‹ Histoire médicale du blocus de MetzChapitre 5 sur 56 · S— 5 NO · texte numérisé non relu

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Intensité moyenne intermédiaire entre les deux mois précédents.

On voit que les vents humides et pluvieux ont dominé dans une grande proportion. Année commune il en est ainsi, bien que d'une manière moins accusée.

Pluie. Le mois d'octobre donne en moyenne :

55'n'n,0 En 4870 88°^,5

Différence 33'"™,5

Depuis le 8 il a plu, peu ou beaucoup, presque tous les jours. Vingt jours pluvieux.

Rosée, cinq fois, dans les premiers jours du mois. Brouillard épais, quatre jours.

14 CONSTITUTION ATMOSPIIKRIQUE.

Tempêtes, le 9 et le 26.

Les terres sont de plus en plus défoncées. La plupart des chemins sont impraticables.

Bien mauvais mois pour les troupes au bivouac.

Le résumé de la saison nous donne, pour les mois d'août et septembre, de bonnes conditions de température ; abaissement fâcheux pendant le mois d'octobre. Pluies abondantes, s'accentuant à l'approche de l'hiver. Dans le dernier mois deux bourrasques ont beaucoup fait souffrir les hommes; quelques tentes de malades ont été enlevées.

Nous avons vu que le minimum était descendu à 1®,7 (le 12 octobre); mais c'est une exception, et la moyenne des minima dans ce mois a été de 7^,3. Ce n'était donc pas une température propre à incommoder beaucoup les troupes au bivouac; mais la pluie et l'humidité pénétrant le sol et les abris , les hommes eurent réellement à souffrir pendant une grande partie de ce mois. Mouillés pendant le jour, ils n'avaient aucun moyen de se sécher, et passaient ainsi la nuit sur un terrain fangeux. Mais où ce frpid humide détermina des effets vraiment lamentables, ce fut au départ de notre malheureuse armée prisonnière. Il tombait une pluie fine et serrée pendant le lugubre défilé en face de l'armée victorieuse. Les locaux manquant pour abriter cette multitude, brisée par la honte, la douleur et la faim, on fit camper les hommes au milieu d'une vaste plaine, dans des terres labourées, et là, durant trois longs jours, ils restèrent^ soumis à la pluie, avec une nourriture insuffisante. Combien de ces infortunés s'étendirent dans les sillons pour échapper à la bise qui les glaçait et ne se relevèrent plus ! Les Prussiens durent renvoyer de nombreux malades dans nos ambulances ; souvent

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on voyait pele-mt^le, sur une mémo voilure, morts ot mourants.

La bienfaisance publique restait impuissante, rapproche des lignes de prisonniers étant interdite. (Cependant, un médecin principal de Tarmée, secondé par deux aides-majors médecins et un pharmacien^ obtint, sur la demande que j'adressai aux autorités allemandes , un sauf-conduit et Tautorisation de porter, pendant ces trois jours, quelques secours, vivres, médicaments, vêtements, à ces débris d'une vaillante armée. Le préfet allemand fit preuve, en cette circonstance, d'un esprit d'humanité méritoire, en mettant sa propre voiture à la disposition de ces messieurs. Mais que pouvaient-ils, en présence d'une telle somme de misères? Adoucir pour quelques-uns la rigueur du sort , rien au delà. Quel tableau saisissant pourrait être tracé sur le récit des douleurs dont ils ont été témoins durant cette triste mission ! Mais un livre de la nature de celui-ci doit s'interdire toute apparence de pittoresque, pour se renfermer dans la simple exposition des faits.

Nos malades, aussi, commençaient à souffrir sérieusement de ce froid humide, sous les tentes, dans les baraques, sous les hangars. L'administration faisait les plus louables efforts pour donner à chacun double et triple couverture ; elle enleva tout ce que possédait le commerce. Les sociétés internationales en avaient apporté et en distribuaient chaque jour des quantités considérables. Tout cela devint insuffisant.

Jusqu'ici nous avons pu préciser les conditions -atmosphériques et leurs influences. Mais à partir du 31 octobre, les observations météorologiques nous font défaut ; elles ont dû cesser au moment de l'occupation allemande. Nous sommes réduits à de vaguer

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souvenirs. — Ces souvenirs nous retracent , durant l'hiver, une succession de pluies, de neiges, un abaissement de la température qui arrive un jour à 14^ sous zéro* Les tisanes gèlent. Des cas de congélation partielle se manifestent ; plusieurs malades et blessés, incapables de réagir contre ces terribles influences, y succombent. Heureusement, l'effectif diminuait chaque jour et l'on put successivement évacuer celles des ambulances qui souffraient le plus du froid et devenaient inhabitables.

J'avais demandé à l'administration militaire de réunir un grand nombre de cruchons pour réchauffer dans leurs lits nos malades et blessés. On pouvait, dans ce but , utiliser les marmites après la distribution des aliments. Le combustible faisant défaut, on aurait fait appel à la bienfaisance, et je ne doutais pas que chacun ne s'empressât de nous approvisionner d'eau chaude. — La lettre que j'écrivis à ce sujet (11 octobre), resta sans réponse.

Le médecin en chef de la garnison allemande, je lui dois cette justice, fit tous ses efforts pour améliorer cette situation et garnir de poêlés toutes les ambulances, qui étaient tombées sous la gestion de l'administration prussienne; mais le commerce n'en possédait qu'un nombre insuffisant pour satisfaire à tous les besoins; il fallait répartir ces ressources entre la population , la garnison et les malades. Ceux-ci ne furent pas toujours servis les premiers. Signalons ici les bienfaits de la charité privée : des dons particuliers et le produit d'une souscription firent arriver de la houille dans les ambulances.

C'est à regret que j'ai à rendre compte d'un ordre de faits peu honorables pour quelques-uns de nos soldats, mais que flétrissait la réprobation du plus

coi^sTiTUTioN Atmosphérique. iî

gi^and nombre. C'est de l'histoire. Eh bien ! plusieurs blessés, à chaque évacuation, soit pour l'Allemagne, soit pour la France, ne craignaient pas de vendre, à vil prix, les couvertures que l'administration leur donnait pour le voyage. Des industriels éhontés, allemands et français, s'apostaient sur le trajet de l'ambulance à la gare et, trompant la surveillance des officiers et sous-officiers d'administration qui accompagnaient les malades, se livraient à ce révoltant commerce. Nos soldats comptaient sur la charité des dames qui les attendaient à la gare, et que leur dénûment devait apitoyer, car ils ne manquaient pas d'affirmer qii'ilâ avaient été oubliés dans la distribution faite à l'ambulance. Qu'arrivait-il alors? Des mallieureux auxquels une seconde couverture l3ût été nécessaire ne pouvaient l'obtenir; les délinquants eux-liièmes étaient souvent victimes de leur triste spéculation.

Une infirmière de distinction et, par-dessus tout, femme de cœur et de dévouement , M™« la baronne de Crombrugghe, signale en ces termes les trafics dont les malades se rendaient coupables et qui devaient inspirer aux étrangers peu d'estime pour certains de nos compatriotes : <r Après avoir fait d'amples distributions de vêtements de toutes sortes, nous nous sommes i*etrouvéeSj quelques jours aprèsj devant de si pressantes réclamations de bas, de gilets, de caleçons , que la pensée nous est venue de faire une enquête au sujet de la disparition de ces objets. Or, ils avalent été vendus à vil prix, par des convalescents qui sortent ou par les infirmiers, et les malades avaient reçu en échange des fruits verts ou de mauvais cognac. Un des malades de ma salle s'était ainsi procuré une forte ration d'eau-de-vie, qu'il a

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