CHAPITRE LU
'798' Le 4 messidor ( 22 juin ), ayant quitté Genève, Aîj VI. jjQ^^g j-jQ^g dirigeâmes vers Fernei, où Voltaire avait un château qu'il habita pendant plus de vingt ans. De là , nous allâmes au fort de l'Ecluse, au pied du Jura, vis-à-vis de la dernière montagne des Alpes. Dans la même journée, nous anivâmes à Collonge.
Le 5 (aS), nous vîmes la perte du Rhône, à im quart de lieue de la ville de Bellegarde. Le fleuve s'écoule dans la fente d'un rocher, pour se relever peu après plus majestueusement. Il disparaît, dans les eaux basses, sous ce roc qu'il couvre pendant ses débordements ; il y laisse des matières minérales dont je ramassai quelques parcelles. Nous causâmes avec des habitants du pays qui annoncèrent que , pour connaître le temps que l'eau mettait à passer, on y avait jeté des branches d'arbre, de la sciure de bois, des canards ; mais que l'on n'avait jamais rien vu du côté opposé. Nous nous contentâmes de ce récit, laissant aux observateurs à expliquer ce phénomène. En continuant notre route , nous couchâmes le même jour à Châtilîon-de-Michaille.
Le 6 (-24) , nous nous transportâmes à Nautua , i -oS. que nous parcourûmes, comme nous avions lia- a?» vi. bitu Je de le faire dans chaque lieu de passage. Son joli lac est admiré des voyageurs et des cur rieux.
Le 7 ( 23 ) , nous nous acheminâmes vers Bourg, une des anciennes villes de France. Les habitants ont pour usage de porter de petits bonnets de poil, et, devant eux, les jours ouvrables et de tcric;, des tabliers de peau blanche comme les maçons.
Le 8 ( 26 ) , nous eûmes séjour , que nous employâmes à voir l'industrie du pays.
Le 9 ( 27 ), nous nous rendîmes au Pont d'Ain. ^
Le 10 (28), à Meximieux.
Le II ( 29 ) , nous arrivâmes à Lyon.
Nous reçûmes les vivres et le logement. Nous apprîmes que le 2^^^ bataillon de la 10 5™^, ayant quitté cette ville, le 2 messidor ( 20 juin ) , avait une partie de sa force à Saint-Etienne, où cantonnait la compagnie de mon camarade ; l'autre portion , où se trouvait la 5"'^ compagnie , à laquelle j'appartenais , était à Montbrison.
Le 12 ( 00 ) , nous eûmes séjour , pendant lequel nous vîmes, en courant, tous les beaux édifices. 11 y avait dans la fameuse église cathédrale de Saint-Jean , l'horloge construite en 1 398 , par Nicolas Lippius, de Bàle; elle passait, comme celle de Strasbourg, pour un chef-d'oeuvre de mécanique. Je fus enchanté de la magnificence
( S6o ) i7c^8* de celle aneieniie et grande cité. On nous dit que Al- VI. la 4^"'^ demi-brigade , qui arrivait de par de-là les Alpes, était en querelle arec les troupes de la | io5'"!'^, parce que les militaires de cette dernière employait le mot de Monsieur au lieu de celui de Citoyen (i) • que les soldat^ portaient la queue ^ conservaient les faces longues , ce que l'on appelait oreilles de chien ; qu'ils avaient des soulicis pointus. Tout cela, aux yeux des individus i\(i l'armée d'Italie , présentait des signes de conireré volutionnaires .
Le i5 ( i*^' juillet ), nous nous mîmes en route pour Rive-de-Giers.
Le i4 (2), nous allâmes à Saint-Etienne, où nous visitâmes la manulacture d'armes. Des ouyriers nous montrèi'ent qu'en poussant violemment, dans un canon de iusil, pour le nétoyer , une baguette garnie d'étoupe, la retirant ensuite avec vivacité, le chanvre s'enliammait, et que c'était ainsi qu'ils allumaient leurs pipes (2).
(1) A cette époque, livré à l'arbitraire, on ne savait de quelle épilhèle se servir , ou de Monsieur , ou de Citoyen , ce qui occasionait souvent des j ixes ; mais , par un décret du G Lrumaiie an 7 ( 27 octobre 1798), il fut prescrit de ne donner aux militaires que la qualification de Citoyen.
(2) Un savant, pioiitant de cette découverte, a depuis imagine le briquet pneumatique, qui prend feu par le même piocédé, au movczi d'un peu d'amadou trempé dans du sel de nitrc.
Le iT) (o ), après avoir quitte mon camarade, incjB* f allai à Moiitbrison, où cantonnait la compagnie, au vi. Je reçus l'argent qui me revenait pour mon décompte.
J'avais besoin de repos : car un voyage d'aussi longue haleine, in'avait cruellement fatigué. Je me levais pour faire les distributions; je me couchais ensuite, et je me relevais pour manger: telle lut ma conduite pendant plusieurs jours. J'avais loué des livres, et je me promenais rarement : mes camarades me donnèrent connaissance de la roule qu'ils avaient parcourue (i). Etant
(i) Voici les dates avec les lieux occupe's par une por-' tiou de la io5™^, depuis son départ de Slrasbouig, le 3o llore'al ( 19 mai), jusqu'à son arrivée à Lyon, le i3 fructidor ( 3o août):
Le 3o floréal ( 19 mai), partant de Bislieim près de Strasbourg, on se rendit à Meistratheim. Le 1^"^ prairial ( 20 n>ai ) , à Schélestadt. Le 2 (21), à Colmar.
Le 3 ( sa ) , à Cernai.
Le 4 ( ^3 ) , à Béfort.
Le 5 C ^4 )> ^ Porentrui.
Le 6 (25 ), à Bellrti.
Le n ( 26 ), à Anidro , sur le bord du lac de Bienne. Le 8 {l'j), on passa à Hernevigen, pour loger à Jlorat.
Le 9 ( 28 ) , à Fribourg.
Le 10 ( 29 ) , au Grand-Villard.
Le II ( 3o ) , à Châteaudei.
Le 12 (3i ), à Bex, où l'on demeura.
Le 19 (7 juin ) , à Vevai.
Le 20 ( 8 ) , à Lausanne.
( 3«. ) 1798. tombé SLTÎeiusement malade, j'allai trouver le AN VI. chirm-gien, qui me domia im billet d'hôpital, avec une voiture, pour me diriger vers Grenoble.
Le i^'" thermidor ( 19 ), je partis bien chagrin de m'éloigner de mes camarades. Je couchai à Saint-Simphorien-sur-Goise. « Le 2 ( 20 ) , je me rendis à Lyon.
Le 5 ( 21 ) , à Bourgoin.
Le 4 ( 22 ) , à la Gôte-Saint- André , où Ton faisait d'excellente liqueur.
Le 5 (20), je gagnai Moirans.
Le 6 (24)5 j'arrivai à Grenoble, patrie du fà-
Le 21 (g), à Bursenet, non loin de Rolle.
Le 22 ( 10 ) , à Cheveille, où Ton séjourna.
Le 25 ( 1 3 ) , on passa la nuit à Farge , à côté de Collonge.
Le 26 ( i4), à Châtillon.
Le 27 ( i5 ), à Nantua.
Le 28 (16), au Pont-d'Ain.
Le 29 ( 17 ), à Mexiniieux.
Le 3o ( 18), à Lyon, où l'on séjourna*
Le 2 messidor ( 20 ) , à Saint-Siniphorien.
Le 3 (21 ), à Monthrison , où Ton fut caserne/
Le 6(24); un dctaclieuient coucha à Boen.
Le 7 ( 25 ) , à Thiers.
Le 8 ( 26 ) , k Clennont.
Le 9 (27), à Thiers, où il cantonna. Par la sui-te, il fit les mouvements ci-après :
Le 10 fructidor ( 27 août ) , il se transporta à Roanne.
Le n ( 28 ) , à Tarare.
Le 12 ( 29 ) , à l'Arbresle.
Le i3 ( 3o ) , à Lyon, où la demi-brigade réunie tint garnison.