CHAPITRE XI
formaient sur les bords de la rivière, était encombrée de voitures de toute espèce, entre lesquelles on voyait errer une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants à demi-gelés , que la rupture des ponts abandonnait à leur malheureux sort. Semblables aux ombres errantes sur les bords du Styx,ces misérables jetaient des regards douloureux sur les flots qui mettaient un obstacle insurmontable à leur salut. îTayant plus de sentiment que pour chercher à alléger les souffrances physiques qu'ils enduraient , ils ne s'appliquaient qu'à se dérober aux tourments que la faim et le froid accupfiulaient sur eux. Ici l'on voyait des camarades d'infortunç se disputer avec acharnement des lambeaux dégoûtants de chair de cheval , là des groupes de malheureux épuisaient leurs dernières forces pour allumer du feu avec des roues de caissons et des crosses de fusils encore tout chargés. Les explosions fréquentes , suites naturelles de ces imprudences , achevaient de donner un caractère hideux à ces épouvantables scènes, et augmentaient le nombre des cadavres , dont le ravage du canon pendant le combat de la veille, et l'encombrement de la foule près des ponts au moment du passage, avaient jonché le sol.
Le comte Wittgenstein n'ayant pas de pontons ,
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