CHAPITRE I
sens littéral du traité de Tilsit, n'avait point ré- /[j ( clamé contre les précédentes réunions ; mais il ne pouvait considérer avec la même indifférence cette dernière, qui dépouillait un prince dopt \ le rétablissement était une des clauses formel- « lement consepties par la France à Tilsit. En réponse aux représentations que le cabinet dis ; Pétersbourg adressa à ce sujet à la cour de / France, Napoléon se borna à offrir en indem- j nité au duc la ville d'Erfurt ftvec la seigneurie / de Blankenhayn , possessions qui , depuis la paix ? de ïilsit, demeuraient sous l'administration fran-
çaise. Cet échange était d'autant moins admissible , que le duché d'01denJ>Qurg renfermait une population triple de la compensation proposée. L'empereur Alexandre se vit donc obligé , pour l'honneur de sa maison , de publier une protestation , que ses ministres présentèrent aux différentes cours où ils étaient accrédités (i), — '11 . ' •. ' . ' ... ' ' "
(i) « S. M. I. de toutes les Russies a appiis avec surprise « que S. M. Tempereur des Français, roi d'Italie, son allié, « donnant , par un sénatus-consulte , de nouvelles limite^ à « son empire, y a compris le duché d'Oldenbourg. S. M, a « exposé à Tattentiop de Tempereur, son allié , comme elle le « fait à celle de l'Europe entière , que nommément le traité « deTiiiillassure la paisible possession de ce duché à son « légitime. souverain.
54 CAMPAGNE i>E l8l2.
. , ^ Vers le même temps , une mesure administra-
jp I tivie, ordonnée par l'empereur Alexandre, vint
A\ ; ajouter un nouveau grief aux démêlés survenus
i entre les deux empires. La clôture des ports,
i résultat de la guerre avec l'Angleterre , privait la
\ Russie de tout débouché pour ses exportations
li qui^ consistant uniquement en matières brutes y
telles que bois, potasse, chanvre, fer, etc., ne
pouvaient être transportées que par mer. Il en
arriva que la balance du commerce se fixa en-
« s. M. a rappelé à ce monarque , et le fait à toutes les H puissances , que la Russie, par le traité provisoire de 1766 « ert par celui de 1773, abandonna au roi de Danemark tout « ce qu'elle pondait dan» le duché de Holstein , et reçut en « échange les comtés d'Oldenbourg et de Çlsekenhorst , qui, ff par des transactions connues , auxquelles plusieurs puis- « sances durent nécessairement prendre part, furent érigés « en duché souverain en faveur d'une branche cadette de « cette même maison de Holsteîn-Gottorp, à laquelle S. M. I. H appartient par le lien du sang le plus direct.
« L^èropereur juge que cet état, créé par la générosité de « aon empire, ne peut être annulé sans blesser tonte justice «( et ses droits. Il se voit par conséquent obligé d'user du « di^oit de réservation , et de mettre à couvert , comme il le «c fait par le^présent office , en son propre nom et celui dç « Ses héritiers au trône à perpétuité, tous les droits et obli- « gâtions qui dérivent des traités <;i-de6sus menti^iirs-
a Quel prix pourraient conserver les alliances, si les trai*
CHA.PITKE I. 55
tièrement au détriment de la Russie , et y pro- j /l duisit une baisse désastreuse dans le cours du ■ change, et une dépréciation du papier-monnaie, qui menaçait de ruine toutes les ressources fi- J nancières de l'État. Pour échapper à cette situa- , lion alarmante , sans renoncer au système continental, le ministère russe imagina de restreindre fiussi les importations.
Le nouveau tarif, publié le 19 décembre 1810, prohibait l'entrée de presque toutes les mar-
« tés qui les fondent ne conservaient pas le leur. Mais S. M. , '( afin de ne point donner sujet à aucune méprise , déclare ici n qu'un grand intérêt politique a produit son alliance avec a S. M. l'empereur des Français ; que cet intérêt subsiste , et n qu'elle se propose par conséquent de veiller à la conserva- <i tion de cette alliance , et s'attend à un soin pareil et récite proque de la part d'un monarcpie ji l'amitié duquel elle a « des droits.
« Cette union de l'intérêt de deux empires, conçue par « Pierre-le-Grand , qui , dès-lors et depuis , rencontra tant « d'obstacles, a déjà procuré des avantages à l'empire di' <s S. M. , et la France de même en a recueilli de son côté.
'< U paraît donc de l'utilité des deiix empires , de s'appii- « quér à conserver cette alliance , et S« M. y consacrera tous « ses soins.
« Le soussigné obéit aux ordres de rem|)ereur sou
« maître, en adressant le présent office à M , et il saisit
» cette occasion pour, etc. etc. etc. «
fi-
56 CAMPA GWK DE lHl2.
chandises qui avaient fait jusque-là l'objet du commerce extérieur. Les marchandises proliibées devaient être détruites. Les denrées coloniales furent permises, pourvu qu'elles ne fussent point reconnues propriétés anglaises ; dans ce dernier cas , elles devaient être confisquées comme toute propriété ennemie. La prohibi^ tion établie par ce nouveau tarif, portant en grande partie sur les productions du sol ou de l'industrie française , Napoléon qui prétendait ruiner la Russie, sans nuire aux avantages de son propre commerce avec elle, se plaignit avec aigreur de ce qu'il appelait un manque de procédés à son égard , et saisit ce prétexte pour justifier la conscription de i8i i, dont cependant il avait ordonné la levée avant d'avoir eu connaissance du nouveau tarif.
La levée de cette conscription, les armements extraordinaires des Polonais du duché de Varsovie , et le renforcement progressif de l'armé.^ ' française d'Allemagne , dont le quartier-général avait été transféré de Ratisbonne à Hambourg, étaient des marques non équivoques des dispositions hostiles de la France. L*empereur Alexandre jugea nécessaire de ne plus tarder à se mettre en état de défense, en rassemblant la majeure partie de ses forces sur la frontière occidentale