‹ HistoireChapitre 10 sur 117 · XV I · texte numérisé non relu

XV I

( 5o ) ^ les Prussiens eurent une défaite complète le 20 1-103. septembre 1792, sous le nom de bataille de Val- am 1. mi. La perte qu'ils éprouvèrent dans cette circonstance , eut lieu autant par le feu des Français que par l'espèce d'inanition dans laquelle les avait plongés une diarrhée occasionée par les raisins trop verts qu'ils avaient mangé , et les pluies malsaines dont ils avaient ressenti les funestes effets. Le 6 , nous passâmes à Gourtisols , village remarquable par sa longueur ennuyeuse.

Le 7 , nous continuâmes notre chemin par Châlons-sur-Marne.

Le 8, nous traversâmes Jalons, ainsi qu'Epernai» J'arrivai chez mon père ; mon camarade alla chez ses parents.

Ma mère fut très-flattée de me revoir. J'ai toujours eu pour habitude, lorsque je me rendais dans ma famille, de ne jamais la prévenir. Mon. père était alors en Flandre ; on s'attendait à son. retoiu" de jour en jour. Quand mon congé fut expiré , je ne voulus point partir sans l'avoir embrassé ; je crus pouvoir me dispenser d'écrire au corps ^ attendu le peu de temps qu'il y avait d'écoulé en sus de ma permission. Je me proposais d'y retoiu-ner au plus tôt, quoique mon zèle pour le service se fût beaucoup ralenti depuis que l'on m'avait mis en prison , me rappelant toujours que l'on punissait facilement lorsque l'on avait commis la moindre faute ; mais que l'on récompensait difficilement les belles actions ou un service dis-

luigue.

(Co) i;93. Mon père étant revenu de son voyage, me dit A^ i. qu'il connaissait à Paris quelqu'un qui avait beaucoup de crédit; que, si je voulais quitter le service, je pourrais m'en retirer aisément, attendu que je n'avais pas 1 8 ans , et qu'avant cet âge on ne pouvait contraindre de servir. Il me représenta le peu d'avantasje que j'en avais retiré ; il ajouta que, si je ne retournais pas au corps , il me placerait auprès d'un de nos parents qui avait un emploi avantageux à Arras ; que ce monsieiu' me protégerait, que j "entrerais dans la partie qu'il occupait, et que j'y obtiendrais de l'avancement.

Il m'assura que , dans cette nouvelle carrière , je serais plus heureux que dans le militaire , où j'étais depuis i8 mois sans avoir obtenu de grade. Il me donna jusqu'au lendemain pour me décider sur la proposition qu'il me taisait. Je réfléchis toute la nuit , et je répondis que je voulais rejoindre le bataillon.

Le 6 mars, je me dirigeai sur Reims.

Le 7, je me mis en route avec un jeune homme qui se sentait des dispositions belliqueuses. Nous couchâmes le même jour à \'ouziers.

Le 8, nous nous rendîmes à Stenai, où nous apprîmes que le 4^ de la JMarne était paiti le même jour de Montmédi pour Givet.

Le 9 , en suivant ses traces , nous allâmes à Cariguan et à Sedan, où nous trouvâmes le bataillon.

Le lo, nous nous dirigeâmes sur la place de Mézières.

J'appris que, par "longue absence, ayant dé- i«q3. passé ma permission de six jom-s , j'avais été rem- a.n i. placé le 7 mars. Je me présentai, avec mon compagnon de voyage , chez mon capitaine qui me témoigna ses regrets. Je le lui présentai, en le pj'iant de l'accepter pour mon remplaçant. J'ajoutai que je ne voulais plus rester dans sa compagnie, n'ayant que 17 ans et n'étant pas contraint de servir à cet àgc-là. Mon camarade fut ii^lmis. IN'ous quittâmes cet officier et nous nous promenâmes. Le lendemain il y eut séjour, dont. je ne crus pas devoir profiter, afin de demander un congé absolu pom- être entièrement libéré.

Le 12, quand le bataillon se mit en marche, je pris , sans faire aucun adieu , le chemin de Launois.

En route, je rencontrai un corps entier de gendarmerie: je saluai le commandant et continuai mon chemin.

Je sentis , à la vue de cette troupe , que j'avais eu tort de ne pas avoir demandé la veille un titre pour être en règle, plutôt que d'être parti sans avoir rempli cette formalité.

Le 1 5 , avant traversé Piethcl , j'allai coucher à Tagnon , qui en est éloigné de deux lieues.

Le i4, ne voulant point entrer dans Reims, parce que l'on demandait les papiers aux portes de la ville, je passai sur le pont de Cormontreuil C{iie je connaissais. Je regagnai la route de Chamcri. Quoique j'eusse fait un grand détour, une forte marche, je crois que la nature m'avait prêté

( 60 des ailes ; car j'arrivai la nuit en très-peu d'heures chez mon père.

La surprise fut grande dans la famille en me voyant de retour. Je racontai les particularités de mon voyage , et la résolution que j'avais prise de ue plus servir : on y applaudit entièrement.

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