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GIIAPTÏBE XLYIT
Daivs la nuit du 26 au 27 fructidor (12 au 1-96. i5 septembre) , nous passâmes la Lalm. Nous au iv. primes position sur une hauteur, près de sa rive droite. L'ennemi vint attaquer à peu de distance de Giessen ; mais le feu cessa par un accommodement de convenance entre les gardes avancées. Chaque partie conserva un côté de la rivière. Il V eut des pourparlers entre les avantpostes qui j par une confiance mutuelle , burent ensemble.
Le ^7 (lo), lorsque le jour fut venu, on remarquait des hauteurs , très - distinctement , la joie qui existait entre les Français et les Autrichiens qui gardaient les extrémités d'un même pont. ]^e général Leiebvre, en reconnaissant le terrain , voyant cette intimité , fit tirer le canon : chacun ensuite s'éloignant, se mit sur la défensive.
Le 00 (iT)), la journée se passa pour nous sous les armes , sans faire feu , tandis que nous entendions une vive canonnade et une fusillade suivie. Le soir , les étrangers ayant débouché par le pont de Giessen , paraissaient vouloir forcer la ligne. Ils attaquèrent vigoureusement
( 5io ) ï^Qf) ies corps qui se trouvaient devant cette ville. AN IV. Plusieurs pièces de canon les protégeant , faisaient beaucoup de mal aux républicains. Ces derniers n'opposaient que des coups de fusil. Ils n'avaient point de caissons, ou les lein^s étant vides, et ne pouvant se procurer de cartouches, les Impériaux s'aperçurent que leur feu n'était ]^as aussi fourni ; ils résolurent de prendre la montagne d'assaut. Les troupes qui l'occupaient , se battant à la baïonnette , firent rouler des pierres en assez grande quantité. Les Autrichiens lurent repoussés, en ayant eu plusieurs hommes tués et beaucoup de blessés. Une division de ca--' Valérie française parut et sabra les tirailleurs ennemis , ce qui les contraignit à rentrer clans îa place. Le brave général Bonnaud reçut un coup mortel dans le courant de cette affaire. La 10 5'"^ arriva sur le plateau , pour renforcer l'infanterie qui s'y était si courageusement maintenue ; celle-ci avait appuyé à gauche, pendant que les cavaliers exécutaient la charge. L'obscurité mit fin au combat.
L'ennemi resta dans les faubourgs et aux environs de Giessen. Pendant la nuit, des militaires descendirent la montagne par curiosité ; ils rapportèrent que plusieurs kaiserlichs avaient été tués des seules contusions de pierres ; un bon nombre blessés par le même moyen ; et que beaucoup d'autres avaient succombé par la baïonnette des tirailleurs ou le sabre de la cavalerie.
Le i"joT.ir complémentaire (17 septembre), i^cx^ au matin , on permit tacitement aux Impériaux .\m iv. de venir cherclier leurs morts. Nous restâmes toute la journée sous les armes.
La nuit du i^' au 2 (17 au 18) étant close, nous partîmes en silence. Nous allâmes à travers les bois sur Herborn.
Le 5"'* join- complémentaire (19 septembre), la division du général Lefebvre , rassemblée en route , continuant sa marclie rétrograde, forma l'arrière- garde de toute l'armée, et se dirigea vers Altenkirchen , où elle s'établit sur les hauteurs , appuyant sa droite à la grande route.
Le même jour , le rapport de la retraite a été fait en ces termes :
« D'après de nouvelles dispositions qui ont eu « lieu à la suite d'un combat sur la Lalin , et » dans lesquelles les troupes républicaines ont » déployé une bravoure toujours égale , cette » armée s'est repliée , partie sur le Rliin , partie » sur le camp retranché de Dusseldorf. Un corps )) considérable de l'armée du Nord ayant fait sa » jonction avec elle , il en doit résulter immé- » diatement mi mouvement offensif^ cjui lui fera )) recueillir le fruit de ses premières conquêtes. »
A la même date 5 ( 19) , le général Marceau , blessé mortellement , passa parmi les troupes de la colonne en mouvement , porté sur un brancard par six grenadiers. Toute l'armée était dans l'affliction et la tristesse , en voyant cette victime de la ûfuerre.
1796. Voici les rapports qui en ont été faits i
^ ^^' Altenkirchen^ le 5""* jour complémentaire (21 septembre) i « La position d'Alteiikirclien a été de r'eclief » ensanglantée par une action des plus meur- » trières. On ne connaît pas bien tous les détails » de ce combat; mais il paraît, d'après tous les » avis qui nous sont parvenus , qu'un corps de » Français avait pris poste le 2 ( 18 ) , pour cou- » vrir la retraite du reste de l'armée. Le 5 ( 19 ) , » de grand matin , les Autrichiens ont attaqué » cette position, et l'ont forcée, après une résis- » tance opiniâtre et longue de la part des Fian- » rais. L'ennemi ayant pu tout à son aise tourner » la gauche de ces derniers , ceux-ci ont dû aban- » donner le champ de bataille, et battre en re- » traite sur la Sieg. La journée d'Altenkirchen a ■» coûté beaucoup de monde aux deux partis. Le » général Marceau, que je vous avais dit être ici, » se trouvait au contraire à cette action, où il a » été blessé mortellement. »
Autre rapport du même jour:
« A la suite d'une afîaire des plus terribles, rpii » a eu lieu le 5"^^ jour complémentaire ( 19 sep- » tembre) près d'Altenkirchen, l'aile gauche de )» l'armée de Sambre et Meuse a été forcée de » repasser la Sieg. »
Autre rapport du même jour :
« L'armée de Sambre et Meuse, suivant les » rapports authentiques , a 4o,ooo hommes , » dont une forte partie de cavalerie. »
(Si5) Autre rapport : i -^G.
Mort de Marceau j le 5"'^ jour complémentaire ^^ *^- ( 2 1 septembre ).
« Le général Marceau a été blessé à Altiokir- » cheii^ le 5'"" jour coraplénieutaire ( 19 sep- » terabre ) ; i! est mort le surlendemain. Son corps » a été enterré dans le camp retranché de Co- » blentz , au bruit de l'artillerie des deux ar- » raées. »
Le 4**^^ jour complémentaire (20 septembre ) ^ la division du général Lefebvre s'établit en avant d'Ukerath , la gauche appuyée à la Sieg.
Le 5 ( 2 1 ) , nous ne nous arrêtâmes que proche de Cologne, où nous bivouaquâmes sur la rive droite du Rhin , auprès de la route de Mulheim à Bensberg.
Rapport qui a été fait après la retraite :
Retour à Cologne y le i^' vendémiaire f 22 sep- a> v. tembre ).
« L'armée est campée à deux lieues en avant » de Duitz, c'est-à-dire, deux lieues au-delà du » Rhin. La retraite s'est faite avec un courage ^) calme et une fermeté intrépide. Il s'est engagé, )) sur les bords de la Sieg, une action entre les >- avant-postes, dont tout l'avantage a été pour ) les Français. »
Le 7 vendémiaire ( 28 septembre), le général en chef Jourdan donna sa démission ; il partit pour se retirer dans sa famille, après avoir reiaià le comniandcmcnt de l'armée.
Aï* V.
(34) in<^(y. Ce (at le général Beurnonville que le Directoire désigna pour le remplacer.
Au retour sur le Rhin, la loS"^", qui n'avait pas quitté la division d'avant-garde , comptait 1,859 hommes présents sous les armes. Elle avait une augmentation de dix individus , depuis le 29 messidor ( 1 7 juiUet ) , qu'elle était entrée en Francouie.
L'usage , dans cette campagne où l'ennemi fut toujours en évidence, était de faire prendre les armes jusqu'à minuit , à la moitié de chaque corps républicain, tandis que le reste se reposait. Ensuite l'autre portion de la troupe veillait jusqu'au jour.
Le 7 (28), dans l'après-midi, les Autrichiens vinrent attaquer.
Voici le rapport qui en a été fait :
Mulheim , le 8 vendémiaire (29 septembre ).
(( Hier soir, vers les cinq heu '^s, l'ennemi s'est » présenté aux grand'gardes de la division du gé- )) néral Leiebvre , et s'est porté de suite sur la » division Championnet, avec laquelle il a engagé )) une canonnade. L'ennemi avait 1,200 hommes )> à cheval, 2 bataillons et 6 pièces de canon : il 3) a eu quelques blessés , deux officiers tués et )) plusieurs prisonniers. Je suppose qu'il n'a fait )) cette reconnaissance que pour observer un » mouvement que je faisais dans ce moment. »
La jo5°^^ ne fut pas occupée dans ce combat ,• elle fit un mouvement aussitôt après l'action, pour
( ^'3 ) remplacer un bataillon de la 2 5"^^ cViiifantciic lé- i-gQ. gère à Langeiibourg. ai. vi
Le 1 1 ( '2 octobre ) , elle bivouaqua dans la foret de Bensberg , à peu de distance du château de l'électeur.
Pendant notre séjour dans cette position^ nous ne fûmes point troublés par 1 ennemi. Seulement diverses fois, la nuit , les pandoures ou manteaux rouges venaient attaquer nos avant-postes. Après quelques coups de fusil , ils se retiraient sans que la division se mît sur la défensive.
Ayant pendant plusieurs jours éprouvé une grande douleur au pied gauclie , qui s'enflamma , je fus privé de marcher.
Le I o brumaire ( 5 1 ) , à cinq heures du matin , les pandoures surprirent les grand'gardes , et vinrent tomber sur nous sans que nous eussions le temps de nous défendre. Néanmoins les sentinelles avancées avaient , durant la nuit , l'ordre dé se coucher l'oreille contre terre, pour entendre les pas de l'ennemi. La 10 5°'^ se retira précipitamment. Je tâchai de ne pas la quitter; mais ma jambe malade ne me permit pas de suivre les hommes de la compagnie. Voulant me hâter, mon pied ayant frappé contre une souche, je ressentis une angoisse si aiguë , que je ne pus aller plus loin.
Un soldat, appelé Lecourt, de Fleuri-la-Rivière, s'étant aperçu de l'impossibilité où j'étais de me soutenir , m'engagea à monter sur ses épaules , I. ai
( 5iG ) 1796- po"r qi^iG je ne tombasse pas au pouvoir de l'eu- A« V. nemi. Il me dit qu'il se chargerait de me porter jusqu'à Cologne, où il me déposerait à l'hôpital. Le bruit des coups de fusil, le sifflement des balles , les cris des assaillants , répétés par les échos , tout me décida à accepter son offre. Aidé par lui , et appuyé sur mon fagnon , nous parvînmes à sortir du bois.
Nous étions dans la plaine, quand le jour commençait à poindre. Un dragon qui survint , ne sachant pas le chemin , s'adressa à nous pour le lui indiquer. Nous fumes tous les trois aussi étonnés les uns que les autres, en nous reconnaissant ; ce cavalier était le nonnné Boutée, fils du maréchal-ferrant de Dameri.
Le danger étant imminent, il me fît de suite placer sur son cheval, qu'il suivait à pied. Lorsque Lecourt me vit en sûreté , il retourna au corps qui se battait toujours avec acharnement. Mon compagnon de voyage, tout en courant, me dit qu'il allait à Cologne , porter une lettre au général Lefebvre , pour le prévenir que sa division était attaquée.
Arrivé au pont volant, il remit ses dépêches à un aide-de-camp. J'entrai dans le bateau , après avoir remercié ce compatriote du service qu'il m'avait rendu.
Au-delà du Rhin , je confiai mon sac à un pauvre, à qui je donnai quelques pièces de monnaie, pour le porter à l'hôpital, où j'arrivai exténué de fatigue. Ayant reçu les médicaments et les
( 5i7 ) secours nécessaires à ma situation, j'cprouYai un i-q6. mieux sensible. a> v.
Il n'y eut point de rapport de cette échauffourée : alors des propos et des libelles étaient répandus contre les cheis et contre les troupes.
Voici l'extrait d'une lettre du 1 1 brumaire ( i^*^ novembre ), du général Lefebvre, à l'un des membres du Directoire exécutif :
(( "Se croyez pas, cependant, que je sois
)) las de servir dans la brave armée de Sambre et «Meuse; je ne la quitterais qu'avec regret, et » avec le plus profond mépris pour les misérables » folliculaires qui ont voulu ternir sa gloire. »
Jusqu'à ma convalescence , je me livrai de nouveau à la langue allemande.
Le 22 (12), la io5"" demi-brigade, ayant quitté le bois de Bensberg , traversa Cologne pour se transporter dans le Hundsruck.
Voici l'extrait du rapport qui en a été fait : Aix-la-Chapelle, le 4 f''i"i'>j''e (24 "<^^'^"ibre ).
(( La division Lefebvre , venant de la rive » droite du Rhin , est postée aux environs de >y Mayencc. »
Ma jambe m'ayant laissé la faculté de me lever, j'eus la permission de sortir. J'obtins ensuite un certificat de convalescence , afin de reprendre les forces dont j'avais besoin.
Muni de cette pièce , j'allai trouver un citoyen' que je connaissais, et qui était employé dans les bureaux du commissaire des guerres ; il me fît donner une réquisition qui attestait que j'y tra-
1796. vaillais. J'écrivis à mes chefs qiie, tandis qiie jo AN V. me rétablissais , j'occupais mes moments chez ce fonctionnaire.
Pendant cet intervalle de temps , il y eut une suspension d'armes entre les deux armées belligérantes.
Voici le traité qui en a été fait :
Armistice conclu à Cologne y le i()frhiinwe f 19 décembre ).
(( Enfin la conclusion d'un armistice vient d'a- » voir lieu sur le Bas-Rhin , et les généraux des )) deux armées sont convenus des articles sui- » vants, sauf ratification ultérieure :
» i" Les troupes des armées respectives pouv- )) ront prendre leurs cantonnements d'hiver , les >) Français derrière la AVupper, et les Autrichiens » derrière la Sieg.
« 2" Les positions occupées respectivement par » les deux armées , au moment de la conclusion )) de l'armistice , pourront être réoccupées de » nouveau, au cas que la suspension d'armes vînt )) à cesser : jusqu'à cette époque , les positions » abandonnées seront gardées par des postes de » vingt-cinq hommes.
» 5° La tête du pont de Neuwied sera désar- )) mée, et les Français n'y laisseront qu'une garde ;) de 2 5 hommes.
» Cette convention ayant été signée , le 1 7 fri- » maire ( 7 décembre ) , par les généraux Kray et » Klébe.r, les troupes sont entrées en quarliei
( ^'9 ) w (l'hiver. Une partie de l'armée du Nord, qui se 179(1. )) ti'ouvait dans les environs de Mulheim , retourne an v. » en Hollande. »
Le 5o frimaire (20 décembre), étant rétabli , je quittai Cologne , et j'allai le même soir couclier à Bonn.
Le i*^"^ nivôse ( 21 ), je me dirigeai vers Andernach, où se trouvait le quartier-général. On suspendit ma marche jusqu'au retour de la demibrigade arrivant du Rhingau , et qui était attendue d'un instant à l'autre.
Le 7 ( ay ) , étant sorti de cette ville, je marchai le long du Rhin. Je voyais de l'autre côté du fleuve, des pandoures à qui l'on enseignait l'exercice. Ils me tirèrent quelques coups de carabine , dont j'entendis siffler les balles sans que j'en fusse atteint.
Parvenu au village de Schalkenbach , où la compagnie était cantonnée, je me présentai chez mon capitaine, et lui remis les pièces dont j'étais porteur. Je repris mes fonctions et mes habitudes comme précédemment.
On fit mon décompte , que l'on me paya en argent: car, depuis le i*'' vendémiaire (22 septembre ) , la troupe était soldée en numéraire. A dater de cette époque, l'on a cessé de donner des assignats aux militaires.
Mes camarades qui, depuis mon absence, n'avaient pas eu occasion de se mesurer avec l'en-
i-jjô. nemi, me communiquèrent l'itinéraire de leurs A> V. marches et contre-marches (i).
(i) Voici les dates avec les lieux occupe's par une portion delà io5"'*, depuis mou entrée à Thôpital de Cologne, le lo brumaire ( 3i octobre ), jusqu'à mon retour à la compagnie , à Schalkenbach , le 7 nivôse ( 27 décembre ) :
Le T.'i. brumaire ( 12 novembre ) , partant de Bensberg , la division étant campée alors devant Unwalde , on fut remplacé par l'armée du Nord. On traversa le Rhin à Duylz. On resta la nuit à Cologne.
Le 23 ( i3 ), on bivouaqua dans un bois, à deux lieues de Bonn.
Le 24 C ^4 ) > au-dessus de Mekenem.
Le 25 ( i5 ), à 3 lieues de Coblentz,
Le 26 ( 16 ) , dans les champs.
Le 27 ( 17 ), on logea à CainofFe.
Le 28 ( 18 ), à Sttabsich.
Le 29 ( 19 ) , on passa à Kirchberg, et on coucha h Stems.
Le 3o ( 20 ) , on séjourna dans ce village.
Le 1*' frimaire ( 21 ) , on s'achemina vers Oberslein.
Le 2 ( 22 ), on se rendit à Couselle.
Le 3 (23 ) , on se transporta à deux lieues d'Oderberg.
Le 4 ( ^4 ) , on se fixa au-dessus d'Oderberg , où l'on séjourna les 5 et 6 ( 25 et 26 ).
Le 7 (27 ), on alla à Guêlen, où l'on campa dans des broussailles.
Le 16 (6 décembre ) , on s'établit k Idcmbach.
^^ '7 ( 7 ) ? ^ Oderberg.
Le 18 ( 8 ) , à Neutrarbach.
Le 19 ( 9 ) , à Manhenbechel.
Le 20 ( 10 ), à Niderweisbach.
Le 21 ( II ), ou eut séjour.
Le 22 ( 12 ) , on s'arrêta à Weppcmath.
Le 23 ( i3 ) , à Lller.
Le 24 ( i4 )) à Midem , village contre la Moselle.
Le 25 ( i5 ) , à Viner.
Le 26 ( 16 ) , à Keinpigni et à Fortefet.
Le 27 ( 17 ), à Vestlieim , où Ton séjourna le 28 ( 18 )•
Le 29 ( 19 ) , on arriva à Schalkenbach.