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CHAPITRE XL

1796. Dans la nuit du 27 au 28 prairial (du i5t AN IV. au 16 juin), rétrogradant sans relâche, nous gravissions une montagne dans un bois fourré sans route tracée , où , à chaque instant , nous, étions obligés de nous arrêter par rapport à l'épaisseur des buissons. Nous nous tenions par la giberne ou par le pan de l'habit , pour ne point nous égarer dans les profondeurs de la, forêt ; mais la lenteur de cette marche , le profond silence qui régnait, l'incroyable fatigue de la journée, me firent sommeiller debout. Je quittai le vêtement de celui qui me précédait ; quoique dormant , j'allais comme une mécanique remontée.

L'adjudant - major était arrêté , ne pouvant avancer à cause des ronces et des broussailles j je heurtai le derrière de son cheval. L'animal m& donna un si violent coup de pied dans l'estomac, que je tombai à la renverse sur celui qui me suivait.

Je reçus pour secours , de la générosité d'un camarade , un verre d'eau-de-vie , que je ne bus qu'avec beaucoup de difiîculté. N'étant past

( ^6' ) eu état de suivre, à cause de la faiblesse que i^r^e. j'éprouvais , un soldat prit mon fusil , l'autre as iv. mon havre-sac , deux autres me donnèrent le bras. On me conduisit de cette manière pendant environ une heure , jusqu'à ce que j'eusse recouvré l'usage de mes sens. Nous arrivâmes de bonne heure au camp de Limbourg , d'où nous étions partis le matin.

Le 28 prairial (16 juin), au soir, ayant continué la retraite vers Altenkirchen , nous fîmes halte dans un bois taillis, à la pointe du jour. Etant harassé de fatigue , je tombai sans pouvoir remuer. Je ne me suis jamais trouvé excédé à un tel point. Le général Lefebvre vint à passer; il me dit de me déranger. Je le priai de continuer son chemin , en lui faisant observer que , s'il m'écrasait , il me rendrait un grand service. Son cheval sauta par-dessus moi sans me toucher. J'étais alors si ennuyé de la vie , que j'aurais préféré mille fois la juort à cette existence douloureuse.

Après une heure de repos, je me levai. A peu de distance , se trouvait le cadavre d'un \ homme tué , étendu tout nu à terre : il avait les reins coupés par un instrument tranchant , ! qui ne pouvait être qu'une faux ; car son corps j était presque séparé en deux. Les paysans , ! latigués des vexations qu'ils éprouvaient , s'étant 1 révoltés, tombaient à l'improviste sur les Franj rais isolés ou blessés , et en faisaient le plus de I carnage qu'ils pouvaient.

i^gS- Lg 29 ( 17 ) , la 105°"^ continuant sa retraite! AN IV. arriva à Ukeratli, où elle prit position.

Le 00 ( 18) , le i" bataillon du corps fit un.

mouvement ; il fut détaché sur la gauche de,

l'ai'mée.

Le i^'^ messidor ( 19 juin) , avant la pointe du jour, par un très-beau temps , on commença une attaque considérable. Une grande bravoure était déployée par les troupes des deux partis. Cependant la chance des armes fut contraire à ta io5'"^ , qui jusqu'alors avait été heureuse. Le bataillon séparé , s'étant bien défendu , fut presqu'eiuicrement détruit. On fit partir le 2"^^^, qui éprouva le même sort et perdit son drapeau.

Il y eut un grand nombre de tués et de. blessés ; la plus forte portion resta prisonnière.^ Le 3"'*^ , où j'étais , n'avait presque pas donné dans cette affaire. Il demeura en observation^ ' à l'entrée d'une gorge où l'ennemi ne vint pas l'attaquer. Etant sur une éminence , il vit, avec douleur , tous les malheurs réservés à la plus forte partie de la demi-brigade. Il n'était aucun de nous qui n'eût sacrifié sa vie , pour sauver celle de nos infortunés camarades ; mais la distance , la position , l'ordre de ne pas bouger que nous avions reçu , tout s'y opposait.

Copie de "la correspondance que le général Kléber adressa au général en chef Jourdan , pendant cette fatale journce : ..^

AN iv;

Au camp d'Ukerath , le i" messidor ( 19 juin"^. ^yO^* « Il est huit heures du matin , et je suis for- » temciit attaqué sur mon front j si tu occupes » encore les plaines de JN euwied , et que tu n'aies » pas à craindre d'être tourné par Dierdort", » je doute qu'ils osent tenter un coup de vive » force. Je samai , ce soir , si tu l'es retiré » ou non, et, dans ce dernier cas, je serai forcé » de me retirer cette nuit derrière la Sieg, où ^ je tiendrai encore tant que je pourrai , et jus- » qu'à ce que je sois menacé sur nos flancs.

» Je ne pais t'en dire davantage; Tavaut-garde » en est aux mains.

» Signé Kléber. »

Slu- le champ de bataille, en avant d'Ukerath , le i*' messidor ( 19 juin).

« Je te préviens , mon cher camarade , ^que » l'ennemi est venu à deux heures du matin , » pour attaquer dans la position que j'occupais , » avec une vivacité crui ne m'a pas permis de » lui refuser la bataille. J'ai donc promptement » pris toutes les mesures pour le devancer, et s me procurer l'avantage de l'olTensive. Tandis >> que l'artillerie se canonnait de part et d'autre, » j'ai vite disposé trois colonnes ; j'ai donné le >> commandement de celle de gauche au général » Levai , celui de la droite au général Bastoul ; » je me suis réservé de conduire celle du centre. » Le général Richepanse, secondé de l'adjudant- » gé néral Ney , étaient à la tête de la cavale-

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