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CHAPITRE III

Le i4 septembre, le bataillon partit et gagna 1791. Rethel dans la jom^iiée. Je ne manquai pas de parcourir tous les quartiers de cette ville , car c'était la première que je voyais depuis que j'étais au service militaire. Xe pris la résolu tioa de faire un cahier pour y inscrire tout ce qui pourrait fixer mou attention et piquer ma curiosité (i).

Le 1 5 y nous continuâmes notre route , et nous arrivâmes au Chesne, qui est un bourg. Je logeai chez un chirurgien qui avait voyagé ea Espagne. Ma grande jeunesse kii ayant inspiré de l'intérêt pour moi, il crut, par prudence ^ devoir me prévenir que, dans les garnisons où je pourrais me trouver, je devais éviter les sociétés dangereuses. Après qu'il eut terminé ses observations , j'allai me coucher ; mais je ne dormis pas tout de suite : la tête encore

(1) Je n'entrerai pas clans tous les détails des beautés ou singulai'ités que j'ai rencontrées dans chaque yille. Ayant presque toujours eu à la main le Dictionnaire géographique par Yosgien , 1 vol. in-S" , je me dispense de retracer les descriptions qu'il en donne , puisque sou- Teat je ne formerais quun double emploi.

1791- remplie des conseils que mon liô te m'avait donnés, je me livrai à de profondes réflexions. J'avais été élevé chez mes parents qui avaient toujours veillé sur moi, sur ma conduite ; je n'avais point eu à craindre les pièges, tous les dangers auxquels est exposé un jeune homme sans expérience , abandonné à lui-même. Toutes ces idées se concentiant dans mon esprit, me firent prendre îa résolution de me conduire sagement, de bien remplir mes devoirs , de me concilier l'estime de mes chefs et l'amitié de mes camarades.

A cette époque , la Convention qui voulait changer la face du gouvernement , prescrivit de se servir du litre de Citoyen au lieu de celui de Monsieur (i).

Les sergents voulant s'instruire , ne négligèrent rien poiu- y parvenir. Nous prîmes ini instructeur qui nous donnait deux leçons par Jour ; l'une de 6 à 7 heures du matin , que de 9 à 10 nous répétions aux compagnies; l'autre de 2 ko, que nous rendions de même, de 5 à 6 heures du soir. En peu de jours , nous marchions et nous faisions assez bien le maniement des armes.

La nuit , j'apprenais la théorie ; bientôt , je la sus entièrement par cœur. L'adjudant-raajor

(1,) La Constitution des 3 et i4 septembre 1791 , titre 3, chapitre i*"", section 2, article 2, de'signait les conditions nécessaires pour être citoyen actif ; depuis cette époque , on se servait envers les hommes , de la qualilication de Citoyen à h place de celle de Monsieur.

( -5) ^s'adressait souvent à moi , daus les assemblées d'instruction qui avaient lieu chez lui , pour me faire expliquer certains articles que d'autres ne pouvaient réciter. Je m'en acquittais toujours à la satisfaction de cet officier , ce qui était pour moi autant de motifs d'émulation et d'encouragement.

Lorsque nous sûmes l'exercice , le mauvais temps étant venu , on suspendit les manoeuvres . Le volontaire Guérin et moi , nous obtînmes une permission de 4 jours pour aller à Sedan. Nous avions l'intention de voir cette ville ^ d'en observer les beautés et les fortifications,,

Nous louâmes un cheval sur lequel nous montâmes alternativement. Arrivés dans le faubourg , ayant mis notre monture à l'auberge, nous fîmes le tour de la ville. Nous visitâmes le château qui renfermait une grande quantité d'armures, parmi lesquelles on distinguait celle de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle d'Orléans , de Turenne, du grand Gondé, etc. (i).

Groyant avoir vu ce qu'il y avait de plus intéressant dans la place , nous prîmes la route de Mézières. Ne pouvant parvenir le même jom^ dans cette dernière forteresse , quoiqu'elle n'en fut qu'à quatre lieues , notre cheval étant fatigué , nous couchâmes à Doncheri , que nous parcourûmes aussi. Le lendemain , nous étions

(i) Elles font partie des collections dont se compose aujourd'hui le Muse'e d'artillerie à Paris.

lygi. de grand malin à Mézières , que nous examinâmes attentivement ainsi que sa citadelle. Après nous être dirigés ensuite sur Charleville , nous retournâmes à notre garnison , très-satisfaits de notre promenade.

L'aspect de ces villes, dont je ne m'étais pas fait l'idée auparavant, m'occasionna le désir d'entjeprendie d'autres voyages , pour pouvoir admirer des sites pittoresques , des points de vue , des montagnes , des vallons ou des rivières. Je voulais considérer , dans chaque endroit , différentes curiosités qui ne peuvent être réunies dans un seul ; remarquer des bâtiments de diverses espèces, amionçant le bon goût de leurs auteurs , ou des architectes qui les avaient di-; rigés. Je brûlais d'envie d'observer les usagesf variés , quelquefois bizaires ou ridicules , des peuples chez lesquels on habite. J'aspirais, en un mot , à avoir connaissance et à me rendre raison du caractère des hommes de chaque pays ; de leur couleur , de leurs mœurs , de leurs costumes, pour les comparer les uns avec les autres.

La soeur d'un tonnelier qui avait demeuré long-temps chez mon père , vint me demander dans mon logement ; elle m'engagea à aller trouver son frère , en disant qu'il en aurait beaucoup de joie. Je l'accompagnai le lendemain, après en avoir obtenu la permission. Je restai trois jours auprès de ce garçon, qui ne pouvait marcher , ayant mal à une jambe j je reçus

( '7 ) de lui et de sa famille toute sorte d'honnêtetés. 1791. L'on me régala aussi bien qu'on puisse l'être dans un village.

JVous reçûmes , quelques jours après mon retour , l'ordre de prendie nos quartiers à Rozoisur-Serre et k Moncornet ( Aisne ).

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