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CHAPITRE LVI

Le 4 messidor ( 22 juin), au matin, on rendit i^gg. la citadelle que l'on évacua. Le bataillon de la aw vu. 107"^® étant sous les armes, la place occupée par les Autrichiens en bataille, chaque peloton sortit à son tour. Comme fourrier , je remis le contrôle à nn officier allemand. La compagnie s'arrêta sur le glacis , et , après l'appel , elle déposa en faisceaux les fusils , sabres et gibernes , devant les Austro-Rnsses.

On défilait , entre deux haies , devant l'ennemi dont la musique des corps jouait différents airs analogues à la circonstance, et qui n'avaient pas de charmes pour nous.

Hors de la ville, à la porte Susine, il y avait un grand nombre de barbets , qui n'attendaient que le moment de nous tomber sur le corps. Ils brandillaient leurs stylets , en jurant le houzaron ( bousaron ) ! Heureusement qu'un détachement de cavalerie autrichienne , chargé de nous escorter , montra beaucoup de fermeté, et, par ses dispositions militaires , dissipa la populace que la curiosité et l'espoir du pillage avaient attirée. Si je n'avais pas vu ces forcenés, j'aurais été auto-

1 ;()(). risé à dire ces paroles italiennes : « Non posso. ,\y vu. ci'ederlo (i). »

jNous remarquâmes alors les lignes, les canons, les mortiers , les obusiers qiii avaient servi à foudroyer la forteresse.

II y avait une batterie que je ne connaissais pas dans l'artillerie française : c'étaient de petits tnbes rangés en ligne de i^ , où l'on mettait des ' grenades que l'on envoyait par le moyen d'une trace de poudre. On faisait précéder et suivre cette détonation par des bombes ; de sorte que ces globes , en éclatant , présentaient Tefiet d'une volée de pigeons : ils faisaient beaucoup de tapage, mais peu de mal.

On estimait alors les restes de la garnison à 2,5oo hommes. Il y avait eu, pendant le cours du siège, 5oo individus tués, blessés, prisonniers, déserteurs ou malades (2).

(1) « Je ne saurais le croire. »

(2) Voici ce qui a été écrit relativement à la garnisou , pour être à même de le comparer avec ce qui a été dit précédemment :

« La citadelle de Turin (*) fut la première des places » de l'Italie , qui tomba au pouvoir des alliés. Kaim y> n'avait avec lui que sa seule division , quelques batail- » Ions russes, et cinq à six mille paysans insurgés , presque » (ous employés aux travaux de tranchée. Le général au- « trichien , excité par les pressantes recommandations du »> généralissime, redoubla d'efforts pour soumettre la » forteresse qu'il assiégeait. Malgré plusieurs sorties au'

(*) Victoires et Conquêtes.

( 4o5 ) Nous fumes conduits sur la route de Rivoli ; inqq. après avoir traversé Avilliane, nous arrivâmes à an vu.

» dacieuses de la garnison , les lignes de circonvallation » étaient achevées, et la tranclie'e ouverte le i6 juin » ( 28 prairial ). Le lendemain , 3oo bouches à feu coui- » niencèrent , sur la place, un feu nourri qui continua, » presque sans interruption , le 18 et le 19 ( 3o prairial » et 1*"^ messidor. Le général Fiorella sommé de se )) rendre , suivant 1 usage , avait répondu négativement ; )) mais les batteries de la place ayant été presque toutes » démontées , avec perte d'un grand nombre de canon- » niers et d'officiers d'artillerie , la troisième parallèle fl fut alors achevée sans obstacle , et , après 29 heures » d'un bombardement continu , Fiorella demanda lui- « même à capituler. Il y eut .d'abord des conférences » sans résultat. Le 20 ( 2 ) , à onze heures du soir , le » feu recommença avec une nouvelle violence, et dura » toute la nuit. Les bombes et les boulets firent un ra- » vage épouvantable. Les assiégés qui avaient rétabli leurs M batteries , ripostèrent par des décharges à mitraille qui » tuèrent beaucoup de monde dans les ouvrages de tran- » chée. Dans la matinée du 21 ( 3 ) , tout était prêt » pour tenter l'escalade : le feu de la nuit avait démonté de y) nouveau les batteries de la place , et fait de larges brèches » aux fortifications. Tous les feux étaient éteints ; la gar- » nison abandonnant les remparts et refusant le service , » Fiorella se trouvait dans la situation la plus critique. » Enfin, après de longs pourparlers et de grands dé- « bats , les deux partis arrêtèrent , le 23 ( 5 ) , les avy> ticles d'une capitulation semblable à celle qu'avaient » obtenue les garnisons de Milan et de Ferrare [*).

(*) '( Cette capitulation de la citadelle de Turin donna Heu , dans j) le temps, à de graves inculpations, qui forcèrent le général Fio- 3) relia à entrer dans des détails justilicatiis. Il présenta , tomme une » des causes qui Tavaient déterminé dans sa résolution de rendre la

ingf^ Saint-Georges. Nous trouvâmes, en ayant de ce

AN Vil. lieu j un bivouac de Cosaques. Les lances de

cette troupe, fichées en terre, recevant les rayons

du soleil, les réfléchissaient vers nous , ce qui

« Le même jour , des commissaires autrichiens , char- » gés de prendre possession des magasins de la place , )) y entrèrent avec quelques hataillons russes , et le 24 j> ( 6 ) , les Français l'évacuèrent. Il fut aisé d'aperce- » voir les terribles effets du bombardement. L'intérieur » de la citadelle ne présentait plus qu'un monceau de )> décombres. On y trouva 874 pièces de canon de tous «calibres, i43 mortiers, 4^ obusiers , 3o,ooo iïxsils , » 4O5OOO quintaux de poudre , et une grande quantité >) d'autres munitions de guerre et de bouche. On dé-

» place , la défection de la plupart des canonniers qui, presque tous » piémoutais , désertcrent ou ref'ustrent le service. Cette défection , ■» ùisait-il , ayant empêché la citadelle de riposter convenablement au » feu des assiégeants , ceux-ci purent pousser leurs travaux et diriger » leurs batteries sans obstacle. On a prétendu que les gargousses des » canons , préparées depuis long-temps , ne contenaient qu'un tiers de )) pondre, et que le surplus n'était que du poussier de charbon. Les car- » touches de Tinfanterie , pareillement composées , ne contenaient , y> disait-on encore , qne des billes de bois recouvertes d'une feuille de )i plomb , en sorte que les boulets n'allaient pas à plus de 5o pas , et » les balles à aS. A la séance du conseil des Cinq-Cents, du 28 mes- )) sidor ( 17 juillet 1799 ), Français , de Nantes , membre de ce con- 5) s«il , présenta une de ces balles , trouvée dans les cartouches des sol- )) dats : elle était effectivement de bois, et recouverte d'une légère » feuille d'étain ; il n'y avait de poudre qu'aux deux extrémités de la » cartouche, le reste était rempli de sable. D'après les renseignements )> ultérieurs que nous nous sommes procurés , nous sommes fondé.s à » croire que ces bruits, injurieux à l'honneur du général Fiorella , qui » d'ailleurs avait fait ses preuves, et même la démonstration oflicielle faite 3) au conseil des Cinq-Cents , n'étaient que les résultats d'une jonglerie ^' et d'une manœuvre politique du Directoire , pour faire croire que la 3> mauvaise volonté des soldats , défenseurs de la citadelle de Turin , » n'avait eu aucune part dans la reddition de celte place ; ce qui :» pourtant nous parait avéré. »

J^réseutait à nos regards un horizon enflammé, i-qq. Comme ou nous les avait dépeints semblables à i^ vi> des bai'bares, nous avions lieu de craindre leurs atrocités. Cependant , il ne se passa rien d'atïligeant pour nous.

On nous logea , une partie au bivouac hors de la ville, surveillés par une portion de l'escorte ; l'autre partie , avec une garde autrichienne , dans une église, sous la défense expresse d'en sortir.

Le 5 ( 20 ) ^ nous nous transportâmes à la No- Talaise , où se trouvaient des Piémontais , que nous regardions comme nos ennemis, depuis la trahison des habitants de T.urin.

Le 6 (24), nous allâmes à la Ferrière , où étaient les avant-postes de l'armée austro-russe. Plus haut , à côté d'une voûte qui servait à préserver les voyageurs des elTets des tourmentes, nous y fûmes reçus par les Français que nous revîmes avec satisfaction. Chaque républicain remercia l'officier allemand et son régiment , de nous avoir préservés de tous les dangers évidents dont nous avions été plusieurs fois menacés.

Nous arrivâmes au sommet du Mont-Cénis, d'où le point de vue vers l'Italie est enchanteur.

)) couvrit , en outre , beaucoup d'effets précieux appar- « tenant au roi de Sardaigne (*). »

(*) « Quelques historiens ont rapporta (jue la plupart des diamants » de la couronne sarde faisaient partie de ces objets découverts ; mais u le fait nous paraît apocryphe. Les commissaires du gouvernement «français, si connus par leurs rapines, n'eussent certainement p.i « manqué de s'emparer de ces joyaux , eu supposant que le roi de Sar- ;< daigne ne les aurait [K)iut etnpoités avec lui lorsqu'il quitta Turin.

-(4o8) 1799. On est étonné de rencontrer à une si grande éîé- AS vil. vation , un lac poissonneux , dont la truite est fort estimée. Plusieurs observateurs ont parlé de cette étonnante chaîne des xilpes grecques, que le fameux Annibal a franchie pour combattre les Romains (i).

(i) Voici comiitent ils s'expriment :

« Nous traversAines le Mont-Cénis , où l'on né trouve » rien de curieux , à l'exception de deux cascades formées » du côté de la Novalaise , par un torrent qui s'échappe » des eaux du lac dont je vais bientôt parler. La plus » élevée dé ces cascades offre îm coup-d'œil intéressant » par la manière dont les eaitx tombent : on dirait , à « l'égalité du volume d'eau qui succède à l'autre , qu'une . » main attentive en verse la même quantité. Entre cette » cascade et l'autre qui bouillonne , écume et fuit en » se brisant avec bruit , est un plateau de peu d'éteny> due, mais parfaitement uni; au lieu que ce qu'on ap- )) pelle plaine au haut de la montagne , est un espace )) assez long , d'un terrain inégal , et qui , dans un autre « pays , passerait pour montueux. Avant d arriver à la » première cascade , on rencontre une voûte par où l'on » passe quand la neige encombre le chemin. On dit qu'elle » fut construite à l'occasion du mariage du frère de Louis « XVI. Après l'espace d'une lieue , on arrive au village » de la Perrière , le dernier du F'iémont. Je quittai avec » plaisir ce pays où ne s'est point réfugié la franchise. f) Le climat y est assez généralement beauj la terre y « est fertile ; m\is l'habitant y est faux ; mais l'on y trouve » des troupes de mendiants déguenillés ; mais la vengeance » ou l'avidité mettent à chaque instant votre vie en dan- B ger.

» Les Piémontais sont , dans l'ordre moral , ce que » les Crétins sont dans l'ordre physique. Quoiqu'il eu

Nous nous rendîmes le même jour à Lans-Je- 1799. Bourg. AA vil.

Ce tut de ce point que l'on put faire passer au Gouvernement français, la capitulation que l'on

» soit , j'avoue franchement que , si jamais je retourne « au Piémont , ce sera bien contre mon gré.

» Le village de la Perrière est dans une triste posi- » tion : environné de montagnes , traversé par le tor- » rent , bâti au fond d'un ravin , il renferme des hommes » comme nous.

)) Au haut du Mont-Cénis , qui est moins une mon- » tagne qu'un col entre des montagnes , on trouve un )) étang honoré du nom de lac , quoiqu'il soit d'une étendue y> très-médiocre.

» La descente est rapide et se termine au triste vil- » lage de Lans-le-Bourg , après lequel on en trouve im » autre plus triste encore , bâti dans un fond.

» Le Mont-Cénis , malgré sa température , offre beau- » coup de végétaux , des prairies où croissent en abony> tlance mille plantes variées. La terre est assez fertile. » Nous avions vu en Piémont les champs déjà nus et n dépouillés du froment qui les embellissait ; de ce côté « du Mont-Cénis , la terre était encore parée , et la ré- » coite n'est pas encore prête à se faire.

« Le bas des montagnes élevées , couvertes de sapins « et de mélèses , est terminé par des champs cultivés , « oii l'on a semé l'avoine, l'orge, le chanvre dont le » vert foncé pâlit encore le froment qui l'avoisine. Après » avoir passé le village de Rreman , bâti , comme les n deux autres, dans l'endroit le plus triste du canton, » on traverse plusieurs lieues de pays qui m'ont fait une » impression difficile à effacer ; le terrain s'incline sen- » siblement ; les montagnes se rapprochent ; le fond du « vallon s'éloigne et paraît à une distance considérable: rt un bois de sapins , de pins , de mélèses , rend l'ombre

t-f)f). a rapportée. La lettre qui accompagna cet envoi, an VII. était conçue en ces termes :

Lans-le-Bôurg j le 6 messidor ( ^4 juin).

« Je VOUS adresse la capitulation de la citadelle » de Turin. Les troupes françaises qui en com-

» causée par l'éle'vation des montagnes ^ plus épaisse en- » core. Des rocliers bleus et roses ferment la rive op- » posée ; d'autres semblent jetés çà et là , et reposent « sur une base étroite et inoins grande que le sommet. » On croirait, en les voyant, qu'ils vont rouler dans le » fond du précipice. Un bruit considérable , qui ne diy> minue ni n'augmente, ajoute encore à l'horreur de ce » séjour : c'est une rivière qui tombe de rocliers en ro- » chers ; on ne l'aperçoit qu'avec beaucoup de peine , » tant le ravin est profond. L'œil ne peut sonder l'abîme. » On écoute , on contemple , oii est saisi , on croirait » toucher au moment où quelque grande convulsion de » la nature va confondre les éléments. Le chemin do- » mine sur les précipices. La pente augmente , elle de- )) vient plus rapide , on arrive au fond. Un torrent qui )i paraît tomber du ciel, interrompt la route et sépare » les deux montagnes ; elles sont réunies par un pont )) rutisque qui trend>le au bruit que fait le torrent. Là, se » trouve un bois majestueux de sapins et de mélèses qui, « nés sur un terrain propice , lèvent leurs cimes jusqu'au » ciel, et répandent autour d'eux une ombre épaisse. Il » s'exhale une odeur, de résine. — Bois d'Lna, séjour d'une » niélancolique horreur ! Vallons de Modane et St. -Michel , » vos torrents, vos précipices, vos rochers de toutes » couleurs , seront long-temps gravés dans ma mémoire. » Autre description des Alpes.

«Combien de fois, parvenus au sommet d'un mont )) sourcilleux , nous avons vu la foudre serpenter autour » de nous ! Combien de fois encore , arrêtés dans la ré-

» posaient la garnison , au nombre d'environ i^cjn* » •î,5oo hommes, ont p;issé, en partie , le Mont- ats vu. » Cénis; aujoiirtt'Jmi et demain le reste suivra. » ^*oilà donc l'ennemi avec de nouvelles torces » disponibles. Les portcra-t-il vers les Alpes ? » C'est ce qu'il y aurait lieu de présumer ; mais » ses eRbrts et ses projets, dans ce cas , pour- » ront être vains. DVuicotc, tout nous est fâvo- » rable par les positions avantageuses que nous » occupons sur ces sommets , et que la nature a

» gion des nues , nous avons vu tout-h-coup la lumière « du jour se changer en une clarté ténébreuse ; l'air s'é- )) paissir, s'agiter avec violence., et nous olïilr un spec- » tacle aussi beau qu'effrayant ! Ces torrents de vapeurs » qui passaient l'apidenient sous nos yeux , et se préci- » pitaient dans des vallées profondes j ces torrents d'eau- » qui roulaient en mugissant au fond des abîmes ; ces )> grandes masses de montagnes qui , à travers le fluide « épais dont nous étions environnés , paraissaient tendues » de noir : les cris funèbres des oiseaux , le murmure >) plaintif des vents et des arbres , semblaient encore y> augmenter l'horreur de ces lieux extraordinaires. »

Etat actuel de la Montagne.

« Mont - Cénis , passage des Alpes grecques, séparant i) le marquisat de Suze, de la Maurienne , situé entre Tu- » rin et Chambéri , à égale distance de ces deux villes. )) Hauteur du passage, 6,36o pieds au-dessus de la raei\ >)) Depuis i8o5 , les voitures y montent sans difficulté 11 et sans danger , par une route superbe , construite par •A les ordres du gouvernement français. Dans une plaine )) appelée Madeleine , on trouve un hospice organis<- )' comme celui du Grand-Saint-Bernard, et un étang qui » nourrit des truites estimées. »

(4iO

i;f)9. » rendus inaccessibles ; de l'autre, les troupes qiu ji?v vu. ») y sont, sont animées d'un zèle et d'une activité » admirables, quoiqu'en partie composées de » compagnies de conscrits; mais qui, dans les >i diverses reconnaissances faites vers Suze, ont V prouvé le désir ardent qu'ils ont de se battre , >; et de montrer que l'honneur français les anime » de plus en plus , et que plus le danger sera » grand , plus il ranimera leur courage et leur *> valeur. Tel est l'esprit qui guide tous les mi- )> liiaires qui se trouvent dans ces contrées. »

Le 7 messidor ( 25 juin ) , nous couchâmes à Vernei.

Le 8 (2O) , à Modane. Je me rappelai l'histoire de la Bergère des Alpes , que j'avais lue dans les Contes moraux de Marmontel ; mais je n'y trouvai pas de jolies pastourelles comme celle dont ce charmant auteur nous a donné la description.

Le 9 ( 27 ) , nous nous acheminâmes vers Saint -Jean de Maurienne , où nous eûmes séjour.

Le II ( 29 ) , nous nous rendîmes à Aiguebelle , où j'allai loger dans les montagnes ; la verdure offrait à mes yeux un coup -d'oeil ravissant. Les habitants furent effrayés par l'apparition subite d'un ours. Chacun s'arma. L'animal s'enfuit sans causer le moindre dommage. Dans cette contrée , comme dans beaucoup d'autres lieux des montagnes , il existe des femmes , même des hommes, avec des goitres que J'on

( 4i5 ) dit provenir de la mauvaise qualité des eaux i-(,8. formées par la fonte des neiges. On y rencontre \> vi. également des individus idiots, stupidcs, connus sous le nom de Crélins. On pense que le crétinisme est l'eiTet des aliments grossiers et de la force de Tair sm- ces êtres faiblement organisés.

Le 12 (3o) , nous couchâmes à Montmélian, ville autrefois très-importante, dont les fortifications furent démolies.

Le i5 (i^' juillet), nous allâmes à Cliambéri, où nous eûmes séjoin-. Je profitai de ce repos afin de me promener aux Charmettes , qui sont des habitations agréables auprès de la \ille , où J.-J. Rousseau a demeuré en l'i)^.

Le i5 (5) , nous gagnâmes les Echelles que Charles-Emmanuel II , duc de Savoie , rendit praticables en faisant couper tout un rocher où passe maintenant la route.

Le i6 (4)7 nous dirigeâmes nos pas du côté du Pont-de-Beauvoisin , sur le Guyers , frontière de France et de Savoie.

Dans diverses montagnes des Alpes , durant . ce voyage , je vis quelques cascades étonnantes par la chute de l'eau qui , en tombant des rochers d'une hauteiu' prodigieuse , se divise en une espèce de farine ou de poussière ; se rassemble ensuite dans la plaine pour former des ruisseaux ou des torrents.

Le 17 (5) , nous logeâmes à la Tour-du-Piu, où un sergent de la compagnie, originaire de ce

inf,(j, lieu, me présenta à son oncle le curé, qui me A?, VII. reçut fort bien.

Le 1 8 ( 6 ) , nous nous transportâmes vers Bourgoin , où j'avais été déjà.

Le 19 (7), nous arrivâmes à Lyon; je m'empressai d'aller saluer mes connaissances, entre autres le capitaine Martinet et M. Saint - Ange. Ces braves gens étaient dans l'enchantement de me revoir. Sachant que j'étais en Italie , ne recevant plus de mes lettres, ils crurent que j'avais péri. Les nouvelles qui parvenaient de cette contrée étaient très-affligeantes. Quoique le mal fût grand , les rapports étaient fort exagérés ; ils portaient l'inquiétude dans le coeur de ceux qui avaient, dans cette armée, des individus auxquels ils s'intéressaient. Nous eûmes séjour, que j'employai à resserrer les liens de l'amitié que ces bous compatriotes m'avaient témoignée.

Le 21 (9), nous nous dirigeâmes vers Saint- Simphorien.

Le 22 (10), nous arrivâmes à Montbrison , comme terme de notre route , afin de prendre le repos dont nous avions si indispensablemeut besoin.

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