CHAPITRE I
de son empire. Une division, qui, depuis la dei*- ; %\ uière guerre avec la Suède, était demeurée dans l'ancienne Finlande , reçut ordre de marcher sur 1 ^, j la haute Duna. L'armée du Danube, qui, à la / fin de 18 10, se trouvait forte de neuf divisions, f ne fut plus composée que de quatre ; les cinq ] restantes furent portées sur le haut Dniester. '
Ces préparatifs alarmèrent Napoléon, qui crut . devoir préjuger que les Russes ne se permet- ; talent d'affaiblir ainsi l'armée du Danube , que parce qu'ils étaient assurés de la paix avec la Tur- ; quie. Lui-même, au contraire, se trouvait plus embarrassé que jamais des affaires d'Espagne, qui entraînaient une consommation d'hommes prodigieuse , sans amener de résultat satisfaisant pour lui. Il pensa que, dans ces conjonctures, la prudence lui prescrivait de dissimuler encore envers la Russie ; et il se détermina , en conséquence, à adresser au cabinet de Pétersbourg de nouvelles protestations sur son désir de conserver la bonne harmonie entre les deux grands empires. Toutefois ces protestations n'étaient, pour ainsi dire, que des compliments vagues, et iie présentaient aucune ouverture pour en venir à l'arrangement définitif de3 démêlés subsistants.
Il était évident que l'empereur des Français ne cherchait qu'à gagner du temps pour achever
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MS préparatifs. Il semblait donc de l'intérêt du cabinet de Saint-Pétersbourg de le prévenir en commençant la guerre dès le printemps de i8if; mais la situation politique et militaire ■ de l'Europe ne permettait pas à la Russie de se I livrer à des opérations offensives. A la vérité les I i5o mille bornages que l'empereur Alexandre I aurait pu rassembler sur ses frontières occiden- / fs^les n'eussent probablement point rencontré d'obstacles pour envahir le duché de Varsovie , et pour s'avancer jusqu'à l'Oder , afin de décider la Prusse à se déclarer aussi contre Is^ France : mais ces succès éphémères n'auraient fait que compromettre les forces de la Russie , en les affaiblissant de tous les corps que l'on . eût été obligé de* laisser en arrière pour bloquer les places de Dantsig, de Thom, de Modlin et de Z^mosc , et pour couvrir la ligne î d'opérations contrée les entreprises des Autrichiens, dont les dispositions en faveuj? de la Russie étaient plus que problématiques. Cet a^Faiblissement n'aurait pu ^tre compensé sufiisamtnent par la jonction de l'armée prussienne , qui , depuis la paix de Tilsit , ©'était pliis composée que de 4o mille hommes. C'est dans cette position défevorable que l'armée russe se serait trouvée obligée de faire tête à l'armée.
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irançaise d'Allemagne , qui , forte de 60 mille hommes, en y comprenant les troupes cantonnées en Hollande , eût été encore renforcée par plus de 100 mille hommes des troupes de la confédération du Rhin^ et par ao à 3o mille hommes de l'armée du dqché de Varsovie. Cette dernière assurén^ent n'aurait point accepté d'engagemetit contre les forces supérieures des Russes , et se serait mise à couvert par une prompte retraite jusque derrière l'Elbe.
Ainsi la course hasardée des Russes jusqu'à l'Oder, sans produire aucun résultat heureux, n'eût pas manqué d'aboutir à une retraite désastreuse. Au lieu de s'exposer à ce malheur, il était bien plus avantageux pour la Russie d'attendre l'ennemi sur son propre territoire, où l'explosion d'une guerre nationale devait donner d'utiles auxiliaires à ses armées. L'empereur Alexandre se détermina donc à demeurer en observation sur ses frontières en attendant l'événement.
Dans ces entrefaites, le§ hostilités avaient recommencé sur le Danube, le comte Kamenskoï^ ^en proie à une mfaladîe mortelle, fut remplacé par le général Golenitchef -^Koutousof. Le nouveau gé^ral en chef, qpai , oonune nous 4'avons déjà -dit , n'avait plus que quatre divisions à sî^
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disposition, se vit réduit à la défensive. Afin de ne pas être obligé de disséminer ses forces , il fit raser toutes les places situées à la droite du Danube , à l'exception de celle de Routschouk , qu'il conserva pour lui servir de tête de poQt. L'armée ottomane, commandée par le grandvisir, et forte de 60 mille hommes , ayant marché de Schoumlia sur Routschouk, Koutouspf y jeta une forte garnison pour assurer sa retraite, et lui-même avec les 20 mille hommes qui composaient le gros de ses forces , se porta en avant de la place. Les Turcs l'attaquèrent le 21^ juin. Après un combat opiniâtre , la victoire demeura du côté des Russes, qui repoussèrent constam* ment tous les efforts des ennemis. Cependant, malgré cette victoire , Koutousof ne se crut pas en état de se maintenir à la droite du Danube } ; il repassa le fleuve , et fit détruire les fortifications de Routschouk.
La nouvelle de ces évçjiements combla de joie l'empereur des Français. Comme la paix entre la Russie et la Porte semblait plus éloigné^ que jamais, il ne vit plus de motifs pour cacher ses projets. Jusque-là les discussions entre les catbinets des Tuileries et de Saint-Pétersbourg avaient conservé un caractère confidentiel , qui laissait encore quelque espoir de rapproche-.