CHAPITRE YlII
i'jc)i. tiE 5 août , le corps se rendit à Montmedi , pour y renforcer la garnison. Elle était commandée par le maréchal de camp Ligniville , qui avait sous ses ordres un bataillon du l'égiment de Condé , 55"'^ d'infanterie , le 4"'^ de la Marne , un détachement d'Auxonue , 6^^^ d'artillerie à pied , et un piquet de mestte de camp , a"'^ dragons , pour servir d'ordonnances et porter les dépêches. Ces troupes réunies présentaient une force d'environ i5 à i8oo hommes. Yoici un rapport de cette place, du 24 août : « Des lettres du district de Môntmédi ont » appris que les Prussiiens et les Autrichiens » se disposent à former le siège de Longwi , » et à se porter en même temps sur Verdun. » Quelques jours après , on apprit l'entrée en France des Prussiens et des Autrichiens , par h. soimiission de Longwi.
Voici le rapport du 5o août , fait à cette occasion :
« Verdun et Môntmédi n'imiteront pas ces w lâches habitants de Longwi ; des lettres anw noncent que ces deux villes sont disposées à » ne se rendre qu'à la dernière extrémité. »
On fit l'épreuve des poudres ç\c^..t i •
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saace, mais, au même moment, l'on tira ni,, ..eurs coups de canon , dont le b "ule" Fa„ ces a toute volée ne les atteigairenrp n" remarqua ensuite, sur la route de Se à Stena. , fe eorps nombreux qui filaS On m'envoya à Chauvenci-Sa,-,,, H L ,
sant pas Je chemni , je me flg^irai gu'en sui Tant le rourc Aa v^ ^ ^ueu sm-
- la hauteur , au-dÎTla '-^XJ^ P«eelasesoudecoqumages,l~;r,Î
I-C2. fT^nt de dilîérentes nuances, me plaisaient bea:iicoup. Un poste d'une quinzaine d'hommes , qui était derrière une haie , lit feu sur moi , tandis que j'admirais l'armée. J'éprouvai , au sifflement du plomb que j'entendais pour la première fois , une émotion sensible , sans cependant me décontenancer. Je me retmnchai derrière nne grosse pierre contre laqticlie je plaçai mon fusil. Je tirai sur un fantassin qui était debout entre deux haies ; voyant la terre voler à ses pieds , je pensai que j'avais ajusté trop bas. A mon second coup, l'homme étant tombé sans mouvement, je fus flatté de mon adresse. Je me ressouvins du garde-magasin qui m'avait donné celte arme. Le poste , en échangeant des balles , m'en envoya en si grande quantité, que le terrain se trouva labouré autour de moi dans «n instant. Croyant qu'il était prudent de continuer ma route, et m'étant mis à courir pour exécuter mon ordre , sans avoir été atteint par l'ennemi, je rejoignis le détachement que j'allais chercher, et m^en retournai avec lui.
Le 2 septembre, on amionra que Verdun avait été pris le même jour; mais la reddition de cetlri forteresse ne diminna pas l'ardeur de la garnison de Montmédi; il semblait, au contraire, qiv'elle ajoutait encore un nouveau zèle à son coui-i\gc.
Le général Ligni ville prit des mesures très-sages pour défendre la place. Il distribua la troupe de manière que chacun connaissant son poste , pou- T.-iit, au besoin, occuper les différentes parties des
ouvrages, afin de résister à reiinemi partout où il ,««2, se présenteiait.
On sut que le général Clairfait , commandant les Autrichiens, aii nombre de 27,000 hommes, avait ordonné de labriquer des grils , afin de tirer sur la ville à boulets rouges ; mais que les progrès des Prussiens le détournèrent de ce projet pour se porter dans Tintérieur.
Le 9 , on dressa sur Montmédi le rapport suivant :
« Il est difficile de supposer que l'ennemi puisse » développer un véritable plan de campagne , » avant d'avoir pris Montmédi ; et , en attendant » qu'il en ait seulement formé l'attaque, nos ar- }) mées auront pris une nouvelle consistance. »
La garnison faisait des sorties partielles. Je fus compris dans un détachement de 5o hommes. Il devait protéger des voitures , afin de transporter des bûches dans la place , d'augmenter le magasin, de manutentionner les vivres : en cas de siège, de fournir aux différents postes le chauffage dont ils avaient besoin pendant la saison froide qui s'approchait.
Le peloton, commandé par un officier, se rendit au bois du Moncet; il fut divisé. Ayant la direction de 12 hommes, je reçus l'ordre de me porter en avant avec eux , pour éclairer la réserve qui était restée sur la hauteur. La forêt n'étant qu'abatis , les volontaires de ma patrouille et moi , nous nous ghssàmes baissés* derrière les i'irbres coupés , les cordes de bois , afin de n'être
ij(j2. pas remarqués des étrangers qui étaient sur l;i montagne vis-à-vis, et dont nous n'étions séparés que par le Chier. Nous parvînmes presque au rivage, sans que le poste qui se trouvait devant nous s'en aperçut. Des ennemis assis à terre , profitant du beau temps, jouaient aux caites, tandis que dWitrcs buvaient, mangeaient ou dormaient. La sentinelle, à quelque distance auprès de la rivière, était jusqu'aux reins dans un trou qu'elle s'était creusé pour ne pas être en évidence : elle regardait alors les joueurs qui parlaient assez haut, dont les propos l'intéressaient sans doute. Je plaçai tous mes militaires , leur demandant de me laisser ajuster le factionnaire. Tandis que chacun visait lin soldat du poste , le coup de mon fusil , fixé dans une fourche d'arbre , porta si bien , que le surveillant tomba sur le nez et ne se releva point. La décharge générale finie , plusieurs des alliés demeurèrent sur le carreau ; mais les autres engageant le combat , ripostèrent vivement.
Quand j'eus l'assurance que les voitures chargées étaient parties, je rejoignis les nôtres qui étaient en présence , pour l'attaque desquels l'on amenait deux pièces de canon qui ne servirent pas ; car nous nous en retournâmes avant qu'elles fussent assez près pour être mises en batterie.
Un matin, j'allai à la découverte avec une douzaine d'hommes. Etant sur la montagne qui domine la forteresse à droite du village de Tonne , en sortant de la place , j'y restai une heure, comme j'en avais l'ordre. En ma qualité d'explorateur, ne
(47) voyant rien d'extraordinaire, je repris le chemin i^g^. de la yille. Me trouvant sur le plan incliné de la, hauteiu-j je remarquai sui' les remparts une foule de personnes assemblées. On tira ensuite le canon et des mortiers , dont les projectiles passèrent pardessus le détachement. Je voidais retourner ; mais me mppelant que , plusieurs jours auparavant , on avait essayé la force de la poudre, j'en conclus que l'on recommençait la même opération. Arrivé à Montmédi , ayant appris que c'était un peloton de cavalerie ennemie qui avait paru à l'endroit que je venais de quitter , je fus bien fâché de n'être pas resté, puisque j'aurais eu. occasion de déchirer des cartouches.
Les Autrichiens , pom- disposer les habitants des campagnes en leur faveur , lançaient des proclamations , et les faisaient colporter par des Français. On arrêta un de ces émissaires , que l'on amena parmi nous comme espion et traître à la Patrie. Il était question de le fusiller; j'allai voir ce prisonnier. Quel fut mon étonnemeiit , lorsque je reconnus que c'était un habitant de la ville de Stenai , ami de mon père ! Après qu'il eut échappé à cette malheureuse circonstance , il se rendit dans sa famille.
Le feu prit aux bâtiments de la manutention du pain; il fit des progrès rapides. Xics troupes déployèrent un zèle , une ardeur au-dessus de tout éloge. Cet empressement prouvait qu'au besoin , on aurait pu tirer contre l'ennemi un grand parti de la garnison.
( 48 ) i-rnî. Il y avait souvent des attaques. Montmédi se trouvait bloqué, mais de loin. J'étais de garde à l'une des portes de la place basse : étant moins fortifiée que la ville haute, la garnison de cette dernière faisait le service de l'autre. J'avais il\. hommes sous mon commandement. Il avait plu depuis notre arrivée au corps-de-garde : notre bois était brûlé à minuit. Les militaires arrivant de faction , se plaignaient de ce que, n'ayant pas de guérites ni d'échauguettes , ils étaient mOtiillés jusqu'aux os , et avaient extrêmement froid. Ils me proposèrent de leur ouvrir la porte , dont j'avais les clefs j en nie disant qu'ils iraient chercher des branches d'arbres qu'on avait coupées pour dégager les remparts. Je m'opposai fortement à cette proposition, quoique je soufl'risse comme eux. Je leur fis envisager l'inconséquence qu'il y aurait^ tandis que l'ennemi bivouaquait auprès ; qu'il {Pourrait profiter de ce mornent potir nous attaquer et surprendre la ville. Mais ils me pressèrent si vivement, que je cédai à leurs instances. J'ordonnai ù une partie de la garde de prendre les armes. Je plaçai le poste sur deux rangs. Ouvrant la barrière ^ je laissai sortir quatre individus , leur fusil en ban* doulièrc, pour être à même de se défendre. Je refermai l'ouverture. IVous restâmes sur le qui vive en attendant leur retour , qui devait s'annoncer par y.T\ signal convenu , celui de frapper trois coups dans les mains. Au lieu de se contenter de prendre du bois , comme ils l'avaient promis , ils gagnèrent les jardins où ils pénétrèrent facile-
■mciit , les baies étant rasces> Ils volèrent tles ca- !'-()?.. aottes, (les navets, des pommes de terre, qu'ils jetèrent par-dessus la muraille, sans que je m'en aperçusse. Des femmes qui étaient à iem-s croisées non loin de là , les remarquèrent à la faveur du xlair de la lune ; elles leur demandèrent pourquoi ils allaient dérober cie qui ne leur appartenait pas. Les soldats leur ripostèrent par des injures, assez bas pour que je ne les entendisse pas. Ils revinrent promptement, et étant J'entrés après le signal, ils -me racontère«t qu'il leur avait été presque impossible de trouver du bois propre à brûler. Je re^ iermai la porte, me ■croyant en parfaite sécurité. Au jour, les personnes qui.avajenX été insul^ tées se plaigniîx^nt au commandant de la place , que la porte ayant été ouverte la nuit , des volontaires en avaient profité pour dévaster les jardins voisins. La révolution donnant à tout le monde le droit de juger à son gré, il fut généralement décidé , par les habitants et par les officiers de la garmsoii,que mon cas était grave ; qu'il comportait deux peines ca^Htales : l'une, d'avoir favorisé la maraude ; l'autre , d'avoir donné à l'ennemi, s'il était venu attaquer, la facilité de pénétrer dans la place. On annonça ma faute à la parade, avec injonction aux chefs de poste de ne point commettre de tels déhts militaires. On exposa que j'allais servir d'exemple , afin de retenir ceux qui pourraient tomber dans un semblable oubli de leurs devoirs. Le sergent de garde qui vint me relever, me communiqua en particulier ce qui avait été prescrit
(5o) 1792. avant de faire défiler la troupe. Il ajouta que le chei de bataillon lui avait donné l'ordre de me dire de passer chez lui , aussitôt que je serais de retour à la ville haute. La tête remplie d'inquiétude , de réflexions , je me présentai devant M. de Guy; il était chez le colonel du régiment de Condé avec une partie des officiers de la garnison. Ces messieurs me firent une vive semonce. Lorsqu'ils eurent terminé, je priai le commandant de m'entendre, et lui racontai le plus succinctement possible ce qui s'était passé, en m'expliquant avec uu air d'aisance et de respect qui me concilia tous les esprits. Après avoir parlé, je gardai le plus profond silence. M. de Guy dit à rassemblée : « J'aime )) ce sergent comme mon enfant; je snis étonné )) de la faute (ju'il a commise : car je sais , et je me » suis convaincu qu'il sert bien et qu'il fait bien » servir, » Il me demanda mon âge; je lui répondis que j'avais 1 7 ans , ce qui surprit tous les officiers. Ma taille était alors de 5 pieds 7 pouces (i,8i4 millimètres). Il m'ordonna d'aller en prison sur ma parole , prescrivant de ne pas chercher à m'y soustraire, et ajoutant que j'étais consigné à la porte de la ville. En quittant cette réunion imposante pour me rendre à la destination qui m'é^ tait assignée , j'étais fort triste et fort affligé. Le geôlier m'attendait ; il me plaça seul dans un cachot , où j'étais absolument comme un criminel,
Ge lieu obscur était bâti sous le rempart , dans la partie du nord-est des fortifications. On y respiiait ime odeur concentrée et méphitique ; elle
était produite par riminiditc des murs et de la inc^i, paille pourrie sur laquelle on couchait; par le baquet dans lequel les prisonniers déposaient leurs excréments , qui n'était vidé que toutes les vingtquatre heures. Je ne parlerai pas de la nourriture ni de la boisson ; elles étaient celles dont j'avais contracté l'habitude au camp. Elles consistaient, pour les vivres , en un pain de munition ; pour le breuvage , en eau de citerne provenant des gouttières , qui avait séjourné long- temps sous la terre où elle avait perdu une partie de sa qualité : car, dans la place, il n'y avait ni source, ni puits, ni tontaine. Le jour ne parvenait que par une ouverture en forme de cône, garnie de grilles de fer, dont l'extrémité extérieure était moins évasée que celle intérieure. Elle donnait horizontalement dans les fossés, de manière que je n'avais de clarté, dans Je miUeu du jour, qu'autant que la lune en produit dans son deuxième quartier.
Dès que le geôlier se fut retiré, après m'avoir enfermé sous les verroux , le plus morne silence régna autour de moi : alors , me hvrant à toute l'iîorrem- de ma situation, je me reprochais la faute que j'avais commise, et je songeais à la punition que j'éprouvais. Je n'avais pour société dans le cachot que des araignées d'une grandeur énorme, dont les toiles tapissaient la voûte ; que de gros rats qui, famiharisés avec les infortimés qui habitaient ce séjour et qui m'y avaient précédé, venaient , aux heures des repas , en sautant les uns sur les autres. Je leur jetais des miettes qu'il man-
ri';9s. i^ealent : ces animaux ne paraissaient nùîleïneîrfe effrayés de me rencontrer dans ce lieu solitaire. Lorsque le jour cessa, je m^ trouvai dans la plus protonde obscurité : cette nuit me parut fort longue, n'ayant pu goûter les doucem^s du sommeil.
Le lendemain, à là "Visite des prisonniers , j'obtins d'être mis à la pistole; c'était une des cham»^ hres du geôlier où j'avais toutes mes commodités, et pour laquelle je payais vingt sous par jour.
Quelquefois le lieu le plus triste en apparence , devient pour nous un séjour enchanteur ; c'est ce qui m'arriva dans cette situation désagréable. Mon maître-d'hotel , qui m'avait fait prendre l'air, avait une lille d'une beauté rare, élevée à Paris; elle était allée au château de Silleri , où j'avais eu occasion de faire sa connaissance, lorsque mon oncle et compagnie avaient élevé une brasserie à la Glacière. Nous nous reconnûmes : nous parlâmes souvent des fêtes, des parties de plaisir qui avaient eu lieu alors.
Comme noti'e conversation liii rappelait uit temps où elle avait été heureuse, elle s'efforça de diminuer les chagrins de ma captivité. La nuit étant venue, et tous les détenus sous clef, nous allions nous promener, passer les soirées dans des maisons où nous étions sûrs de ne point rencontrer de militaires ; elle me procurait un vêtement bourgeois pour que l'on ne pût me reconnaître.
Au bout de huit jours de détention, ce que l'on appelle militairement faire un quart de lune , je
(55) rcrlis Tordre de sortir et de continuer mon ser- 1-^4, vice. Ce moment qui me rendait la liberté , et qui aurait procuré de la satisfaction à tout autre prisonnier, ne me causa que de la douleur. Le geôlier, à la manière des gens de son état, avec i\n langage brutal , des façons grossières, m'avait déjà prévenu de ne pas venir le voir quand je serais sorti , pas même pour le remercier des soins qu'il avait eus de moi lorsque j étais resté chez lui. Je fus donc privé de me retrouver avec la belle qui m'avait consolé, et je n'étais pas assez rusé pour former avec elle une liaison ou une intrigue.