CHAPITRE I
Les indices du refroidissement qui commençait à s'établir dans les rapports de la France avec la Russie , n'avaient pu échapper à la pénétration de l'empereur Alexandre. Il sentit que l'alliance conclue àTilsit et cimentée à Erfurt, n'étant plus dans les intérêts de Napoléon, ne subsisterait pas long^temps, et que l'on touchait à la grande crise qui devait ou consolider la monarchie universelle que l'empereur des Français prétendait établir sur le continent, ou briser les chayies qui retenaient sous son sceptre tous les peuples de l'Europe. L'empereur de Russie, déterminé à ne jamais souscrire à aucune condition incompatible avec la dignité et l'indépendance de sa couronne, envisagea la rupture comme inévitable et même comme très-prochaine. Dès-lors il s'appliqua à organiser sourdement tous les moyens de défense que les immenses ressources de ses vastes états lui présentaient , pour soutenir une lutte d'autant plus terrible que la Russie n'avait à compter que sur ses propres forces, pour faire face à celles de la plus grande partie de l'Europe.
Déjà l'accroissement extraordinaire que le Aa {. duché de Varsovie avait reçu par la réunion de ^ la nouvelle Gallicie , avait commencé^ inspirer \ de justes inquiétudes au ministère russe , qui ' crut devoir prendre des mesures de sûreté en
GAMPAGIVE DE l8l2.
proposant à Napoléon de signer une convention, par laquelle il s'engagerait à ne jamais reconnaître le rétablissement du royaume de Pologne.
L'empereur des Français, tout en protestant que ce rétablissement n'entrait nullement dans son système , refusa toutefois de signer la convention proposée , sous le prétexte futile qu'un tel acte serait incompatible avec sa dignité. Ce refus dévoilait le peu de sincérité des dispositions amicales qu'il feignait encore de cqnserver à l'égard de la Russie.
Le cabinet de Saint-Pétersbourg ne se dissimula pas que, dans ces circonstances, il devait surtout chercher à contraindre les Turcs à la paix , afin de pouvoir réunir sans distraction tous ses moyens de guerre sur la frontière occidentale de l'empire. Mais ce n'était qu'en inspirant de la terreur à la Porte que l'on devait espérer de l'amener à souscrire à un accommodement tel que la Russie le désirait. Il fut donc résolu de pousser la guerre avec vigueur, afin de la terminer avant que les projets que Napoléon nourrissait contre la Russie eussent reçu leur développement. L'armée russe, destinée à pénétrer en Bulgarie en 1810, comptait environ 90 mille combattants, et se trouvait sous les ordres du général comte Kamenskoï , qui s'était distingué particu-