‹ HistoireChapitre 21 sur 117 · CHAPITRE XYIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIIL

1794. Le 26 floréal (i5 mai) , les privations, la pluic^ AN II. les fatigues , me firent tomber malade. On nous donna , à moi et à un soldat de Dameri , un billet d'hôpital. Nous allâmes ensemble à Valcour, où nous YÎmes les tristes effets de la guerre ; c'est-àdire , toutes les fenêtres brisées , les portes cassées, les meubles en morceaux, et les habitants dans la consternation.

Le 27 (16), nous nous rendîmes à Philippeville , où nous entrâmes à l'hospice. Les blessés y étaient fort nombreux , et chaque lit occupé au moins par un homme. Je ne pus obtenir de coucher avec mon compatriote. L'infirmier me destina ime place auprès d'un fiévreux. Fatigué de la route , je me couchai , en éprouvant néanmoins de la répugnance à me trouver avec un individu que je n'avais jamais vu, qui pouvait être mal-propre, ou avoir- une affection cutanée et contagieuse. Le malade était sur le côté gauche , me tournant le dos. Je me glissai légèrement dans les draps sans l'approcher. La fièvre me prit aussitôt. Lorsque l'accès se dissipa , je m'étendis , en touchant , sans le vouloir , mon camarade de lit ; je fus fort étonné de le sentir froid. Je le poussai

doucement, de peur de le fâcher en le privant de i~q\. son sommeil. Plus je le remuais, plus je m'aper- a> u. rus qu il était inanimé. Je dus penser qu'il était mort. Quoique je fusse bien malade, je n'en -sautai pas moins sur le plancher, en me plaignant très-fort contre l'infirmier qui m'avait obligé à me poser contre un cadavre. L'on me donna un autre lit que j'occupai, après m'être lavé avec de la tisane tiède, parce qu'il n'y avait pas d'eau fraîche pour l'instant. Afin de distinguer les malades , on attachait un écriteau au-dessus de la tête de chacun, pour indiquer l'individu et le corps auquel il appartenait. Je pris , dans la vitesse que je mis à retirer mes hardes , la planchette du mort , en lui laissant la mienne, sans y faire attention, de sorte -que j'ai passé pour lui (i). Quant à celle que j^avais , m'étant aperçu qu'elle n'était pas la mienne, le lendemain matin, avant la visite, j'écrivis dessus mon nom, le numéro du bataillon, ainsi que celui de la compagnie dont je faisais partie. Il y a lieu de croire que la mort du véritable décédé est restée ignorée.

Les 4 et 5 prairial (^5 et 24 mai) , il arriva une si grande quantité de blessés , que l'on forma un convoi .

Le 6 (23) , j'y fus compris ainsi que le Dameriat avec lequel j'étais parti du corps. On nous évacua sur Givet. Nous ne couchâmes qu'une

(1) Le 27 floréal ( 16 mai ) , l'acte de moa ilecès fut dressé et envoyé a»i S""" bataillon du Nord, où il était arrivé avant moi.

tj()/[. unit dans cet hôpital, sans recevoîi' de médica- ATS 11. ments.

Le 7 (af)), nous nous rendîmes en bateau jusqu'à Fumai.

Le 8 (27) , continuant à vogueï" èiw la Meuse , on nous débarqua à Braux. Nous étions chez une femme jalouse qui , pour le plaisir de bavarder , nous raconta toutes les folies amoureuses de sori mari ; elle eut bien soin €le nous , parce que nous prêtions une oreille attentive à tous ses discoui's.

Le 9 (28), nous arrivâmes à Mézières. L'on nous mit à l'intendance : nous fûmes médicamentés, et nous nous trouvâmes mieux. Nous réta-i blîmes nos forces jusqu'à l'arrivée de nouveaux malades.

Le 21 (9 juin) , étant évacués, on nous dirigea sur Launoi.

Le 22 (10), nous passâmes à Rethel; l'hôpital était si plein , que l'on nousf donna de suite une continuation de route.

Le 25 (11), nous nous dirigeâmes sur Reims , où nous nous présentâmes à l'abbaye de Saint-* Rémi, qui était l'ambulance. L'économe, instruit qu'un grand nombre de blessés devait arriver, nous évacua sur Chàlons. Nous lui demandâmes, cependant, à être envoyés chez nos parents qui n'étaient éloignés que de 5 lieues, plutôt que d'aller dans cette ville où il y en avait 10. Il nous répondit négativement.

Mon camarade et moi, nous partîmes pom- Dameri,

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