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CHAPITRE XIX

Le 20 prairial (ii juin), nous arrivâmes bien 1794. contents, à 10 heures du soir. au n»

On eut d'autant plus de satisfaction à nous revoir , qu'on ne nous attendait nullement. Apres bien des explications et des marques d'amitié , étant fatigué , je fus me reposer» J'avais éprouvé tant de privations, de fatigues et de contrariétés, qu'à peine étais-je chez mon père , je tombai sérieusement malade.

Le médecin, qui était maire, ne voyant que ses devoirs , refusa absolument de me donner ses soins. Mon père, inquiet sur ma situation, se rendit chez ce citoyen , sans en pouvoir obtenir d'autre réponse que celle de me faire transporter dans im hôpital militaire. Sachant que c'était vouloir ma perte que de m'exposer au grand air, il se refusa à exécuter cette proposition , en montrant , dans cette circonstance , une grande fermeté , quoiqu'il courût le risque d'être incarcéré.

Au bout de 2 1 jours , on n'attendait plus rien de moi ; ma maladie ayant beaucoup empiré. Cependant , malgré toutes les inquiétudes que j'avais causées, ma santé s'améliora, et, en peu de temps, je fus remis sur pied.

i;794. Le 19 messidor (7 juillet) , on sut à la munici» Aw 11. palité que j'étais convalescent. Mon père reçut un avis qui lui enjoignait de me transporter à dirions pour me rétablir entièrement. Ou le menaçait , en cas de refus , de le mettre en prison ainsi que moi. Il était trop prudent pour ne pas se soumettre aux lois. Il m'emmena dans sa carriole k l'hôpital , d'où l'on m'évacua , faute de place, sur Vitri-le-Français. Il me conduisit le lendemain jusqu'à environ une lieue sur la route, et voulait me rendre à ma destination , attendu qu'il n'était pas possible de trouver une seule voiture, tous les chevaux ayant été mis en réquisition pour le service de l'armée. Sachant d'ailleurs que sa présence était indispensable chez lui, je le conjurai de s'en retourner, l'assurant que je pourrais continuer la route à pied. Il prit , en conséquence, le chemin de Dameri : je me mis en marche pour les sept lieues qui me restaient à faire. Après une demi-heure environ, les forces m'abandonnèrent , je restai dans un fossé où j'éprouvai une sueur froide, et bientôt je m'évanouis. Je recouvrai peu après mes sensj mais une forte fièvre m'ayant saisi, sans que je pusse espérer le moindre secours, il vint à passer un cabriolet où il n'y avait qu'un voyageur. Je le priai de me prendre à côté de lui. Ce monsieur , malgré la fatigue de son cheval , se rendit à mes instances , et nous arrivâmes de bonne heure : je le remerciai sincèrement du service qu'il m'avait rendu.

Le 2T (9), j'entrai à riiôpital. inq^.

Le 29 (17), nie portant mieux, j'oblins la pcr- an u. mission de me promener. J'en profitai pour me baigner dans la Marne, où il y a\ait beaucoup de nageurs. Je voyais des hommes qui fendaient l'eau comme des poissons ; je voulus les imiter. Les laissant filer , je me mis en devoir de les suivre. La fièvre qui s'empara de moi , me priva de mes forces, et je faillis périr. Ce ne fut qu'avec beaucoup de difficulté que je parvins à sortir de la rivière, et je retournai promptement à l'ambulance.

Le i^'" thermidor (19 juillet) , il y eiit, à midi, un violent orage. Etouffant de chaleur dans mon ht, je me levai et allai sur le seuil de la porte respirer un peu le frais. Le tonnerre grondait fortement , il tomba dans la rue avec un fracas épouvantable ; un homme qui la traversait , en rompant le courant d'air, fut frappé de la foudre, et resta étendu par terre sans le moindre mouvement. Je rentrai à moitié suffoqué de l'odeur sulfureuse qui s'exhalait de la nue.

Une fois , je vis un soldat qui tombait du hautmal. La décomposition de sa figure avait, pendant son épilepsie, quelque chose de si hideux, que je le trouvais horrible. En examinant cet homme dans les plus grandes convulsions , je ne pouvais m'empêcher de faire des réflexions protondes sur les maux qui accablent fespèce humaine.

Le 7 (26), après m'être insensiblement rétabli,

( I2G ) '794' J® sortis de l'hôpital pour rejoindre mon corps* AN II. Les armées ayant été réunies , le commissaire des guerres ne sachant à laquelle j'appartenais, me dirigea vers le quartier-général de celle du JVord , parce qu'alors on rassemblait les troupes départementales les plus rapprochées de leur

pays.

Voici la copie du titre que l'on me donna pour me mettre en route :

Billet de sortie de ramhulance, dite des Minimes. 5°'^ bataillofi du Nord , 6'"*^ comjxignie.

« Le nommé Médard Bonnai't , caporal aux » susdits bataillon et compagnie , natif de Da- » meri , district d'Epernai , département de la » Marne, entré le 21 du mois de messidor (9 juil- I» let) de l'an 2 de la république française, une « et indivisible , à l'hôpital militaire de Vitri-sur- )) Marne , est sorti aujourd'hui , 7 du mois de » thermidor suivant (2 5 juillet).

» Signe G AYHEL,

» Rapport des maladies ou infirmités qui ont » nécessité la sortie du malade : guéri de lièvre » avec lassitude.

» Fait à Yitri, ce 7 thermidor (2 5 juillet). » Signe' MoREAU , directeur ; » CoMEs^"Y, médecin.

» Route du dénommé ci-dessus, pour se rendre » à l'armée du Nord ; passera par Châlons , et re- » cevra 5 sous par lieue avec l'étape. »

Etant parti le soir, je maidiai toute la nuit, crainte de la chalem- ; je gagnai Châlons; je reçus

la continuation de ma route pour Bcims; mais, 1-94. au lieu de m'y transporter directement , je me an w. rendis également la nuit à Dameri , où j'arrivai à 9 heures du matin.

J'appris que , durant mon absence , mon frère ISicolas-Eléonore était mort le 6 thermidor (24 juillet) , et qu'on le regrettait vivement.

Le 10 (28) , jour de la décade, on célébra la fête de Tagri culture..

Etant sur le point de m'en aller à l'armée, je fis une visite au père du jeune homme avec lequel j'étais venu, afin d'apprendre où se trouvait son lils ; il m'annonça son départ pour le corps , sans qu'il en eût reçu de nouvelles»

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