CHAPITRE V
espérait y trouver; d'ailleurs, la capitale une fois détruite, les partis pusillanimes n'étaient plus proposables. Ceux qui, pour conserver les richesses de Moscou , auraient penché vers la paix , désespérés de leur perte , ne pouvaient plus songer qu'à la vengeance. Un sacri&ce aussi grand , aussi inoui, que celui de la capitale , faisait assez voir l'énergie d'un gouvernement déterminé à tous les sacrifices, plutôt que de plier sous un joug honteux. Cette résolution , manifestée d'une mahière aussi éclatante , tout en relevant le courage des Russes , dut nécessairement abattre celui des ennemis. Napoléon, en dirigeant tous ses efforts sur Moscou, croyait frapper au cœur la Russie , qu'il estimait déjà terrassée par la prise de son ancienne capitale. Quel dut donc être son effroi lorsqu'il vit que les Russes ne la considéraient que comme un grand amas de pierres, auquel la destinée de la Russie n'était nullement attachée, et qu'ils se préparaient à la guerre avec plus d'ardeur que jamais? Dès lors il dut pressentir le dénouement tragique de son entreprise. En outre , Moscou n'ayant commencé à brûler qu'après l'entrée des Français, il devenait facile de persuader au vulgaire que c'étaient les ennemis qui y avaient mis le feu. Cette opinion, en exaspérant le peuple des campagnes,"
3^2 CAMPAGNE DE l8l2.
donna un caractère plus prbnoncé à la guerre nationale qui s'allumait sur les.derrières de l'armée française.
L'armée russe, après avoir séjourné le 3 à Panki, se remit en marche le 4» traversa la Mosk wa, au pont de Borowskoj , et prit poste sur la rive droite. Le quartier-général fut porté à Koulakowo. Le gros de l'armée française bivouaqua autour de Moscou, mais le roi de Naples, avec son avant-garde , fut lancé sur la route de Rolomna, à la poursuite des Russes. Le 4 ^u matin, le général Sébastiani, qui commandait ses avant-postes, envoya un parTementaire au général Raéffskoï, pour Iliî annoncer qu'ayant reçu l'ordre de s'emparer de la hauteur entre Wésowk aj&L &aracza rowo , qui domine toute la plaine jusqu'à Moscou , il engageait les Russes à la lui céder sans combat, afin d'éviter une effusion de sang inutile. La retraite de l'armée, obligeant aussi l'arrière-garde à rétrograder, le général Raéffskoï accéda à la demande de Sébastiani ; mais les Français ne désiraient se saisir de cette hauteur que pour dérober le mouvement de leur avant-garde , et à peine en furentils maîtres, qu'ils commencèrent à pousser en avant avec vivacité. Le général Raéffskoï, avec l'infanterie de l'arrière-garde , avait déjà suivi le