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(73) prince de Condé gagna, le 20 août i648, la fa- inç^:meiise bataille de Lens, sur les Espagnols commandés par l'archiduc Léopold.
Seul, à 8 heures du matin, dans cette plaine, je me disais que la terre, en cet endroit si isolé, renfermait dans son sein une quantité considérable d'hommes que la guerre avait moissonnés. Tandis que je m'occupais de ces réflexions, j'entendais ime vive canonnade avec une fusillade bien soutenue; elles avaient lieu à quelcjue distance de moi. Toute la ligne du Nord, depuis Lille jusqu'à Dunkerque, était attaquée ; de sorte que le roulement de l'artillerie, de la mousqueterie, formait un tonnerre continuel. Je gagnai le bourg de la Bassée. Pendant le déjeuner, je causai avec les gardes nationaux qui venaient de faire le coup de feu , et d'apporter des volontaires blessés dans ce combat ; ensuite je me mis en route.
Etant sur le pont, près d'entrer dans la ville d'Arm entières, je fus étonné de rencontrer le propriétaire du cheval , qui , en m'engageant à le suivre , me dit : « Le danger est trop grand ; vous » ne pourrez pas obtenir d'argent au quartier- » général ; tous les employés sonc sur le qui vive : i> l'armée française attaque aujourd'hui, neuf sep- » tembre , les Anglais qui sont débarqués aux » Dunes, près de Dunkerque. »
Comme je persistais à continuer mon chemin, il ajouta que, si je tenais à remplir mon message, il fallait que je lui remisse sa bete , parce qu'il ne voulait pas qu'elle lût sacrifiée ou prise par l'en-
( 74 ) ^ 1793. nemi. N'ayant rien à répliquer, je le suivis jusqu'à a:* 1. Lille, où nous arrivâmes à 5 heures, au moment que les Impériaux, s'étant avancés de trop près , on faisait feu des remparts. Nous pressâmes nos montm-es qui , quoique fatiguées , nous transportèrent promplement sous la protection des lorts.
Pendant le cours de cette journée, j'aperçus de beaux massifs de bois , de longues échappées de vue. Le soir, je remarquai cette immense quantité de moulins à vent qui environnent la place, et qui servent, pour la plupart, à broyer les graines oléagineuses de colza et de navette.
Nous montâmes sur un point le plus élevé des fortifications, d'où nous observions avec des lunettes à longue vue, les chances et les malheurs de la guerre. Nous nous estimions heureux d'être arrivés assez à temps pour ne pas nous trouver du nombre de ceux qui succombaient sous les coups des combattants.
Ayant parcouru cette 'grande et belle cité , j'observai qu'elle avait des caves où il existe des cheminées. Ces souterrains sont convertis en logements : c'est là qu'habitent ceux qui ne tiemient leur subsistance que du travail des dentelles.
Le I o septembre , l'ennemi s'étant retiré à une distance respectueuse de la ville, nous profitâmes de son éloignement pour nous transporter à Arras , que nous atteignîmes vers le soir.
L'inspecteur, fatigué de son voyage , resta dans son hôtel.
J'allai pour rendre compte à mon parent de la
non-rcussite de mon vova^P o.,«] c ne.„ent de ,-e,.arq.,er ^'estS ni t' ^ ''""■ '^^'■ f-e aa„, ,a pU. grande afS j^eV;:;"^ ^ n -inda, le s„jet de leur cha..ri„ • „, l;^ '*="
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-u „,ari avait, l „„it p^Sdentc ' '" ' ''"' ordre du eo„,i.é ré^Iu^i l'-^tf^rTr" garde-magasin était nommé et rn,; ^ ""
trée' iV ^fP'^^-^^^re, ayant obtenu une carte d'en tree, je m'empressai d'all-r c^l..,. "-"'eaen-
la prison des détenus pi:, r mlTr '"""" ' parut fort contrarié de ce „,^ i ' > P°.'""I"«^- « jenu jusqu'au quartier-'éné aV "' ^n ^''^ fait beaucoup dlances po" "t'S J 1" '' ^^î' devant magasin. Les fournit» e étalf d " V" plus considérables qu'il annmlT- "^'
de guerre et ,6 divilL T '? "'" '^ P'^^^' espérer d'obtenir 'T 1 *'''' '""' P^"^"'''
penses. Je S^ llCZTr '"^ "' ^'tenant au courant.lnamt «Te "'00"'''" !' tont ce qui se passait au mZ!'in .ÎT"'"' ''" 3 apprenais qui se tramait confre ",' 1^' '' """' ^•ientôt que des méchants vo ,h eu l """î en gémissait en secrer I.o . "''"™' 'a perte; il plus sérieuses or^ff-";'"""^"^'^^ ''^venant 'euses, on défendu de le laisser conunu-
(76) i'-93. niqncr avec qiû que ce fût; alors il ne m'claît AN I. plus permis de le voir.
Quelques jours après j'entendis, à minuit, heurter fortement à la porte de ma chambre ; je voulus me plaindre de ces mauvaises plaisanteiies. Celui qui avait frappé était un ofilc'er municipal , conimissaiie du comité révolutionnaire, escorté de 12 hommes , dont 4 grenadiers armés de fusils ; 2 sans-culottes avec des piques; deux gardes nationaux munis de sabres non dégainés, tenant chacun un flambeau; deux portant leurs sabies nus à la main , et les deux autres ayant leurs fusils avec les baïonnettes. Ces treize individus furent scandalisés de mes plaintes, et me dii'ent, au nom de la république, que, si je ne leur avais pas ouvert, ils auraient enfoncé la porte. Ils me firent diverses questions sur ma uaissance , mon pays , mon emploi ; ensuite ils retoiu-nèrent mes hardcs pour s'assurersi je n'avais point d'intelligence ou de correspondance avec les ennemis de l'état. Quand ils eurent tout vu , ils s'en allèrent , me laissant ramasser mes eiïcts qu'ils avaient jetés çà et là dans ma chambre. Heureusement j'avais un extrait de baptême et un certificat de civisu;e; sans ces deux pièces , j'aurais eu le désagréînent d'être mis en prison sans savoir quand j'en serais sorti.
Me trouvant sans ouvrage au magasin , je cherchai à m'utiliser au bureau. Des employés de l'administration générale, résidante à Paris, s'étaient transportes à Arras poiu- y apurer les comptes de
( 77 ) mon cousin, ce qui leur donna beaucoup d'occu- nnS. palion. Je classai , par ordre de dates , les bons en an i. grande quantité, provenant des distributions de chaque partie prenante , en plaçant dessus des bordereaux pour connaître le montant des rations sorties des magasins. Ce travail absorba tout mon temps, jusqu'à ce que les vérificateurs eussent rempli leur mission.
Mon parent étant reconnu, par les envoyés, innocent des inculpations qui avaient été dirigées secrètement contre lui , ces citoyens prévinrent la puissance révolutionnaire qu'ils avaient trouvé les comptes parfaitement en règle. Le comité , dirigé par les représentants du peuple, malgré ce rapport avantageux, traduisit M. Collardeau devant un tribunal spécial. Tout ne respirait que le sang dans ce lieu tapissé de deuil et de larmes! Je me trouvais dans un angle de la salle , derrière mon cousin , afin qu'il ne m'aperçût pas , de crainte que ma présence ne lui rappelât sa femme, ses enfants, et qu'il n'oubliât le caractère d'homme dont il avait si grand besoin dans cet instant. Il se défendit lui-même, quoiqu'il eût un conseil à côté de lui. Ses paroles, dont je ne perdais pas un mot , malgré l'émotion qui m'agitait , avaient quelque chose de noble, de spirituel et de tant d'aisance, qu'il fut aquitté à l'imanimité et mis sur-le-champ en liberté. Je tremblais encore après Tarrêt prononcé, croyant avoir lévé. Je voulais courir à la maison pour annoncer cette bonne nouvelle 5 je ne pouvais pas mai cher j toutes mes
(78) 1793. facultés physiques étaient comme comprimées, ^N I. En traversant la foule lentement, j'entendais le peuple dire que le garde-magasin n'était point coupable ; que les tomments qu'il avait soufferts , n'étaient enfantés que par l'esprit de parti qni voulait dominer sur toute la ville. J'étais flatté de recueillir ces discours, puisque mon parent, peu comiu du peuple, inspirait par son innocence un si vif intérêt. J'arrivai au logis , sautant au cou de mes cousines, auxquelles je ne pus dire que ces mots : « Il est en liberté! » Bientôt M. Collardeau vint rassurer lui-même sa famille sur l'inquiétude qu'elle avait conçue relativement k son accusation.