‹ HistoireChapitre 63 sur 117 · CHAPITRE LIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIY

1799. Le 27 germinal ( 1 6 avril ) j, à la pointe dn jour, AN vil. nous montâmes sur ime voiture de roulier, mon camarade et moi , étant malades d indigestion k ne pouvoir nous soutenir. Les billets étant finis à Montélimart, nous allâmes, l'un et l'autre , les distribuer aux compagnies qui arrivèrent après nous. Dans mon logis, je fis faire une soupe à l'ognon , qui me restaura et me rétablit : les petits pâtés que j'avais maniées , m'avaient tellement gonflé l'estomac, qu'à peine pouvais-je respirer. Le 28 (17), la voiture qui s'était chargée de nous la veille, continuant à marcher dans notre direction, je convins de prix avec celui qui la conduisait, pour y monter encore jusqu'à Loriol.

Le 2g (18), nous nous transportâmes à Valence, où le bataillon se trouvant entièrement rassemblé, nous passâmes la revue le lendemain. On donna 1 ordre pour aller k Tin-in.

Le i^"^ floréal (20 avril), nous nous dirigeâmes vers Crest , ville placée près des rives de la Drôme, dans un pays montagneux.

Le 2 ( 2 1 ) , après avoir traversé Saillans , nous arrivâmes k Die, où je bus du vin blanc mous-

( ^77 ) seiix, appelé la Clairette, qui ressemble au vin de i-(^y. Champagne. an vu

Le 5 (2-^)5 nous couchâmes à Luc, bourg , chef-lieu de canton: le froid alors était irès-

Tif.

Le 4 ( ^3 ) , nous nous rendîmes à Saint-Pierre, où il tomba beaucoup de neige.

Le 5 ( 24 ) , nous nous transportâmes du côté de Veynes ; de là sur Gap , où l'on prévint que l'on passerait une inspection.

Les fourriers furent chargés de tenir les contrôles prêts en conséquence.

Le 6 ( 23 ) , l'appel fait, il y manquait 4o soldats , auxquels mon capitaine avait donné des permissions verbales. Ces conscrits n'étant pas de retour, quoiqu'il en arrivât à chaque instant, n'avaient point été considérés déserteurs. Voulant en tenir note , j'entrai dans une maison pour les inscrire. Comme je n'étais pas à la compagnie, le commissaire des guerres fut obligé de l'examiner après le bataillon ; cela contraiia le citoyen Peïtavy.

L'inspecteur , pendant l'opération , remarqua le grand nombre d'hommes absents. L'officier dit qu'il avait permis à beaucoup d'individus du paA's, d'aller voir leurs parents ; mais qu'ils devaient rentrer le soir. On demanda la situation, que je remis selon l'effectif total. Le chef sachant que les militaires n'étaient pas rentrés , me fit appeler. Il m'accusa de n'avoii- pas bien rempli mes devoirs au moment de la revue j menaçant de me punir

( 578 ) Ï799* sévèrement pour servir d'exemple. Il ne me con- AN vu. naissait pas. Pour avoir une opinion fixe sur moi, il prit des informations auprès de mon ancien sergent-major de la 9'"''' , qui me peignit sous des couleurs défavorables ; de sorte que le commandant exerça contre moi toute son autorité.

Le 7 ( 26 ) , j'eus la douleur de faire la route , comme prisonnier, à i'avant-garde. JNous couchâmes à Conche.

Le 8 ( 37 ), nous gagnâmes Embrun, ville bâtie sur un rocher. L'officier du poste me doima un billet de logement, où il m'envoya passer lu nuit.

Le 9 ( 28 ) , nous allâmes à Mont-Dauphin , place forte sur ime éminence. On distribua la troupe à Saint-Grépin , au Grandvillai'd , dans d'autres communes , où des hommes rassembles nous guidèrent à travers les montagnes , chez les habitants qui devaient nous héberger. Je rejoignis la compagnie que l'on conduisit à des chaumières creusées çà et là, parmi les rocs vifs de la chaîn'3 des Alpes; n'ayant, la plupart, pour ouverture qu'une porte, un trou en guise de cheminée pour passer la fumée^ et une espèce de fenêtre, souvent sans carreau de vitre, cpii se ferme avec un volet en planches. Les montagnards nous y reçurent de leur mieux , entre leurs vaches, leurs moutons, leurs chèvres et leurs boucs : car les gens et les bêtes logent ensemble.

Ce nouveau genre d'existence me semblait si

extraordinaire, que j'adressai beaucoup de qne«- i^on. tiens. J'appris qii'à la Toussaint , époque où Ton an vu amasse toutes les provisions de l'iiiver, il y a du pain de cuit pour jusqu'au printemps. On se traite conieusement ; on se livre au plaisir : ensuite viennent les adieux. Les hommes, même les enfants assez robustes , s'éloignent ; les uns vont en Italie, les autres dans didérents pays, afin de ranioner les cheminées et faire des commissions. En leur absence, les femmes, les vieillards restent comme ensevelis vivants sous la neige qui , quelquefois, couvre leurs habitations d'une épaisseur considérable. Privés de la lumière du jour , ils allument des branches de sapin , bois résineux, qui leur sert de lampe. Ils s'appliquent a leurs travaux domestiques ; à fabriquer , avec la laine de leurs moutons , les vêtements rustiques dont ils font usage , et que l'on peint ordinairement en brun.

Quand le dégel a lieu , ils dégagent l'entrée de leurs grottes, afin de respirer un bon air. Ils profitent de ce temps pour leurs courses , ou pour se visiter. On marche alors avec des crampons de fer aux pieds , une grande perche à la main , en sondant les précipices sur lesquels on est obligé de passer, et qui sont remplis souvent de verglas. Quand quelqu'un meurt , le cadavre reste parfois, sans sépulture , des semaines entières. Pâques étant arrivé, tout change de face. Les voyageurs, de retour, apportent le fruit de îetu's économies. On se réunit ; on s'abandonne à la ^aîté ; on cub 1. a5

jnqç), lire ensuite les lieux qui peuvent recevoir de k AN vil. semence. La neige, en fondant, sert d'engrais à la terre. Les moissons étant précoces, ont lieu peu de mois après.

Le lo (29), les compagnies étant réunies, nous traversâmes la forteresse de Brianron , où se trouvait le 5""" delà 107'"% qui vint à notre rencontre. Le i^' bataillon tenait alors garnison à Alexandrie (Piémont). Nous nous dirigeâmes , par Sézanne, vers le Mont-Genèvre , lune des plus hautes montagnes des Alpes Cottiennes, sur laquelle est bàli un village portant le même nom , (levé de i,843 toises au-dessus des eaux delà Méditerranée.

jN ous longeâmes ou gravîmes , dans cette journée, des hauteurs couvertes de neige. Des rochers à pic étaient de chaque côté du chemin , sur lequel existait un verglas très-glissant; ces rocs avaient des pointes qui s'avançaient en forme de voûte, et qui, ne tenant presque à rien, semblaient vouloir se détacher pour nous engloutir sous leurs débris. Des arbres verts, presque tous pins, sapins, mélèses, poussés dans les jointures des blocs de pierres , ne tenant que faiblement par leurs racines découvertes, élevant leui's rimes majestueusement dans les airs qui les agitaient avec force , paraissaient près de tomber et de nous barrer le passage. Des aigles et des vautours voltigeaient au-dessus de nos têtes. Des in- (^ligènes nous précédaient avec des jalons qu'ils plaçaient pour nous indiquer la route. Enfin tout

( 38. ) ce qui nous environnait, présentait à nos regards i-gr,. un pays entièrement extraordinaire. a> vu

]Nc déiiiant que sur uji rang, à cause du sentier étroit et des précipices sur lesquels nous étions suspendus par la neige, le bataillon occupait une étendue immense de terrain. Il présentait un tableau varié, des soldais étant sur des éminences , d'autres sur les revers ou dans des fonds à perte de vue.

On fît halte pour que la troupe se rafraîchît. I^e temps était superbe. Un militaire qui ne tenait pas bien son havre-sac, le laissa dégringoler du sommet jusqu'en bas d'uxi précipice si profond , tellement dangereux, qu'il ne put le ravoir.

Le soleil , ayant acquis de la force , faisait fondre des chandelles de glace qui pendaient aux branches des arbres poussés sur le faite des montagnes. Quoiqu'on eut recommandé le plus profond silence, les républicains , en marchant, occasionaient du bruit, ce qui contribuait à détacher des glaçons qui, en tombant et roulant sur la neige, formaient des boules énormes. Il en résulta plusieurs avalanches , dont une enveloppa une grande quantité d'hommes , qui furent engloutis. On leur prodigua les secours les plus prompts , et l'on parvint à les dégager sans qu'il en pérît aucun. C'était un avantage de se trouver à la tête de la colonne; les accidents n'eurent lieu qu'envers les individus qui étaient à la queue. Je pouvais alors citer ce proverbe allemand : " Keia '> Unglii-ck ist so gros ^ est ist ein Gluck da-

( 582 ) »799- " lfei{i)^ » puisque, par punition, je voyageais AA vu. avec l'ayant-garde , et qu'il ne m'aniva rien de sinistre.

Nous parvînmes à Oiilx, dans Finstant que le souverain Pie VI arrivait de l'autre côté , lors de sa translation, comme prisonnier, à Valence, où il est mort.

Le 1 1 ( 5o ) , en partant en même temps que Sa Sainteté se mettait en route pour Briancon , nous reçûmes sa bénédiction pontificale.

Voici ce que l'on en a dit :

Paris, le 24 floi'éal ( i3 mai).

«( On avait annoncé prématurément l'arrivée du » Pape à Briancon. Il n'est entré dans cette ville » que le 1 1 floréal ( 5o avril ) , à midi et un quart. » Il avait pour escorte 5o cavaliers piémontai > , » des évéques et quelques archevêques . Il était M lui- même dans une chaise à porteur. Il a voya- » gé à bras depuis Suze, et a pi-is quelques rafraî- » chissements au Mont-Genèvre. On l'a fait des- » cendre à l'hôpital général. »

En chemin , nous trouvâmes une difîeren ce sensible dans la température et dans. le climat , en comparaison de ceux du pays que nous venions de traverser. Nous apercevions du haut des monts , le beau ciel et les plaines riantes de l'Italie. Cela ranimait notre courage , qui semblait abattu par le triste spectacle des horreurs qui , la veille , avaient frappé nos regards.

(i) A qiiekjue chose malheur est bon.

('S3) Xoiis remarquâmes la forteresse appelée la Bru- i-^q, nctli! , qui tut démolie par les Français , en Tan a> vu. 4 ( i/U^^) 5 t'^6 ctait destinée à défendre le passage du Mont - Cénis. Nous parvînmes à Suse (Suze), fondé par les Romains, sous le règne d'Auguste.

Le 12 lloréal ( i^"" mai) , nous nous transportâmes au bourg d'Avili ianc.

Le i3 (2) , nous tiaversâmes la jolie place de Rivoli , bâtie sur une colline agréable et fertile , ayant une route magnifique , bordée d'ini ruisseau avec plusieurs rangées d'arbres. JNous arrivâmes à Turin, ci-devajit capitale du royaume de Piémont , et présentement de la République Cisalpine , où nous entrâmes avec l'ordre , la tenue dont pouvait être capable un nouveau corps. Le bataillon occupa la caserne de la porte Susine.

Sachant que les alliés avaient forcé l'armée française, dont les troupes se dirigeaient vers le siège de ce nouveau gouvernement , on me donna la liberté , trouvant que j'avais été assez puni.

Le général Schérer était chargé de commander en chef l'armée française en Italie.

Voici comme on en a été informé :

« Le Moniteur du 7 germinal (27 mars )• , » qui annonce sa nomination , dit qu'en pre- » nant le commandement de l'armée , Schérer » a ordonné un grand mouvement. »

Je parcourus la ville daus ses moindres dé-

(084)^ i-oq. tails , sans me lasser d'en admirer les beautés, AA vu. 11 y avait , dans la citadelle , im puits où les chevaux descendaient pour boire. J "'observai, à la lièche d'une église , l'horloge italique dont le cadran marquait ^4 heures de suite, depuis un soir jusqu'à l'autre : la dernière sonnait 5o minutes après le coucher du soleil. Sur une tour était le taureau de bronze doré , que les uns disaient être le symbole de cette grande cité ( en italien, Toriiio ) : les autres prétendaient que la place avait pris son nom des anciens Taurini , peuples de Ligurie , qui habitaient ce pays.

J'étais étonné de voir des prêtres dans les calés , de remarquer en taction des capucins , revêtus de leur troc , faisant partie de la garde nationale , avec le iourniment militaire sur le corps.

Dans mes courses d'observations , j'aperçus des improvisateurs ; c'étaient des espèces de mendiants qui, pour quelques pièces de monnaie, récitaient , en telle quantité de vers convenus , le sujet qu'on leur donnait à traiter.

L'armée ennemie, composée d'Autrichiens et de Russes , était appelée Austro-Russe ; le général Suwarow en avait le commandement en chef.

Nous entendions, chaque jour, parler tout bas de ses piogrès , des défaites des Français , ce qui rendait les habitants audacieux contre nous. On fut obligé de faire ôter une grande

( 585 ) partie des stylets que portaient les Turijiois , y^qg. soupçoiincs de n'être pas attachés à la cause a» vu. républicaine.

On transporta , en paitie , les magasins publics de la ville à la citadelle , où le 2"'^ bataillon de la 107'"^ tut caserne.

Le 7 prairial ( 26 mai ) , la garnison réunie dans la forteresse , était composée d'infanterie légère, de troupe de ligne, de canonniers français et cisalpins ou piémontais , ainsi que de mineurs, que l'on estimait être de 5, 000 hommes.

Un soldat qui était de cuisine , voulant ajouter des légumes à son pot-au-feu, cueillit, sur le rem- , part , une poignée de ciguë , croyant que c'était du cerfeuil ; il en résulta que ceux qui mangèrent la soupe, faillirent à être empoisonnés. Les chefs, pour éviter qu'un pareil malheur ne se renouvelât , défendirent de mettre désormais des herbes dans le bouillon.

CIIAPÏTRE LV.

jr^gg. Le 8 prairial (9.7 mai), rarmée austro-russe, AU VII. à laquelle s'étaient joints des paysans , s'approcha de Turin, que l'on canonna avec 16 pièces de gros calibre ; la ville tut sommée de se rendre.

Le 10 (29), à midi, les alliés entrèrent dans la place , sous la protection des habitants , par la porte du Pô , dont la garde était condée à des bourgeois armés qui la leur ouvrirent ])ar trahison. Les troupes françaises de service venant de défiler la parade , se rendaient à leurs postes , lorsque l'ennemi les harcela , en tua beaucoup , fit des progrès rapides en j)arcourant les rues avec sa cavalerie. Il y eut , dans cette circonstance, de belles actions de la part des républicains, qui se battirent corps à corps contre ces étrangers.

Je sortais de l'arsenal où l'on faisait , comme d'habitude , la distribution de la viande. J'entendis des coups de fusil dans le lointain. Je vis termer les fenêtres et les maisons , en remarquant des individus qui semblaient fuir le danger : on pouvait d'autant mieux les observer que les rues étaient tirées au cordeau. Ne dou-

tant plus que la ville ne fut occupée, je me i-,j.j. rendis promptement à la citadelle. Je dis aux a> mi. deux factionnaires qui en gardaient l'entrée, que Tiain était surplis. Ils levèrent aussitôt le pontlevis. J'allai sur le rempart, d'où j'aperçus les cavaliers venir au galop. Je sautai sur un tison qui servait à faire cuire une soupe j je le mis sur la lumière d'une pièce de 56 , qui partit. ■ L'alarme fut donnée ; l'on battit la géuérale ; les portes se fermèrent. Tous les soldats qui étaient à l'ombre ou à dormir, se hâtèrent d'à rliver. Chaque fantassin se changea en canonnier. Nous fîmes un feu d''enfer avec toutes les pièces d'artillerie qui se trouvaient de ce côté ; les miiisoas qui étaient vis-à-vis, furent beaucoup endommagées.

Le général Fiorella , commandant la forteresse , attiré par le bruit , s'emporta vivement de ce que l'on avait tiré le canon sans ses ordres. On lui montra l'ennemi ; il cessa de gronder.

Des militaires qui étaient en ville , ariivèrent en grand nombre ; les uns se jetèrent précipitamment dans les pahssades , d'autres dans les fossés; plusieurs furent blessés.

Une balle ayant traversé de part en part l'estomac d'un soldat de la compagnie , il eut le courage de rejoindre en se battant.

Le feu de l'artillerie qui avait duré jusqu'à 3 heiu'es après midi , tut interrompu par un trompette qui vint se faire entendre ; il était accompagné d'un officier parlementaire; on les

( 588 ) 1799- introduisit dans le fort, les yeux bandés. Peu- AA va. dant ce temps on plaça , le long des remparts , une énorme quantité de fusils chargés. Les canonniers étant réunis , disposèrent les pièces , obusiers et mortiers. Bientôt Tordre ayant succédé à la confusion , cliacun se trouvant à son poste , toute la citadelle prit une attitude guerrière.

Les Turinois paraissant , avant l'arrivée des étrangers , s'opposer à ce que l'on abattît les arbres qui , plantés sur les glacis , masquaient le coup-d'œil 5 on avait été obligé de placer une garde en avant de la porte pour protéger les travailleurs. Ce poste , à l'entrée inattendue des Austro-Russes , s'était précipité dans les prJissades; plusieurs conscrits, n'ayant pas l'habitude de la guerre, avaient laissé leurs havre-sacs sur l'esplanade.

Dans ce même moment , des militaires , en chargeant les armes , se plaignirent que du sable ou du poussier de charbon, était mêlé avec la poudre dans des cartouches dont les balles en bois étaient recouvertes de feuilles de plomb. Malgré cela , les coups de fusil et de canon al-'' laieut à bonne portée.

^'ers les quatre heures du soir , lorsque le parlementaire fut retiré , des barbets , montagnards insurgés , joints aux ennemis , vinrent avec plusieurs bourgeois , pour s'emparer des liavre - sacs : on leur défendit de les prendre. Sourds aux cris partis des remparts , l'un d'eux

( 589 ) se saisit cVun sac. Aussitôt les canons, mortiers, 179(1, obusiers, fusils de rempart, firent un Icu épou- an mi. vantable. Toute la nuit la citadelle continua de 4irer. Plusieurs maisons de cette superbe capitale furent consumées par les flammes. I^es bombes , lancées pendant l'obscurité , étaient dirigées sur la tour du Taureau , sans que ce dernier fût atteint.

Les bâtiments environnants en souffrirent ]}caucoup par les incendies qui eurent lieu.

Le 1 1 prairial ( 5o mai ) , au matin , il fut reconnu que l'ennemi était maître de la ville, et qu'on cesserait le feu de ce côté.

Rapport de la position des alliés :

Turin, le 1 1 prairial (3o mai).

« Le quartier-général de Suwarow est à Tu- » rin , où se trouve un nombreux corps de » troupes russes et autrichiennes , chargé du » blocus de la citadelle. Le reste de l'armée de » Sviwarow forme un corps d'observation dans » la partie occidentale du Piémont, pour couvrir » ce siège. »

Nous restâmes plusieurs jours sans brûler une amorce. Néanmoins les mineurs dont je connaissais le sergent-major , le citoyen Manceau , né à Dameri , firent sauter un mur bâti en travers du fossé des fortifications , dont j'étais allé voir les prépai-atifs avant l'explosion. Je voulais me former une idée de ces sortes de travaux. La torce de la poudre étant trop considérable ,

1799- il eu résulta que des pièces de bois, ainsi que

AN vu. des pierres enlevées dans la forteresse , tuèrent

un homme et en blessèrent plusieurs. 11 me mena

aussi dans les souterrains où je vis les galeries :

les mines étaient alors chargées.

On prétendait, dans la garnison, sans pouvoir le vérifier, que les Austro-llusses , pour commencer les ouvrages du siège , lirent réunir beaucoup de matelas sur la place Saint-Charles ; que , pendant la nuit , moitié des soldats eu portait, tanfhs que l'autre portion était chaigéo d'instruments aratoires. On mettait un rang de matelas , un lit de terre de la même épaisseur. Au jour, nous découvrîmes seulement une levée tort alongée , qui partait de la ville, le long des arbres , sur la route de Rivoli.

Le matin , à la vue de ce retranchement , ou tira beaucoup pour inquiéter l'ennemi. Plusieurs Français de garde sortirent ; une fasOîade s'engagea dans la plaine ; mais les divers partis rentrèrent peu à peu dans leurs positions respectives.

Nous restâmes , dans cet état , sans qu'il y eut d'affaires importantes ; cependant la garnison lit queljues sorties audacieuses.

Le 28 prairial ( 16 juin ), les lignes de circonvallation étant achevées , la tranchée tut ouverte.

Le 29 ( T 7 ) , les alliés commencèrent le siège à la pointe du jour, au moment d'une forte pluie. Dans la chambre où je logeais, étant couché k

côté de la porte, je prévins mes camarades du 1-09. siilleraent des boulets. >iy vu.

Nous étaui levés , nous courûmes sur le rempart. Je revins ensuite; je trouvai mon lit couvert de plus d'un toml^ercau de décombres qu'un boulet avait jetés en perçant le mur. Je ramassai à la hâte les papiers de la compagnie , ainsi que mes bardes , et me retirai sans plus tarder. En sortant , je remarquai que le balcon formant galerie, avait été coupé par une bombe. Comme ïa rampe était en fer , je m'y cramponnai et m'en allai sans accident. En traversant la cour , un projectile vint tomber sur un arbre, emporta mie esquille qui me frappa légèrement à l'instant de la détonation. Je portai mon paquet dans un appartement du donjon , où tout le bataillon de la 107'"*" avait ordre de se réunir. Les hommes y étaient tellement pressés , qu on ne pouvait s'asseoir. Un boulet y entra par la ienctre , cassa la jambe à un sergent qui poussa des cris navrans. On boucha en partie avec des sacs de terre cette seule ouverture ; mais , peu aj)rès, la chaleur concentrée de la troupe pro- . duisit une odeur infecte qui fit beaucoup souffrir.

Il n'y avait dans la citadelle qu'un blindage (blinde), qui se trouvait rempli. Les endroits à l'épreuve de la bombe étaient insuffisants pour la garnison et les otages détenus parmi nous. Les 99 et 5o prairial (17 et 18 juin, le feu de l'ennemi fut bien nourri, presque sans in ter-

„ ( ^0^ ) i-Qf). r'wption. La salle crartilice sauta; des lambeaitX Aï, VU. d'hommes furent jetés çà et là dans la place , et les restes --ensevelis sous les ruines j firent de ce lieu un horrible charnier. Les batteries presque toutes démontées^ avec perte d'un grand nombre de canonniers , d'officiers d'artillerie , se trouvèrent éteintes après 29 heures de bombardement continuel.

Le 1*^' messidor ( 19 juin) , on entra en pourpai"ler : alors on cessa de tirer de part et d'autre. On se vit à même d'observer les terribles eficts du siège.

Ou aperçut , comme une chose extraordinaire , tm caporal de garde couché à terre pour éviter une bombe qui , en éclatant , l'enleva dans les airs à une distance étonnante , d'où il retomba par lambeaux.

Un sergent-major , rassemblant des hommes de service , fut étendu mort par un projectile qui passa si près de , lui , sans le toucher , qu'il hû coupa la respiration.

La femme du nommé Meunier , soldat à la 5™^ compagnie du bataillon de la 107"'^ donna, pendant le siège, une preuve de courage et df; force au-dessus de son sexe. Cette vivandière allait, de poste en poste, distribuer son eaude-vie gratis à ceux qui n'avaient point d'argent , afin de les ranimer. Elle ne laissa aucun blessé sans le secourir. Quand un homme affaibli par la perte de son sang, était hors d'état de se battre et de se rendre à l'infirmerie, cette mèie

( 'ip )

des militaires le prenait sur ses épaules ; elle 170). traversait la place avec ce précieux fardeau , bra- an vu. Tant mille fois la mort parmi les grenades et les boulets, sans qu'il lui arrivât aucun événement fâcheux.

Le magasin principal était si rempli de poudre, que Ton craignait que les bombes des assiégeants, sur lequel plusieurs étaient tombées, n'y missent le feu ; que dans son explosion il n'en- Yeloppât sous ses décombres , la citadelle avec ime partie de la ville. Il en restait encore quarante mille quintaux après le bombardement.

Dans la nuit du i*^"^ au 2 messidor (19 au 20 juin), à onze heures du soir , les parties belligérantes n'ayant rien conclu , le siéee recommença avec une nouvelle violence, et dura toute la nuit. Les bombes , les boulets , les obus , les grenades , firent im ravage abominable.

Dans la matinée du 2 (20), tout était prêt pour tenter l'escalade. Le feu de la nuit avait éteint entièrement ceux de la citadelle , dont l'artillerie avait été réparée pendant le repos. De larges brèches existaient aux fortifications. Les assiégés ne pouvant plus résister, se trouvaient dans la situation la plus critique. On convoqua un conseil de défense.

On débitait pour nouvelles, entre les soldats, que chaque Austro-Russe en montant à l'assaut devait avoir sur la tète , en forme de casque , ime espèce de ruche d'osier, pour le garanti.i' des coups que les Français devaient porter, et

i;qo. qu'indépenrlammcnt des grenades et des matières Ay vil. combustibles dor.t on tait usage en pareille circonstance , il était convenable de frapper sur les alliés plutôt d'estoc que de taille.

Pendant que l'on réglait le sort de la garnison , les casernes furent réduites en cendres. Un magasin contenant une énorme quantité de tentes et de marquises , se trouva incendié par les projectiles qui y étaient tombés. Quand le vent s'y engouîîrait , il en sortait tout - à - coup une flamme qui s'élevait à une hauteur démesurée ; lorsqu'il ne faisait point d'air , la toile ou le coutil paraissait éteint. A la moindre agitation, le brasier et la fumée se ranimaient avec une grande force.

Les deux partis, après de longs pourparlers et de grands débats, arrêtèrent les articles d'une capitulation. Des officiers ennemis venus dans la citadelle , annoncèrent qu'il avait été employé au si<^ge 5oo bouches à feu. Ils avaient tiré , pendant environ 48 heures, 45,ooo coups sur la place qui , écrasée , se rendit.

Voici les conditions qui furent conclues à ce sujet :

Capitulation de la f^ajmison de la citadelle dr Turin , entre le lieutenant - ^e'ne'ral harori de Keims , au service de Sa Majesté l'Empereur et Roi j et le géne'ral Fiorella.

'<■ Demande. Art. F' . La garnison sortira avec » armes , bagages , chevaux , par la porte du

( ^9^ ) i> Secours , et il lui sera fourni le nombre de voi- i"99. » tures nécessaires pour le transport de ses efiets. a.\ vu-

» Ri^ponsc. La garnison sortira avec les hon- » neurs de la guerre par la porte du Secours , » mettra bas les armes sur les glacis , et pourra >/ retourner en France, sur sa parole de ne pas » servir contre les troupes de Sa Majesté impé- » riale et royale , de même que contre ses alliés » jusqu'à l'échange ultérieur ; elle conservera ses • » bagages ^ chevaux et eflets particuliers. Le » général commandant la citadelle, son état-ma- » jor, les chefs et tous les effets de l'artillerie, » du génie, des sapeurs sans troupe, et tout ). l'état-major de la place resteront , d'après le » sacrifice qu'ils ont fait de leurs personnes , M pour effectuer le libre retour de la garnison )> en France , prisonniers de guerre , et surtout » conduits en xlllemagne jusqu'à leur échange ; » ils pourront conserver leurs épées , équipages » et effets a eux appartenant.

» Dem. II. Elle sera rendue sur parole, et, » à cet effet , il lui sera accordé une escorte suîfi- * santé.

» Rép.. Comme ci-dessus, et accordé sans diffi- » culte relativement à l'escorte.

n Dem. III. Elle sera escortée jusqu'aux avant- » postes de l'armée française , par les troupes » autrichiennes , et aux postes les plus pro- » chains.

n Réf. Accordé.

« Dem. I\ . Il sera permis à la garnison d'oc-

^799- " ^^^V^^' encore la citadelle pendant huit jours ^

AN VII. » pour les dispositions à prendre relativement

« à son exécution , et, pendant ce temps , les offî-

» ciers pourront aller en ville pour leurs affaires

» particulières.

» Rép. La garnison sortira le 22 juin ( 4 mes- » sidor ) , de grand matin , pour être conduite )) en France; les portes de la citadelle seront » remises , après la signature de la capitulation , » aux troupes autrichiennes. Les officiers , corn-* » missaires et autres individus nécessaires à la » reddition des effets militaires et autres comptes, )) pourront rester le temps indispensable aux opé- » rations.

» Dem. V. Les malades et blessés seront soii' gnés jusqu'à parfaite giiérison , et ensuite ren- » voyés en France , aux termes de la capitula- » tion.

» Rrp. Les malades et blessés seront soignés » jusqu'à parfaite guérison, et traités de même » que le reste de la garnison.

») Dem. VI. Les effets des militaires qui pourn raient être déposés soit en ville, soit sur le » territoire occupé par l'armée autrichienne , )) pourront être réclamés avec la protection de » M. le général , qui s'engage aux démarches >' nécessaires pour l'exécution du présent article , » sans s'obliger cependant à faire représenter ce » qui pourrait avoir été soustrait.

» R(-'p. Les efï'ets particuliers appartenant en » propre aux officiers , et déposés en la ville de

( ^97 ) >> Turin, soit dans le territoire, leur seront i-rjr). » rendus sur leurs rcclaniations , autant qu'ils a> vi:; » n'auront pas été soustraits ; mais il sera de » même rendu réciproquement aux officiers pié- » montais les elîets à eux appartenant, qui se » trouvent dans la citadelle.

» Dem. TII. Les approvisionnements de bou- )> elle et de guerre , outils et elîets militaires , j) seront remis sur inventaire.

» Rép. D'accord ; mais bien entendu que dans » ces effets militaires seront compris tous les » plans , cartes et instruments de génie et de l'ai'- » tillerie qui se trouvent .dans la citadelle , de n même que les archives y appartenantes.

» Dem. Vin. Il en sera' dé même pour tout » ce qui sera relatif à l'artillerie et armement » quelconque.

w Rép. Comme ci-dessus.

» Dem. IX. Les otages détenus à la citadelle » pour la sûreté des patriotes , seront remis , et » ceux qui pourraient être détenus dans la ville M pour cause d'opinion , seront aussi délivrés de » la part de M. le général , et ne pourront être M poursuivis dans aucun tribunal civil ou mi- » li taire.

w Re'p. Les otages détenus dans la citadelle , n seront mis en liberté d'abord , après la signa- M lure de la capitulation. On ne peut satisfaire )» au reste de l'article , le commandant militaire » autrichien n'ayant fait arrêter personne.

» Dem. X. Le commissaire des guerres , les

( 598 ) '799 ' " personnes attachées aux administrations et îéS Aw vil . » non - combattants , pourront se rendre où ils )) le jugeront convenable.

» Rép, Accordé.

» Dem. XI. Aussitôt l'acceptation de la pré- » sente , il sera permis à un ollicler de la gar- » nison de se rendre au quartier - général du » général Moreau , par le chemin le plus court V et sûrement accompagné.

» Rip. Accordé.

» Dem. XII. Les articles qui pourraient souf- » frir quelques difficultés, seront interprêtés en » faveur de la garnison.

» Rep. Les articles qui pourraient souffrir » quelques difficultés , seront assujétis à des n éclaircissements réciproques , et décidés à l'a- » miable.

» Dem. XIII. Au moyen de la présente , le » général commandant remettra la citadelle en » bon état , et sans aucunes détériorations autres » que celles occasionées par le siège.

Articles additionnels.

» Dem. XIV. Toutes caisses militaires appar- » tenant à la République française, cisalpine ou » au gouvernement piémontais , seront rendues » fidèlement.

» Rep. Il ne s'en trouve aucune quelconque.

>y Dem. X^ . D'abord , après la signature réw ciproque de la capitulation, il sera donné, de » part et d'autre , un ou deux officiers en otage y

(3c>9) » jusqu'au moment de révacuation entière de i-qr). w la citadelle par les troupes françaises. a> vu

» R(^. Convenu.

» Dem. XVT. Il sera fait copie double de la » présente capitulation, ratifiée de part et dVu- » tre , et échangée au premier moment de son » exécution.

» Fait et signé à Turin , le 2 1 juin ( 5 mes- » sidor).

» Signé le général Fiorella, » et le baron Keims. »

Rapport des opérations du siège de Turin , du 8 prairial au 1 messidor de la Républiquefrançaise , une et indivisible ( pendant le même espace de temps du 27 mai au 20 juin) (i). Le 20 juin (2 messidor).

« Les puissances coalisées accélérèrent leurs » mouvements en voyant la chute du trône à » Turin : l'abdication forcée de ce monarque » fît resserrer davantage les noeuds politiques qui » alliaient les souverains entr'eux. Le général )) Suwarow, commandant les armées combinées, )) obtint , pendant tout le printemps de 1799 » (an 7), des succès continuels en Italie. Paiti )) d'Alexandrie , ce général marcha directement )) sur Turin, qu'il trouva investi par deux divi- )) sions , l'une commandée par le général Wu- )) kassowich , et l'autre par le prince Bagration )) et par une foule de paysans insurgés. La ville

(1) Dictionnaire lustorique des batailles.

( 4oo ) '709- ^' ^"^ canoniiée dès le 27 mai (8 prairial), par i> vu. )' seize pièces de fort calibre , et sommée de se '' rendre. C'était pendant la nnit. Les Français » y avaient établi pour commandant le général » Fiorella , qui refusa de la rendre. 11 se dis- » posa au contraire à la plus vigoureuse défense ; >j il déclara la ville en état de siège , et adressa >j aux habitants une proclamation pour les exciter » à le seconder.

« Le général Karacksay , commandant une di- D vision russe, prit aussi position en avant de la » CJiartreuse. Le général Fiorella répondit au » lèu des assiégeants par un feu bien nourri. » Alors on bombarda la ville ; quelques maisons » de la porte du Pô furent incendiées ; le peuple )) se souleva, et les bourgeois armés qui gardaient 5> cette porte, profitant du tumulte, l'ouvrirent » aux alliés. La garnison de Turin était forte de « 5,000 hommes français et cisalpins, et, se voyant « surpris, ils se retirèrent avec précipitation dans » la citadelle. La ville fut occupée par la divi- >) sion du général Kaim; les dehors de la citais dclle par le prince Bagration, et les généraux » Zoph etFroelich, qui firent camper leurs di- « visions sur la route de Turin à Pignerol. Cent » dix - huit pièces tirées de Suze , deux cents w pièces de moindre calibre , une quantité im- >) mense de munitions de guerre et de bouche, » turent le fruit de cette prise. C'est au général )) autrichien Kaim que Suwarow confia la direc- » tion du siège de la citadelle.

» Tout le Piémont occupe , et le gain de la inc^g. ■» bataille de la Trébie , turent pour le gcucral a« vu. M Kaini un motif de plus d'encouragement , en cherchant, par un prompt succès, à répondre « à la conliance de Suwarow- Le i6 juin (28 )) prairial ) , on eut terminé les approches , et le » lendemain il fut lancé sur la citadelle le feu )) de deux cents pièces de canon , mortiers ou » obus : ce feu continua dans toute sa première » vivacité pendant deux jours. Les assiégés » eurent beaucoup à souffrir, plusieurs batteries » furent démontées , et un grand nombre d'oi- » ficiers d'artillerie et de canonniers perdirent M la vie. La troisième parallèle fut achevée sans « aucun obstacle. Mais enfin le gouverneur » demanda à capituler , après un feu redoublé M et des plus terribles , de vingt - neuf heures )) consécutives.

■>r A la première demande de capitulation , des i) conférences eurent lieu , mais sans résultat. '' Alors le feu recommença plus vivement qu'au- )) paravant ; il se soutint toute la nuit du 19 juin ^ ( i" messidor). Les assiégés répondirent à » mitraille et tuèrent beaucoup de monde aux » alhés. Le lendemain les Russes étaient prêts » pour tenter l'escalade. Déjà tous les feux étaient » éteints , les batteries démontées , les magasins » détruits; la garnison, composée presqu'en en- )) tier de Piémontais , abandonnait les murs et )) refusait le service , lorsque le général Fio- » relia se vit forcé , dans cet état de choses ,

ifjqr). » d'accepter la capiliilation que le général Kaîm AS vil. » lui offrait. La reddition de cette citadelle a » fait hasarder beaucoup de conjectures : elle )) fut promptement effectuée.

w Le gouvernement français avait commencé » à s'habituer à ne trouver nulle part d'obstacle » à ses desseins , et l'on supposait facilement -» la trahison, lors même que des obstacles in- » vincibles n'avaient pu être surmontés. Le gé- » néral Fiorella justifia pleinement sa conduite, » en alléguant que la capitulation avait été for- ); cée par la prompte défection des canonnicrs >> piémontais , qui refusaient le service , et lais- •» saient librement les assiégeants construire leurs » batteries , et diriger par conséquent leurs feux ï) sans obstacles. »

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