‹ HistoireChapitre 61 sur 117 · A.N VI · texte numérisé non relu

A.N VI

( 565 ) iiieux Pierre Terrail, dit le chevalier Bayanl. Je i;;(,8. me promenai par toute la ville.

Avant d'entrer k Tliospice, je vonlus me prémunir contre Tennui : j'allai chez mi libraire, pour me prociuer des livres.

Je me présentai à l'hôpital, où je fus installé par le chirurgien de garde , qui me fit donner la pitance ordinaire. Je commençai à mettre à exécution le projet de m'instruire : le reste du jour fut consacré à la lecture.

Le lendemain , quoique nous fussions dans les plus beaux jours de l'été, je vis à 4 heures du matin, avec autant de surprise que d'admiration, le sommet des montagnes des Alpes couvert de neige , au lieu de brouillard ; elle fond quand le soleil acquiert de la force. Lorsqu'il darde, le matin, ses rayons entre les montagnes pyramidales , il semble que c'est un brasier ardent qui consume l'atmosphère. Le coup-d'œil en était nouveau pour moi. Je me trouvais dans une espèce d'extase.

On fit la visite. Le médecin ordonna ce qui était nécessaire à mon état.

Je ne m'occupais que de lecture. Qwand j'eus fini les livres que j'avais , j'en fis demander d'autres par le portier.

Il y avait un musicien de la io5™^ qui me donnait des leçons de fiageolet et m'enseignait le solfège. /

Je devins si faible mes forces décroissaient •Vani chaque jour, que je m'évanouis une fois dans I. a4

( 304 ) i^gS. la baignoire; on fut obligé de me porter dans A^ VI. mon lit.

Le mal résistant toujours aux remèdes qui étaient de mauvaise qualité , je demandai un billet de sortie , espérant que le grand air me dissiperait et contribuerait à mon rétablissement. Je réglai avec le libraire, et lis mes préparatifs de voyage pour retourner à Lyon , où je savais que la io5°^^ était rassemblée.

AS vil. Le 4 vendémiaire ( 25 septembre ) , ayant tout terminé, je me disposai à partir le lendemain.

Le 5 ( 2() ) , je me mis en route de grand matin. Je couchai à Moirans , où j'arrivai de bonne heure.

Le 6 (27), je me rendis à la Gôte-Saint- AncUé.

Le 7 ( 28 ) , à Bourg^oin.

Le 8 ( 29 ), à Lyon.

En arrivant le soir dans cette ville, je regardai vers l'orient. J'aperçus les montagnes de la Savoie comme quand j'étais à Grenoble, quoique j'en fusse à 4o lieues. Ce spectacle avait pour moi beaucoup d'attraits.

J'entrai un jour, près de la Saône, chez un perruquier pom- me faire raser. Il y avait un honmie qui, voyant les faces de mes cheveux pendantes en oreilles de chien , comme il a été dit, en fut choqué au point que, me considérant traître au gouvernement républicain, il fit un signe derrière moi de me couper le cou, et de m.e jeter dans la rivière. Il s'éleva, à cet effet ,

( 505 ) tine discussion que je ne compris pas, et à la in^g. suite de laquelle le coilTeur torça Fautre à sortir. a> vu. Voyant le trater agité, je lui demandai le molii" de sa querelle. Il me répondit que j'en étais la cause; que, sans sa résistance, j'allais périr, et que je lui étais redevable de la vie. M'ayant raconté la chose en détail, je courus sur le quai pour m'assurer si l'homme y était encore; mais , ' ayant eu le temps de s'éloigner, il avait disparu. Lorsque je fus rentré dans la boutique, le barbier m'annonça qu'il existait dans la ville deux partis , l'un pour la cause royale , sous le nom de compagnie de Jésus ; l'autre en faveur de la république, connu par la dénomination de Matavons. Il ajouta que, chaque jour, il y avait des victimes sacrifiées à la fureur de ces diverses opinions, et que le Rhône ou la Saône devenait aussitôt leur tombeau.

Voici un rapport consigné dans les journaux du temps , qui donne l'idée de ce qui se passait alors dans ce chef-lieu de département :

Lyon, le 1 1 messidor an 6 (29 juin 179^)'

« Le général Grillon , commandant de la place, » a tait arrêter et mettre en jugement deux par- » ticuliers prévenus d'avoir été chefs de la com- >; pagnie de Jésus. La procédure n'est point » encore terminée.

» On a insulté dernièrement un jeune homme » qui s'obstinait à porter ses cheveux en oreilles j de Vhicn et en cadenettes. Les menaces ont

179B. » succédé aux insultes. Enfin, pendant qu'il lut-

jkN VII. >:> tait avec les agresseurs, ils lui ont coupé une

» de ses véritables oreilles , en lui coupant une

» partie de ses cheveux. L'affaire n'a pas eu d'au-

» très suites. »

Un soldat m'annonça qu'un capitaine de vétérans , le citoyen Martinet , qui était d'Epernai , voulait me parler. Il me conduisit chez lui. Cet officier me reçut parfaitement bien.

M'ayant présenté au directeur des spectacles , qui était un compatriote, ce dernier me procura mes entrées aux deux théâtres , et me proposa de me retirer du service militaire, sous le prétexte que je pourrais être utile aux arts. Il me destinait à copier de la musique. Je le remerciai de son attention , préférant continuer la carrière des armes.

Le capitaine me fit connaître M. Saint-Ange , d'Epernai, employé dans une maison de commerce.

Nous habitions la caserne de Serin, dans le faubourg de Veise. Chaque fourrier portait alternativement les rapports chez le quartier-maître : mon tour étant venu, je réunis les situations du bataillon. J'eus la complaisance d'attendre celle des grenadiers, un quart-d'heure après l'instant désigné , de sorte que j'arrivai trop tard. Le trésorier s'en plaignit. Je subis 8 jours d'arrêts. Comme il y avait un ordre avant la parade, j'allégeais ma punition, en prenant mon livret, sous

( 3f.7 ) prétexte d'aller cliez les officiers de la compagnie, i;^c)8. alîii de le leur communiquer. a-h vu.

Un jour, je me promenais dans le quartier Saint- Jean, un chien de boucher, enragé, poursuivait des dogues. Chacun fermait ses portes , afin de se garantir de cet hydrophobe. Il vint droit à moi. Quand le furieux s'élanra, je lui portai un coup de sabre si violent sur la nuque , que je le terrassai. Lui ayant ensuite plongé la pointe dans le ventre, je le tenais dans cet état. Il arriva un boulanger avec son fourgon rouge , qu'il hii enfonça dans la gueule et l'étoufTa. Je reçus les félicitations des habitants qui avaient été témoins de cette scène , et je me retirai satisfait d'avoir, par la destruction de l'animal, empêché quelque malheur.

Le 7 brumaire ( 28 octobre ) , je fis dresser ma procuration, devant notaire, que j'envoyai à mon père , pour qu'il fît faire le partage des biens de ma mère , afin de rendre compte à ses enfants.

Les troupes de la loS*^^®, dont la discipline était sévère, manœuvraient toutes les décades siu* îa place de Bellecourt. L'affluence était considérable , pour admirer la belle tenue et la précision des mouvements de ce corps.

Le Gouvernement voulant former de nouveau la 107"^^" demi-brigade, qui avait été détruite à l'expédition de l'Irlande , en l'an 5 ( 1 796 ), donna ordre que la loS*^^ demi-brigade fournirait, dans la viUe de Grenoble, moitié de ses sous-officiers.

( 5C.8 ) i^c)8. L'on prescrivit de tirer au sort. J'eus le billet J^^ vu. pour partir.

Le 26 frimaire (16 décembre), je fis mes adieux au capitaine Martinet et à M. Saint-Ange. Le directeur des spectacles me donna ime lettre de recommandation , pour un comédien employé dans l'ancienne capitale du Grésivaudan.

Le lendemain, je me réunis au détachement qui se disposait à partir.

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