CHAPITRE XI
Ï793. Le 5i juillet, les diverses administrations, menacées par les progrès de l'ennemi qui venait de prendre Valencienues, se fixèrent à Arras. M. Gollardeau sollicita poiu* moi de Tavancement, afin de me récompenser de mon zèle et de mon travail.
Voici la copie du titre qu'il obtint :
Armée du Nord. — Subsistances militaires. — Fourrages,
« Je soussigné, régisseur général des subsis- » tances militaires, ai, en conséquence des pou- » voirs à moi donnés de l'administration, établi » et nommé provisoirement, sauf son approba-» » tion , le citoyen Bonnart , en qualité d'aide- » garde-magasin, aux appointements de 173 liv., » lesquels auront lieu à compter du i**^ de ce » mois.
» La présente commission révocable quand il » me plaira et à ma volonté.
» A Arras, le i5 août 1793, l'an i^' de la ré- » publique.
» Cachet.
» 5/27ze DoizY. »
Cet avantage, prouvant le cas que Ton faisait i^gs. de moi, et qui portait mes appointements à 2,100 an 1. livres par an , m'enthousiasma ; il enflamma tellement mon amour-propre , que je redoublai d'applicatiou à remplir mes devoirs.
L'instant où cette commission me fut donnée , peut être mis au nombre des jours les plus beaux que le sort m'a accordés.
Il est certain que le jeune homme, encouragé par une semblable faveur , est en état de donner l'essor à des talents qui seraient restés dans l'on-
bii.
On ajouta à mes soins la direction de deux couvents remplis d'avoine, où chaque jour il entrait des centaines de voitures, d'où il en sortait une même quantité pour l'aimée. Je fus chargé aussi des viandes salées que l'on expédiait sur les places menacées d'être assiégées.
M. Collardeau ayant besoin de 200,000 francs en assignats , fut obligé d'envoyer au quartier-général à Dunkerque. Pour cette mission déhcate, il daigna jeter les yeux sur moi en qui il avait une entière confiance. Il me donna ses instructions par écrit , avec lesquelles j'allai au comité de surveillance , chercher une autorisation pour obtenir le permis dont suit la copie littérale : Passe-port. République française , département du
Pas - de - Calais y district et numicipalité d'Ar-
ras.
« Laissez passer le citoyen Médard Bonnart , n aide-garde-magasin des fourrages , domicilié eu
(70 i-^Q^- " ^^^^^ ville, âgé de i8 ans, taille de 5 pieds 7 AN 1. » pouces (i mètre 8i4 millimètres), cheveux et » sourcils châtains clairs , yeux gris , nez épaté , » bouche moyenne, menton rond, front large, » visage marqué de petite vérole ; et prêtez - lui )' aide et assistance en cas de besoin , pour se ren- » dre au quartier - général , d'après l'ordre du M citoyen CoUardcau , et d'après im billet du co- » mité de surveillance.
» Délivré en la maison connnune d'Arras, le 8 » septembre 1790, i*^' de la république une et » indivisible.
» Simple Bo^NART, RouvREY ct Brocquiart, » par ordre.
» Le sceau est apposé au bas de la pièce origi- »> nale.
» Vu au comité de surveillance de la place, le » 8 septembre, i*^"^ de la républicfue une et incli- » visible, pour aller au quartier-général du ci- » toyen llouchard, commandant en chef.
» Signe Dres et Iïermant. »
Muni de cette pièce en règle, je reçus mes dépèches. Te me mis en route le lendemain de grand matin. Jefaisais d'autant plus volontiers ce voyage, qu il me procurait le plaisir bien grand pour moi alors, de monter à cheval. Cette passion me dominant , je promenais presque tous les jours un superbe animal qu'un inspecteur des fourrages avait laissé à Arras.
Le 9 septembre, je partis à franc étrier sur ce couisier charmant , ct traversai le terrain où le