CHAPITRE VIII
poléon, qui cherchait à exhaler la rage déjà impuissante que la cour^euse résistance des Russes avait allumée dans son cœur. Quelques heures après la retraite de Mortier, Iç général Ilowaïskoï, 4^> commandant par intérim le corps de Winlzingerode , rentra dans la capitale , qui peh- . dant trente-neuf jours était restée entre les main^. (Tes ennemis. Le général Ilowàïskoï trouva dans le Kremlin quarante-deux pièces de canon que \ Mortier y avait laissées, et au nombre desquelles , se trouvaient dix-huit pièces russes.
L'armée russe , à la fin de ^on séjour à Taroutino, se trouvait obligée d'envoyer fourrager à près de vingt werstes de son camp. Cette circonstance ne permit point de la mettre en marche aussitôt après la réception du rapport du général Doktorof. Il fallut, en attendant la rentrée des fourrageursi se contenter de détacher sur Malo-Jaroslawets le général Platof, avec quinze réginients de kosaques. L'armée ne fut prête à marcher que le 1 1 au soir. Elle leva le camp de Taroutino, et se dirigea sur Malo-Jaroslawets par Létachewka, Baïew-Rolodets, Ougodskoï- Zawod et Spasskoïé, où l'on avait jeté un pont de pontons sur la Protwa. L'arrière-garde du général Miloradowich suivit le même chemin que l'armée, qui était couverte du côté de l'ennemi
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par le corps de Doktorof , se portant, dans la
même nuit du i î au 12, directement d'Aristowo
sur Malo-Jaroslawets. La force totale de l'armée
j russe, qui allait se réunir devant Malo-Jarosla-
; wets , s'élevait à environ 80 mille hommes sous
1 les armes , sans y comprendre les kosaques.
Le 12, à cinq heures du matin, le général Doktorof arriva devant Malo-Jaroslawets, et trouvant la ville déjà occupée par les deux bataillons de la division Delzons , il la fit attaquer par les 6^ et 33^ régiments de chasseurs soutenus du 11® et du 19®. (Voyez pi. X.) Le reste des régiments du 6^ corps fut placé devant la ville. La cavalerie du général Dorokhof et celle de la division légère de la garde se mirent en bataille sur le flanc droit de l'infanterie, pour entretenir la communication avec le pont de Spasskoïé et surveiller les gués de la Lougea, entre Malo-Jaroslawets et Spasskoïé. Des batteries furent disposées des
[deux côtés de la ville sur les hauteurs de la
fdroite de la Lougea , pour battre le pont sur cette rivière, et entraver ainsi la communication
• des ennemis avec la ville.
Les chasseurs russes n'eurent pas de peine à expulser de ce poste les deux bataillons français; mais le vice-roi qui arrivait dans ce moment suivi de tout son corps , ordonna au général Delzons
CHATITHE vni. |5()
(le pousser toute sa division au-delà de la Louffea et de réoccuper la ville. Les chasseurs russ(*s plièrent à leur tour. Le général Doktorof les fit soutenir par quelques-uns de ses régiments d'infanterie. A l'aide de ce secours , les Russes rentrèrent une seconde fois dans Malo- Jaroslawets , malgré tous les efforts du général Delzons, qui fut tué à cette occasion. Le vice-roi le fit remplacer par le général Guilleminot , qu'il renforça de toute Ta division Broussier: le eénéral Dokto-
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rof , de sou côté, engagea successivement tous, les régiments restants de son corps. Un combat sanglant s'alluma dans les rues de la ville, qui fut prise et reprise plusieurs fois.
Enfin , vers une heure après midi, lesrégimçaJ^s (lu corps de^Dottor^ exter^ par plus de sent heures de combat^ soutenu après une marche des plus fatigantes, commençaient à faiblir. Le^ succès de la journée allait se décider en faveur! des ennemis , lorsque l'apparition des têtes de; colonnes de l'armée , débouchant dans la plaine) devant Malo-Jaroslawets , vint donner aux Russes , les moyens de rétablir les affaires. Le prince* Koutousof , qui, au bruit de la canonnade, avait hâté sa marche, envoya sur-le-champ le général ; Raéffskoï avec son corps pour soutenir celui de Doktorof. Pour la sixième fois, les Russes ren-;
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V trèrent dans la ville, et les divisions Guilleminot et Broussier, pressées par des forces supérieures, \ ne se soutenaient plus qu'avec peine dans les dernières maisons situées au bord de la Lougea. Alors le vice-roi lança encore, à la droite de la Lougea, la division italienne de Pino. Sa pre- ^ mière brigade pénétra dans la grande rue pour soutenir la division Guiljeminot; la deuxième brigade se porta à gauche pour renforcer Brous* sier, qui défendait le faubourg séparé de la ville par un grand ravin. La garde italienne demeura en réserve k la gauche de la Lougea, près du pont. Les Italiens se portèrent à l'attaque avec d'autant plus d'ardeur, que cette division n'avait pas encore eu l'occasion de combattre de toute la campagne. Une mêlée affreuse s'engagea au milieu des flammes qui dévoraient déjà les bâtiments. Aucun des deux partis ne voulait céder à l'autre la possession de ces décombres que l'on se disputait avec le plus grand achar- 1 nement. Enfin le vice-roi, voyant que les troupes j de sa gauche ne se soutenaient plus qu'avec I peine dans le faubourg, les renforça encore par ': le régiment de chasseurs et celui des grenadiers de la garde ; de sorte que de tout son corps il ne resta avec lui, à la gauche de la Lougea, que les vélites royaux et la cavalerie. Les gre-
CHA.PITRE VIÎT. l6l
uadiers, après avoir gravi la hauteur eu face ! du pont, demeurèrent eu réserve près d'une ; église, située en arrière du faubourg; mais Jes chasseurs poussèrent en avant , et ralliant à eux les bataillons dispersés des divisions Broussier et Pino , ils parvinrent à débusquer les Russes de toutes les maisons qu'ils occupaient. Les corps de Doktorof et de Raéffskoï obligés de céder, à l'impétuosité de ces nouvelles attaques, évacuèrent la ville , et prirent position à une petite portée de canon des dernières maisons. Les ennemis débouchant de la ville , firent mine d*assaillir la ligne des Russes; mais leurs colonnes, accueillies par une grêle de mitraille, furent obligées de rentrer dans Malo-Jaroslawets , où { elles furent suivies par les tirailleurs russes, qui.;' se logèrent de nouveau dans les premières mai-/K sons du côté de la campagne.
Pendant que l'on se battait avec tant d'opi-
niâtreté dans la ville , l'armée russe avait achevé son mouvement. Les 8*, 3®, 5®, a* et 4* corps , et les *^ et 4* de cavalerie, arrivés successivement, prirent position sur la nouvelle route de Kalouga en arrière de Malo-Jaroslawets, faisant face à cette dernière ville, et soutenant ainsi les troupes engagées. L'armée française s'était aussi rappro- II. 1 1
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, chée du champ de bataille. Napoléon, avec la I vieilie garde , s'arrêta près du village de Gorod- ■| nia ; les corps de Ney et de Davoust s'échelo* îièfënt entre Gorodnîa et MakM-Jaroslawets*
Vers le soir, le maréchal Koutousof résolut de faire un nouvel effort pour se rendre maître de la ville. A cet ef£et, il donna ordre au corps de Borosdin et à la 3^ division diu 3^ corps» de rempla* cer le 6^ corps, qui ayaut combattu depuis le matûi avait besoin de repos. Ces troupes fraîches,, aidées de celles du 7® corps , reatrèrent dans la ville poiu: la septième fois ; mais trouvant l'ennemi considérablement renforcé , elles ne purent s'y 'maintenir. Le maréchal Davoust avait envoyé au ( secours du vice-roi les divisions CompajîSjrt Gérard. Ces deux divisions , après avoir passé la Longea , se postèrent sur les deux flancs de la ville. Celle de Compans s'établit à gauche le long du chemin de Czoiu*ikowo sur les hauteurs attenantes au faubourg; celle jde Gérard s'étendit sur la droite , jusqu'à un bois attenant au village de Terentiéva. Le corps du vice-roi demeura maître de la ville, qui ne présentait que des ruines couvertes d^un amas de cendres etoune
TnuTtîtude de cadavres. Cependant des tirail-
leurs russes se maintinrent jusqu'à la nuit dans
. I les vergers et les haies qui servaient d'enceinte.