CHAPITRE V
des Russes, leur offrait le grand avantage de menacer sérieusement la route de Moscou à Smolensk, qui dans les environs de Gjatsk fait un coude à gauche et raccourcit ainsi la distance qu'ils auraient eu à parcourir pour se porter de Taroutino à Wiazma ou à Dorogobouge. I^es avantages stratégiques d'une position bien choisie ne consistent qu'à procurer à l'armée qui l'occupe , les moyens de couvrir toutes les lignes qui mènent à sa base d'opérations, par des mouvements plus courts que ceux que l'ennemi aurait à faire poiu* s'y établir. Si, à ces qualités défensives la position réunit encore. pour l'offensive l'avantage d'être plus rapprochée que l'ennemi de quelques points de sa ligne d'opérations, elle acquiert le plus haut degré de perfection dont elle puisse être susceptible; et c'était le cas à Taroutino.
- Sous les rapports tactiques, ce camp de Taroutino n'était point sans défauts. Le front couvert par la Nara paraissait inattaquable; la droite , placée sur une hauteur qui se prolongeait en pente douce jusqu'à la Nara, dominant , une plaine assez spacieuse , favorable au jeu de l'artillerie des Russes et aux manœuvres de leur cavalerie , laissait peu de chose à désirer ; mais la gauche était la partie faible. A la hau- I. a5
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téur de la première ligne, se trouvait une plaine coupée par des ravins et resserrée entre le ruisseau d'Istia et un grand bois, auquel s'appuyait la gauche de la deuxième ligne.
Cette petite plaine était entièrement dominée par les hauteurs de la rive gauche de l'Istia. Le bois trop vaste pour pouvoir être convenablement occupé , présentait à l'ennemi la faculté de tourner la gauche en masquant ses mouvements contre cette aile. Ce bois s'étendait sur les derrières du camp , et lui donnait encore le grand défaut de manquer de profondeur.
Les troupes furent disposées de la manière suivante : le général Baggowouth avec le 2® corps, et le général Doktorof , avec le 6®, couronnaient la crête des hauteurs de la rive droite de la Nara, à 800 ou t,ooo pas en arrière des bords de cette rivière. Ces deux corps formaient l'avancée de l'armée, et avaient leurs bataillons déployés sur deux lignes. A 1,000 pas environ, en arrière du firont de l'avancée, s'étendait la principale ligne de bataille, qui, plus longue que la première , la dépassait par les extrémités , et flanquait ainsi ses ailes. Cette ligne principale était formée par les 4^, 5®, 3® et 7® corps. Ce dernier , qui formait l'extrême gauche , était replié en oblique, faisant face à l'Istia.