CHAPITRE 1. 3l
Cette révolution , qui dérangeait les plans de l'empereur des Français , ne put cependant rengager à y renoncer. Il ne fit qu'adopter d'autres mesures. Des suggestions perfides attirèrent la famille royale d'Espagne à Bayonne , où Napoléon se rendit aussi de sa personne. Ferdinand VII se vit obligé de restituer la couronne à son père , qui la rétrocéda à l'empereur des Français. Ce dernier la conféra à son fi^ère Joseph , qui fut remplacé sur le trône de Naples par le grandduc de Berg.
Cependant tout présageait déjà que le nouveau roi d'Espagne ne resterait pas tranquille possesseur de son royaume. Napoléon avait pris de bonnes mesures pour s'établir militairement dans la péninsule , et pour disséminer les faibles armées que l'Espagne avait encore sur pied; mais il n'avait pas prévu l'opposition énergique qu'il rencontrerait dans une nation saintement attachée à son indépendance. A la nouvelle des violences exercées à Bayonne, toute l'Espagne courut spontanément aux armes, tin corps fran* çais, qui avait pénétré en Andalousie, cerné par des forces supérieures , se vit obligé de mettre bas les armes, et l'armée française qui occupait Madrid, hors d'état de se soutenir dans la capi-» taie, l'évacua et se replia jusque-derrière FBl)re.^
32 CAMPAGNE DE l8l2.
Les Portugais avaient aussi suivi le généreux exemple des Espagnols. Leur insurrection fut appuyée par la présence d'une armée anglaise , qui débarqua dans les environs de Lisbonne.
Junot, qui commandait l'armée française en Portugal , ne put éviter une ruine infaillible, qu'en consentant à une capitulation , en vertu de laquelle ses troupes furent transportées en Francç.
Des événements aussi extraordinaires mirent l'empereur des Français dans la fâcheuse alternative ou de renoncer à ses projets sur l'Espagne , ou d'avoir recours à une guerre ouverte. Son choix ne pouvait être douteux ; mais avant de s'engager dans cette lutte , il voulut assurer sa position du côté de l'Europe , en resserrant les liens qui l'unissaient à la Russie , afin d'imj>oser à l'Autriche, qui, à cette époque, faisait des armements extraordinaires évidemment dirigés contre la France. Une nouvelle entrevue eut lieu à Erfurt entre les empereurs de Russie et des Français. Ce dernier obtint le consentement de son allié à l'élévation de son frère au trône d'Espagne , et la promesse de faire cause commune avec la France , dans le cas d'une déclaration de guerre de la part de l'Autriche. En revanche , Napoléon s'engagea à . ne pas s'opposer à la réunion définitive , à l'empire russe , de