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CHAPITRE IV

ijgio Le io octobre, en partant par un assez mauvais temps , nous traversâmes Mézières et couchâmes à CharleviJle j où nous fîmes séjour.

Le 12, nous nous rendîmes à Aubigni.

Le i3, nous arrivâmes à Rozoi-sur-Serre , où les grenadiers avec le demi-bataillon de droite cantonnèrent , taudis que le reste du corps occupa Moncornet.

Le maître de la maison où je logeai , était grand chasseur, ou, pour mieux dire , braconnier déterminé II allait toutes les nuits se mettre à l'airùt , et avait une passion prononcée pour ce genre d'amusement , qui l'exposait chaque jour à une punition sévère.

Plusieurs sergents et moi, nous mangions chez un pâtissier qui avait beaucoup de complaisance pour nous. En récompense , je faisais beaucoup valoir la marchandise de ce brave homme ; et quand l'heure arrivait où l'on défournait les petits pâtés, j'en connaissais le prix (i).

Le corps manoeuvrait sous des hangars ; nous

(i) Un jeune homme de Damerl , nomme' Ilusson George, vint, comme volontaire, rejoindre le 4""^ <le la Marne.

( 19 ) étions, comme de vieux soldats, familiarisés i^gi, au maniement des armes. J'éprouvais une grande satisfaction dans ce nouveau genre de vie. J'avais pour chefs des personnes raisonnables , des camarades , des amis qui possédaient les mêmes goûts que moi. Mon plus grand plaisir était de commander , le dimanche , la garde à la messe militaire ; ce qui m'arrivait souvent.

A cette époque , je pris un maître d'armes , pour me fortifier dans la pointe.

Le i^*" janvier, j'obtins une permission d'un 1^92. mois , afin d'aller chez mon père.

Le 2 , je me mis en route avec un sergent pour Neuchàtel.

Le 5 , ne pouvant suivre mon camarade qui marchait plus vite que moi, je m'arrêtai à Brimont , où je couchai chez un ami de mon père.

Le 4 ? j'allai saluer mon oncle Dclair . Le même jour , je traversai Reims ; ensuite je me dirigeai sur Dameri , où je racontai à ma famille tout ce que j'avais vu d'intéressant depuis mon départ de la maison.

Voulant faire une promenade , je partis mi dimanche pour Epernai , dans ime carriole où était ma sœur aînée. Le cheval était très-ombrageux. Lorscjuc nous arrivâmes sur la chaussée, vis-à-vis de la 'Fosse - Tournisse ( il y avait dans cet endroit trois ou quatre pieds d'eau), le limonier eut peur , rabattit à droite pour s'en retourner à l'écurie. La voiture qui se trouvait près du bord , dégringola : elle se-

i'^cji. rait tombée dans la fosse, si, par un bonheur inattendu , nn arbre de la circonférence d'un pied , qui se trouva entre le brancard et la roue , ne l'en eût empêché. Ma sœur , surmontant la trayeur ordinaire à son sexe , ne s'épouvanta point du péril. Je sautai à terre, la pris dans mes bras et la descendis. Quand elle fut en sûreté, je m'occupai de dégager la charrette: l'ayant remise sur la levée , et étant remontés , nous passâmes sur le glacis , où le cheval , dans plusieurs endroits , fut obligé de nager. Nous commettions une imprudence d'autant plus grande, cpse l'équipage pouvait être entraîné par le courant , comme cela est arrivé plusieurs fois. Etant allés à Epernai , nous nous amusâmes beaucoup. Nous revînmes par Dizi-la-Rivière et Gumières , pom* avoir moins de danger à courir. Chaque jour me procurait de nouvelles jouissances , et semblait s'écouler avec la rapidité de l'éclair.

Il y avait alors dans notre ville , un détachement du i^'" bataillon de l'Yonne. Je fis la connaissance des sergents, avec lesquels je passai quelques moments agréables.

Le i^"" février, à l'expiration de mon congé, après avoir dit adieu à mes amis , à mes parents et à ma famille , je m'acheminai vers Reims.

Le 2 , je me transportai à Neuchâtel.

Le 5 , j'arrivai à Rozoi ; j'y revis mes camarades , et repris mes habitudes.

On donna l'ordre de se diriger vers Rocroi i^ga. ( Ardennes ) , afin d'y tenir garnison. Tout se disposa pour ce départ. J'étais fort content d'aller dans une place de guerre , et d'y faire le seiv vice avec la troupe de ligne.

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