bastingage tendus au-dessus des bords des vaisseaux pour amortir l^effet des canons ennemis; les cloisons, les chambres, démontées, n'avaient pas môme été mises à l'abri du branle-bas , afin de parer les batteries de long en long; des tonneaux debout et défoncés» les uns pleins de boulets pour Tusage des cantionters, les autres d'eau , étaient rangés d'espace en espace, sur le milieu des ponts, avec des cuir$ trempés» destinés aussi à couper les iacendies. De la cendre et du saUe étaient répandus partout, pour empêcher les pieds de glisser dans le sang qui lout à l'heure allait couler. QuoiquQ L*abordage tHi demu «are dans les batailles générales , depuis
miè Tari de disposer en ligne laissait presque (ont à faire à la manœuvré et à l*artillerie, on n*eii avait pas moins placé avec * ordre entre les ssibords» pour le cas échéant, toutes les armes dont on se servait alors sur les vaisseaux, une fois qu'ils s'étaient accrochés : d'ahord, pour défendre l'aliordage, les piques, les demi-piqués, les espontons assez semblables à ces dernières, les longues hallebardes et pertuisanes à la lame armée dhm croissant; puis, pour passer à l'abordage, les pistolets, les sabres et hfiiches' d^armes au fer tranchant, à crochet et à pointe. Chacun était à son j|)oste sur son bord : les capitaines à Fétage le plus âevé dé la poupe pour donner leurs ordres et tout surveiller; les lieutenants et les enseignes dans les batteries pour faire servir le canon; les maîtres snr les dunettes, ces sortes de belvédères de Tarrière des vaisseaux , afin d'entendre les ordres de manœuvre des capitaines et de les faûe exécuter; des soldats et des matelots étaient distribués à chaque pièce de canon^ au nombre de sept; neuf ou onze, selon le calibre ; d'autres se tenaient sur le pont à*en haut, armés de fusils et plus encore de mousquets, arme si en usage autrefois, qui se tirait au moyen dHme mèche; quelques-uns étaient postés jusque sur les hunes, ces platesformes situées au faite des mâts dès vaisseaux, et qui, outre leur utilité première pour Tensemble de la mâture et de la voilure, et de ceux qui y sont spécialement affectés, présentent, au moment du combat-, des sortes de citadelles aériennes d'où la mort peut choisir ses victimes. Tout cet appareil de combat s'enveloppait autour des hunes, autour surtout du bastingage de chaque vaisseau français, dé pavois qui n'étaient autres que des tentures de clrap bleu par^mé de fleurs de hs jaunes et bordé de deux bandes blanches , parures de fêtes en certains jours, mais sortes de linceuls aulaut que de remparts dans les batailles, qui voilent aux yeux de rennemi les coups qu'on lui destine et ceux qu'il porte^ n y eut un moment muet, mais solennel. Pas un coup de canon encore n'avait été tiré, et pourtant on se trouvait à portée ; toutes les poitrines, même celles des plus braves, étaient soulevées, uû frissonnement indéfinissable les parcourait intérieurement; une extrême anxiété régnait sur chaque vaisseau, he tluel entre Duquesne et Ruyter, donl les préliminaires avaient été si majestueux^ aUait commencer éclatant et terrible.
Avant que Duqiiesne eût duiiiié son signal, le chevalier de La Fayetle, trop impatient de charger, arriva sur trois vaisseaux de l'aval ii-^arde ennemie. Jx Prudent^ dont il dénienlail le nom, paya i.i faute de son capitaine. 11 lui horriblement dégréé, et FciyeUe eut le dépit de ne pouvoir revenir d une heure au combat. Le marquis dePreuilly, au signal de Duquesne, s'est mis en devoir de s'engager avec l'avaiit-garde de Verschoor; mais il h pris si peu d'espace, en arrivant sur l'ennumi, (ju a présent qu'il faut présenter le côté et étendre la ligne, il L'-'iie à la fois les vaisseaux de sa propre division qui sont derrière lai, et ceux de la lùte du corps de bataille. Le chevalier de Lér) , à i'avanl-garde , fit des prodiges de valeur, et sauva son vaisseau le Téméraire , entouré par quatre bâtiments ennemis dont il soutint le feu pendant plus d*une heure avec tant fermeté qu'il les dispersa et put regagner sa division. Désespérée de la manœuvre mal accomplie de Preuill), qui met des amis entre elle et Tennemi, une partie de la flotte français» 'est réduite, pendant un moment qui lui smnble un siècle , à laisser son canon inacUf . Cependant Duq u esne a réparé cette faute involontaire et placé sa division par le travers de celle de Ruyter, qui peu à peu arrivait. Langeron , à la téte du corps de bataille, servit d'abotd on beau feu ; mais , près d*être écrasé par les vaisseaux de Ruyter, il se refroidit soudainement, et on ne le vit plus en place. Béthune , qui le suivait, flt bonne contenance ; mais il n^aurait pu soutenir longtemps les bordées de deux énonnes vaisseaux hoUandab qo*il avait devant lui, si Valbdie, qui était proche» ne se fût empressé de répondre souvent pour lui. le Pompeux j que montait cet habile et brillant marin provençal» cherchait des adversaires dignes de lui. Quelle magnifique fortune l la Concorde se présenta qui , noble héritière des Sept-Provtnce9^ portait le pavillon de Famiral général de Hollande. Deux heures durant, Yalbelle se battit contre Ruyter, sans daigner répondre & un moindre bâtiment qui se désespérait que le Pompeux n'eût souci de lui. Hais la lutte surhumaine dans laquelle Valbelleavait osé s'engager menaçaitdele perdre. Ne voulant pas plier, quoiqu'il se sentit près desuccomber, c'en était fait de lui, si Duquesne n'était venu le dégager» comme il avait lui-même dégagé Béthune. On vit alors Duquesne et Ruyter se rencontrer vaisseau à vaisseau. Les bordéesqu'ilss'envoientrun&rautreavec une
rapiditécffrayanle, quin'exclul pas l'ordre le plusparfait, domineul el font taire les éléments. Le yent étonné s'apaise, et tombe insen- ^siblement sous le tonnerre de leur artillerie. L'Olympe du vieil Homère n'eût pas dédaigné d'assister au combat; il se partagea souvent entre deui champions moins dignes de lui. Quel triomphe è bord du Smni'Esprit t On n*en peut plus douter: la Conewrée plie, doucement , toujours en ordre , il est vrai , comme peut se décider à plier celui qui la commande ; mais enOn die plie. Duquesne a fait reculer Ruyter. Sans perdre de temps, il envoie des ordres à Preuilly pour qu'il presse, avec son escadre» celle du contreamiral Verschoor. Preuilly , prompt à Tobéissance, fait bientôt oublier la faute qu'il avait commise au début ; âprement secondé ■ par les capitaines de Chabert, de Relingues et de Yillette-Murçai , il se bat avec une ardeur si cruelle, que les vaisseaux de Tavantgarde ennemie sont désemparés à faire frémir ; leurs mÂts, leurs vergues, leurs voiles, toutes leurs manœuvres qui tout i Tbeure encore s'étalaient si fièrement, ne présentent plus qu'un désastreux tableau. Sur les vaisseaux hollandais, on ne voyait que des débris d'hommes, que des membres sanglants et dispersés. Le contre -amiral Verschoor fut trouvé au milieu d'un tas de morts.
Cependant Duquesne aurait voulu pousser jusqu'aux dernières conséquences le premier succès qu'il venait d'obtenir sur le corps de bataille de Ruyter. Tourville eut ordre d*aocompagncr, pour le pru léger avec le canon du Sceptre , le brûlotdu capitaine Cham^ pagne , chargé d'aller faire éclater son artifice au bord même de l'amiral général de Hollande. Ce brûlot s'avança avec une hardiesse incroyable; mais avant d'en èlre abordé, Ruyter lui abattit son mât de hune , et le maltraita au point que Champagne y mit le feu, sans autre objet désormais que de l'empêcher de tomber au pouvoir de l'ennemi. Deux nouveaux brûlots, successivement et dans le même but, partirent de l'avant-garde française, après celui du corps de bataille, et ne réussirent pas davantage. Beau* voisis mit inutilement le fen au sien, et fut assommé d'un éclat de bois; La Gallissonnière vit couler et fondre sous'ses pieds l'autre brûlot qu'il conduisait.
Néanmoins Tavant-garde des ennemis était défaite; leur corps
de bataille ne se tenait plus que sur la défensive. Restait leur m. . it