‹ Histoire militaire de la campagne de Russie en 1812Chapitre 6 sur 181 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

des lauriers qu'il venait de cueillir , çt qu'il lui laisserait le temps de cicatriser les plaies profondes que les maux de la révolution avaient faites à tout le corps de l'état. Mais des dispositions aussi pacifiques n'étaient nullement compatibles avec le caractère personnel du chef du gouvernement français. Cet homme extraordinaire , un des plus grands capitaines qui aient jamais existé , joignait, au plus sublime talent pour la guerre , l'art si important et si rare de manier adroitement les esprits et de les plier constamment à sa volonté inflexible.

Profitant avec habileté des circonstances heureuses où le sort Tavait placé , il s'était constitué l'héritier de la révolution , et avait saisi le pouvoir suprême d'une main si ferme , que les ennemis de l'ordre se trouvèrent réduits au silence. Lui seul , demeuré debout sur les ruines des partis qui avaient déchiré son pays , releva l'édifice social que les factieux et les anarchistes étaient parvenus à abattre. Déjà la France entière , rendue au repos et à la paix , bénissait son nom et lui adressait de justes actions de grâces pour les bienfaits que sa vigoureuse administration avait répandus sur elle. L'Europe l'admirait et se plaisait à voir en lui le soutien de la justice et du bon ordre. Mais ce rêve de bonheur ne dura pas.

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Les grandes qualités dont il était doué se trouvaient obscurcies par l'ambition inextinguible qui remplissait son cœur. Cette unique passion le dirigeait dans toute sa conduite ; elle présidait à ses pensées comme à la moindre de ses actions. Tout degré d'élévation auquel il parvenait, loin de le satisfaire, n'était jamais considéré par lui que comme un échelon pour monter davantage. Peu scrupuleux sur les moyens , il employait indifféremment le bien comme le mal.

Au début de sa carrière politique il fit de belles choses , parce que c'était la voie qui menait le plus directement à son but, d'asseoir, sur des bases solides, son autorité au -dedans de la France. Parvenu à ce but, il adopta d'autres mesures. Embrassant de l'œil du génie le tableau de la situation politique de cette nation et de ses rapports avec les autres puissances , il la reconnut plus forte et plus grande que ceux qui avaient traité à Lunéville n'avaient voulu la rendre. Les républiquesbatave , helvétique , cisalpine et ligiu*ienne formaient, à la vérité, des états indépendants de celle de France; mais cette indépendance n'était que nominale. Soumises à l'influence de cette dernière, en satellites fidèles elles en suivaient aveuglément le système politique.

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