CHAPITRE Vlil. ia
La situation de l'armée française devenait précaire. Eloignée de près de aSo lieues des frontières de ses alliés, isolée au milieu d'un pays soulevé, menacée sur ses communications, et gênée dans son approvisionnement, elle commençait à laisser percer les premières indices de la désorganisation , qui plus tard amena sa ruine. Pendant que l'abondance régnait au camp de Taroutino , la misère et la pénurie étaient le partage des troupes de Napoléon. Les partisans et les paysans russes, enhardis par des succès répétés, étaient devenus si entreprenants, que les fourrageurs osaient à peine s'écarter de cinq I werstes de leurs camps. La petite guerre qui se faisait avec acharnement, n'avait pas seulement pour résultat de miner par des pertes journalières les forces des ennemis, elle circonscrivait encore leurs moyens de subsistance au peu de provisions qu'ils pouvaient trouver dans le cercle étroit qu'ils occupaient autour de Moscou. La garde seule était encore approvisionnée assez régulièrement. Les autres corps ne recevaient plus de distributions , et ne vivaient que de ce que chaque individu en particulier pouvait se procurer; de là tout naturellement l'indiscipline qui devait hâter la dissolution de cette armée naguère si brillante. La cavalerie surtout souf-
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frait infiniment. La plus grande partie des chevaux étaient morts d'inanition ; d'autres avaient été tués pour servir d'aliment aux hommes.
Ceux qui restaient encore étaient dans un tel état d'épuisement , qu'ils n'avaient plus la force de courir. Les chevaux de l'artillerie éprouvaient . le même sort.
Napoléon , sur les ruines fumantes de l'antique capitale des Tsars, dévorait ses inquiétudes et cherchait encore à conserver une attitude menaçante. 11 n'avait d'espoir que dans le découragement où il supposait que la perte de AIoscou jetterait le cabinet de Pétersbourg. Dans ces rêves de bonheur, il s'apprêtait déjà à dicter en maître les conditions d'une paix glorieuse pour lui; mais les Russes étaient loin d'avoir les dispositrons pacifiques qu'il leur prêtait. Déjà 20 jours s'étaient écoulés depuis la prise de Moscou, et . cependant aucune proposition d'accommodement de notre part n'était venue encore flatter son oreille. Ce silence l'alarma. Il résolut de provoquer un rapprochement en envoyant le général Lauriston au maréchal Koutousof , sous le prej texte de négocier un échange de prisonniers. Le f 23 septembre au soir, Lauriston eut une entrer vue avec le maréchal au village de Taroutino , ^.quartier-général de l'armée russe.
CHA.PITRE VIII. iSfcS
Le maréchal ajant décliné yL^ropositioii tou chant In changé des prisonniers^ le général français parla de la manière barbare dont les habitantsdes campagnes traitaient lesJFra nçais, et engagea le prince Koutousof à faire cesser un genre de guerre imisité parmi les nations policées. Le prince lui répondit que quand même il aurait le désir d'arrêter le développement de la guerre nationale , il ne dépendait pas de lui de donner une autre direction à l'opinion publique, qui regardait la présente guepre comme une invasion de Tatars, à laquelle tout citoyen se croyait obligé de s'opposer à main armée.
Enfin, Lauriston en vint au véritable objet de sa mission. Il j)aria de paix et du désir de l'empereur Napoléop de rétablir l'amitié qui avait subsisté^ entre l'empereur Alexandre et lui, et fue des circonstances malheureuses avaient
rommie. Il ajouta: Cette guerre singulière ^ cette guerre inouie, doit-elle donc durer éternellement ?L' empereur mon maître a un désir sincère de terminer ces différents entre deux nations grandes et généreuses y et à les terminer pour jamais.
Le maréchal lui répondit qu'il n'avait aucune autorisation pour traiter de paix , et que d'ailleurs tel était l'esprit actuel de la nation, qu'il
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serait maudit par la postérité, si on le regardait comme le premier moteur d'un accommodement quelconque. Cependant, en terminant la conférence , le maréchal parut plus traitable : il pro- I mit de prendre les ordres de Sa Majesté touchant lia proposition faite par l'empereur Napoléon ' d'envoyer Lauriston à Pétersbourg ; mais ce géi néral ne put jamais obtenir de lui qu'il consen- ( tît à un armistice , jusqu'à la réception de la 1 réponse de l'empereur de Russie.
La mission du général Lauriston n'avait eu aucun résultat positif. Cependant Napoléon , encore trop confiant dans son étoile, saisit avec empressement les dernières lueurs d'espérance que la promesse du maréchal de faire parvenir ses propositions à la connaissance de l'empereur Alexandre lui inspirait. Il se flatta que le cabinet de Pétersbourg, séduit par le prestige encore existant de son invincibilité, ne manquerait pas d'accueillir les ouvertures qu'il lui faisait. Bercé par cette illusion, il demeura à Moscou, attendant avec sécurité la réponse de Pétersbourg.
Mais l'empereur Alexandre était loin de 9e prêter aux vues pacifiques de l'ennemi. L'expérience n'avait que trop appris que les traités de paix n'étaient considérés par Napoléon que