CHAPITRE I. l
pour se préparer à soutenir convenablement la lutte que l'on savait bien être dans le cas de se renouveler un jour. Au reste, l'empereur Alexandre , fidèle à sa parole , se proposait d'observer exactement tous les engagements que l'alliance qu'il venait de contracter lui imposait , tant que Napoléon lui-même ne violerait pas ouvertement les conditions du traité.
L'empereur des Français, assuré de ne plus troliver d'opposition de la part de la Russie à l'exécution de ses desseins , tourna ses vues vers l'abaissement de l'Angleterre. La position géographique des îles britanniques les mettant à ^ l'abri de ses coups, il n'imagina pas d'autre moyen \ de leur faire sentir le poids de sa puissance, que de ruiner entièrement leur commerce. Le système continental qu'il avait inventé , devait fermer, aux marchandises anglaises, tous les ports du continent. L'adhésion à ce système devint une des premières conditions de l'alliance de Napoléon, et tout pays qui refusait de l'adopter, dans toute sa rigueur, était, par là même, considéré comme ennemi de la France.
Pendant que Napoléon cherchait à mettre tous les peuples en état de guerre avec l'Angleterre, le gouvernement britannique frappa contre le Danemarck un de ces coups qu'une
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politique vulgaire essaierait de justifier, mais que réprouveront toujours l'équité et la morale, seules bases d'une politique saine et vraiment utile.
Le cabinet de Saint- James prévoyait avec inquiétude que Napoléon , habitué à ne respecter les traités qu'autant qu'ils lui convenaient , ne se ferait aucun scrupule d'envahir le Danemarck, afin de se saisir de sa marine. Il résolut de détourner ce coup, en s'emparant lui-même des vaisseaux danois. Soudain une formidable flotte anglaise, portant plus de 3o mille hommes de débarquement , se présente devant Copenhague et somme les Danois de lui remettre en dépôt leurs forces navales, jusqu'à la conchision de la paix maritime. Le ministère rejeta d'abord avec indignati(fn cette singulière proposition ; mais un bombardement cruel ayant réduit en cendres la plus grande partie de la capitale , le général qui y commandait se vit obligé de capituler et de livrer la flotte , qui fut conduite en Angleterre.
Le Danemarck était une puissance amie de la Russie. L'empereur Alexandre ne pouvait, par conséquent, voir d'un œil indifférent le bombardement de Copenhague; il se détermina donc à ne plus différer de rompre avec l'Angleterre , et de fermer ses ports à son commerce. Mais
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cette mesure eût été illusoire, si J es Anglais avaient conservé un accès libre dans les ports de la Baltique appartenants à la Suède. Cette dernière puissance fut donc sommée de renoncer à l'alliance de l'Angleterre , et d'adhérer au système continental. Gustave IV ayant réfusé d'obteippérer aux demandes de la Russie , l'empereur Alexandre lui déclara la guerre et fit envahir la Finlande.
L'empereur Napoléon se trouvait alors engagé dans une entreprise dont il n'avait pas assez calculé les difficultés, et qui devint pour lui une source inépuisable de calamités. Depuis la paix de Baie , l'Espagne , gouvernée par un ministre aussi insolent qu'inepte , suivait aveuglément les impulsions de la France. Napoléon n'avait jamais trouvé, en elle qu'un allié soumis et dévoué. Mais le prince de la Paix, lui-même, commençait déjà à sentir le poids du joug qui pesait sur l'Espagne, et dans son cœur il avait pris la résolution de s'en affranchir à la première occasion favorable (i). Il crut que la rupture de la Prusse avec la France lui présentait cette occasion. Les
(i) C'est une grande question à résoudre, de savoir s'il
y avait ineptie de la part du prince de la Paix, de rester uni
avec la France , plutôt que de rompre avec elle.
( Note des éditeurs, \
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armées espagnoles furent mises sur le pied de guerre, et l'on adressa même une proclamation au peuple pour l'inviter à coopérer à la défense de la patrie. La nouvelle de la bataille de Jéna fit suspendre ces préparatifs, et l'Espagne revint, avec plus de dévouement que jamais, au système français. Mais l'empereur Napoléon ne pouvait plus se méprendre sur les intentions secrètes de la cour de Madrid , et dès-lors il décida dans sa pensée la perte de la dynastie des Bourbons qui régnait en Espagne.
Cependant il dissimula son ressentiment , afin de se donner les moyens de subjuguer la pénin- - suie sans en venir à une guerre ouverte. A cet effet, il fallait avant tout trouver un prétexte pour faire entrer des troupes françaises sur le territoire espagnol. L'exécution de ce projet fut favorisée par la lâche condescendance du prince de la Paix , qui , à force de bassesses , cherchait à effacer la fâcheuse impression que sa conduite équivoque devait avoir fait sur le gouvernement français. Napoléon, profitant de ces dispositions du ministre de Charles IV, n'eut pas de peine à le faire consentir à un traité , conclu à Fontai^ nebleau , où Ton résolut la ruine du Portugal, Ce royaume devait être partagé en punition des relations intimes qu'il conservait avec l'An-'