‹ HistoireChapitre 18 sur 117 · CHAPITRE XYL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYL

»794- Le 9.6 germinal ( t 5 avril ) , le 8'^*= de la Marne fut incorporé; la plus forte partie se trouva du 5"^*^ bataillon du Nord. Les soldats mécontents de cette dislocation, s'en allèrent eu grand nombre. Malgré la désertion, l'incorporation eut lieu; je fus , le même jour , nommé caporal à la 5"'*^ compagnie (i).

L'ennemi était aux portes de la ville ; elle se trouvait commandée par le chef de brigade Hardi. Il y avait quelquefois des escarmouches entre les troupes légères autrichiennes et les gardes du

(i) L'état-major était composé des CC.

Cardon , commandant.

Bâillon , quartier-niaîtie.

Schober, adjudant-major.

Deshayes , chirurgien-major.

Begat , adjudant-sous-oflltier.

La 6""' compagnie avait pour officiers , les CC

Masson , capitaine.

Dewez , lieutenant.

Riquoir , sous-lieutenant.

Pour sous-ofïicier , le C.

Bourgeois , sergent-major.

J'étais immatriculé sous le numéro d'ordre 277. L'effectif du corps se iormait d'environ i ,080 hommes.

za&^y ^ JtMo^

( io5 ) camp français, placées sous la protection des rem- i^q.^. parts. Nous allions sur les fortifications , voir ces ak u. petites agaceries militaires qui, en nous amusant beaucoup, ne laissaient pas que de nous tuer des hommes aia?i qu'aux Impériaux.

Une t'ois, après l'appel du soir, mon nouveau capitaine, voulant se populariser, proposa un prix aux hommes de sa compagnie ; il consistait en ime livre de chandelles qui devait être gagnée à la course. Je m'élançai avec tant de rapidité que je l'obtins ; mais ce ne fut pas sans peine , car un Flamand , fort leste , arriva au but presqu'aussitôt que moi. Je fis le partage en frère , et lui donnai la moitié des chandelles : ainsi le jeu fut terminé à la satisfaction de tout le monde.

Le 3 floréal (22 avril), nous partîmes de Philippe ville pour aller grossir l'armée des Ardennes. Le 5°^^ bataillon du Nord fut de l'avant-garde commandée par le chef de brigade Hardi. Nous nous rendîmes , en combattant , dans divers lieux que nous fûmes obligés de conquérir en repoussant l'ennemi.

^ oici le rapport fait par le général Charbonnier, commandant en chef :

Aussoi , près Philippeville , le 3 floréal ( 11 avril ).

« Déroute complète de l'ennemi, après un com- « bat de 1 2 heures aux environs d' Aussoi , où >» 200 Autrichiens ont été tués. »

Dès cet instant , tout prit un caractère guerrier. Des corps arrivant de tous côtés , mirent promptement les Français dans une attitude imposante.

i-qi- ^ oîcï Je rapport des bonnes dispositions que AT, 11. les troupes avaient alors :

Veclette-Ré;)ublicaine ( Philipperille ) , le 6 flortal (23 avril ).

« Tout se prépare au succès , écrit le général » Charbonnier : depuis 5 joury nous coml^attons » l'ennemi, et 1,200 Autrichiens ont déjà mordu » la poussière dans ces différentes affaires. Un >' déserteur qui nous arrive, nous annonce que » des renforts augmentent le nombre de nos en- » nemis ; c'est plus d'obstacles à vaincre , mais » plus de gloire à acquérir. Tout se prépare pour » que le 7 lloréal ( 26 avril ) voie l'anéantissement » de la Tyrannie. Des chevaux d'artillerie , dont » nous avions besoin , nous sont envoyés ; en at- » tendant , nous redoublerons avec la baïonnette. »

Le 7 ( 9.0 avril ) , nons attaquâmes Fennemi en avant de Bossut , village à 4 lieues de Philippeville, sur la route de Barbançon. Le 5'"^ du Nord n'étant pas assez exercé, fut destiné au service de tirailleurs ; en conséquence , il commença l'attaque à la pointe du jour. Lorsque les postes d'infanterie autrichienne se trouvèrent culbutés , un peloton d'environ 5o hommes de cavalerie s'approcha, sans doute pour nous reconnaître. Nous fîmes un feu bien soutenu , qui l'obligea à rétrograder. Nos- réquisitionnaires qui n'avaient jamais vu les Impériaux de si près , qui ne connaissaient pas les ruses de la guerre , criaient déjà victoire, en parcourant au pas de course le terrain que l'ennemi venait d'abandonner. Un parti d'environ

( 107 ) ^ Goo cavaliers se présenta, exécuta le même mon- inà^. vemeiit que le précédent , et disparut derrière an li. Bossut et les haies. Le même enthousiasme animait tes républicains. Un nistant après , la plaine parut couverte de cuirassiers qui nous chari^èrent si promptement que , malgré la plus vigoureuse résistance , ils nous dépassèrent presque sans s'arrêter, ayant laissé sur leurs derrières, des individus qui nous criaient de nous rendre , de jeter nos armes. Lorsqu'ils s'approchaient, ils sabraient les hommes qui étaient à leur portée j ceux-ci les recevaient à grands coups de baïonnette. Comme je connaissais la manière de guerroyer en tirailleur, j'avais prévu cette terrible charge, en observant les accidents du terrain. Je sautai à travers une haie, dans un verger qui se trouvait s^ul dans la plaine, dont un large fossé défendait l'approche. Mon exemple fut suivi par d'autres. Nous tirâmes sm* les cavaliers. Pour nous soutenir, le général Charbonnier lit avancer au - dessus d'un ravin, la 172"^® demi-brigade ( d'environ 3, 000 hommes ) , qui arriva fort à propos pour arrêter les progrès de l'ennemi. Il ne put résister à un feu de file formidable, qui le contraignit à rétrograder. Dans son désordre , la cavalerie n'atteignit presque persomie de nos tirailleurs : à son approche, ils se défendirent vigoureusement. Nous reçûmes Tordre de quitter la plaine ; de nous jeter dans un bois a droite, pour pénétrer jusqu'à Valcour. Les Hollandais étaient sur le sommet de la montagne où se trouvait uu mamelon. Quand nous débus- I. 8

( ro8 )

^794* q^iâmes , ne voyant point tirer, nons crûmes .

Az* n. trompés pai* les habits bleus , que les Austro-Bataves étaient des Français. Nous fûmes droit à eux sans coup férir; ils accoururent sur nous, prirent quelques hommes des plus avancés , en faisant feu sur les autres. Nous ignorions que dans les troupes alliées, il y eût des uniformes semblables aux nôtres : croyant qu'elles commettaient une méprise, nous leur criions que nous étions des Français, des républicains. Cependant notre feu bien foiu-ni les força à se retirer. Un détachement d'Autrichiens occupait le plateau avec une pièce de canon. On lira sur nous plusieurs coups à mitraille. Ce peloton, contre lequel nous ripostions avec acharnement, sur le point d'être débordé , battit en retraite , et suivit le mouvement des Hollandais. On appela les tirailleurs sur la gauche, pour s'emparer de Bossut. La compagnie descendit. Nous gagnâmes ce village dans lequel leTs Français venaient d'entrer. Plusieurs maisons se trouvaient incendiées. Les flammes avaient consumé les fumiers qui étaient devant les portes ; ils brûlaient les souliers de ceux qui y marchaient , et qui croyaient que la paille noire était éteinte. Je venais de m'y prendi-e. Je trempais mes pieds dans une mare , afln de faire diminuer la douleiuque je ressentais. J'aperçus des hussards qui arrivaient du côté où nous étions entrés j ils se dirigeaient par la route vers les Impériaux. Persuadé que c'étaient des Français, j'admirais l'ordre et la vitesse de leur marche. Tout-à-coup je reconnus

( 109 ) que cette troupe avait des plumets noirs et jaunes ; i^g^, qu'elle ne pouvait être que des Hongrois. Je sor- an u. lis de ma sécurité , courant à travers la route devant l'escadron. J'eus le bonheur de sauter sur une fenêtre à rez-de-chaussée ; elle était brisée ; je manquais mon coup sans un soldat qui , se trouvant dans la maison , était survenu à mes cris de : « Voilà l'ennemi! » Il me saisit par l'épaule, eu me tirant dans l'intérieur. Les hussards défilant au grand galop , lâchèi^ent , dans l'appartement , plusieurs coups de pistolet. Nous leur envoyâmes ^ en échange, plusieurs décharges de nos fusils^ Après cette échauflburée, tous les tirailleurs , craignant que d'autres pelotons de cavalerie ennemie ne fussent restés sur les derrières, se rendirent dans les haies les plus proches , devant lesquelles les régiments étaient en b.ilaille. Nous fîmes uu feu si vif que les alliés se virent contraints de s'éloigner. L'armée française avançait dans un ordre imposant. Les Impériaux furent complètement battus. Le réquisitionnaire Prud'homme, de Dameri , reçut au pouce , un coup de sabre en se défendant à la baïonnette.

Voici le rapport de cette affaire :

Vedette-Républicaine (Pliilippeville) , le^ floréal (aôavxil).

« Les succès d'aujourd'hui, mande le général » Charbonnier , répondent à notre espérance ; » nous avons passé la gorge de Sélilérieux , mal- » gré la résistance opiniâtre des Autrichiens , qui » ont perdu beaucoup de monde. Nous sommes

Page 1