‹ HistoireChapitre 39 sur 117 · CHAPITRE XXXIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIY

Le 13 brumaire (6 novembre) , la 9"^*^ demi- 1^95^ brigade fit un mouvement. Après qu'elle eut as xv. quitté les retranchements de Dusseldorf, qu'elle eut marché une lieue , elle vint rejoincbe sa position du matin.

Le 16 ( 7 ) j elle partit du camp et coucha à Oppladen.

Les 1 7 et 1 8 ( 8 et 9 ) , le corps s'était porté sur la Sieg , auprès de laquelle il bivouaqua. On voyait , sur la montagne qui domine Siegbourg , l'abbaye de bénédictins réservée aux nobles ; elle était placée au centre de ses propriétés, dont la ville, située au bas des vignes, taisait partie.

Le 2 frimaire (23 novembre) , le corps leva le camp , à une heure après minuit , pour passer le Rhin à Duytz , sur le pont volant , afin d'aller cantonner à Cologne , où nous arrivâmes dans la matinée , n'ayant eu que 6 lieues à parcourir.

Nous fûmes distribués sans billets , attendu que , selon l'usage de cette grande cité , un capitaine de quartier était chargé de la répartition des militaires.

i-qS. ^^1 ^^ plaça chez un marcliand épicier en gros J Al, lY. mon lot ne tut pas des plus mauvais, ce qui ne doit pas étonner : car un fourrier , après s'être assuré de la bonté du logement de ses supérieurs , ne manque pas d'apporter une attention scrupuleuse pour le sien. Mon hôte me reçut trèsbien ; il me donna une petite chambre. Je me vis enfin agréablement casé pour l'hiver. Je me trouvai ensuite aux distributions de vivres. Après m'être convaincu que tous les hommes de la compagnie avaient ce qui leur convenait* je rentrai au logis. Je m'aperçus C[u'il y avait trois demoiselles tort jolies. On pouvait Iciu^ faire rai)pIication de ce quatrain :

« Oui , les trois Grâces étaient sœurs j » Ou retrouve ici leurs modèles :

« Heureux qui fixera leurs cœurs !

« Plus lieureux qui vit auprès d'elles! »

Je m'occupai alors de l'emploi de mon temps , voulant profiter de notre tranquillité pour m nis- Iruire.

Je pris un maître de langue allemande, qui mo procura les livres convenables. Je me transportais chez lui pour recevoir ses leçons. Il reniai qua que je taisais des progrès raj)ides : car je parvins, à l'aide de la grannnaiie de iVleidinger , à traduire de suite des thèmes et des versions. Pour la prononciation, je m'exerçais dans mon logis. Je donnais souvent lieu de rire aux personnes à qui j'adressais la parole , par les fautes que je commettais, sans que cela me décourageât.

( 2iii )

Les assignats avec lesquels on nous payait, i^c)j. étaient cîeverus comme nuls : car un habitant me an iv. proposa de m'échauger 10,000 irancs de ces valeurs pour la somme de* 9.0 Iraucs en or, q\\e je refusai. On ajouta à la solde de la troupe, en sus de ce papier-monnaie , 8 francs par mois , en argent y h chaque officier, sans différence de grade, et 5 francs à chaque sous-oificier et soldat.

Le 2 5 frimaire (16 décembre) , l'ennemi ayant opéré un mouvement, nous reçûmes l'ordre de partir de suite. Je n'eus que le temps d'adresser mes adieux à mon hôte et à sa famille, dont j'avais reçu beaucoup d'honnêtetés.

Nous nous rendîmes sur le bord du Rhin , en face de Neuss.

Quelques jours après , nous rétrogradâmes sur Cologne , où l'on nous prescrivit de retourner dans nos logements respectifs.

Le 5o frimaire (21 décembre), un parlementaire autrichien, envoyé par le générai Ciairfait au quartier-général français, fut chargé de proposer un armistice (i).

Durant le temps que je restai dans Cologne , je ne manquai pas de visiter l'arsenal ; il était rempli de toutes sortes de machines qui avaient servi à l'attaque et à la défense des Romains, des Ger-

(1) Les généraux français , disent les Victoires et Conquêtes, s'attendant à être attaqués cliaudemeat , furent grandement surpris de cette proposition, qu'ils acceptèrent sur - le -champ.

i^g5. maius, des Gaulois. La singularité de leur congés IV. truction , leur ancienneté , les rendaient bien respectables à mes yeux. II y avait environ aoo pièces d'artillerie de tous calibres , parmi lesquelles on en montrait une d'argent mêlé de bronze.

Ce qui m'a le pins frappé, parmi les raretés tant aiiciennes que modernes dont cette célèbre ville se trouvait amplement munie , c'était que tout corps d'état avait un local où il se rassemblait, afin de délibérer sur les choses importantes concernant l'ordre et la tranquillité des habitants. Chaque salle renfermait , par vénération pour ceux qui s'en étaient servi , les piques , hallebardes , lances , cuirasses , brassards , cuissards , cottes de mailles , gantelets , casques , sabres , épées , arcs , flèches , etc. , dont les anciens Colonais faisaient usage pour défendre leur liberté contre d'autres peuples qui voulaient les asservir. Le soin que l'on donnait a toutes ces vieilles armures , me pénétrait d'admiration pour cette nation si attachée aux principes de ses ancêtres.

Une chose qui m'a étonné, c'est qu'un juif qui se présentait à mie barrière de cette capitale , où la religion catliolique seule était soufferte, payait le droit comme une bête à pieds fourchus.

Mon capitaine m'annonça que le chef de bataillon, le citoyen Augros, ayant entendu dire du bien de moi, serait fort aise de me connaître.

J'en témoignai ma surprise ; mais il m'engagea à i ngS. lui faire une visite , ajoutant que la protection an iv. d'un oificier supérieur ne pouvait qu'être favorable à un subordonné. En conséquence , je me présentai chez le commandant, qui me reçut trèsbien. Il me lit plusieiu's questions , me dit d'aller le voir quelquefois. Soit crainte d'être importun, soit timidité, je n'y retournai plus.

Ayant parcouru tous les édifices publics, j'avais satisfait ma curiosité sur les objets qui présentaient de l'intérêt dans cette ville électorale.

Le i5 nivôse (5 janvier) , à minuit, la 9°^* i^jgô, demi-bri«ade reçut l'ordi-e de se mettre en route. Il y avait un soldat de chaque compagnie , d'ordonnance au corps-de-garde de la place; celui de la nôtre vint m'éveiller , en annonçant qu'à une heure il fallait que tous les fourriers fussent réunis à ce poste , d'où ils devaient partir avec l'adjudant-major.

Le 16 ( 6 ) , nous marchâmes par un temps si obscm-, que nous ne voyions rien à quatre pas devant nous.

En ma qualité de fomrier provisoire, je faisais partie de l'avant-garde qui se dirigea sur JNeuss, pour préparer les logements.

Le 17 (7) , nous allâmes à Crevelt.

Le 18 ( 8 ) , la compagnie s'achemina vers Wachtendonck , petite ville à deux lieues de Gueldres , où eUe prit son cantonnement.

Rapport sur les quartiers d'hiver :

179^* Bruxelles^ le 20 nivôse (lo janvier).

iiS IV.

« Les troupes de l'armée de Sambre et Meuse, » commandées par le général Jourdan , sont en » mouvement de tous côtés pour prendre leurs » quartiers d'hiver; en conséquence, les divisions » des généraux Lefebvre et Grenier , qui se trou- » vaient dans les environs de Bonn, descendent h sur Cologne , afin de faire place à d'autres » troupes venant des environs de Coblentz. Le » quartier - général de l'armée va être transféré à » Bonn,

» Du côté de la rive droite du Rhin, la sus- » pension d'armes a eu lieu aux mêmes condij> tions : \n\ adjudant-général républicain a eu » une conférence avec le général Keumayer, ))dans laquelle on est convenu des points sui- » vants ; savoir :

» Que la rivière de la Sieg servira de démarca^ » tion aux Autrichiens , et la Wupper aux Fran- )) çais , de telle sorte que le terrain qui se trouve » entre ces deux rivières , ne sera occupé par » aucun des partis. Ou ne pourra recommencer » les hostilités qu'après s'être prévenu lo jours ij d'avance ; en conséquence de ces arrange- » ments , les Français ont déjà abandonné le » camp retranché qu ils avaient au - dessus de » Dusseldorf , et ils concentrent leurs troupes » dans cette ville et ses environs. Cependant ils » continuent avec la plus grande activité à tra" » vaiiler aux fortifications de cette place, afia

» de la mettre dans un état de défense respec- i-nG. » table. ». AN IV,

D'après la situation des choses, nous paraissions disposés à hiverner dans ce pays (i).

( I ) Voici les dates avec les lieux occupés par une partie de la demi-brigade, depuis son arrivée au camp de Dusseldorf , le 3o vendémiaire ( 28 octobre ) , jusqu'au 18 nivôse (8 janvier), qu'elle entra en cantonnement dans les environs de Crevelt ;

Le i5 brumaire ( 6 novembre ) , quittant le camp , y rentrant le même jour.

Le 16 ( 7 ) , on coucha à Oppladen.

Les i;7 et 18 ( 8 et 9 ) , en marchant pendant ces deux jours, ou arriva à Sieghourg, où l'on bivouaqua.

Le a frunaire ( 23 ) , quittant le bivouac à une heure du matin, on passa le Rhin à Duytz, afin d'aller loger à Cologne , dans la section H.

Le 16 nivôse ( 6 janvier ) , on se rendit à Neuss.

1^6 ^7 ( 7 ) ? ^^ Crevelt.

Le 18 ( 8 ) , à Tunisberg : les compagnies furent di-» visées par cantonnements, dont une logea à \^ achtendonck.

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