‹ Histoire militaire de la campagne de Russie en 1812 (volume 2)Chapitre 21 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ayant dirigé le feu des batteries établies à la gauche de la Polota contre le flanc gauche des troupes assaillantes, les Russes ne purent dépasser le ruisseau.

Cependant le comte Wittgenstein , ayant remarqué que l'ennemi se renforçait visiblement derrière Spass , ordonna au général Berg de se porter au secours des troupes de Wlastof , avec

les trois régime nts du centre ^ qui furent^mplacés par un bataillon du régiment de Toula et un du 18® de chasseurs, tirés de la seconde ligne. L'ennemi s'étant aperçu de cet affaiblissement de notre centre, le fit attaquer par la division Legrand. Le jgénéral Hammen, qui avait remplacé Berg dans le commandement sur ce point , se trouvant trop faible pour résister avec avantage, le comte Wittgenstein lui envoya encore un bataillon du régiment d'Esthonie et un de celui de Navaghinsk. A l'aide de ce renfort, le centre des Russes non-seulement se maintint, mais il fit rétrograder même la ligne ennemie. Les tirailleurs français qui , sous la protection de ^ .,

leurs colonnes, s'étaient avancés jusque sous les ( -i^'Oji batteries russes, fiirent chargés à la baïonnette ^ -^/ / par les tirailleurs de ces derniers , et rejetés sur I / '

les faubourgs de Polotsk. Une nouvelle attaque des ennemis n'eut pas un meilleur succès : le

46 CAMPAGNE DE t8i2.

général Hammen , soutenu par le second bataillon du régiment de Toula, les repoussa encore une fois, et les tirailleurs demeurèrent maîtres des broussailles en avant du front de leur ligne. Dans ces attaques le maréchal Oudinot fut grièvement blessé d'un biscayen à l'épaule ; le général comte Gouvion-Saint-Cyr prit le commandement des deux corps.

Pendant ce temps, à la gauche des Russes, l'ennemi avait débouché de Spass. Les troupes du colonel Wlastof perdirent du terrain, mais l'arrivée du général Berg rétablit le combat en notre faveur. Ce général s'était porté par derrière la i^® ligne, et avait débouché sur la route . de Newel avec ses trois régiments formés en { colonnes d'attaque , et soutenus sur leur droite . par le général prince de Sibérie, avec les régi- ; ments de Perm et de Mohilew. Le général bavarois de Wrede , qui commandait sur ce point , ne se trouva pas en état de soutenir le choc; il battit en retraite et passa le ravin de Spass , après avoir mis le feu aux bâtiments du couvent. Cependant les nouveaux efforts que nos troupes firent pour passer le ravin n'eurent pas de succès. Les deux partis continuèrent à tirailler sur les bords du ruisseau.

 la droite des Russes, il ne se passa rien

CHA.PITRK VI. /|7

d'important; à la vérité, l'ennemi avait aussi essayé une attaque contre cette aile , mais le feu des batteries qui la protégeaient suffît pour le faire désister de son entçeprise. La nuit qui survint mit fin au combat qui avait duré quatorze heures. Notr e perte s'élevaàprèsde 2,5oo'hommes hors de combat ; celle des ennemis fut plus considérable. Le quartier-général du comte Wittgenstein fut laissé pour la nuit à Prissmenitsa.

Il est difficile de blâmer la détermination du comte Wittgenstein , d'attaquer par le centre une armée qu'une rivière séparait en deux; cependant il paraît qu'au lieu de porter les principaux efforts sur Spass, il eût mieux valu les diriger dans l'entre-deux des routes de Nevel et de Sébége ; l'on eût évité ainsi les revers dangereux que les batteries ennemies de la rive gauche de la Polota prenaient sur les colonnes assaillantes. Le général russe n'avait pu , à la vérité , forcer la position des ennemis , mais il avait réussi du moins à les contenir; cependant sa situation n'en était pas moins embarrassante : se voyant en présence d'un ennemi supérieur de plus du double , il ne pouvait avoir Tespoir de le rechasser de vive force au-delà de Fa Duna; d'un autre côté, en se repliant sur-le-champ sur la Drissa, il n'aurait fait que trahir le Secret de sa faiblesse et encou-

rager les Français à tenter de nouveaux efforts contre lui. Pour échapper à cet inconvénient , il résolut d'en imposer à l'ennemi par une contenance menaçante. A cet effet , il demeura avec son corps dans sa position en face de Polotsk, et fit des démonstrations offensives sur ses deux flancs. Déjà , dans la soirée du 5 , le colonel du génie comte Sievsrers avait jeté un pont sur la Duna , à quatre werstes au-dessous de Polotsk ; il reçut encore l'ordre de s'occuper dans la nuit du 5 au 6 de la construction d'un autre pont sur la Polota, à quatre werstes au-dessus de la ville. Le comte Wittgenstein espérait que ces démonstrations pourraient engager les Français à repasser la Duna, mais le général Saint-Cyr était trop habile pour se laisser ainsi induire en erreur.

Le général français persista à se maintenir dans sa position, avec l'intention d'y recevoir une nouvelle bataille, et même d'attaquer luimême si les Russes ne le faisaient pas. Afin d'être plus en forces, il fit revenir à la droite de la Duna les cuirassiers et la brigade de cavalerie légère de Castex , auxquels le maréchal Oudinot

\ avait fait passer le fleuve , et qui se trouvaient à

' Séménets et Roudnia.

Le comte Wittgenstein se fit aussi renforcer

Page 1