A.\ IV
1706. " l>acli, position non moins formidable que la » première, et où le piiuce de Wurtemberg s'é- » tait renforcé de troupes fraîches.
» Obligé de séjourner le 1 5 ( 3 ) , pour don- » ner du repos à la troupe , et le temps nécessaire » aux convois de subsistances d'arriver , je me » bornai, ce jour, à faire faire une forte recon- M naissance : elle était commandée par le général » d'Hautpoult ; il chassa l'ennemi de Weyerbusch, » et poussant en avant jusqu'aux hauteurs d'Al- » tenkirchen , il découvrit le camp ennemi , que » plusieurs habitants du pays lui assurèrent être » de 20,000 hommes.
)^ Le i(î (4), à 4 heures du matin, l'avant- » garde du général Leiébvre avait ordre de se » mettre eu mouvement , et de diriger sa marche » sur Al tenkirchen ; il était chargé d'attaquer » cette position.
» La tète de la 2"'^ division, aux ordres du gé- » néral Colaud, devait suivre, à une demi-lieue , » la queue de celle du général Lefebvre, et se » mettre en bataille, en seconde ligne, dans la » position en avant de Weyerbusch , dès que la » première commencerait son attaque , afin de la V soutenir.
» Le général Lefebvre ciJbuta d'abord tous les » avant-postes de l'ennemi, et dès qu'il eut débou- » ché sur les hauteurs opposées à celles d'Alteukir- » chen, une canonnade des plus vives s'engagea » de part et d'aiUre. Le général Lefebvre , à qui » la position de l'ennemi était parfaitement cou-
( 25d ) » nue, pour y avoir combattu Tannée dernière , in^^Q, » partage aussitôt sa troupe en trois colonnes , an iv » donne le commandement de celle de gauche au )) général Souk , celui de la droite au chef de la I) 25'"^ demi-brigade d'infanterie légère (le citoyen » Brunet ) , et , de sa personne , reste à celle du » centre av/ec le général de brigade Levai. Les » deux colonnes de droite et de gauche avaient » ordre de déborder les ailes de l'ennemi , de les w tourner ; la colonne du centre était chargée de » l'attaque de front. Toutes ces dispositions s'exé- » entèrent avec le plus grand ensemble. Partout » on entend battre la charge s partout on voit » gravir les colonnes sur des hauteurs presqu'ina- » bordables : partout enfin l'on voit déployer la » plus grande audace et la plus grande intrépi- » dite. L'ennemi oppose à cette attaque la plus ») vigoureuse résistance ; mais enfin la baïonnette ») triomphe, et des charges de cavalerie exécutées » à propos et avec valeur , achèvent sa défaite , » qui bientôt se change en déroute la plus com- » plète.
» Trois mille prisonniers , parmi lesquels se » trouvent les trois bataillons du régiment de Jor- » dis en entier, avec leur colonel et tous leurs offi- » ciers, quatre drapeaux , douze pièces de canon, »> quantité de caissons d'artillerie , partie des équi- »> pages tombés à notre pouvoir, sont les tro- ») phées de cette éclatante journée. Ce combat n'a » duré que deux heures, mais il était d'autant » plus vif et plus sanglant pour l'ennemi. On ne
( 254 ) infG. " vit jamais infanterie marcher et attaquer aveÔ AN IV. " pl^'s d'ordre, et jainais cavalerie ne mépriser » davantage l'ennemi.
» La division du géncial Colaud , rangée en se- » conde ligne , n'a pu être que témoin du com- » bat; mais l'ardeur que les troupes manifestaient » pour en venir aux mains, était le sûr garant » qu'elles auraient pareillement triomphé , s'il » avait été nécessaire ou prudent de contenter » leur désir.
» Demain, je continue ma marche, j'espère en » annoncer le résultat par de nouveaux succès.
« Sigjié Kléber. »
On fit l'appel sur le champ de bataille. On remit l'état des hommes qui avaient disparu pendant l'action, et dont, potir la plupart, on ne connaissait pas le sort , ignorant s'ils étaient tués ou blessés.
Nous partîmes de suite, et bivouaquâmes sur la route.
Le 17 prairial ( 5 juin ) , nous arrivâmes à Hcicheiibourg, et occupâmes la plaine de Rosbach.
Le 18 ( () ) , nous nous rendîmes sur la Lahn , à une lieue à gauche de Limbourg , où nous restâmes.
Le 27 ( 1^ ), nous prîmes les armes avant le jour, pour nous porter sur Wetzlar ; nous étions devant cette ville à 8 heures du matin , par un temps fort nébuleux.
Le combat était engagé près de l'abbaye d'Altenburg, et l'ennemi présentait une détense im-
posante. Le général Lefebvre demanda, de suite, 1796. douze hommes par compagnie , pour aller en an iv. tirailleurs. Je me trouvai compris dans ce nombre. Les Impériaux s'approcliant , nous commenri\mes aussitôt le feu, et nous les poussâmes hors du monastère, où Von sonnait le tocsin. J'allai sur la grande route de cette abbaye à Wetzlar ; un nombre immense de cavaliers ennemis s'y portaient. Nous étions environ dix fantassins réunis, qui appartenions à plusieurs corps. Nous convînmes de ne point nous quitter, et de tenir en échec la cavalerie. Je fus désigné pom' commander ce peloton. Nous tirâmes beaucoup de coups de fusil. Taadis que nous étions attentifs à ce qui se passait devant nous , des grenadiers hongrois venaient à la faveur des grains , dans lesquels ils se courbaient , pour nous déborder et nous surprendre. Quand nous les aperçûines , nous voulûmes les éviter : les blés en étaient tout remplis. Derrière nous, existait un revers de montagne, formant une excavation considérable , où mes tirailleurs se retii'aient en passant par-dessus une haie. J'étais occupé des ennemis. Remarquant aussi que mes dix hommes atteignaient le ravin , je voulus, encourant, les rejoindre. La pluie, tombant en abondance , fut cause que je glissai en voulant franchir la haie; j'y restai accroché, et je faillis être lardé à coups de baïonnette par les grenadiers , et sabré par les cavaliers qui me pour-, suivaient. Dans ce moment , je tombai à plat ventre, en dégringolant sur la terre humide^ J'é-.
( 256 ) I796- t^îs couvert de boue; j'avais le visage arraché. Je AH IV. me levai difficilement , ayant le corps tout disloqué. Je voulais suivre mes camarades ; pendant le temps que je mis à nie relever, ils disparurent. J'entrepris de gravir vis-à-vis , voyant que le danger était immi^ient. Après avoir atteint environ moitié de la butle , c[ui avait peut-être 5o pieds de hauteur, je fus contraint de glisser sur mes mains, n'ayant point assez de force pour me porter jusqu'en haut. J'essayai de remonter; mais les coups de fusil partaient d'une manière si multipliée, que je culbutai jusqu'en bas , sans espoir d'échapper, Je ne vis plus d'autre moyen que de me rendre, Je me tournai vers les Autrichiens qui étaient en bataille à l'endroit d'où je sortais. J'avais peutêtre fait quatre pas : je distinguai un petit sentier qui conduisait, par xme sinuosité, au haut du ravin du côté des Français ; je m'y précipitai; j'eus le bonheur d'être aussitôt couvert par un roc qui me mit à Tabri. Ma botte gauche était coupée près de la semelle, par une balle. Ne cherchant qu'à rejoindre les tirailleurs , je me rappelai que mon fermier de Ralingen avait rempli mon bidon d'eau-de-vie ; je la bus, en courant, sans en laisser une goutte. Cette liqueur avait tellement ranimé mes forces, que je me sentis tout-à-coup délassé et plus vigOLU-eux qu'avant le combat. Ayant gagné le coin d'un bois , je parvins à la demi-brigade qui avait fait un mouvement. Je m'assis à terre. Je pris mon havre-sac par les coins, je jetai tout ce que j'avais de butin, ne conservant
(=57) qu'un demi-pain avec mon dictionnaire géogra- \-q6. pliique. J'aperçus près qu'aussi tô t , entre les pieds a.n i\. des arbres , grand nombre de hussards ennemis , filant dans les bois en tirailleurs , et qui allaient nous surprendre; j'en prévins mes camarades. A l'instant, une fusillade s'engagea. La journée se passa entièrement en combats plus meurtriers les uns que les autres. Le soir , les Autrichiens avaient reçu un renfort de cavalerie si considérable, que nous rétrogradâmes précipitamment à travers les forêts, sans suivre de chemin direct. Plusieurs fois , les pelotons furent obligés de se retourner pour faire feu en arrière. Les Lnpériaux avant perdu notre trace, on lit halte pour donner à la troupe le temps de se rallier.
Rapport de la bataille d'Altenburg :
Au quartier-général , à Montabaur, le 29 prairial (17 juin).
Le générai en chefJourdcm au directoii^e exécutif.
« Citoyens directeurs,
» J'ai l'honneur de vous prévenir que ce que 5) j'avais prévu est arrivé : l'ennemi , après avoir » rappelé de la rive gauche du Rhin sur la rive » droite, la presque totalité de ses forces, l'ar- » chiduc ayant augmenté sou armée de quelques » corps de celle de Wurmser , s'est porté sur la » Lahn, avec des forces beaucoup plus considé- » râbles que celles que j'avais {)u y réunir, et » profitant de l'avantage qu'il avait de pouvoir »>. faire son mouvementbeaucoup plus prom j)tement y que moi, il s'est élevé sur la Haute- Lahn , dp
( 258 ) i-jc^e. n manière que lorsque j'ai voulu faire passer, le .\x IV. » 9.y (i5), du côté de Wetzlar, l'avaut-garde , M le général Lefebvrc qui la commandait, a été » attaqué par un gros corps cVarmée ; ce brave » général n'a pas cru devoir se retirer sans comw battre, et il s'est engagé ime afTaire des plus » vives, sur laquelle je ne puis pas encore vous » donner des détails. Je vous adresserai inces- » samment le rapport de ce combat, où l'ennemi, » quoique quatre fois plus fort que le général » Leiebvre, a perdu beaucoup plus de monde )> que lui. Notre perte peut s'élever à aSo ou » Doo tués , blessés ou prisonniers. Le nombre des )) derniers est peu important , et nous en avons )) tait un assez grand nombre. Quatre pièces de » canon sont restées au pouvoir de l'ennemi , qui » les a chargées avec une impétuosité incroyable ; » mais qui ne s'en est emparé qu'après avoir es- » suyé des décharges à mitraille.
» Cet événement ne m'aurait pas empêché d'at- » taquer l'ennemi le 29 (17), comme l'armée » en avait déjà l'ordre, si je n'avais pas été ins- » truit que des forces considérables s'élevaient » sur ma gauche. Je n'ai donc pas cru devoir » compromettre le salut de l'armée, et j'ai or- » donné la retraite. Le général Kléber se retii-e » sur la Sieg , avec une partie de l'armée , et je )) me retire sur la rive gauche du Rhin, avec » l'autre partie.
>' Je ïne rendrai demain à Coblentz , d'où je >) vous adresserai des détails , et vous ferai con^r
») naîlrc les dispositions que je ferai. Il ne m'est jn^e. » pas possible de vous écrire plus longuement a> iv. '> aujourd'hui.
» Salut et respect.
» Signe 3 ovKDAfi. »
La troupe harassée, se disposa néamnoins à se mettre en route (i).
(i) Voici les dates avec les lieux occupés par une portion Je la loS"^, depuis sa réunion, le i5 prairial ( 3 juin ) , jusqu'au soir de la bataille de l'abbaye d'Altenburg, le 37 ( i5 ) :
Le 16 prairial ( 4 juin ) > bataille d'Altenkirchen.
Le 1 7 ( 5 ) , après avoir traversé Hachenbourg , on arriva dans la plaine de Rosbach.
Le i.S (6) , on bivouaqua à une lieue de Linibourg, sur la rive droite de la Lahn.
Le 27 ( i5 ) , on se rendit en vue de Wetzlar , proche de Tabbaye d'Altenburg , où l'on se battit toute la journée.