AS IV
lie ; j'avais chargé le général Colaud de ffiâ réserve , de manière à protéger efficacement ma retraite. Mon attaque a été brusque, l'en-nemi en désordre m'a abandonné les hauteurs où il voulait s'établir, et une pièce de 7 , qu'il avait renversée. Bientôt des troupes fraîches se sont avancées , leur cavalerie s'est alors ralliée, et se portant sur noire droite et sur notre gauche , j'ai cru prudent de ne pas m'avancer davantage ^ j"ai ordonné la retraite* L'ennemi se portait sur moi avec des troupes ' qvie les rapports les plus modérés font monter à 4o,ooo hommes ; les bataillons de grenadiers hongrois , toute l'élite de leur infanterie et la colonne qui avait débouché sur Wetzlar , ren- , forçaient l'armée du prince de Wurtemberg : | sa cavalerie était innombrable. Les troupes j sous mes ordres ont fait des prodiges de va- ! leur ; elles en ont imposé par leur contenance fière , puisqu'on me laisse tranquille dans la ! position que j'occupais , et où il m'a paru sage de revenir.
» Je ne puis le dissimuler que j'ai perdu ) du monde , et beaucoup ; je te donnerai de plus grands détails au premier instant de repos. Tu sens déjà la nécessité d'un renfort considérable, pour tenir à Dusscldorf : la cavalerie que je l'ai renvoyée, ne peut me servir > dans un pays trop coupé pour les manœuvics ) qu'elle est habituée de faiie : si lu veux in eu donner^ que ce soit de la légère j mais tache
( 265 ) » de me faire filer une division. Les forces que 1^96. » j'ai en tête consistent , d'après les déserteurs j an w. » en plus de 4o bataillons et une cavalerie de » toutes couleurs , mais innombrable. J'espère » que tu en auras moins en face de toi , et que » tu pourras acquiescer à ma demande. Je n'ai » jamais été plus content des troupes; leur in- » trépidité , leur sang-froid et leur audace n'ont » jamais été plus grands.
M Conformément à ton instruction, je me re- « tire dans les lignes ; ma retraite se fera dans » le meilleur ordre ; j'attends le renfort que je » demande. Je te le répète.^ j'ai perdu beau- » coup de monde , quoique j'aie conservé ma » position : la perte de l'ennemi est , en propor- » tion de son nombre, également très -forte; V aussi parait - il disposé à se tenir tranquille.
» A la nuit close je chemine , et sous peu » je serai à Dusseldorf , d'où je t'écrirai.
» Signé Klébeb.. n
« P. S, Quoique j'aie fait avancer notre ar* » tillerie légère , à portée de pistolet de l'en- » nemi , je n'ai rien perdu ; plusieurs pièces » ont été démontées , mais ramenées au camp. h La bataille a fini à 5 heures après midi. »>
A'^oici l'extrait de ce que disent les Victoires et Conquêtes de la bataille d'Ukerath (i).
» Dan.s la nuit du 29 prairial ( 1 7 juin ) -
(1) Tome 6 ; page 4^ ? ligne 3o , jusqu'à la page 44 ;
( 260 ) 1796. » le géiiéml Kléber avait marché vers Freîien^ AN IV. » gen , et il avait pris une position à cheval w sur la route d'Altenkirchen , s'étendant jus- » qu'à la Sieg. Il avait ensuite dirigé sur » Hachenbou]g les troupes de la division Go- »laud, détachées le 28 (16) à Emerischain , » et la brigade du général Soult ; et le soir il » avait pris position à Ukerath. D'après les ins- » tructions du général Jourdan , Kléber n'avait » point de motif pour s'arrêter à Ukerath , )> puisqu'il ne s'était point aperçu cpic l'archi- » duc lit vm mouvement rétrograde sur ]\Iaycnce. )5 Cependant , au lieu de continuer sa retraite » sur Dusseldorf , ce général eut l'imprudence » de passer la nuit du 5o au i^' (du 18 au 19) » à Ukerath.
» Le 1*^' messidor ( 19 juin) ^ au matin , le » général Kray s'avança , avec l'avant - garde »> autrichienne, forte de 1 1,000 hommes, sur les » avant - postes de Kléber , et les repoussa » jusqu'à la position principale. Le général Klé- » ber se voyant assailli , jugea sagement qu'il » convenait de combattre avec assurance, autant n pour inspirer de la confiance à ses troupes , » qu'une retraite précipitée aurait pu ébranler , » que pour en imposer à l'ennemi. Il fit donc >j avancer son artillerie pour engager une forte » canonnade, pendant qu'il forme] ait son corps » d'armée ; le général Levai reçut l'ordre de se » porter de suite sur le flanc droit du général » Kray , et les brigades des généraux Lorge et
( ^C7 ) » Basloul durent attaquer la gauche; Kléber se 1796. » réserva le coiiiinandcment d'une colonne qui an iv. w formait le centre de sa ligne. Le général Co- » laud, avec une partie de sa division, restait » en intermédiaire pour soutenir Tattaque de )) front , ou celle des deux autres colonnes au w besoin. Le général Ricliepanse et l'adju- » dant - général Ney étaient à la tète de la ca- » Valérie.
» La première attaque répondit aux espérances » du général Kléber. L'artillerie française fit taire )) celle des Autricliiens. Ricliepanse et Ney cul- » butèrent les escadrons ennemis. Les colonnes )j d'infanterie balayèrent le terrain coupé que le » général Kray avait gagné le matin , et forcèrent » les Autrichiens à se retirer en désordre. Le « général Kléber s'avança lui - même à la tête » d'un bataillon de grenadiers et d'une demi- » brigade , marchant sur les deux côtés de la » route. Arrivés devant Kirchrup , les Français » trouvèrent ce village fortement occupé , et » rinfanterie avantageusement postée , avec du » canon , sur les hauteurs en arrière. Il s'engagea » une canonnade assez vive. Vers midi , la ca- M Valérie , commandée par Richepanse et Ney, » essaya nne charge dans laquelle les escadrons ). autrichiens furent repoussés ; mais finfante- » rie , par son feu nourri , éloigna les escadrons » français. Dans ce moment , la colonne du général Bastoul attaquait la gauche de l'ennemi avec vigueur et la forçait de céder.
( 268 ) ingG. >' Alors le général Kray abandonna le vîlîai^c AK IV. « de Kirclirup , et réunit toute son infanteiie » sur les hauteurs , en arrière de ce YÏllage.
)) La troupe que dirigeait personnellement » Kléber , gravit les hauteurs sous le feu de )) l'artillerie , pendant que celles des généraux >' Levai et Bastoul essayaient de les aborder, » chacune de leur côté. Mais les Français trou- )> vèrent sur ce champ de bataille une résis- )' tance digne d'eux. Le général Milius , avec y> quatre bataillons de grenadiers , s'avança à la " baïonnette sur le centre des troupes répu- >' blicaines. Il s'engagea dans cette occasion \\nè » mêlée terrible et opiniâtre , dont on trouve » peu d'exemples dans les annales militaires. >' Mais enfin les Français furent repoussés avec » perte d'un drapeau , et poursuivis par la ca- » Valérie autrichienne , qui tomba en flanc sur » les escadrons de Richepanse, et les força à >) la retraite.
>' Le général Kléber se retrancha dans les po- )) sitions qu'il occupait avant le combat. L'iii- )' fanterie s'y défendit vaillamment jusqu'à la )) nuit , pendant laquelle la retraite continua jus- » que deiiière la Sieg (i). »
Le i^*" messidor ( u) juin), au soi"r , nous nous retirâmes sur la Sieg , comme n'ayant pas
(i) Les jeunes gens de Danieri blesse's dans ce cou'.bat, furent Aton David et Huard Pierre. Les piisonnieis étaient : Dubois cluirlcs , Filaine , Le'pe'e Narcisse , Pre'vôtot^ et Renard.
souflort (Unis la journée, pour défendre le poat ,-q(;. de Siogi)ourg. Quand les débris de la division as iv. lurent passés, l'ennemi ne nous fatiguant pas, nous nous mîmes en route.
Le 2 (20) , nous marchâmes sans être inquiétés jusque sur la \Vupper.
Le 5 (21), nous bivouaquâmes à Oppladen.
Le 4 ( ^'-^ ) 7 enfin nous arrivâmes au camp retranché devant Dusseldorf. On profila du repos que laissa Tennemi, pour réorganiser le corps.
Le général Lefebvre vijit au bivouac passer la revue de la demi-brigade. Il appela en avant du corps , ceux qui dans cette campagne s'étaient distingués. Il prononça un discours analogue à la circonstance , afin d'encourager , de stimuler chaque individu. Il fit battre un ban, d'après lequel il reçut lui-même chacun dans le grade qu'il avait mérité. Je fus nommé fourrier k la 7"^^ du d'"'^ bataillon, en récompense des i4 prisonniers c[ue j'avais faits , le f4 prairial ( 2 juin ) dernier. Elle étail commandée par le citoyen Rodhain, capitaine ; le lieutenant s'appelait Autant , et le sergent-major se nommait Paris.
Le lendemain de ma réception dans cette compagnie , composée pour la majeure partie de vieux militaires du régiment de Navarre , je fêlai les sous-officiers; je les régalai , après la soupe, de verres d'eau-de-vie, chez le vivandier où nous bûmes à discrétion , sans cependant faire d'excès.
1796. Voici le rapport de cette retraite : -^^N IV. Bonn, le 6 messidor (24 juin).
« La prise des anciennes lignes françaises de- )) vant Mayence , par l'armée du Rhin et Mow selle , se coniîi'me de toutes parts. Les nou- )) veaux mouvements qu'on fait faire aux troupes » en sont même, une suite évidente.
1) Les divisions de Championnet et de Ber- 1) nadotte vont se porter sur Dusseldorf , et se » réunir à l'aile droite, commandée par Kléber. )) Les autres divisions qui sont encore dans le )' Hundsruch , descendront progressivement , » tandis que l'aile gauche de l'armée du Rhin » et Moselle les remplaceront daus leurs an- )) ciennes positions (i).
(1) Voici les dates avec les lieux occupes par une portion de la loa'"*, depuis la bataille d'Altenburg , le 27 prairial ( i5 juin ) , jusqu'à son retour au camp de Dusseldorf, le 4 niessidor ( 11 juin ) :
Dans la nuitdu^y au 28 prairial (i5au 16 juin), on battit en rçtraitepour retourner au bivouac proche de Limbourt;.
Le 28 ( i(3 ) au soir, on rétrograda sur Altenkirchen.
Le 29 '17), on prit position dans la plaine d'Vkerath.
Le 3o ( 18 ) , la demi-brigade, détachée par bataillons, fit un mouvement.
Le i*"^ messidor ( 19 ), on se battit à Ukerath. Défaite des \" et 2"'* bataillons de la loS"*. Captivité du commandant Augros , chef du second. Les débris du corps gardèrent le pont de Siegbourg.
Le a ( 20 ) , on continua la retraite.
Le 3 ( 21 ) , on se dirigea en arrière sur Oppîaden.
Le 4 ( 22 ) , on arriva daus les retranchements tracés devant la ville piincipale de l'électeur palatin.