CHAPITRE XLIir
»796- Le 6 fructidor ( aS août), dans la nuit, nous AN IV. entendîmes une vive canonnade au centre de
l'armée; nous vîmes l'horizon rempli de feux.
Le matin , nous commençâmes la retraite.
Extrait de V ordre du général en chef Jourdan , du, 6 fructidor (iS août).
« Le général Lefebvre se mettra en marche ce » soir à dix heures , et viendra prendre position » en arrière de Hirchau, de manière à couvrir M Sulzbach et Harnbach ; il laissera eu arrière , » des troupes légères qui n'abandonneront Nab- M burg, Pereimt et Vernberg qu'à la pointe du » jour , et se retireront ensuite sur la division , » après avoir reconnu les mouvements de l'en- » nemi. Il placera sur son front une avant-garde, >» de manière à être prévenu de tout ce qiii pourra » déboucher de Nabburg , Pereimt et Vernberg , » pour aller à sa rencontre , et à pouvoir se lier >' avec l'avant-garde du général Colaud , qui res- « tera sur les hauteurs en avant d'Amberg. »
Le 7 ( 24 ) , la division se retira de la Nab , prit position entre Jlirchau et Sidzbach.
Le général Kléber se trouvant rétabli , arriva
( ^^9 ) ce joiir-là , et prit le commandement des divisions i noG. des généraux Colaud et Letebvre. in iv.
A oici le rapport qui a été fait de la retraite :
Le général Jouvdan écrit de son quartier- général , le '] fructidor (^^Jj, au directoire exécutif- , la lettre sidvante :
<( J'ai riionnem' de vous prévenir que le prince » Charles est venu, avec un corps de 25,ooo » hommes , se réimir au général Wartensleben , » et a attaqué , le 5 ( 22 ) , le général Bernadotte » qui était à Teining, en avant de Neumarck^ » pour couvrir mes communications , tandis que, » suivant vos ordres , je suivais l'armée du généw rai NVartensleben , sans avoir pu le fprcer à re- » cevoir bataille. Le général Bernadotte donna, » dans cette circonstance, de nouvelles preuves » de talents et de courage , et les troupes sous ses » ordres combattirent avec la plus grande intré- » pidité; mais il fallut céder au nombre, et ce » général fut obligé de se retirer contre Lauflf et » Nuremberg , pour éviter d'être enveloppé.
» Le prince Charles jeta de suite, sur mes M derrières , la majeure partie du corps qui avait » forcé le général Bernadotte à reculer , et j'ai à » mon tour couru les risques d'être enveloppé , » dans un pays où les communications sont ex- » trêmement rares. Ma position et les forces de V l'ennemi ne me permettent pas de combattre » sans compromettre évidemment le salut de l'ar- « mée, çt j'ai fait, la nuit dernière , ma retraite
( '^90 ) ir^ijG )' sur Amberg : arrivé à cette position, j'y ai' xn IV. » Lientôt été attaqué par le général Wartensleben, » de front, et en liane par l'archiduc; j'ai été » obligé de rétrograder jusqu'à Sulzbach, après. » avoir fait la résistance qu'exigent i'iionneur et » les devoirs d'un militaire.
» Je ne peux pas encore vous donner des dé- » tails sur cette affaire. Je ne crois pas encore )) avoir perdu d'artillerie. Je vais partir cette nuit » et me retirer sur Velden , ensuite sur Grsefen- » berg, et puis sur Forcheim, où je me propose » de réunir l'armée.
» J'espère que le général Moreau profitera de » cette circonstance , et que les succès qu'il ob- » tiendra rappeleront bientôt sur le Danul^e , les » forces qui se sont portées sur moi. »
La journée du 7 ( a4 ) étant à moitié écoulée , l'avant-garde s'égara sans route praticable : nous fûmes acculés le long d'im bois, ayant devant nous un marais. I^es militaires, cherchant à se procurer des vivres , n'en recevant aucuns , les jnagasins étant tombés au pouvoir de l'ennemi , virent des ouvertures dans une montagne peu éloignée ; ils y pénétrèrent et y trouvèrent eu abondance de la bière excellente. En peu de temps le camp fut changé^ et devint, d'un lieu triste, où l'on manquait de tout, un séjour d'excès et de gaîté. La marche de l'armée exigeant une prompte retraite , il fallut nous éloigner.
J>fous ne parcourions que des chemins vicinaux,
( ^9ï ) el nous ne voyagions qu'à l'aide des guides. Il 1-96. arriva souvent qu'ils nous trompèrent ; que nous A^ iv. timcs des détours pour nous rendre au point où nous serions arrives [)lus tôt, si nous ne nous lussions pas éeartés de notre direction.
Ejctrait de l'ordre du général en chef Jourdan , du '] fructidor ( 24 ^(oûtj.
« Le général Colaud partira à minuit , et se di- » rigera siu- Hauibach ; il suivra la grande route » de Bayreutli jusqu'auprès de Vilseck , où il la » quittera pour marcher sur Velden, en passant » par Boden , Wagscheid et Mitteldorf ; passera » la Pegnitz à Engentlial, et ira camper à la » gauche du général Grenier.
w Le général Lefebvre partira immédiatement » après la division Golaud , suivra la même route , ♦) et viendra camper à sa gauche. Ces deux géné- » raux feront partir leurs pièces de position et » leurs parcs de réserve, au reçu du présent » ordre, et les dirigeront parla route qui vient » de leur être indiquée.
» Les feux seront allumés comme à l'ordinaire ; » on laissera des postes d'observation pour cacher » le départ à l'ennemi , et les généraux Lefebvre » et Grenier laisseront une arrière-garde qui ne » partira qu'à deux heures. »
Le 8 ( 25 ) , les troupes du général Lefebvre prirent , à gauche de l'armée , un sentier qui passait par Vilseck. Les équipages se rendaient à ydden. Un horrible encombrement avait heu à
1 796» Achten , dont la route était devenue imprati^, AîJ IV. cable (1).
La loS"^*^ arriva dans un village , sur le clocher duquel le tonnerre éiait tombé pendant un orage, lorsque l'on sonnait les cloches. Le leu du ciel avait détniit l'église et plusieurs maisons environnantes. Nous passâmes à travers cette commune, dont les habitants , qui voyaient les Français pour la première fois , n'avaient pas fui , étant encore altérés par les elï'ets de la foudre.
Dans la nuit du 8 et la journée du 9 fructidor ( 25 et 26 aoiit ), la division se transporta à Pegnitz.
Pendant celle du 9 et la matinée du 10 ( 26 et 27), nous nous rendîmes à Bezenstein. Cette marche forcée depuis la Nab, sans vivres, sans chemin ferré, avait exténué la troupe de fatigue.
Le 1 0 ( 37 ) , les corps , pour prendre du repos^ restèrent sur le qui-vive durant le reste de la journée.
Le II ( 28 ) , la division marcha la nuit , arriva sur la rivière de Wisent. Elle prit position, la. droite à Eberraanstadt , la gauche à Weyterbach.
(i) Les Victoires 'et Conquêtes, tome 7, page 18, ligne 8 et suivantes , disent : « C'en était fait , peut-être , » .de l'armée française , si l'archiduc Charles ne se fût » point arrêté à Sulzbach. Très-heureusement ce prince, » occupé à réunir ses divisions , n avait fait suivre lest. >i Français que par quelques coureurs. »
Extrait de l'ordre du général en cliefJourdan , , -qf,, du II fructidor fiS août). ^r. iv.
« Le gcucral KléLer donnera ordre aux deux » divisions qu'il commande, de se mettre enmou- » vement à minuit, pour venir prendre position, » la droite à Forcheim, et la gauche à Eber- » manstadt ; il réunira ses principales forces aux » environs de Forcheim, attendu que le dehou- » ché d'Ebermanstadt est facile à garder ; il fera )) partir , au reçu du présent ordre , un bataillon , » pour venir tenir garnison à Forcheim, et v re- » lever celui de la division Championnet qui y y> est ; il fera pareillement relever de suite les » avant-postes des divisions Grenier et Charii- » pionnet , afin que ces deux généraux aient » toutes leurs troupes réunies le plus tôt possible. » Aussitôt que le gros des troupes du général » Kléber sera rassemblé près de Forcheim , il di- » rigera un corps sur la rive gauche de la Red- » nitz , vers Villersdorf , afin d'attaquer en flanc « les troupes qui sont sur l'Aisch ; il jettera un « détachement sur Hausen , et fera attaquer tous » les avant-postes ennemis sur la rive droite de » la Rednitz. Enfin, il enverra un parti vers Holl- » feld , poiu- observer ce qui pourra venir sur » Bamberg, par la route de Bayreuth.
» On attaquera avec impétuosité , et on char- » géra vigoureusement tout ce qu'on rencon- » trera ; on évitera surtout de tirailler. »
Des soldats manquant de vivres , se répandaient dans la campagne pour y chercher des
1796. subsistances. Les paysans ayant fui leurs habi->
jk> IV. tations, en égorgèrent plusieurs,
La demi-brigade traversa un village dans lequel un combat de l'escorte des bagages du parc français s'était engagé avec des partisans autrichiens , qui voltigeaient sur les derrières de l'armée républicaine. Le résultat de cette escarmouche fut que les caissons sautèrent , que les voitures se trouvèrent brisées , et que cette commune ne tarda pas à être réduite en cendres.
Il restait un four banal, à l'épreuve du feu. Les muniiionnaires de la division s'en étant emparés à notie arrivée , firent promptement du pain ; ils m'en remirent deux ; j'en offris un aux officiers ; je gardai l'autre pour les sous-officiers et pour moi. Il me fut bien doux de pouvoir , dans ce moment , être utile à mes chefs et à mes camarades.
Le ï 2 fructidor (29 août ) , la division descendit la rive droite de la Wisent jusqu'à Forcheim. A 4 heures de l'après-midi, il s'engagea un combat qui , sur le soir , pensa prendre un caractère plus sérieux.
L'ennemi nous harcelant , se disposait à s'emparer de la place. Nous doublâmes le pas pour le contraindre à retarder sa marche. Tandis que l'on mettait l'armée en bataille, appuyée à la ville , on envoya les fourriers afin de recevoir des vivres. Nous com-ûmes aux magasins, que nous trouvâmes vides entièrement.
( açp )