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HISTOIRE MILITAIRB DB LA PRUSSE

temps, par rattouchement des drapeaux, l'investilure simultanée de ce duché.

Comme nous l'avons dit dans le chapitre précédent, les facultés mentales du duc Albert-Frédéric baissèrent au point qu'il fallut administrer en son nom le duché de Prusse; ce soin fut successivement confié aux électeurs de Brandebourg Joacbim-Prédéric et Jean-Sigismond; ce dernier hérita du duché à la mort d'Albert Frédéric, son beau-père, et le réunit à ses autres possessions*

Reprenons actuellement l'histoire des électeun de Brandebourg.

CHAPITHE TROISIÈME.

HISTOIRE DE L'ÉLECTEUR GEORGfi-GUlLLAUllE (1019-1640).

Sommaire : La guerre désoie les duchés dépendant de la succession de Clè?e&- Soldats mendiants, — George-Gtitllaume est forcé de reooooaltre Télévatlon ft la dignité électorale de Maxl^ .milien, duc de Bavière* ^ Période suédoise de la guerre de Trente^AnS.— Entrée de Gustave-Adolphe à Berlin. — Prise de Magdébourg par les Impériaux. ~ George-Guillaume fait un traité d*alli0n6e avec \ê foi de Suède. ^ Les Impériaux pillent la Marche de Brandebourg. — George-Guillaume eouve Berlin contreWallenstein, à la tête d'une armée de vingt mille hommes, presque entièrement composée de troupes alliées. — Il fait la paix avec rEtiipefeur, par le traité de Prague (Itoô). — Tableaà de rarmée brandebourgeôise en 1688. — L*Électorat est dévasté par ses amis comme par ses ennemis. — Manière dont oo fal* sait alors la guerre. — Victoire remportée par les. Suédoise WiÙstocL — Entrée des vainqueurs à Ëerlin. — Mort du dernier dtic dé Pontérrinfe. -^ Ld guerre se Irdn^porte dans ce dernier pays. •^George-OttUlanme envoie des truupes faire me diversion en Livonie. — Les États de Poméranie reconnaissent sa souveraineté. •— Sa mort à Kœnigsberg, — Tableau de Tarmée qull laisse en mourant.

Pendant touk le règne de George-Guillaume, la guerre désola les duchés dépendant de la succession de Clëves; en 1620, les Hollandais mirent garnison

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dans les places de TÉlecteur, et les Espagnols dans celles du duc de Neubourg ; mais cet arrangement ne dura pas, et ces nriaiheureux pays redevinrent bientôt le théâtre d'interminables luttes entre les Espagnols et les Hollandais, luttes qui les ruinèrent, car, suivant l'expression de Frédéric II, les exactions des officiers et le brigandage des soldats faisaient^ dans ces temps^là, la partie principale de l'art militaire.

On n'avait point coutume, à cette époque, de pourvoir à la subsistance des troupes au moyen de magasins remplis à t'avance ou de marchés passés avec des fournisseurs : aussi en 1620, lorsque les États de Brandebourg levèrent des troupes, ils leur donnèrent le privilège de mendier dans le pays pour fournir à leur nourriture ; les paysans avaient ordre a de leur donner un liard cliaque fois qu'ils gueuseraient^ et des cmps de bâton s'ils ne s'en contentaient pas. » Singulier arrangement, dans lequel, à coup sûr, ce ne furent pas toujours les soldats qui reçurent des xoups de bâton.

En 1623, on choisit p^armi tous les sujets de l'Électorat, sauf les prêtres et leséchevins, â,900 hommes, qui furent partagés en vingt-cinq compagnies d'infanterie et en dix escadrons.

Cette même année, George- Guillaùnie protesta, de concert avec l'Électeur de Saxe, contre l'élévation & la dignité électorale de Maxirhilien, duc de Bavière, en remplacement du prince palatin Frédéric V, que l'Empereur venait de ^chasser de Prague, où il résidait comme roi de Bohême, qualité qu'il tenait des

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Bohémiens, qui avaient ouvertement rompu avec la maison d'Autriche; mais Ferdinand II ne tint point compte de cette opposition.

Prévoyant qu'outre les luttes de la succession de Juliers les dissensions religieusçs amèneraient prochainement des guerres dans lesquelles le Brande* bourg se trouverait mêlé, le comte de Schwartzenberg, premier minisire de TÉlecteur, proposa (162/i) à son maître de lever un corps de troupes de 20,000 hommes, pour le mettre au service de l'Empereur; mais George - Guillaume ne sut prendre que de mauvaises mesures, et Ton réunit à peine 6,000 hommes. Ce fut une faute, car le conseil était bon : avec 20,000 hommes, l'électeur de Brandebotirg se serait fait respecter de tous les monarques qui combattirent sur le sol allemand pendant qu'il gouvernait, et, quelque ïût le parti qu'il eut embrassé, celui de l'Empereur, auquel Schwartzenberg était vendu, ou celui des princes protestants, il eût préservé ses États héréditaires des maux qui allaient les accabler.

En 1625, Tarmée commandée par le comte Ernest de Mansfeld fut battue par Wailenstcin, et se répandit, après sa défaite, dans la Marche de Brandebourg, qu'elle pilla. Les Impériaux envoyèrent contre les fugitifs, pour les disperser, 7,000 hommes, auxquels l'Électeur joignit hi^it cents soldats sous les ordres du colonel Kracht; ce faible secours donné aux troupes impériales indique que le Brandebourg avait alors fort peu de soldats sur pied.

^0 HJSTOIKB MILITAIRE

Ijd voi$i|)dge des Impériaux força George «Guilr laiime à reconnaître la iiouvelle dignité deMaxifuiliei) de Bavière.

. Bientôt la ville de Straisund, assiégée par Wallenstéin, et n'espérant plus étresecouri^e par Christian IV, rpi de Danemark , se jeta dans les bras dt) roi de Suède ; pe fut le commencement d^ la période suédaùfi (i630-1635) de la guerre de Trept^-Ans. Gust^v^ 4dolphe mit dans cette place une garnison d0 9^000 bomipes, et Wa|l0()stein, après ^vo|r l^vé l@ siège, se répandit dans le Brandebourg, qu'il ran*? çonna jusqu'au point d'en tirer, dit-on, pjus d@ 20 millions de francs. )i était (}ur pour les Çrande^ bourgeois dis se voir traiter ainsi par des amis awqueLi ils n'avaient point donné sujet de plainte. Mais alors des deux parts, sous Mansfeld comme soqs Wal^ lenstpin, on avait adopté le principe de Caton : ^^uti^ se ipsum ç^let^ la guerre doit vivre de la gue^Te {\)\ on entretenait les soldats aux dépens des p^ys Qij[ i|s se trouvaient» pn leur faisait exercer le métier (1$ brigands, ce qui les obligeait à se tenir continueliement sur la défensive. Avec ce systèipe, les armées ppuvaient subsister dans les localités feriiles , ^ t^nt que le pays n'avait pas été rujné. Pe sem)^)^blffi (}épr{^dations rendirent tr^ rpisérable la position (}e Qeorge-Guillaume, qui, invité pa(* Ferdinand I||i «e fendre à. la diète de Jlatisbonnp, répondit que T^iiisèment de la Marche, le mettait hors d'état cfç fournir

(1) Voyez Tite-Live, XXXIV, 9.

èk ses d^penseg ordinaires, ne lui permettait pas d*en treprendre un voyage aussi dispendieux.

Véditderertitutim, par lequel Ferdinand II ordon*nait aux princes protestants de restituer à TÉglise les paya et les biens dont la Réforme les avait mis en possesaioH, fut le ^gnal de la nouvelle lutte entre les catholiques et les protestauts. Gustave-^Adolpbe, considéré cpnime le demm espoir éki libertés germsh ni9t4ef, fut appelé en Allemagne par les souveraint prQtostantp que cet édit menaçait de dépouiller.

Si lai stipulations de Tédit de restitution avaient été txécutéen, la maiaoD de Brand^urg aurait perdu Im év^bés de Brandebourg , de Havelberg et d« I4bHa; néaiimoins^ aur (a promesse de l'Empereur que cet édit serait modifié h son égard, George-GuiK laumot de cqncert avec r^lecteur de Saxe, résolut de rester fidèle k la cause de TEmpire.

Le rei de Suède^ débarqué en Pomdranie le 2& juin, s'empara de Stettin, et traversa la Marche pour voler 9U «eçours du. duc de Meçklembqurg, tout en faisant c^bMrver A ses troupes la discipline la plus sévère. Mais h la nouvelle que Tilly, général des Impériaux, bloquait Magdebourg, ville alliée qui lui avait aeoordé te paaeage aur son pont de l'Elbe, Gustave-Adolphe, paur «eçourir cette plaoe forte, quitta le Mecklem*" bourg, paesa l'Oder k Schwedt, prit Lands^bergt Francfort et Grossen, puis se dirigea droi^ sur Berlin« A son approche, FÉleeteur fit élever k h h&te quelr ques ouvrages en terre devant les portes de sa eapi* taie, et donna Tordre d*armer lee rempart» avec lea

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canons dont il disposait; dépourvu de troupes , et manquant du temps nécessaire pour convoquer Far-rière-ban, il força les bourgeois de monter la garde et de veiller à la sûreté de la ville.

Arrivé à Kœpenick (!*' mai 1631), oii il établit son camp, Gustave-Adolphe, pour assurer ses derrières, et peut-être aussi pour compromettre rÉleoteur et le forcer à embrasser ses intérêts, demanda la remise des forteresses de Spandau et de Kustrin^ promettant de les rendre dès que Magdebourg serait délivrée; it réclamait, en outre, pour que son armée observât la plus exacte discipline^ des provisions et deux mois de paye* L'Électeur refusa le plus honnêtement possible; alors Gustave résolut d'aller renouveler sa demande lui-même, et il partit le 3 mai à la tête de cinq cornettes de cavalerie et de mille fantassins , traînant h sa suite quatre pièces de ôanon. George-Guillaume alla au-devant de lui avec toute sa cour ; Fentrevue se fit dans un petit bois éloigné d'un quart de mille de Berlin. Le roi exposa ses prétentions ; l'Électeur, embarrassé, demanda une demi-heure pour prendre Tavis de ses ministres, et^ pendant qu'il les consultait^ son royal visiteur s'entretint avec l'Électrice et les dames de la cour. Les ministres, tout en donnant leur avis, répétaient toujours : Que faire? ils ont des canons! On ne put rien conclure, et Gustave-Adolphe annonçait déjà qu'il allait retourner à son camp, lorsque, sur les instances que lui firent les dames, il^ se décida à se rendre à Berlin avec son escorte. Deux cents Suédois montèrent la garde au cbAteau de Ber-

lin , le reste des troupes suédoises logea chez Thabi-» tant. Il y eut un grand festin à la cour : George- Guillaunne, toujours indécis, fut de mauvaise humeur durant tout le repas. Pendant ce temps, Tarmée suédoise avait quitté Kœpenick et marchait sur Berlin : ce mouvement avança singulièrement la négociation; rÉlecteur, voyant quMI n'était plus le maître chez lui, comprit quMl pourrait être dangereux de refuser plus longtemps, et se rendit aux désirs du roi de Suède.

Gustave, apprenant cette résolution , en témoigna beaucoup de joie, et dit en riant à VÉlectrice et aux autres dames i « Vous avez très bien fait de persuader à M. rÉlecteur de m'accorder enfin ma demande : s*il me Teût refusée, j*étais résolu de l'envoyer, lui et toutes vous autres^ mesdames, sans en excepter ma soeur l'Électrice, dans le coin le plus froid de la Suède, où vous auriez eu tout le temps de vous ennuyer. »

Le 5' mai, toute Tarmée suédoise se mit en marche vers Spandau, et vint camper en deçà de la Sprée, viS'à-vis de cette place. « Les troupes suédoises qui occupèrent les forteresses de Kustrin et de Spandau prêtèrent serment à rÉlecteur^ et le roi lui promit de lui remettre ces places dès que le besoin qu'il eh avait lierait passé. Gustave-Adolphe s'avança au delà de Potsdam, et les Impériaux, qui tenaient Brandebourg et Rathenow, se replièrent à son approche sur l'armée qui faisait le siège de Magdebourg, L'Électeur de Saxe refusa aux Suédois le passage sur le pont de TElbe àWittemberg, ce qui empêcha Gustave de secourir la ville de Magdebourg, comme il en avait

7/t HISTOIBB MlLITAlflE

rintentiqn (1). ¥ On sait ce qui en résulta : Tilly; maitre de Magdebourg , la livra au pillage, au man* sacre et ^ rincendie. Le sao de cette ville est resté célèbre dan^ l'histoire comme un acte de^ barbarie jfistemefit entaché de flétrissure par Topinion publi* que, indignée de voir le parti catholique de rillemagn^ }>ondir de joie k la nouvelle de cet auto-da-^fé (9). Geprge-Cuillaume réclama alors Tévacuation de Spandau et de Kustrin, que les Suédois avaient prQmie d'occuper seulement pendant le temps nécesssUre j^ur secourir Magdeboqrg : la prise de cette vilto justifiait sa demande. Mais upe bataille avec les Im^ périau^ était iuiinineqte, et, le roi do Suède avait, clans cette éventualité, grand besoin d'M^e forteresffe pouvant servir de place de refuge à sou armée en ca»de revers ; il pria donc qu'on Iqi laissât SpaQdau ; rÉIecteur, poussé sans doute par Schwartzenberg, toujours dévoué à l'Autriche, exigea impérieusement l'évacuation de cette place* Alors Gustave- Adolphe doqiia k ^es troupes l'ordre d'évacuer, déclarant qu*à d^ter de ce jour il ne serait plus qu'un ennemi pour TéMeur de Brandebourg, et, joignant l'action aun parulen, il parut devant Berlin avec toute son armée. QeQrge-Guillaume , effrayé, lui envoya des p1énipo«

(i) Frédéric le Grand, Mèm. pour sm^ir à l'hisfoirf de I9 nmit 80tk de Brandebourg.

(2) Récemment M. le docteur Heising a rejeté le sdc de Ma^debourg sur la politique de Gustave-Adolphe en Allemagne. Voyez son livre intitulé : Magdebourg n'a pas été détruit par TiU^^ V MUion ; BerliQ. iSôA (en a}|em9i)d>

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teptjfiires. Gustave leur notifia franchement qu'il od YûulOiit pas êtr^ traité plus mal que les généraux de l'Empereur, qu'il n'exigeait, en retour de sa proteC"' )ion co'qtre toute agra^siao, qu'une faible contribution ^n firgent» uq asile et du pain pour ses soldats, mais qu'il fallait ppter à i'in$t^nt ^ntre son amitié et le piit lage de Berlin. Son ton résolu , la présence de son ^r^éet la direction de ses canons pointés sur la ville, firent cesser les irrésolutions de TÉleoteur, qui s'eii^ gage^ le mèa\^ jour par un traité : 1* h lui remettre )es. places fortes de ses États dont il aurait besoin i ^"^ à lui payer une contribution de 50,OQO reiebst ibf^ler^ P^r mpi$. Après la signature de pe traité, l'I^lectçur, retournant h Perlin, fut salué par une triple salve des canons suédois ; mais on ne songea paa k plî^nger leur.directipn, et pomme ils. étaient pointés §ur la ville^ les prqjpcliles qu'ils lancèrent endpnimagèrent un grand nombre de maisons : c'était assur rément rendre les bonijeurij d'une façon un peu brutalp,

George- Guillaume ^'excusa près de T^mpereuv en représeptapt qu'il avait du céder à la force et plier ; le n^ptif invoqué pour justifier sa conduite était e3(:^ct ; cependant l'Empereur répondit sèchement que les Suéd^ois ravageaient |e Brandebourg , a^ssi bien que les Impériaux, et que par suite leur aHia^KJe n'offrait aucun avantage. Ferdinand II se trompait î les Suédois, maintenus par qne discipline sévère, ne pillaient pas comme les Impériaux, et il était préférable^ pour le paysj de le^ recevoir et 4? gatMftifP à

leurs besoins que d'avoir affaire aux troupes impé* riales. Voici, à cet égard, ce que rapporte un auteur estimé :

Pendant que Gustave-Adolphe s*enf)parait de la Poméranie, « les Impériaux, qui étaient restés dans la Marche de Brandebourg, y commettaient des excès affreux. Les officiers et les soldats, masqués et déguisés par bandes, couraient la nuit sur les grands chemins, et détroussaient les passants. Le jour ils se cachaient dans les bois^ où ils partageaient leur butin, et la nuit ils en ressortaient pour recommencer leurs brigandages, pillant des villages entiers, forçant les maisons des pasteurs et des seigneurs, saccageant tout ce qui leur accommodait, et brûlant souvent des maisons de campagne et des villages.

» Le désordre alla si loin, que le général autrichien Schaumboufg ne put s'empêcher d*en faire des plaintes amères dans ses lettres aux ministres de l'Empereur. « Puisqu'on ne remédie point, leur disait-il, à des désordres si dangereux, je dépose le commandement, et je prie qu'on en charge quelque autre que moi, qui ne puis souffrir de semblables barbaries, bien moins encore y conniver. » L'électeur de Brandebourg, qui, dans ce temps-là, n'avait que 4 ou 5,000 hommes sur pied, la plupart miliciens, mal vêtus et mal armés, renfermés d'ailleurs dans quelques forteresses pour les garder, n'était pas en état d'empêcher ces brigandages (1). »

(1) Histoire de Gustave-Adolphêf composée sur les manuscrits

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Gôorge-Guiilaume donna ménne à ce sujet un édit qui prouve sa faiblesse et le désordre des troupes impériales : a Nous avons appris, dit-il , avec une douleur inexprinoable que les troupes de Sa Majesté Impériale, qui sont dans notre pays et dan3 celui de nos voisins, y exercent toute sorte de violences et d'oppressions, qu'elles pillent les habitants, volent et détroussent les voyageurs, assomment de coups, blessent, tuent avec armes à feu, ouvrent et enfoncent les cofifres et les armoires, ruinent les maisons, violent les femmes, et n'épargnent pas même les églises.

» Nous n'avons que trop longtemps été spectateur tranquille de toutes ces barbaries, et exhorté nos su-»^ jets à la palience, espérant que les plaintes que nous en faisions faire à qui il appartenait obtiendraient enfin quelque adoucissement à des maux si violents. Mais toutes mes représentations n'ayant servi de rien , . et lés mêmes excès continuant toujours, nous voulons et entendons que nos sujets se pourvoient d'armes, et repoussent la force par la force. »

Exaspéré par le ravage de ses États, Jean*George, électeur de Saxe, se jeta alors dans le parti du roi de Suède* Tilly venait de s'emparer de Leipzig^; le héros du Nord tint conseil avec les électeurs de Brandebourg et de Saxe, pour aviser au moyen d'affranchir l'Allemagne du joug que faisait peser sur elle le despotisme impérial. Dans ce conseil, « Gustave- Adolphe prouva par sa modération que le sentiment

de M. ÂRKENHOLTz, par M... (ilfaum^^on). Amsterdam, in-12, 176^, l. II, p. A46, W7.

78 HI8T0IRS MILITAIRE

de sa force ne Tavetiglait point sur l'étendue du danger. Mds Jean-George montra toute Vassttrance irréfléchie d'un homme faible qui ie sent Soutenu par un héros. ^ 'ayant point d'anciens lauriers à flétrir, tous les rœux appelaient une bataille comme l'unicjue moyen de débarrasser ses États des Impériaux, (juî les ravageaient, et des Suédois, qui les défendaient; mais qu'il fallait nourrir. Aussi déclara- til que, sMi le fallait, il marcherait sur Leipzig, et attaquerait Tilly avec ses seuls Saxons. Gette résolution déter*-» mina le roi, et l'on prit toutes les mesures nécessaires pour livrer bataille avant que l'ennemi pût recevoir de nouveaux renforts. L'armée suédoise-saxdttnë passa la Mulda, et l'électeur de Brandebourg feteniftia dans ses États pour y attendre le dénoûmént dd drame sanglant dont il venait d'approuvef le plan (1). a

Après avoir vaincu les Impérfaux à Leipzig (7 septembre 1681), les Suédois parvinrent à rentrer dans Magdebourg ; ils encouragèrent les habitants à reconstruire les maisons de cette malheureuse Ville.

L'Empereur, adouci par l'infortune, chercha à détacher les électeurs de Saxe et de Brandebourg éë l'alliance suédoise; mais ses efforts furent vains. George-Guillaume redoutait ordinairement lès Impériaux autant que les Suédoia, et en ce moment il redoutait bien plus les Suédois, pour lesquels là tictoire s'était déclarée : restant fidèle à ces derniers, il

(1) Sgbiller , Histoire de h guerre de trente ans , livre deuxième ; traduction de madame la baronne de CarlatOiti, p. 19/(.

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joignit donc (|uelquas troupes à un corps saxon lanoé en Silésie à la poursuite de Baltbasar de Maradatf, général impérial.

Pour se venger, l'Empereur ordonne à Wallenstein de conquérif les deux électorals ; aidé de Pappenheioi, le généralissime autrichien pénètre en Saxe, et se rend mattre de Leipzig. Gustave-* Adolphe vole au secours de son allié, gagne la bataille de Lutzen (6 novembre 1633), et y perd la vie. Après sa mort, les Suédo-Saxons chassent promptement les ImpNi»» riaux de toute la Saxe.

George-Guillaume dépêcha alors quelques troupes augénéral Arnim, qui commandait lesSaxonsenSilésie. L'Électeur ne possédait ence momentque 3,U00cava^ liers et 5, 000 fantassins. Quand il apprit que les Impé*riaux rentraient en Silésie^ il fit un airmement général de ses sujets ; mcUs, faute de fonds pour entretenir uh grand nombre de troupes sur pied^ il n*eut jamais des forces suffisamment considérables à opposer à ses ennemis^

Wallenstein s'empara bientôt de Francfort, envoya des partis ruiner la Poméranie et la Marche électd*rale, et menaça même Berlin^ Arnim et le général suédois Banner accoururent pour couvrir cette capi'tale, et George*GuiIlaume se trouva commander à 20,000 hommes, dont 3,000 environ lui apparte^ naient (1). Avec cette armée il se présenta devant

(1) Ces trois miUe hommes formaient quatre régiments portant IftsnomsdeBorgsdorff, Volckmann, François-Lauenbourg, Erentreich-Borgsdorff.

Francfort, et força la garnison autrichienne à capituler.

Le chancelier suédois Oxenstiern, qui dirigeait, depuis la mort de son maître, la coalition protestante, réclama la cession de la Poméranie à la Suède,, après l'extinction de la famille ducale, comme une indemnité pour les dépenses faites par son pays en faveur des princes protestants. Cette proposition mécontenta rélecteur de Brandebourg, qu'elle tendait à frustrer de ses droits sur la Poméranie, et la fierté du chancelier et des Suédois indisposa l'électeur de Saxe, L'Empereur, dont les troupes venaient de remporter une grande victoire à Nordlingen (6 septembre 1634), profita de ces sentiments hostiles à la Suède pour signer à Prague, avec les deux électeurs, un traité de paix (20 mars 16S5) par lequel il promit à George- Guillaume de maintenir ses droits sur la Poméranie,

Après cette paix, le comte de Schwarlzenberg conseilla à son maître d'augmenter ses troupes, que les subsides espagnols et autrichiens l'aideraient & solder : ce ministre voulait qu'on levât jusqu'à 25,000 hommes , mais ce nombre ne put être atteint. Ces troupes prêtèrent serment à l'Empereur et à George-Guillaume : en 1638, passées ert revue à NeustadtEbersM^alde, elles offrirent l'effectif consigné dans le tableau suivant :

TA9LXAU de l'armée l>randebaurgeai$e m 1638.

GATiURIS.

dM régimrata.

(jean «ochowEb- Colonelt. .) renlreicb. .

vBurgfdortr. . .

IPotbausen.

Goldacker.

Erichvxi. .

Vorbauer.

1 Dragons. .

-ai

Total des cavaliers. .

iOO

NOTA. KliUing, qui commandatt cette arinëe. «it le premiar gtfoëral doot il •oit fait nenUon daaa rhistpire du Bnindeboarg. .

Joinl3 aux Saxons, les Impériaux chassèrent bientôt les Suédois desévéchés de Magdebourg et de Halberstadt ; là garnison suédoise de Magdebourg tint cependant énergiquement. Banner accourut de Ra- Ibenow (par Wittemberg) à Halle pour la dégager; mais, repoussé, il ne put parvenir à son but, et la ville se rendit. Alors Banner traversa le pays de Lunebourg, revint dans la Marche, se réunit à Wrangel, et enleva par surprise Brandebourg et Rathenow, dont les garnisons étaient composées d'Impériaux.

Ainsi Télectorat de Brandebourg se trouvait occupé tantôt par des amis, tantôt par des ennemis; mais, à cette époque^ amis comme ennemis étaient également funestes, pillant,^ dévastant, fi*appant des contributions les uns comme tes autres» En moins do six

8S HISTOIRB MILITAIRB

semaines, toutes les villes échelonnées le long de la Havel eurent trois pillages k subir, deuz de la part des Suédois, un de la part des Impériaux; et ce qu'il y avait de plus désolant c'est que la marche des événements semblait vouloir éterniser la guerre. « Pour peindre d'un trait toutes les misères de cette époque, s'écrie Schiller en rapportant ces faits, il suffit de dire que le soldat régnait en maître, lui dont le despotisme surpasse en brutalité et en ej^igence tous les despotismes possibles. Le commandant d'un petit corps d'armée se croyait bien au-dessus du souverain dont il occupait le pays, et il l'était, en effet, par la puissance et par la force ; et l'Allemagne tout entière se trouvait à la merci de ces petits tyrans, qui répandaient Ja terreur dans les provinces qu'ils défendaient comme dans celles qu'ils attaquaient (!)• »

Cette dévastation des contrées, ce pillage continuel auquel se livraient les troupes pendant la guerre de Trente-Ans, et dont les possessions de l'électeur de Brandebourg eurent à souffrir plus que les autres provinces de l'Allemagne, tenaient à la méthode qm l'on suivait, à cette époque, pour faire la gtierre, et surtout pour approvisionner les troupes, méthode <pie résume ce mot de Caton que nous eEvons déjà cité : Beltum seipsum atei. Voici comment Frédéric le Grand décrit cette méthode, qu'il était mieux à inlme que personne de bien apprécier, puisqu'il a oomÉMLtttt avec succès sur le théâtre même où se sigoaièreni»

(1) Schiller, Histoire de la guerre de Trente Am^ liv. V, traduc-

DB LA PROSM, 8S

au xva' eiècie, Qustave-Adolphe et les généraux qui prirent après lut le comoiandeinent des troupes sué«doises. «t La manière^ dit*îi^ dont on faisait la guerre alors était difiér^nte de celle dont on la fait à présent I^es princes ne faisaient que rarement de grands eyibrts pour le?er des troupes; ils entretenaient, en temps de guerre, «ne ou, selon leur puissance, plu» «eurs armées; \% nombre de chacune ne passait pas« d'ordinaire, 24,000 hommes. Ces troupes vivaient du pays où elles étaient employées ; elles cantonnaient ordiiiairement, et ne campaient que lorsqu'elles vou* laient donner bataille, ce qui leur rendait (es subsistances faciles* Lorsque TËmpereur ou le roi de Suède voulaient exécuter quelque grand projet, ils joignaient deux armées , au moyen desquelles ils gagnaient la supériorité. > Les généraux dont les corps étaient les plus faibles, ayant comparé les forces des ennemis avec les leurs, se retiraient sans combattre; et, comme ils vivaient égalen^ent partout à discrétion, il leur était indifférent d'abandonner un pays, parce qu'ils en trouvaient toiijours uti autre à piller. Cette méthode prolongeait la guerre, ne décidait de rien, consommait plus de monde par sa durée que celles d'à présent; et la rapine et le brigandage des troupes dévastaient totalement les provinces qui servaient de théâtre* de guerre aux armées (1). »

Pour compléter ce tableau tracé de main de

(1) Frédéric U, Mém* pour nrvir à Vhistoire 4e la mawen â$ Brandebourg»

Sl^ HISTOIRE MILITAIRE

matlre (i), il nous faut ajouter qu'une armée vaincue 88 recrutait facilement , parce que tous les paysans étaient alors soldats, surtout en Allemagne, eique Tespoir du butin les engageait à prendre les armes. L'art de multiplier ses forces par des manœuvres judicieuses destinées à grouper un nombre supérieur de troupes sur le point décisif, était peu connu; le courage et le nombre influaient donc beaucoup sur l'obtention de la victoire. A moins que l'ennemi ne fût éloi^é, une armée marchait ordinairement sur une seule colonne.

Revenons à notre sujet.

Après avoir enlevé aux Suédois plusieurs villes importantes, les Impériaux et les Saxons se préparaient à les acculer aux rivages de la mer Baltique lorsque le général Banner les surprit inopinément à Wittstock, le 2ft septembre 1636. La lutte fut terrible, surtout à l'aile droite des Suédois, que Banner com- Boandait en personne; la nuit mit fin au combat, et les Austro-Saxons profitèrent des ténèbres pour quitter le champ de bataille, jonché de 5,000 -des leurs; 2,000 prisonniers^ 150 drapeaux, 23 canons, toutes les munitions et tous les bagages de l'armée furent la

(1) On sait quMl a paru, en lf61, à Berlin, à Lyon et k LeipEig» un volume in-8», intitulé Esprit du chevalier de Folard, par Main de Maître, et attribué h Frédéric II, parce qu*il fut composé par Tordre et sous les yeux de ce monarque, ainsi que cela résulte de Tassertion contenue page 2 du tome II de V Esprit des lois de la tactiquey ouvrage publié en 1762 à La Haye» par

DE B0NNEVn.LE. ^

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