‹ HistoireChapitre 24 sur 117 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Le i5 fructidor (5o août), je me rendis a i^q/j. Mons. On m'envoya loger dans une église i je tus Ai> u. obligé d'aller , à la faveur de plusieurs bons , chercher une marmite , des gamelles , un bidon , du bois , de la viande , du pain , etc. : il était minuit que je n'avais pas encore mangé la soupe.

Le i4 (5i), j'observai la ville dans ses moindres détails ; c'était la première place étrangère , importante, où je me trouvais. Aussi me faisais-je une toute autre idée de ce lieu que de ceux de France que j'avais visités. J'éprouvais beaucoup de plaisir à parcourir les endroits publics ; à adresser, pour mon instruction, des demandes aux habitants que je rencontrais. La curiosité de voir, et la satisfaction d'apprendre, adoucissaient les privations et les désagréments que je ressentais en voyageant seul à pied, le sac sur le dos.

Je fis route pour Braine-le-Comte , où j'arrivai d'assez bonne heure.

Le même jour j'allai à Halle , où je remarquai l'église de Notre-Dame , qui était très-belle. Il existait dans le clocher , comme dans presque toutes les campanilles des villes du Hainaut, du Brabant et des Pays-Bas , une horloge à carillons,

i^g/(s qui jouait des airs religieux ou des valses, au sOn AN u. desquels on aurait pu chanter ou danser.

Le 1 5 (i*^' septembre) , je me dirigeai sur Bruxelles., où j'aiTivai d'assez bon matin.

J'employai la journée à parcourir les établissements publics, et le lendemain je visitai le port, où je restai long-temps à observer les petits vaisseaux qui naviguent sur la Senne.

. Je fus convaincu que de toutes les villes que j avais vues, Bruxelles méritait la préférence. Je bus de la bière appelée faraa, qui est fort estimée. Le soir je ne manquai pas d'aller au spectacle , dont l'orchestre était composé d'mie grande quantité de musiciens.

Le 17 (5) , je me mis en route pour Vilvorde, en voyageant le long du canal qui a 2 lieues. Les rivages offraient aux yeux de l'étranger mille agréments dans la situation des sites pittoresques, la beauté des maisons de campagne , placées la plupart en amphithéâtres, couronnant de fort jolis jardins soigneusement cultivés , coupés en manière de gradins. Dans cette cité se trouvait un hôpital immense destiné à recevoir les fous.

Le môme jour j'allai à Malines , que je remarquai avec empressement. Je vis l'église dont la tour carrée est terminée par un belvéder. La ville est dans une agréable plaine, environnée de promenades, de campagnes charmantes. Le goût des habitants est décidé pour la peinture. Les chariots sont coloriés de vert-pomme, de jaune, de rouge foncé, brun ou noir, c'est-à-dire, de cou-

leurs tranchantes. Sur presque toutes les maisons 1^94, bâties en briques , crépies en plafond , se trouvent an u. des peintures à fresque. Elles représentent divers sujets , des chasses entières , des forêts , ou les alentours des mêmes habitations , dessinés avec ce goût exquis cpie l'on connaît à la nation dont l'école flamande , en peignant ses mœurs , s'est fait une réputation si justement acquise. J'y couchai , après avoir parcouru tont ce qu'il y avait de curieux à observer, et m'être rendu dans un des ateliers de dentelles, qui sont si célèbres.

Le 18 (4), je partis pour Anvers. C'était un jour de fête dans le pays. Etant fatigué, je couchai à Contick.

Le 19 (5j, je me transportai à Anvers, où je remarquai que presque toutes les maisons, comme celles des villes du Brabant , étaient en pignon sur la rue , peintes avec les attributs des arts ou métiers des habitants qui les occupaient. C'est dans ce lieu que l'on aperçoit une grande opulence dans la mise des habitants, surtout dans la finesse de leur linge. Les femmes se couvrent de dentelles d'un prix considérable. L'intérieur des maisons est souvent lavé ; ce qui porte la propreté jusqu'à balayer les rues, formées en parterre, c'est-à-dire que des cailloux noirs et blancs sont placés dans les trottoirs , de manière à figurer des dessins. Les choses curieuses que renferme cette florissante place sont immenses. Je me rappelais que Pvubens, Gérard, Edelink, Teniers , Vandick , tous hommes célèbres , étaient -i. 10

*794- *^^^ ^^^^^ cette superbe cité. Je visitai la callié-^

Ali u. drale : étant monté sur la tour la plus élevée, qui

a 466 pieds de hauteur , j'y gravai mon nom à

côté de ceux de beaucoup de curieux qui m^

avaient précédé.

Je me rendis à la citadelle. Comme j Y* tais fatigué, je m'assis sur le bord de l'Escaut, où je lavai mes mains et ma figure ; de là je pus examiner l'agitation des flots occasionée par la mer , ce qui était pour moi une nouveauté. Non loin se trouvait une marchande de poissons , devant la-^ quelle il y avait quantité d'animaux aquatiques ; la singularité de leurs diverses constructions piquait ma curiosité.

Un vaisseau, poussé par un vent favorable, manœuvra un instant et entra dans le port. Son agilité m'étonna autant que tout ce que j'avais remarqué dans la journée.

Le 20 (9), je partis pour Hooghstraten , petite ville sur la route de Bjéda. Les Français faisaient le siège de cette dernière forteresse.

Je me présentai à l'état-major-général , afin de connaître la destination du 5"'^ bataillon du Nord, dont on ne put me donner aucune nouvelle. On m'expédia l'ordre de retourner à Anvers, pour aller chez un agent chargé de l'incorporation des troupes. Comme toutes les maisons étaient rempUes d'employés de l'armée, je ne trouvai à coucher qu'au coin du cimetière, sous un caisson, où je passai une assez mauvaise nuit.

Le a4 (10)7 je me remis en marche pour An-

vers, où je me présentai chez cet agent qui , ne irgL sachant où était le corps auquel j'appartenais, me as n, plaça dans le bataillon de chasseurs du Mont-des- Chats (t) , bivouaqné devant Berg-op-Zooni. Je voulus faire des observations , mais ce fonctionnaire ne jngea pas à propos de m'entendre.

Le soir, en me promenant par les rues, je rencontrai des militaires français ; je les accostai et leur racontai le chagrin que j'éprouvais d'être forcé d'aller à un nouveau régiment. Un d'eux me demanda si je voulais échanger mon ordre contre le sien , qui était pour Warem auprès de Liège. J'acceptai sa proposition , dans l'espoir de retrouver le 5"^^ du Nord.

Le 2() (12)7 après avoir pris mon séjour, je partis pour Malines.

Le 27 (i5) , je fis route jusqu'à Louvain, où je bus de la bière nommée petermann. Je remarquai que ce qui contribuait à sa réputation , était ua ruisseau traversant la ville. Les curiosités que renferme cette ancienne place, sont en grand nombre.

Le 28 (i4)j je me rendis à Tirlemont. Cette cité , célèbre autrefois , ayant été ruinée par les guerres , n'est plus qu'une espèce de village*

Près de Tirlemont , sur la route de Saint-Tron j se trouvait un ermitage que je visitai. Le soU-

(1) C'était lin corps de troupes légères qui, ayant été formé d'habitants du pays flamand , du départrnient du Nord, fut, par la suite, amalgame dans la 24°'* demibrigade de la même arme.

Ï794- ^^i^'^7 <ï^*i parlait assez Lieu français, eut la corn»- 4n II. plaisance de me montrer son petit manoir. Je remerciai ce cénobite , et continuai ma marche. Le 29 (i5) , j'arrivai à Saint-Tron.

Le 5o (16) , je me transportai à Tongres, ville bâtie sur une éminence, qui était jadis considérable, et qui n'a plus rien d'extraordinaire. Le quartier - général de l'armée de Sambrc et Meuse s'y trouvait. Je demandai mon corps; on m'annonça que le 5'"^ bataillon du Nord était à Diuant. L'on m'expédia de suite une feuille de route.

Je couchai dans une chaumière à peu de distance des faubourgs.

Le i^*^ jour sans - culotide (17 septembre), je me rendis à Liège. L'armée ennemie était à la Chai'treuse, sur la rive droite de la Meuse , et les Français sur la rive gauche à la citadelle. De ce dernier heu on élevait chaque soir un ballon (i) , dans lequel se plaçait un officier de l'état-major, pom' observer les mouvements des Autrichiens, dont il donnait avis au moyen de papiers renfermés dans des boîtes de fer-blanc, qui glissaient le long d'une corde.

La ville est immense, les routes qui y abou-

(i) Dans ceUe campagne , les Français s'étaient servi d'un nouveau moyen , dans l'art de la guerre , qui ne s'est pas reproduit depuis. On faisait élever au-dessus du champ de bataille , un ballon qui était retenu à une hauteur médiocre , d'où un aréonaute observait tous les mouvements de l'ennemi , et indiquait au général les points sur lesquels il devait porter des renforts.

tissent sont fort belles ; ses mines de cliarbon ^^a^. de terre et ses fabriques d'armes sont renommées, an u. Je restai trois jours à parcourir les édilices publics. J'allai voir toute la partie occupée par les Français jusqu'aux vedettes ennemies, qui étaient en faction dans les rues sans faire feu , d'après une comention arrêtée entre les généraux des deux partis.

Le 4"^^ joi"' sans - culotide (20), je couchai à Hui , pays situé entre des collines le long de la Meuse.

Le 5 (21), je continuai ma route sur Namur, protégé par un château-fort. Sa coutellerie est en réputation.

Le i*^' vendémiaire (22) , je gagnai Dinant, où an ui. se trouvait l'état-major du 5™^ du Nord ; l'on m'accorda un séjour, pensant que je serais mieux qu'au bivouac.

Page 1