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CHAPITRE IX

1 jg2. Le 1 5 octobre, le temps ayant constamment été mauvais , les Prussiens , qui avaient pénétré dans les plaines de la Champagne, furent forcés de rétrograder. Des remparts nous aperrûmes les mouvements de l'armée. La garnison exécuta diverses sorties , toutes avantageuses , dans lesquelles ou prit des caissons, des voitures de vivandiers ou de corps , ainsi que des soldats autrichiens qui les escortaient .

Le butin l'ut considérable et vendu à l'encan j le produit distribué au marc la livre (au marc le franc) entre ceux qui avaient partagé le danger : on en agit toujours de même en pareilles cuconstances.

Je ne pouvais me lasser de remarquer et d'ob^ server les prisonniers. Je voulais savoir comment ils étaient habiUés, comme ils se trouvaient armés, et de quelle manière ils se servaient de différents objets qui n'étaient pas en usage parmi nous.

La retraite de l'ennemi s'achevant , on vit un matin la plaine couverte d'hommes. On tira le canon. On fit sortir six compagnies de la ville basse ; pendant la moitié de la journée elles se battirent en tiraiOeurs et résistèrent au feu de peut-i être 5,ooo Impériaux.

Un détachement de la garnison se porta sur inc^'?, Marville, où il trouva beaucoup de voitures de bagages et une pièce de cauon de 5, qui, par la mort des clics^aux, les mauvais chemins, étaient abandonnées.

Lorsqu'une portion de l'armée française ariiva, Montmédi fut débloqué. Nous revîmes avec joie nos compatriotes. Nous apprîmes par un commissaire de la Convention nationale, chargé de journaux , de décrets , dont la lectme eut lieu pendant des jours entiers, en chaire, dans l'église, que le royaume était érigé en république depuis le 22 septembre (i), que la nouvelle ère comptait de ax 1. cette époque.

(1) Par décret de la Convention, du 5 octobre 1793, la première année de la République française a commencé à minuit, le il septembre 179*2, et a fini à mi^ nuit séparant le tii du 23 septembre 1793. Le décret qui fixait le commencement de la seconde année au 1'' janvier 1793, a été rapporté.

Cliaque mois , d'après le décret du 4 frimaire an 2 , était divisé en trois parties, de dix jours chacune, appelées décades. Les noms des joiu-s de la décade étaient :

Primidi , duodi , tridl , quartidi , quintidi , sextidi , septidi , octidi , nonidi , décadi.

Les noms des mois étaient, pour l'automne:

Vendémiaire , brumaire , frimaire.

Pour l'hiver : nivôse , pluviôse , ventôse.

Pour le printemps : germinal , floréal , prairial.

Pour Tété : messidor , thermidor , fructidor.

Les cinq derniers jours s'appelaient jours sans-culotides.

D'après le décret du 7 fructidor an 3 , ils ont porté les noms de jours complémentaires.

( 5t! ) /;92. En réjouissance de ce que le sol de la liberté AU 1. était purgé des liordes qui l'avaient souille , on tira une quantité prodigieuse de coups de canon. J'étais alors sur le rempart au-dessous d'une batterie croisée. Me trouvant alors vis-à-vis d'une embouchure au moment que l'on mit le feu aux pièces , je fus électrisé : le sang me sortit en grande abondance par le nez et par la bouche ; c'était l'eflet de la commotion. Je ressentis beaucoup de mal sans être blessé.

Dans le blocus , le service était si actif, que je ne quittai pas ma giberne pendant huit jours consécutifs. J'avais été de garde, de corvée, de découverte , de planton ou de détachement ; cependant ma santé n'en fui altérée en aucune manière.

Rapport des opérations ch Moîilméelî ^ du ùtaoïU au 20 octobre (i).

« Vingt - sept mille Autrichiens, commandés » par M. de Clairfait, investirent la forteresse de )» Montmédi dans la journée du 5i août. Déjà, >» par l'ordre du général , on avait fabriqué les ), ^Tils pour tirer à boulets rouges sur la place , » lorsque la prise de Longwi et de Verdun , ]:)ar » les Prussiens , lui fit prendre la résolution d'a- » vanccr dans l'intérieur de la France , laissant » devant INlonlmédi 3,ooo hommes pour en for- » mer le blocus. Le général Ligniville, dans la vue H d'aliàiblir l'ennemi , fit de fréquentes sorties , et » eut toujours le bonheur de léussir dans ses cn-

(i) Diclionuairc liistoiiriue des batailles, 4 vol. in-S".

( 57 ) » treprises , soit qu'il voulût enlever des vivres i-qo», » sous les yeux de remiemi pour ménager les ap- » provisionnements du sié^^e, soit qu'il lenlàt de M taire lever le camp aux troupes qui le bloqisaient. )r Peudant sept semaines la garnison de IMontmé- » di suffit à sa déieuse ; mais tous ses efforts ne » ]iurent parvenir k éloigner des murs de la ville » mi ennemi dont les forces étaient toujoms aii- » mentées par de nouveaux renforts ; la victoire » de Valmi et la retiaite des Prussiens décidèrent » de son sort. Les habitants recueillirent alors le ») fruit de leur glorieuse persévérance et de leur » attachement k la Patrie, et les troupes jouirent » de la gloire d'avoir résisté aux forces supériem-es w d'un ennemi puissant, et d'avoir conservé k la » France une forteresse intéressante pour la dé- M fense de ses places du Nord. i>

Le 1-2 novembre, la garnison lit une pointe sur 1-abbaye d'Orval , k deux lieues de Montmédi , au milieu des bois, k l'extrémité du Luxembourg. Ce couvent fut mis k contribution. Le détachement qu'on y envoya réunit beaucoup de butin y que l'on vendit k l'encan et que l'on partagea entre tous les individus dont il était composé.

L'état de tranquillité étant revenu, nous passâmes te temps assez agréablement , n'avant qu'un service bien léger en compaiaison de celui très-difficile que nous avions eu pendant le blocus.

Les fatigues essuyées par les volontaires avaient usé leurs vêtements ; il fut résolu qu'on en confiée lionnerait de nouveaux. Montmédi ne préseu-

i-Q-î. tant pas assez de ressource, on était, vu Furgence, AN 1. eraJDarrassé du moyen à mettre en usage à cet efïet.

Un tailleur de la compagnie me proposa de me joindre à lui 5 nous réunîmes quelques individus qui apprirent a coudre, et noiis fîmes des culottes; ce qui nous procura quelqu'argent.

Le -2. décembre, les Prussiens s'étant emparé de Francfort par la trahison des habitants, la garnison fut massacrée. L'on dut penser que mon frère , qui en faisait partie , avait été tué , vu qu'il était fort exact à donner de ses nouvelles et que l'on n'en avait pas reçu. J'eus connaissance que l'on avait pris le deuil dans la famille , et que l'on s'attendait à ne jamais le revoir.

,„q3^ Le 1^*^ février, ayant obtenu une permission d'un mois, je partis avec un caporal de Venteuil qui était aussi de la 2'"^ compagnie. Nous voulûmes voir le pays pai* où les Prussiens étaient passés , afin d'avoir une juste idée des retranchements qu'ils avaient élevés pour se défendre ; c'était la nouvelle de tous ceux qui voyageaient dans ces parages.

Le 2, nous entrâmes à Dun.

Le 5, nous nous rendîmes à Varennes.

Le 4 1 nous nous transportâmes à Sainte-Ménéhould.

Le 5 , nous allâmes à la Lune, qui n'était qu'un moulin dans la plaine, sur un monticule duquel l'horizon visuel s'étend fort loin. Il était hérissé de retranchements coupés par la grande route où

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