‹ HistoireChapitre 23 sur 117 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

1794. Le 16 thermidor (5 août), je me dirigeai sur

■AN it. Reims.

J'allai présenter mes devoirs à la famille de M. Collardean; nous nous revîmes tous avec infiniment de plaisir. Nous avions bien des choses à nous raconter depuis notre séparation. Mon parent m'annonça que ses persécuteurs ayant échoué sous un parti plus fort que le leur, ils avaient succombé; qu'il avait été mis eu liberté, réintégré dans ses fonctions de garde-magasin des fourrages, ou il était en activité. Je lui en témoignai toute ma satisfaction, et combien j'éprouvais de joie de me retrouver avec lui. Il ajoTita qu'il était bien fâché de ne pouvoir rien faire pour me procurer une place afin d'adoucir la rigueur de mon sort. Connaissant, comme lui, toute la sévérité des lois qui ne m'aurait pas permis d'occuper un emploi dans l'intérieur, sans m'exposer aux plus grands dangers , je gémis sur ma position. Je le remerciai de ce qu'il voulait encore m'étre utile, si une occasion favorable se présentait.

Le 1 8 ( 5 ) , ayant fait mes adieux à toutes mes conaaissaiices , je gagnai Berri-au-Bac.

Le 19 (^') 7 J^ me rendis à Corbeiii, ainsi qu'à i^g/j. Craonne. an u.

Le 20 ( 7 ) , je m'en allai à Laon , où j'eus séjour, que j'employai à parcourir la ville.

Le 22 (9), on me continua sur Marie.

Le 20 ( 10 ), je m'acheminai vers Guise (Réu-* iiion-sur-Oise ) , où je visitai le camp retranché qui me présenta beaucoup de nouveautés en ce genre. Le quartier-général n'y était plus ; on me dirigea sur l'armée.

Le 24 ( 1 1 ) , je fis route pour Landreci , d'où j'entendais le canon du Quesnoi.

Le 25 ( 12), je me transportai au quarlier-géiiéral dii'igeant le siège de cette dernière ville. Je demandai mon corps ; ne sachant où il était , on me mit en subsistance. Je reçus l'ordre de me rendre à la tranchée , sur la route de Valenciennes, auprès du chef du 1" bataillon du Nord, paixe C[ue j'appartenais au S"""". Je fus employé dans mon grade de caporal, où je restai jusqu'à la reddition de la place.

Nous étions si près des remparts que , la nuit , des soldats allaient chercher des palissades pour se chauffer, quoique la canonnade de l'ennemi fût très- violente.

Un répubhcain , auprès de qui mie bombe était tombée, sauta dessus avec de la boue dans ses mains ; il eut le bonheur d'étouffer le feu de la mèche de ce projectile qui aurait immanquablement atteint la poudre.

Jlî( II

( i5o ) 1794* T e 28 ( 1 5 ) , les Impériaux capitulèrent (i). Le i^' bataillon du Nord ayant ordre d'entrer dans l'intérieur de la forteresse, pour relever les postes, nous occupâmes les corps-de-garde; nous contînmes les troupes ennemies jusqu'à leur désarmement.

La garnison était composée d'Autrichiens , Wallons et Croates : ces derniers sont Hongrois ; en général , grands , bien f^its , leur taille ordinaire est de cinq pieds et demi. Ils sont forts , musclés, légers , vils et extrêmement sobres. Ils peuvent supporter long-temps le froid et la faim. Ils pasr sent pour être bons militaires ; vont à pied ; sont connus et renommés sous le nom de Pandoiires. Ils ont la figure rébarbative; sont grands pillards à la guerre. Ils n'épargnent ni amis ni ennemis ; ne font point de prisonniers. Leur habillement est une veste verte à la hussarde , une culotte jaune , des cothurnes de cuir noir ; un bomiet , un gilet et un manteau rouges. Leur armement est. un grand sabre , des pistolets , un poignard , un fusil k deux canons , dont un rond, l'autre carabiné ; une picpie terminée par une lance que l'on fiche en terre ; on y adapte un crochet de fer mobile pour ajuster l'arme.

Voici le rapport adressé le 29 thermidor ( 1 6

(1) Ce fut au siège du Quesuoi que l'on fit le premier eseai des lignes télégraphiques , pour la correi«pondance des armées. L'entrée des troupes françaises dans la place, fut annoncée à Paris, une heure après que la ville a été rendue.

août), à lîi Convenlion, par le général comman- 1794, daiit l'iuméc du siège : an u,

« Le Qiicsnoi est à la République. Hier, vers » les 4 heures du soir, environ 3, 000 hommes, » grenadiers , infanterie , cavalerie , artillerie , ot- » liciers comme soldats , ont mis bas les armes aux M pieds des diapeaux tricolores.

» Après avoir déposé les armes , conformément » à vos ordres , toute la garnison a été reconduite » dans l'ouvrage à corne de la place , où je la tiens » en état d'arrestation, jusqu'à ce que vous ayez » ordonné de son sort. Les officiers du génie , de )> l'artillerie, commissaire ordonnateur, et un of- » licier de l'état-major, sont occupés dans ce mo- » ment-ci à prendi-e possession de l'état des mu- » nitions de guerre et des bouches à feu , des pa- » piers, effets et argent appartenant à l'empereur. -» Vingt -quatre compagnies de grenadiers et trois » bataillons occupent l'ouvrage intériem' et ex- » téiieur de la place.

» L'.'irmée que j'ai l'honneur de commander a » témoigné , pendant vingt jours de tranchée ou- )) verte, toute la bravoure, la constance, l'intré- » pidité qui caractérisent les républicains ; aucun » des individus qui la composent ne doit être » excepté; car, tandis que l'infanterie et l'artille- » rie , sous un feu terrible d'artillerie , s'appro- » chaieni jusqu'aux palissades et couronnaient le » chemin couvert , la cavalerie allait faire des pri- )) sonniers sur les glacis de Valenciennes. Si elle

( i30 ,;f)'J. » a mérité votre approbation, c'est la ptiis douce Ai^ n. » salisfactioii que vous puissiez lui accorder. » Salut et fraternité.

» Signé SCHÉRER. »

Extrait de l'article du Quesnoi (i).

« La Convention avait décrété que les garni-.

n sons de Landreci , le Quesnoi , Valenciennes ,

» Coudé , occupées dans la Flandre par l'ennemi ,

» seraient passées au fil de Fépée, si elles ne se

» rendaient vingt-quatre heures après la première

» sommation. Ce décret ayant été signifié au gou-

» vcrneur du Quesnoi , le commandant de la place

» se contenta de répondre : Une nation n'a pas

)' le droit de décréter le déshonneur d'une autre.

» Et il se prépara à taire une vigoureuse résis-

» tance. Le commandant, voyant qu'il n'y avait

» plus de ressource, et ne voulant pas démentir

» la fermeté de la réponse qu'il avait faite à la

» première sommation , déclara que la garnison

>' n'avait eu aucune connaissance du décret de la

» Convention, ni de la signification qui lui en

» avait été faite, et que par conséquent elle n'é-

» tait nullement coupable de sa résistance. Si c'est

» un crime, dit-il alors , je dois être le seul puni ;

» la faute m'est persomielle , et je me trouverai

» heureux de sacrifier ma vie, en sauvant celle

» de tant de braves qui en sont innocents. »

Voulant changer entièrement les habitudes liaiiraises, on prit un arrêté relatif au sexe fé-

(i) Dictionnaire historique des batailles ^ 4 vol. in-S".

( .55 ) piiniii , poiir substituer de nouvelles qualités à inQ\, celles qui existaient précédemment (i). an n.

Le 5o thermidor (17 août) , jour de la décade, fut l'époque d'une grande fête au Quesnoi. Toutes les demoiselles de la cité et des environs montèrent sur un théâtre élevé au milieu de la place, entourée de débris de maisons encore iumant des suites du siège. Elles chantèrent des hymnes en l'honneur de la république, en mémoire de la délivrance de la ville , ainsi qu'à la gloire de la mort de Robespierre (2).

Le 7 fructidor (24 août), le i^' bataillon du JYord fut désigné pour escorter, dans l'intérieur de la république, la garnison-du Quesnoi , prisonnière de guerre. L'armée levant le camp, se dirigea sur Valenciennes qui était déjà bloqué, afin de l'assiéger; je demandai et j'obtins d'être en subsistance dans un corps employé activement. On me plaça dans la 85"^*" demi-brigade, avec la-

(1) Le décret du 29 thermidor ( 16 août ) , donna aux femmes la de'nomination de Citoyenne , au lieu de celle de Mademoiselle ou de Madame. Cependant , entraîné par riiabitude ou par contrainte , on se servait du mot de Citoyenne avant cette loi. L'on forçait également les femmes à porter la cocarde tricolore, soit à leur bonnet, soit sur l'estomac, sans qu'il y eût de décret rendu à cet égard.

(•2) Il fut guillotiné <à Paris, le 10 thermidor ( 28 juillet ) , comme un être abhorré de ses semblables , en voulant parvenir à la tyrannie sur des monceaux de victimes (*).

(') Cjctionnaire liistorique des grands hommes ; i3 vol. in-8o.

»794- <î^ielle je partis le même jour, où nous arrr> âme* Mi 11, devant la ville.

L'ennemi résistait vigoureusement. Nous étions si près des fortifications, quoique bivouaques derrière une montagne , que souvent des boulets venaient tuer des hommes dans nos baraques.

La garnison ne pouvant espérer de secours, puisque l'armée autrichienne , depuis la bataille de Fi eu rus , avait été forcée de se retirer sur la j'ive droite de la Meuse , ne tarda pas à se soumettre.

Voici le rapport qui en a été fait de Paris , le 1 1 fructidor (28 août) ;

(( Nous apprenons à l'instant, par le télégraphe, » la prise de Valenciennes. Vive la République! » La prise du fort l'Ecluse, clef de la Hollande, » vient d'être annoncée officiellement. »

La capitulation portait : « que la place de Va- )' lenciennes serait remise aux troupes de la ré- » publique française ; que la garnison serait pri- » sonuière ; que les honneurs de la guerre lui >! seraient accordés ; qu'elle serait reconduite , » sur-le-champ, sur les terres occupées par les » aimées coalisées, et qu'elle ne pourrait servir » contre la France qu'au moment où elle aurait » été échangée. »

La 85°'^ s'approcha de Condé pendant que l'on réglait les articles.

Le 12 (29) , la garnison ennemie, à l'instar de celle de Valenciennes , enti^a en composition.

(■35) Voici le rapport qui en a été fait : î ^o/j,

<]onilc,le i3 fructidor (3o aoiit) , an quartier-gcnéral -ak h» a'Oanaing.

Le général en chef à la Convention.

« En vous envoyant les drapeaux pris aux » garnisons du Quesnoi et de Valenciennes , je » ni''enipresse de vous annoncer que Gondé a » subi, à l'heure prescrite, les conditions de la » capitulation que vous m'avez permis de lui im- » poser. I.a terreur a précédé la marche des ar- )> mées victorieuses cle la république.

» Le territoire de la républiq\ie ne supporte » plus d'esclaves : trente bataillons et quinze es- » cadrons vous demandent des ordres pour voler » à de nouveaux succès.

» Salut et fraternité i

» iS'/g'^e ScHÉRER. »

Ayant demandé à rejoindre mon corps , je reçus le certificat ci -joint pour aller chercher une feuille de route à l'état-major de l'armée du siège.

Année de Samhre et Meuse. — 85"^^^ demi-hrî^aâe,. 5™*^ bataillon.

« Nous soussignés , certifions à tous ceux qu'il M appartiendra , que le citoyen Médard Bonnart , » caporal au 5"'^ bataillon du Nord, est resté en » subsistance dans la première compagnie dudit n bataillon, (^epuis le 7 fructidor (24 août), jusn qu'au i5 (5o) du courant, et qu'il s'est toujours » comporté eu brave républicain.

1^94. » Délivré au Vieux - Condé , ce i5 fructidor AN II. » (3o août), l'an 2"^*^ de la république française.

» Signé DxMBLY^ capitaine-commandant, » et plusieurs autres militaires de divers grades.»

On me dirigea sur Breda , ville devant laquelle était le quartier-général en chef de l'armée du INord, pour recevoir de nouveaux ordres.

Ensuite ayant fait mes adieux aux chefs et aux connaissances de la compagnie où j'avais été en subsistance, je me disposais me mettre en route*

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