‹ Histoire militaire de la Prusse avant 1756, ou, Introduction a la guerre de sept-ansChapitre 31 sur 38 · PI. IL · texte numérisé non relu

PI. IL

Bataille

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Htjioirr mi^^ùuire de l<ju Prusse- par ^d^de la U^arre I>iipacoq.

l)i: Lk l'RUSSK. 190

lâais c*é(ait moins sa faute que celle de ses officiers de hussards, qui, chargés de battre la campagne, ne lui avaient transmis aucune nouvelle du mouvement des l^russiens. J/armée autrichienne se trouvait alors cantonnée, Ja droite à Grûningen, le centre à Hunern et Moliwitz, la gauche à Laugwita, c'est-à-dire qu'elle tournait le dos à l'armée prussienne. Quel bon parti le roi de Prusse eût {m tirer de cette admirable position si la mauvaise saisoB ne l'avait pas empêché d'en être instruit !

Frédéric avait refusé sa gauche ; son aile droite se tro4ivait doue la moins éloignée de Mollwitz. Le commandant de la cavalerie de l'aile droite autrichienne (devenue la gauche en se retournant pour faire face aux Prussiens), M. de Roemer, qui arriva le premier avec ses troupes sur le champ de bataille, s'en aperçut, et, jugeant avec sagacité que cette disposition pouvait donner la victoire aux Prussiens avant que la cavalerie de l'aile gauche autrichienne (devenue ta droite) ne fut arrivée, prit sur lui d'attaquer immédiatement la droite de l'armée pruâsienne. i^ (général de Schullen bourg commandait cette droite, et avait ordre de s'appuyer à Hermsdorf : pour gagner ce village, il fit fort mal à propos exécuter par escadroi)s ijLU quart de conversion à droite, de telle sorte qu'il y eut un moment où tous les escadrons prêtèrent le flanc gauche. Ce fut à ce moment même que les trente escadrons de M. de Rœmer tombèrent à bride abattue et en colonne sur ces dix escadrons, que leur position rendait faibles, et les culbutèrent. Ces esca-

200 BISTÛIBE MlLITAïaE

drons en déroute se jetèrent en fuyant sur Tinfanterie prussienne, qu'ils auraient infailliblement entraînés avec eux, si celle-ci n'avait fait indistinctement feu sur les fuyards et sur l'ennemi. Ce moyen énergique eut plein succès , les escadrons en déroute cherchèrent d'autres débouchés, les ennemis furent écartés, et le général de Rœmer tué. Quant aux deux bataillons de grenadiers mêlés par Frédéric aux dix escadrons de son aile droite, ils firent bonne contenance, résistèrent au choc ennemi, et se joignirent en ordre à la droite de l'infanterie prussienne.

Le roi fut entraîné par les escadrons en déroute jusqu'au centre de l'armée , mais il parvint à rallier quelques escadrons, et les ramena sur la droite, où ils tentèrent à leur tour une attaque; ils^ furent encore repoussés une seconde fois, et Schullenbourg trouva une mort glorieuse en voulant réparer sa faute.

Deux fois de suite victorieuse, comme nous venons de le dire, la cavalerie ennemie tomba alors sur le flanc droit de l'aile droite de l'infanterie prussienne ; là se trouvaient en potence les trois bataillons que faute de place on n'avait pu caser ; cette disposition, qui remédiait à Tabsence de la cavalerie (1), jointe à la solidité inébranlable des troupes, fit merveille; vainement les cavaliers autrichiens attaquèrent vi-

(l) Suivant le comie de Brézé, ces bataiUons ne furent placés en potence qu^après la déroute de !a cavalerie prussienne. Voyez son ouviage intitulé : Observations historiques et critiques sur les Commentaires de Folard et sur la cavalerie , 2 vol. in-8, avec planclies. Turin, 1772, t 1, p. 323.

goureusement à trois reprises : ils furent toujours repoussés, et perdirent beaucoup de monde. Alors M. de Neipperg envoya son infanterie seconder sur ce point les efforts de sa cavalerie^ ce fut encore en vain. Malgré les efforts incroyables des Autrichiens, la valeureuse infanterie prussienne résista comme un roc (1), et par son feu fit éprouver de grandes pertes aux assaillants.

A la gauche de l'armée prussienne, les choses souriaient plus à l'adversaire de Marie-Thérèse; ses troupes s'y appuyaient au ruisseau de Laugwitz» et, au delà de ce cours d'eau, sa cavalerie avait battu celle de la reine de Hongrie.

Il y avait déjà cinq heures que le feu de l'infanterie prussienne de la droite durait sans se ralentir : aussi les soldats prussiens n'avaient plus de munitions, et étaient obligés de dépmniler les morts pour trouver de la poudre. I^a position devenait critique, et déjà quelques officiers "entrevoyaient le moment où ils seraient obligés de se rendre faute de munitions; mais il n'en fut rien. L'infanterie prussienne se soutint, et gagna même du terrain sur l'ennemi. A la vue de ce mouvement prononcé en avant de l'aile droite prussienne, le maréchal de Schwerin, qui commandait l'aile gauche, fut bien inspiré ; il se porta sur la droite des Autrichiens, et sa manœuvre décida la victoire : la déroute des Impériaux fui totale. La nuit seule

(1) Expressions de Frédéric II [Hist. de mon temps, t. f, p. 162, 163.)

202 lllhTOir.B MILITAIRE

empêcha les Pru^rsiens d«^ poursuivre leurs avantages au delà du village de Lauchwilz.

Les deux régiments de cuirassiers attendus n'arrivèrent qu'après la bataille : les hussards aulrichiens leur avaient barré le passage.

La bataille de Mollwitz coûta aux Autrichiens 180 officiers, 7,000 morts, 7 pièces de canon, âéten* dards, 1,200 prisonniers. Les Prussiens eurent 3,500 morts, parmi lesquels le margrave Frédéric, cousin du roi , et 3,000 blessés. Ce qui décida la victoire, ce fut la fermeté de Finfaiiterie prussienne, la précision de ses manœuvres, la supériorité de son feu; il n'est pas inutile de remarquer que cette infan» terie se servait de baguettes de fer, tandis que les Autrichiens avaient encore pour leurs fusils des baguettes de bois.

«Cette journée, observe Frédéric, devint une des plus mémorables de ce siècle, parce que deux petites armées y décidèrent du sort de la Silésie, et que les troupes du roi y acquirent une réputation que ni le temps ni l'envie ne pourront leur ravir (1). »

Nous venons de raconter la bataille en suivant le récit que Frédéric II en a laissé lui-même dans le chapitre 111 de son Histoire de mon temps. Mais il nous faut ajouter, pour être exact et vrai* ce dont notre rdie d'historien nous fait un devoir» que le roi de Prusse quitta le champ de bataille avant la fin de Tactioi). Ce fut probablement après avoir rallié quel-

(1) HisU de mon temps • 1 1, p. i6/i.

'ôîi LA l'HUSSIi. S05

ques escadrons et les avoir ramenés à la droite de l'armée prussienne, où ils furent encore défaits, car à partir de ce moment le roi, dans sa relation, ne parle plus de lui. Croyant ta bataille perdue, il se réfugia à 12 lieues de là, à Oppein, avec une faible escorte. On rapporte même qu'il se cacha dans un moulin, ce qui fit dire à de mauvais plaisants qu'à la bataille de Mollwitz ce prince s'était couvert de gloire et de farine. Mais, laissant cette plaisanterie de côté, il n'en est pas moins vrai que Frédéric quitta le champ de bataille, à ce qu'il paraît, sur l'avis du maréchal de Schwerin. Je n'ai trouvé nulle part de protestation à cet égard, et le fait se trouve même dans l'ouvrage puWiéde 18â2 à 1834, à Berlin, par M. Preuss, historiographe de Brandebourg, sous le titre de Histoire biographique de Frédéric le Grand (en allemand) (1). Voltaire, dans ses Mémoires, est mordant à ce sujet : a Le maréchal de Schwerin, dit-il, était an élève de Charles XII ; il gagna la bataille aussitôt que le roi de Prusse se fut enfui. Le monarque revint le lendemain, et le général vainqueur fut à peu près disgracié. *> Mais Voltaire écrivait ces Mémoires en 059, après s'être brouillé avec Frédéric. Dans son Corn*tnentaire historique sur les œuvres de fauteur de la Henriade, il raconte, au contraire, qu'on lui apporta, pepdantun entr'acte d'une représentation deMaAowel, une lettre par laquelle le roi de Prusse lui annonçait la victoire de Mollwitz; il la lut à l'assemblée, et Ton

(i) Tome I, p. 179,

20& HlSTOiaU UILITAIUB

battit des mains. « Vous verrez, dit alors Voltaire, que cette pièce de Mollwitz fera réussir la mienne. »

Au reste, Frédéric a pu se retirer du champ de bataille pour deux causes différentes : ou le maréchal deSchwerin voulut préserver la monarchie prussienne du malheur de voir son roi fait prisonnier, et alors, dans un moment de doute, dans la prévision d^une défaite, il conseilla à son maître de s'éloigner, et celui-ci céda; ou bien Frédéric éprouva réellement un moment de crainte, et s'enfuit. On peut confesser pour lui cette faiblesse, car certes sa carrière est assez brillante, et l'intrépidité s'y montre suffisamment à découvert pour qu'il soit permis de lui prêter un moment de découragement et de crainte. J'avoue cependant que la première hypothèse me paraît la plus vraisemblable.

Quant à l'anecdote de Paul Werner, elle semble controuvée. Voici celte anecdote, empruntée à la J^ie de Frédéric II, par Thibault de Laveaux (1).

« Le roi, qui croyait la bataille perdue, s'était sauvé jusqu'à Oppeln. Un housard autrichien le poursuit et était près de l'atteindre, lorsque tout à coup le roi tourne son cheval, laisse approcher le housard, et lui dit : Laisse-moi^ housard^ je t'en timdrai compte. Le housard, reconnaissant le roi, d'après des portraits, est saisi de respect et de surprise; il laisse tomber son sabre et répond : Tope! après la guerre. — Ju revoir, dit le roi. Ce housard fut dans la suite lieu- Ci) Édition ia-8, t. I, p. 193.

DR L\ PRTSSR. 205

tenant^général au service de Prusse, chef d'un régiment de housards et chevalier du grand ordre du roi de Prusse. Il se nonfime Paul Werner. »

M. Preuss, dans son Histoire biographique deFré^ déric le Grand, dit que cette anecdote, tirée par Lavéaux, de l'ouvrage intitulé : La Silésie avant et après Vannée 1740, auquel il a beaucoup emprunté, et enjolivée par Voltaire de détails relatifs à Maupertuis et à sou âne (1), est une pure fiction. Il fait remarquer que Werner, supposé alors simple housard ou maréchal-des-logis, était capitaine commandant de cavalerie depuis 1735, et qu'il entra pour la première fois, en 1751, comme lieulenant-cdonel au service de Prusse (2). Or, si l'anecdote était vraie, est-il pro* bable qu'il eut attendu ainsi sa récompense pendant onze ans?

Dans son Histoire de mon temps^ Frédéric ne parle pas de sa retraite jusqu'à Oppeln ; mais, quand même le fait ne se trouverait pas authentique comme nous

(1) Voltaire en voulait à Maupertuis, surtout depuis la condamnatfon par Frédéric de sa diatribe intitulée le docteur Akakia. Reportez-vous, pour cette condamnation et toute la dispute entre Maupertuis et Voltaire, à rarlicle inUlulé Maupertuisiana qui termine le tome II de mes Études sur la Prusse (1856). Cet article, moins défavorable à Maupertuis que toutes les publications précédentes, est antérieur, je le remarquerai en passant, à la Vie de Maupertuis par La Beaumelle, mise au jour en 1856 par M. Maurice Angliviel, bibliothécaire du Dépôt de !a marine. L'avertissement de celle Vie porte, en effet, la date du 9 avril 1856, et la préface du tome IL des Études sur la Prusse, celle du 25 mars 1856.

(2) Preuss, t. r, p. 177, note.

206 HISTOIHE MILITAHiK

l'avons dit ci-dessus, la mauvaise humeur qui règne dans une partie de sa relation de la bataille de Mollwitz en serait un indice.' Il y dit, en effet : « Le roi, qui croyait rallier la cavalerie comme on arrête une meute de chiens^ fut entraîné dans leur déroute jusqu'au centre de l'armée, où il parvintà rallier quelques escadrons qu'il ramena à la droite. i> Puis il ne parle plus de lui pendant tout le reste de la bataille. Mais^ en vérité, peul-on exiger d'un homme qu'il avoue sa fuite? Ce serait trop demander à la force d'âme humaine !

Sauf cette réticence calculée, qui n'altère au reste en rien le récit de la bataille, puisqu'elle eut alors lieu sans lui, Frédéric 11 ne dissimule nullement ses fautes pendant cette première partie de la campagne de 1741. Voici, pour que le lecteur puisse . apprécier lui-même la franchise du roi^ un extrait de YHùtoire de mon temps :

a Le roi fut averti à temps, dit-il, du projet des ennemis, et ii ne prit aucune mesure suffisante pour s'en garantir. Au lieu de marcher à Jagerndorf pour éparpiller encore plus ses troupes, il aurait dû ras- • sembler toute son armée et la placer en cantonnements resserrés aux environs de Neiss ; il se laissa couper du duc de Holstein, et se mit dans la nécessité dé combattre dans une position où en cas de malheur il n'avait aucune retraite, où il risquait de perdre l'armée et de se perdre lui-même. Arrivé à Mollwilz, où rennemi cantonnait, au lieu de marcher avec vivacité pour séparer les cantonnements des troupes de

DE LA PROSSE. 207

la reine, il perd deux heures à se former méthodiquement dey&ni un village où aucun ennemi ne paraissait: S'il avait seulement attaqué ce village de Mollwitz, il eût pris toute Tinfanterie acttrichienne ; mais il n'y avait dans son armée que le maréchal de Schwerin qui fût un homme de tête et un général expérimenté. Il régnait beaucoup de bonne volonté dans les troupes ; mais elles ne connaissaient que les petits détails y et, faute d'avoir fait la guérie, elles n'allaient qu'en tâtonnant et craignaient les partis décisifs. Ce qui sauva proprement les Prussiens, ce fut leur valeur et leur discipline. Mollwitz fut l'école du roi et de ses troupes. Ce prince fit des réflexions profondes sur toutes les fautes qu'il avait faites, et il t&chà de s'en corriger par la suite. »

Néanmoins, Ja victoire de MoUwitz eut une importance incalculable pour ia Prusse, car elle décida la conquête de la Silésie. « Sans cette victoire, fait remarquer M. le général de Lossau, le nord de l'Allemagne aurait eu ui>e autre histoire. Les troupes qui y assistèrent furent toujours bien vues de Frédéric,, et, sur la fin de son glorieux règne, c'était une puissante recommandation pour un vieil officier quand il pouvait dire qu'il avait combattu dans cette bataille. »

^ Le duc de Holstein, que nous avons vu ci*desâus posté à Franckenstein, et auquel les ordres du roi n'avaient pu parvenir, s'était transporté, sans trop savoir pourquoi^ suivant l'expression de Frédéric, de Franckenstein à OttmacbaUi et d'Ottmacbau àStreh-

208 IIISTOIRB MILITAIRE

len. Ce fut en ce dernier point qu'il se trouva précisément le jour de la bataille, et il y entendit le feu des deux armées. Comme il avait 7,000 hommes sous sa^lirection, il pouvait frapper un coupdécisif, carie 11 toutes les troupes des Autrichiens passèrent à un mille de son poste ; nîais,.sans ordres, et ne sachant ou n'osant prendre une résolution, il n'entrava point la retraite du feld-maréchal de Neipperg, qui put rallier ses fuyards de l'autre côté de la ville de NeisSf et, quanta lui, il vint très tranquillement opérer sa jonction avec l'armée du roi près d'Ohlau. L'armée prussienne se composa dès lors de AS bataillons, 66 escadrons de grosse cavalerie , et â escadrons de hussards.

Pour utiliser le succès obtenu à MoUwitZi les Prussiens entreprirent le siège de Brieg. I/armée du roi resta campée près de MoUwitz pour couvrir les opérations de ce siège, dont la conduite fut confiée au maréchal de Kalckstein. Le général Piccolomini corn* mandait dans Brieg pour la reine de Hongrie ; il ne fit qu'une défense molle, et n'eut pas honte de capituler après huit jours de tranchée ouverte , avant que son chemin couvert ait été emporté, et lorsqu'il n'y avait encore aucune brèche aux remparts de la place.

Si les Autrichiens ne savaient pas mieux défendre leurs places fortes, Frédéric ignorait alors l'art de tirer bon parti d'une victoire , car il se contenta de s'être emparé de Brieg scms grande peine ^ et resta trois semaines au camp de Mollwilz « pour donner^

diiril» ieUmps d$ combler les trénehéeB eiée rê^vilaiHêr la place et Brieg, dont toutes les mum^ùms waiênê été consim^. » InftoticMi l6QAe béoérole et avantageuse pour le vwncu. te roi profita» 4u reste, de ceUeÎMO- (ion pour e^erc<^r se^ troupee» eldurtoatsarcàvaierie^ qu'il chercha à rendra plus eianouvnièpe;

Pendant ce temps» il y eqt plusieurs eteal^ndachts et combats de cavalerie, légère, dads leéquels les Prussiens, mieux renseignés par Ws habitants, qqi les favorisaientt ewent souvedt l'aYaniage {i\ i . Mais Ki la guerre marcha peu. (a poUtiqae s'agita vivemeot, et le camp du roi puit la forme d'un con. grès. J?rédéric II ne voulait rien précipiter, seiilalit bien qu'on se faisait sou allié, non pour le servir et lui être utile, mai» pour nuire à la reine de Hongrie et affaiblir la maison d'Autriche, Néanmoins, comme ses ennemis, les Russes, les Anglais, les flanovriens, les He$^^ les Saxons, s'api>rêlaient à agir, il ne put hésiter, et conclut une alliance avec la Franoe par renlremise du maréchal de BeUisle. Le cabinet de Versailles garanUssait à Frédéric II la Basse- Silésie, promettait d'envoyer deux armées dans TEmpire, de commencer les opérations avant la fin d'ftoût^ de faire déclarer la guerre à la Ruswe par la S^We. J-eroide Prusse renonçait i la succession des duchés de Juliers et de Berg, et promettait sa voix i l'Électeur de Bavière, candidat à PEropire protégé par la Frauce,; le iraité devait rqslra- spcret tant qw?

(1} HisL dt mon temps ^ I. i, p. 169.

210 HlfMIBS MILITAIRE

M div«lgafi<Mi poarraît p(H*ter préjudîM aax intérêts des Prussiens (i).

• Tout en s'occupant d^intérêts politiques qtii toudieiit de si près aux intérêts militaires, et qui les se- .coBdent si merveilleusement lorsqu'ils sont conduits par la même main, le roi de Prusse mit en marche son armée dès que Brieg eut été ravitaillé, et vint camper auprès de Grotkau. Les Autrichiens occupj^ient à â milles de là , derrière Neiss, une excellente position couverte par deux ruisseaux, entre F cankenstein et Silberberg (2). Pour la facilité de ses approvisionnements, Tarmée prussienne se rapprocha de Breslau , et vint se placer sur lés hauteurs de Strehlen, àégale distancé de Brieg et de Schweidnitz, point favorablement situé pour couvrir toute la Basse- Sîiésie. Elle y resta deux mois environ, pendant lesjqueis rinfanterie fut recrutée et ia cavalerie remontée, de telle sorte que les troupes furent bientôt aussi complètes qu'au début de la campagne.

Frédéric parvint en même temps à découvrir les projets de M. de Neipperg, Il y avait alors à Breslau mï nombre considérable de dames âgées, originaires de r Autriche et de la Bohême , ayant des parents à Vienne et à Prague, et jusque dans l'armée autri- 'Chienoe. Bonnes catholiques, elles étaient dévouées à la reine de Hongrie, et frémissaient au seul nom du joi de Prusse, qui n'était pour elles qu'un hérétique. Elles lièrent correspondance avec l'armée de Marie-

(1) Histoire de mon temps, U I, p. 170, 171, 17A.

(2) Jdm^ U I, p. 179.

OE Là. rausM. 2tl

Thérèse , et connurent bientôt tous les de^dnft des troupes autriobjennee. Jusqu(^-là tout était bien, et le patriotisme justifiait leurs menées; mais appôrbaat bîeniôt les mesquines passiom des femmes, et surtout rimpatieBce dans leur complot , elles eurent dés a»- ^mblées ou as$is0s^ comme elles disaient, presque -tous les soirs^ pour s'y communiquer leurs nouveHei, et délibérer sur les moyens à employer pour expulser leâ Prussiens de la Siiésie. Rieotôt le secret fut impossible, et la fable de notre naïf et charmant La Fontaine (1) devint encore une fois la vérité, aussi le roi sutbientôt ce qui se passait, et il fit glisser dans ces conventicules une fausse sœur, par laquelle il apprit que Je maréchal de Neipperg projetait de rélQJgn^ peu: des mouvements de Bresiau, afin deee rap^procher de cette ville, où il avait des intelligences, et de ô*en emparer.

Nous avons vu, dans le chapitre VIII, que Frédéric avait agi avec modération envers la ville de Grèslau^ qui lui avait ouvert ses portes, et avait signé un acte de neutralité. Mais, vu les circonstances nou'velles, les choses ne pouvaient plus rester en oetétat. S'emi^rerde Bresiau , c^^était enlever aux Prussiens leurs magasins, et leur couper en même temps la communication qu'ils conservaient avec leur pays au mofen de l'Oder. Le coup était trop bien combiné pour qu'il ne fallût pas le faire échouer à tout prix.

(!) Les femmes et le secret {Fables de La Fontaine , livre VIII, *bltVI).

312 HlROnUK MIUTâlftE

Le roî de PruKâe résolat donc de romfire une neutralité à laquelle les magistrafe de la vUle avaient porté pbaàmm atteintes. On fit irenir au aamp ceux de ces magistrats qui étaient les pins dévoués & rAotriche, ainn que les nnnistres étrangers, pour garantir leors personnes^ et le maréchal de Scbwériii tenta une surprise. Il demanda à la ville le passage d^on régimenV Pendant que ce régiment entrait par une porte, tin chariot s'embarrassait dans une autre ; trois batidUons et cinq encadrons profitaient du tumulte pour se glisser dans la ville. L'infanterie se rendit aoK remparts^ aux places, aux portes, qo'elie occupa; là cavalerie balaya promptement les rues priodpaieB; en une heure tout fut soumis, sans désordre, sans piMage,. sans meurtre ; et le lendemain la bourgeoisie, magistrats en tête^ prêta sennent de fidélité au roi de Prusse. On y laissa une garnison do trois ba* taillons aux . ordres du général Mavwifz, *

Lorsque M. de Neippm'g vit qu'il avait manqué son coup, il voulut prendre sa revanche en enlevant le magasin que tes Prussiens avaient à Scbweidnitz; mais il fut prévenu : J'àvant^-garde des Prussiens arriva à Reiehenbach en même, temps que ta sienne, qui rebroussa chemin; La position choisie par le général autrichien, position que nous avons déjà indi<quée, était excellente^ Il avait sa. droite à Franken'atein, sa gauche sur des collines rapprochées de SiU berberg ; son front, couvert par deux ruisseaux, était inabordable. Dans ce cantonnement^ il communiquait avec Neiss par Patschau, tirait ses vivres de la

.2»B LA PM88B« 2iS

Bohâme pur Olatz^ ci fourrageait sand ineoniésiîeiit aa paya qii'tt ne pouvait pas oonçerver.

IjOtte position. ayaatageose {Hqua au vif le roi 4k Fniise : il résolut de tenter d'en ééàofftr les Autri* chiens ; il venait d'ailleurs de recevoir à. Reicbenbach qn renSdet de iO teûadroo^k de diBgoas et de 13 OBcar droBQ.de hiwards.,

Lea Françaôs» pwsé» vêcenmmt de l^a^e oàié du Rhin, longeajept If I>»iuibeàgrandeâ journées; lafierté deBl(arie*Tbér^|>llaâOiU9 h nécessité, et elle fit porter des propo^itiory 4^4iccomiiiodement au roi de Pruesa ; mais les ^dtuinités qu'elle lui fit offrir étaient :si mir^ïï^ jgfi^^fté^énQ les considéra comme dérisoires, 0tlpft refuw« Yers.lem^ini? temps» jce,dei*ni$]imgoa HH traité .d^Uia^ce a^yec |a Bavière,, qu^ lui garantit la Silène en échange ^e la, gar^Atie 4e quelques pro*yinçes autrichiennes et de la proa)ess6 de la voix de la Prusse pour la couronne impériale. Un autre évé^ nem^nt beurei^;c pour les Prussiens fut U déclai;ation de guerre de la Su^e h la ^uçsi^, qui occupa une partie de leurs ^nnen^is. Aloj-s la cour de Vienne aug* m^pt^ ses concessionset w^ oifc^.; ce fut encore en

J)i^h i'^ntrîc^ é^t ^tamée : |q^ FraQCO*^v«r rojg s^^fq^foq^^^'^l^ 4^ Fintz^ l4e roi çle Prusse ne vqiit lut plus rester les bras croisés, m^s» au lieu d'atta* quer francfiement son adv^rw^^' ^^ ^ horndL à manoeuvrer po^r menacer ^ c>9f9iiiupicatloa avec )a Moravie: il essaya de couper le maréchal de Neipperg de la forteresse de Nejss. (."armée pruseienne

31 ft msTOHn miutaibb

dut psner la Neisse à Woitz, où des poatt êfitàéM été établis, mais un jour fui perdu par défaut d^lé^ c«tioD« et, au moment do passage, l'armée autrichienne se trouvait rangée en bataille, à 800 pas de la rivière. Le roi renonça à forcer le passage, en pré-^ sensé, dit-il, d'une armée ^t certainement eût battu les troupes en détail et à mesure quelles auraient pris du terrain pour se former; il se posta sur les hauteurs de Woitz. Quelques jours aprè&, il prit le camp de^ Neudorf^ et, pour assurer sa communication avee Brieg, d'ob il tirait ses subsistances, occupa Losvéti et Miehelau.

A Vienne, la consternation était grande; M y attendait les Bavarois d'un instant à l'autre, et' une partie de la population émigrait. Aioi^, ÉVLt les ob^ servations de Tambassadeur d'Angleterre, la reine de Hoiygrie fit offrir à Frédéric II là cession de la Sîlééie, de la ville de Neiss, et d'une lisière en haute Silésie. Mais ce prince, décidé à ne pas se laisser amuser par de belles pâréles, et à ne point rester oisif dans sort camp, passa la Neisse à Miehelau, vînt camper à Karlscher, et envoya un détachement s'emparef d'Oppeln, où il établit un dépôt de vivres. Le gétté-' rairssimë attfrichien quitta Neiss et se ren<ïit à Oppersdorf ; aussitôt le roi lé tourna par Friedfcind et se éampÀ à Steinau (1).

Ge fut après ces moùtemetttâ que Pattiibâsiàidéuif tf Angleterre, lord Hîndfôrt, tfiît âke aif foi (Jtié

1) Hiii. dé mon iempé^ 1. 1, p. iéS, lOS.

PB LA> FaesftB» 215

M» deNeippefg se décidait à abaDdonmr ta Sîlésto^. pourvu qu'il déelar&t verbalement qu'il n'enlfe^éof draitrien contre la reioe. C'était une belle occasion d'achever la conquête de la Silési^ par une parole prononcée à propos : la tentation devenait forte. Une conférence secrète eut lieu à Oberschnellendorf ; Frédéric s'y rendit, accompagné du deul colonel de Goltz, et là il fut convenu entre lui, le feld- maréchal deNeipperg et lord Hindfort, d'une trêve secrète qui cesserait du moment qu'elle serait divulguée : ]e$ Autrichiens devaient quitter la Silésie, Neiss ôtré assiégée pour la forme pendant douze jours^ et tee Prussiens prendre, après ce siège, leurs quartiers en Silésie et en Bohême, où ils ne seraient point inquiétés ; mais, sans le secret le plus absolu^ la convention devenait nulle.

Le but de Frédéric II, en acceptant cette trêve, était de ménager la maison d'Autriche assez pour qu'elle pût toujours faire contre -poids à la maison de Bourbon (1), qui était bien, il est vrai, l'alliée de ta Prusse, mais qui désirait que cette dernière puissance ne vint pas un jour à l'ethporter en prépondérance sur la Bavière et sur la Saxe.

L'acceptation de Frédéric ne fut que verbale.

Peu après, M. de Neipperg dirigea son $rmée sur la Moravie. La ville de Neiss fut assiégée : elle résista douze jours, comme il avait été convenu. A peine les Autrichiens en furent-ils sortis que les ingénieurs

(i) Histoire de mon temps^ t I , p. 198.

216 nsfoiu muTAfâB db la raosse.

pnÊÊtmmj jcownencèreiit les traTwix d*aiiiélioratioii qm tm fineat par la Mite one boDfie place forte.

U&noée pmsBîeiine se répara ensoite : aoe partie flnrchaeoBofaème, sous les ordres dn prince LéopoIdd'Aabait; quelques régiments forent eoiplo^ës au Uooasëe-Glatx, et le reste des troupes, aux ordres do maréchal Sefawerin, s*établit dans la haute Si* léaie.

La oampafne Ait ainâ terminée ouse mois après Pentrée des PruêisaM en Silésie. Frédérie H reçut KboDUiage de ses nouveaai sujets à Breslau, j^ts ff B tottfu a à Berliiu

CHAWTRE X.

StoniAUifi : L'iodiâcrètîMi de bi oobr d« ^eiMie^JNMA|il.U<ttèf«.. ^-- Frédéric mi\f^ k faire une ^xiiédilioa ea Moravie. ,'^ilea ffléeoD^teot des lenteurs de ses alli^ les Français et. les ^aiiHM. — Ses hussards poussent jusqu'il deux lieues de Vienne. -^ Raison présumable pour l«Kfueile il ne cfierche pas à s'emparer de.««ette «ap^aie^ -^ Apr^ avoir séjourné aux envirem de prunn, Frédéric, voyant les Saxons mal disposés, se décide à évacuer la Moravie. — Manière dont il répartit ses forces en Bohème. — Bataille de Gteslau ou de Chotnsttz. -* Victoira des PriMiiens : leurs faiitfs daas cette acUoa ; obsur^lions. —

^ Frédéric se, dirige sur Ruttenbeig. -^ l^roposHions paciAques de La. reine de Hongrie. — Motifs pour les acx^pter. — Trsiité de Breslau.

Lès troupes prmmtam pnfiaèretti k pcâoe deux* mèfedàds leurs quartiers d*hiven J^Bioii profila de. la irèveet (fe raugmeotation de revemi» <pia loi valttit; l^ao^aiBiUon pix^visotf e de la Sitéaiè po«r Mti àràQée, qu'il porta h 106 bataittond efc i9i drons; .

a Pendant 09tlnver» rapporte rauteur d'uàe Mn^ toiteéeFrédatiç U (1). Berlin fot leoeofti» des tiégoeiakioiift.(;ia Franee pressait le Roi de ââce agir son anttte; l^AnQ^eterre re^diortatt à la paîx^aveçl'AutrieiMi^ L^Capagoe sotlitilait soo alliaiieet le Suède aoe

i%) M. aiil»i|l«tSiN|lselv^'i* è(|ltiseciMS^ 1. n#.tif.

secours, la Russie ses bons offices à Stockholm, le Danemark ses avis pour changer de parti; l'Empire germanique appelait de tous ses vœux la fm de la guerre. »

L'indiscrétion de la cour de Vienne, qui divulgua partout la trêve conclue entre elle et la Prusse, délia bientôt les mains à Frédéric, puisque le plus grand secret devait être observé, sous peine de nullité. Il résolut, dès lors, malgré les fautes journellement commises par ses alliés, de*reprendre les hostilités, et de porter la guerre aux portes mêmes de Vienne, point objectif important dont les Bavarois s'étaient approchés jusqu'à deux marches, mais dont ils ne s'étaient point emparés, détournés par les Français, qui étaient jafoux par avance de l'acétoîèsefînefit hypothétique du pouvoir de leurs alliés.

Comme il régnait peu de concert et d'esprit de conduite dans l'armée franeo-b&varoise ^ comme cette armée avait perdu vis-à-vis des Autricbie^is ta 6upé<» riorité dés armes, Frédéric songeait déjà à se retirer d'une ligue qu'affaiblissaient de nombreuses divisiotas intestines/ et à laCfuelle il ne pouvait parvenir à faire adopter un plan rationnel d'opérations ; mais le deio** mMt n'était pa» encore venu, et il ne pouvait se dispenser de soutenir l'Électeur de Batière, k Ta VdUe d'd^tenir la couronne impériale , l'élection ayant été fiséè attSA jan^vier nii% 11 se décida doné à entne^ prendre en Moravie urne expédition qui le Âletteit à même d'être recherché par les deux partis;, toutefois il résolut; de n*y employer que le HiokiB possible de

PB LA PRIiSSB. &t§

si3&troupe&, et il visa, dans ce biit^ à obtenir ttn graa^ nombre de troupes alliée».

Lies Saxon» gardaient alors les bordd de la Sas* sawa; ils étaient donc à portée de se joindre à un corps de Prussienis destiné à entrer en Moravie. Le roi de Prusse se rendit à Dresde pour faire consentir l'Électeur roi de Pologne à cette jonction ; puis, après y être parvenu, il partit poui^ Prague, oii TÉlecteur de Bavière s'était réuni avec les Français et les Savons. Là il refusa encore sa coopération directe au noaréchal deBroglie, qui conomandait Ti^rmée française, et vour lait le faire marcher sur Tabor en faveur de la garnison de Liniz* « Ce refus de concourir avec nous, dit un général français contemporain, et cette préférence que ce prioce donna à la Moravie pour y porter, toutes ses forces, nous parut alors fort extraordinaire, et donna lieu à bien des murmures. Il ne faisait cependant que ce qu'un véritable homme de guerre doit toujours faire : agir seul, ne compter que sur lui^ même , et ne jamais entreprendre que ce qui peut réii^sir sans le secours d'autres forces que celles qui sont en ses mainâ (1). » ,

Frédéric partit le 33 janvier pour Glatz, qui s'éEait rendii le 9 aux Prussiens, mais dont le chftteau tenait encore. Le 28 il se dirigea sur Olmûtz. D'après ses instructioDSf le maréchal de SGhwerin* avait pénétré en Mpravie avec le corps qui venait d'hiverner en

(1) ^ f&rtifitation ptrpendhuhiret fU le OMurqnis de Monta- ■ ,,jt»ll. 1737, p. M.

190 imVOtni KfLlTAIBB

bmte Siléiie, lA f^ébêit emparé, le 96 <!éGmibre, d^Olmûte. en permettant à la gamisoo de se retirer à BrtBiin. Le Roi ret^MVa donc à OlmûtE Tarmée de Sebweria*

Dans cette vitie; Frédéric apprit la capitalatiott (|oe M. de Ségur venait de eigner à LintE, le 23 janfier nh% VHùl^e de mm Mnpi la qualifie de /lé-* irismnte; cependant left Français, au nombre de S,000, assiégés par led 50,000 hommes du général aotrîehiende Khevenhuler, ne pouvaient défendre à k dernière extrémité une ville ouverte» t>arricadée à la hâte» après la défaite des troupes bavaroises destinées à les seeoorir : les Français' nése rendirent pas d^dlleurs prisonniers de guerre, ità sortirent avec toUa les hom^eurs de Is. guerre ^ sous condition de ne pas aei^virxl'une année (i). Ce que Ton peut reproeber a^vec rdiaonà M. de Ségur, c'est de s^étre rendu tnq^ tôt pour qu» la diversion des Prosâens pût le déUvrsr; maii^il faut dire aussi, pour êtt^ j^ucfte, ||Uè oetle diversion se fit beaucjoup attendre , car le is^ge ou bbèua de Bnumi^ qui attii^a lea Autrichiens en ||oravie^ ne commença qu'au mois de février (2).

Ce fut ausa h Oimâts^que le oionarque prq||rten Monut l'élection à rSmfHPe, et le couronuem^t de rÉIecteur de Barrière sous le nom de Charles YI^jj

L'Autriche faisail de grands préparatifs. Biie)pv(|iit

(I ) Hiitùifé de la (fuerre de ilkL Amsterdam, 1755, U 1, |. |eo, m , iD-iS. AUribiiée à Voltaire.

<8)^>ttr la.dale, fsyezSUaeftle; fjêmUfMi éer pHiffeiêoke Sdbkdbteii und Belagerungen, iS53, p.m-^L» fénit^tcmm

iStfOOO hommes en Hoogrie, et y coonecpiaii ie ban et l^arrièiQ-ban; ce xftii devait lui procurer &0,00Q horomes à peu pnèâ. Son bat consistait à. for:^ mer deuj( 9^rmée», l'une destinée à pAné(rttr eo Moravie p^r Hadrisch^ Tautre ctestînée à traverser la Jabtunka^ /et àg^^er eu haute Siléate ieederrièMi de Tarmée prusdieûne» tandis que le dncide I^Nraiiie viendrajt de la Bohême attaquer en {root les iniu|m du Boi. . ^ .

Fréd^nc if avait so^b aés ordres que la moitié dep troupes prussiennes ayant hiverné &ï Silésie, soit 15,000 lK>nime6t evec lesquels il joignit les Français et les Saxous près de Tmbisoh* 11 fit occuper par un autre corps Wischau^ Hadrisch, Kremsir et tes frontières de la Hoi^grie pour couvrhr ses opérations* La lenteur elt le iMuvais vouloir des Samms robligèrent bientôt à^ foii^de nouvelles dispositions» tout en lin Cuisant perdi^e 1^ jours et les semaines* Jies Saxons s'emparèrent, en effets d'Jglau (15 février), après toutefois que les enoenRis en eurent retiré leurs maga« sins; mais il fut impossible de les faire avancer. Mit sur la Taya, soit vei^ Hom.

Alors Frédéidc âot\na aux Saxons les quartiers les

aplne qatW f^lsit «ieux-n «• faire jour^ aa risque de se rendre en n^'CMm99§»d sll fallait eo venir à celte extrémitè^, ce qui était fort douteux* » (Traité des grondée opénUions^ V édition, lS6i« 1. 1, p. 50.) C'eût étét en effet» suivre la meNleuie des voies miii* talres» mais une capiuilation en rase oaro|Migne, oomme k Maxen et ^aylen, est la jfiu^ triste Ckose du monde, et rons'y csposait mal(0fà les 4Qut«i de inMifiî. . . . . >:

222 HISTOIBB MILITAIRB

plus voisins de la Bohême, et les Prussiens occupèrent, de Zoaym i Gcsdingen , les rives de la Taya. Peu «près, un corps de 5,000 hommes partit de Znaym, et fit irruption dans la haute Autriche ; la terreur fut bientôt aux portes de Vienne, parce que les hussards de Ziethen poussèrent jusqu'à Stockerau, à deux lieues «Dviron de «cette capitale, «Frédéric, dit le général Jomini, voulait suivre son avant-garde avec toutes ses forces ; mais les Français l'ayant quitté , et les difficultés élevées par les généraux saxons le contrariant sans cesse , il renonça à son dessein (1). » Est-ce là le aeiil motif de Frédéric pour ne point marcher sur Vienne, où il pouvait terminer la guerre et obtenir la cession définitive de la Silésie? Assurément le roi de Prusse n'avait plus que 30,000 hommes sous ses ordres, et il venait d'être obligé de faire changer de quartiers les Saxons, qui étaient craintifs outre me- (Bure; assurément il lui fallait veiller au rassemblement que les Hongrois commençaient à former sur les Xrwlières de la Moravie ; mais le coup eût été si vite Irappé qu'il valait la peine d'être tenté, et nous ne pouvons ici nous empêcher de penser que Frédéric a encore voulu ménager la maison d'Autriche (2). Mé-

(1) Traité des grandes opérations^ 1818, t. I, p. 18.

<2) MonUlembert {Fortification perpendicfdaire, t. H, p. 75) atlrilMie pourtafit rabsleotion de Frédéric à la prudence t « €e prince, dlt-U, tefusa de<combafltre sur la Taya, par les risques énormes qu'il eût coum, après une défaite dàos une pareille position : tme place de guerre derrière /m, Brunn, avec une garnison de 7,000 hommes, et plus de 50 lieues de retraite en Moravie, soit qu*il voulût aller en Silésie ou rentrer en Boiiéme; son armée

content de ses alliés, et il avait lieu de Têtre, il considéra comme peu utile à ses intérêts d'affaiblir la reine de Hongrie à un point tel que la France et la Bavière i qui faisaient alors si négligenoment leurs affaires, en eussent profité pour reconquérir une supériorité des armes, quMls auraient, sans doute, continué à employer fort mal suivant ses vues. Ainsi, dans celte campagne. Vienne fut sauvée deux fois : la première, lors de l'attaque des Bavarois, par la Jalousie des Français ; la seconde, lors de l'approche de î'avant-garde des Prussiens, par la défiance sécrète de Frédéric II pour la France, son alliée. Ainsi partout les causes secondaires influent sur les événements, et, pour l'honneur de l'humanité, i\ est heureux que ce ne soient pas toujours des causes plus futiles et plus méprisables que celles qui viennent ti'étres citées.

Pour se mettre en sûreté du côté de la Hongrie, le roi de Prusse y envoya le prince Thierrî d' Anhalt^ avec 10 bataillons, 10 escadrons et 1,000 hussards. Trois quartiers furent pris, 1,900 hommes furent faits prisonniers, l'alarme se répandit dans la Hongrie, tt une partie de l'arrière-ban se sépara. AjM'ès cette expédition, le prince revint rejoindre l'armée dans les environs de firunn.

eût été entièrement détruite, et ses espérances de paix totalement évanouies. S'il eût été maître de Brunri^ d eût préféré combattra, y* N*ovblions pas» au sujet de cette opinion, que Montalem» bert plaide en faveur des places fortes, et qu*U doit visera satis^ faire les besoins de la cause.

Im SaxonB sa tnmvoieiit aloi'3 & Zm^yo^t Si^^* Nickdflbourgi et les Prussiens à BabrliUf Âusierlitx^ Scblowitt, et près de BrupQ. Pour ^ f^utenir a» Horâviei il fallait absolument s'emparer ()e çeitç dernière pla6«; mais le voluptueux Auguste Ul, électeur de Saxe et roi de Pologne, refusa le ci^Boa nécessaire» iSiHis prétexte qu*il u'avait paa dVg^ot^ lui (j^ en gaspillait lai^t dans ses fotles amours (1) et dfê- $ipatioos. L*artitierie était d'autaut plu& nécessaire que le commandant de la place^ le g éuéral-m^jor baron de Aotb, mo^tiut de rinteiligence et dépipyait de rénergfe; il faisait de brillantes sorties, ^i^icendiait les cantonnements des assiégeants. .

Le duc de lorraine s'apprêtf^i^ ^,se mettre en marche pour délivrer Brunn; le Aoi résolut d^ prendre un catop avanlcigeuseinentaituéd^ns leseiiviuons de Bohriitz, pour y attendre Tennemi, et il le pouvait avec sâreté, car il venait d*étre rejoint par 6 bataiU }om et SU escadrons prussiens. Mai^ les Saxons éfaient mai disposés , et résialaient |l l'exéquliaq 4e ses projets ; il vit donc quMI lui fallait upiq^iem^pt compter sur ses troupes, et, oomijo^ elles ne montaient qu'à 26,000 hommes, il ne se jugea pa? as^ez fort pour réssier au duc de Lorraine. G/est pourquoi il évacua la Moravie avec 15 escadroqs et» 13 batfMl- Ions , et se rendit en Bohême, laissant 25 escadrons

if) Il troitak 9on père Auguste 11, roi de Pilagfie, qui avait eu 35à eofàots dtse$ maîtresses: le lecteur voit qu*U n*est pasoéefssaire d'être musulman et de posséder vu sérail m>ur avoir ute nombreuse postérité. , n n

et 19 bataillons sous les ordres du prince Thiem d'Anhalt, dans un excellent cainp, aux environs d'Olmùlz,

Avant d*effectuer ce mouvement, qui eut lieu p8|.r Zwiltau et Leutomischel sur Chrudim, où les troupes du Roi prirent quartier pour se refaire avec celles du prince Léopold (17 avril), Frédéric avait profité de la demande du maréchal de Brogjie pour se séparer d* alliés suspects, en envoyant les troupes saxonnes rejoindre les Français; il était, en effet, bien résolu à ne commander désormais qu'à des troupes disciplinées, obéissantes, et entièrement à sa disposition. Mais les Saxons ne voulurent passe joindre aux Français stationnés à Piseck, et, traversant les quartiers prussiens, ils allèrent se cantonner dans le cercle de Satz, sur les confins de leur électorat.

I.e duc de Lorraine ne tarda pas à entrer en Moravie. Le prince Thierri d'Anhalt l'attendit près de Wischau, dans un excellent poste, et lui présenta la bataille; mais les Autrichiens n'osèrent l'attaquer. Alors le prince d'Anhalt traversa les montagnes de la Moravie, et vint camper entre Jagerndorfet Troppau sans être suivi par l'ennemi.

Le commencement de cette campagne avait porté dans l'âme de Frédéric une double conviction. En premier lieu , il voyait avec amertume qu'il ne lui fallait pas compter sur ses alliés : les Saxons étaient irrésolus et mous, les Français mal dirigés, mal commandés. L'administration du cardinal de Fleury, qui, malgré son caractère sacré, autorisait les scan -

S26 HISTOIRB MILITAIRB

daleuses amours de Louis XV, avait perdu en France le militaire (1); nos généraux étaient moins des hommes de guerre que des courtisans voluptueux, et le maréchal de Broglie, commandant à Piseck à 1 0,000 hommes, avait sous ses ordres une douzaine de ducs et pairs. En second lieu, comme la cour de Vienne venait de retrouver son ancienne fierté en apprenant la reddition de Lintz, l'évacuation de la Moravie et la retraite des Saxons, il vit que l'esprit de cette cour variait, en véritable thermomètre politique, suivant la prépondérance de la bonne ou de la mauvaise fortune, et que pour obtenir la paix des Autrichiens il fallait auparavant les avoir bien battus. D'ailleurs son armée, qui comptait 33,000 hommes (Sli bataillons et 60 escadrons), était parfaitement reposée, et il pouvait tenter le sort des armes avec chance de succès.

Cette armée se trouvait répartie en Bohême de la manière suivante : le centre, fort de 16 bataillons et de 20 escadrons, couvrait le quartier-général de Chrudim; 10 bataillons et 20 escadrons, sous M. de Gœtz, formaient la gauche aux environs de Leutomischel ; et même nombre de troupes, sous le maréchal de Kalckstein , formaient la droite à Kuttemberg : eii quarante-huit heures ces trois corps pouvaient se réunir. Les Prussiens avaient, en outre, 2 bataillons

(1) Le ministère de ce cardinal fut un des moments où la gloire des armes françaises fut le plus terne, parce que Fleury ne vou^ lait jamais donner carte blanche aux généraux, mais bien les diriger lui-même, ce à quoi il n'entendait rien.

t>n LA tRussÉ. 227

dans la forteresse de Glàtz, 1 bataillon éhargé de garder les magasins dé Kœnîgsgraetz, et 3 bataillons couvrant leè dépôts de Ninibourg, Podiebrad et Pardubitz. L'Elbe coulait donc parallèlement à la ligne des quartiers prussiens, et les magasins du Roi étaient placés de telle sorte que l'armée prussienne pouvait marcher à Tennemi de quelque côté qu'il vînt.

Nous avons vu ci-dessus qu'en évacuant la Moravie pour rentrer en Bohême, Frédéric avait laissé aux environs d'Olmûtz, afin de couvrir la haute Silésie, le prince d'Anhalt avec 25 escadrons et 19 bataillons ,. corps d'armée qui avait été augmenté de 17 bataillons et de 35 escadrons venus du Brandebourg. N'ayant aucun ennemi devant lui, le prince d'Ànhalt envoya 8 bataillons et 30 escadrons, sous es ordres du général Derschau, renforcer l'armée de Bohême.

Pendant que ce renfort marchait vers lui, le Roi apprit que les Autrichiens venaient de quitter la Moravie, se dirigeaient par Zwittau et Deutschbrod pour entrer en Bohême, et voulaient gagner Prague en battant au passage les Prussiens, qu'ils croyaient au nombre de 15,000 seulement. Il avait deux partis à prendre, ou se retirer derrière l'Elbe, et s'abriter de cette barrière naturelle, ou marcher à l'ennemi, et lui présenter la bataille : ce dernier parti était le plus décisif, il devait hâter les négociations de la paix, et semblait le plus glorieux ; Frédéric n'hésita pas, il résolut de combattre.

Il rassembla aussitôt (13 mai) son armée près de

228 mSTOIftB UILITAIRB

Gbrudim, qui, comme nous venons de le voir, était le point central de sa position ; il appuya sa droite à TrzenitZy et sa gauche au ruisseau de la Chrudimka* Le même jour le duc de Lorraine campaà Selsch et Boyanof, fit occuper Czasiau, envoya des hussards s'emparer du pont de Kollin, et dirigea un détachement sur Kuttenberg : son dessein paraissait donc être d*enlever le magasin prussien de Nicnbourg, et de gagner ensuite Prague. Pour l'en empêcher, Frédéric II partit le 15 avec son avant-garde, forte de 10 bataillons et 20 escadrons, suivi de son armée, dans le but de gagner Kuttenberg avant Tennemi; il fut obligé de précipiter celte marche pour arranger^ dit-il , la boulangerie de l'armée à Podkbrad. Ainsi nous retrouvons ici ce que nous aurons encore occasion de constater plusieurs fois dans la suite de cet ouvrage, à savoir que Frédéric asservit 'ses opérations à la marche et aux exigences de la boulangerie. Ce grand homme de guerre ne sut, ou ne put pas, en effet, secouer, à cet égard, la routine du système des magasins et des approvisionnements, dû aux généraux du commencement du règne de Louis XIV, et qui a duré jusqu'aux guerres de la Révolution française; et c'est là l'une des causes pour lesquelles il ne fut jamais un très habile stratégicien.

Frédéric plaça son avant-garde à Podertzau, sur la hauteur, dans un poste inexpugnable, alla à la découverte, aperçut, d'une éminence où il se plaça, l'avant-garde ennemie, forte de 7 à 8,000 hommes, sans pouvoir se rendre compte de ce qu'était réelle-

pinr.

Bataille CZASLAU

'C3 Attirickl^ns

Shfùyirc /niù^/7'e d/* ài PrtMSf par ï!.cLde la Barre Duparcq;.

ment le corps qu'il voyait, et, par précaution, donna aussitôt l*ordre au prince Léopold, qui le suivait, de s'avancer le lendemain de manière à ce que son avant-garde fut à portée d'être soutenue : en attendant l'arrivée du prince Léopold, les avant-postes prussiens firent bonne garde, et redoublèrent de vigilance pour empêcher l'avant-garde d'être surprise.

Dès que le prince Léopold eut traversé le défilé de Hermaniestitz, l'avant-garde continua sa marche; chemin faisant, Frédéric II choisit une position pour son armée, et envoya Tordre au prince Léopold de camper la droite à Czasiau et la gauche au village de Chotusitz. Retardée dans sa marche par l'artillerie et les bagages, l'armée prussienne n'arriva dans le camp indiqué que le soir, et ne put s'emparer de Gzaslau ; l'armée autrichienne setrouvait postée à un mille du camp prussien, à Wilincof.

Quant à l'avant-garde prussienne, le Roi l'avait cantonnée à la droite de son armée, entre Neuhof et Kuttenberg, de façon à ce qu'elle pût se rassembler sur la hauteur de Neuhof en peu d'instants. Ce fut là que Frédéric reçut l'avis de la proximité des Autrichiens, et dès lors, comme la bataille devenait imminente, il partit avec l'avant-garde, le 17 mai, à quatre heures du matin, pour rejoindre le gros de ses troupes.

Le prince Léopold avait déjà rangé l'armée prussienne (voy* pL 3) dans une plaine qui s'étend à gauche jusqu'au parcde Spislau, et devient marécageuse et en trecoupée de ruisseaux entre ce parc et Chotusitz : le

230 HISTOIRE MILITAIRB

centre de F armée & peu près à Chotusit*, et la droite près de Neuhof, ayant une hauteur devant elle. Cette hauteur fut occupée par une batterie considérabte (82 pièces), qui tirait d'écharpe sur Tennemi. D'après Tordre du Roi, le maréchal Buddenbrock se plaça sur cette hauteur, derrière la batterie dont nous venons de parler, 15 escadrons en première ligne, 10 escadrons de dragons en seconde ligne, et 10 escadrons de hussards derrière les flancs. L'infanterie 3e troiH vait au centre sur deux lignes ; la seconde ligoe fut principalement formée par les troupe§ de Tavantgarde , qui arrivèrent au pas de course pour joindre l'armée; un corps en potence formait le flanc de Taila droite de cette infanterie : c'était une répainiscence de la bataille de MoUwitz, où un semblable corps, ainsi placé, avait puissamment influé sur le résultat de la journée. A la gauche de l'armée prussienne, le terrain devait être occupé par de la cavalerie ;^ mais I9. nature entrecoupée du sol ne permit pas à cette cavalerie de se placer immédiatement, et la gaucbei de l'iofanterie se trouva dépourvue d'appui; il faillit en résulter de graves inconvénients, comme nau3 allons le voir. Le village de Chotusita^ était, en Qutre^ mal occupé, et cette défectuosité de dispositians. résultait, en grande partie, de la précipitatiaa avec laquelle il avait fallu se former.

Les Autrichiens s'étaient rangés ea bataille hn un mille seulement du camp prussien.

Dès que l' avant-garde des Prussiens eut pris place dans la ligne de bataille, Taçtion commenta par ua

PE LA paussB. 231

feu vif et nourri de J'artillerie prussienne, qui déçi-» mait la cavalerie de l'aile gauche ennemie pendaqj qu'elle achevait de se placer. Le maréchal de Budden^ brock débordait de 5 à 6 escadrons, par la disposition de sa cavalerie, cette aile gauche ennemie ; il profila du désordre que Tartillerie prussienne y causait pour l'attaquer avec impétuosité, et réussit à renverser tout ce qui se trouvait devant lui ; mais l'épaisseur dç la poussière que cette charge souleva fut telle qnç les vainqueurs ne purent pas profiter de leurs avan-r tages (l). En outre, un accident singulier, et que l'histoire doit enregistrer à litre d'enseignement, vint changer ce premier succès de l'aile droite des PriiSr siens en déroute. Le régiment de hussards de Bronikowsky, nouvellement formé, accourut pour soutenir la cavalerie de Buddenbrock ; ce régiment avait fait partie de l'avant-garde sous les ordres du Roi, ce qui, joint èk la nouveauté de sa formation, était cause que la cavalerie ne le connaissait pas : il était habillé dq vert, on le prit pour Tennemi, on se crut coupé, et cette cavalerie victorieuse s'enfuit à toute bride par suite de cette fatale méprise. Cependant les 10 escadrons de dragons placés en seconde ligne, sous les ordres du comte de Rottenbourg, renversèrent l'ennemi, qui s'opposait à leur passage^ tombèrent sur 1(B flanc de l'infanterie autrichienne, et la maltraitèrent jusqu'au moment où, pris en dos et en fl^nc par desi

(1) Il n*y a doae pas qua Taotiquité pendant laquélla Ip poiut trière influe sur les résultats des batailles.

232 Hl^OIRB UILiTAlllB

troupes fraîches formées de cuirassiers et de hus* sards ennemis, ils furenl obligés de se retirer en confusion de la mêlée. Dans cette charge, le général Rotlenbourg eut le bras cassé d*un coup de fusil.

L'aile gauche de la cavalerie prussienne avait aussi obtenu un demi-succès. Sa bonne volonté ayant suppléé aux difficultés du terrain dont nous avons parlé, elle traversa sur plusieurs ponts, près du village de ChotusitZy et parvint à se former; en débouchant, elle trouva la cavalerie ennemie devant elle. Alors la première ligne de la cavalerie prussienne de cette aile fondit sur les deux lignes de l'ennemi , les en* fohça, passa au delà, hacha en pièces deux régiments dMnfanterie hongroise qui formaient la réserve des Autrichiens; puis, s'apercevanl que son ardeur remportait trop loin, retraversa les deux lignes ennemies, et revint rejoindre Tarmée en rapportant avec elle de nombreux trophées. Mais la seconde ligne fut moins heureuse : attaquée dès qu'elle eut dépassé Chotusitz, elle n'eut pas le temps de se former, et fut battue en détail. L'ennemi pilla même le camp prussien.

Alors le feld-maréchal autrichien Kœnigseck, s'apercevant que la gauche de l'infanterie prussienne manquait d'appui par l'abandon de la cavalerie, se décida à faire effort avec sa droite sur cette gauche. Le régiment prussien de Léopold, qui s'y trouvait, fut contraint de reculer, et l'ennemi profita de ce mouvement pour incendier le village de Chotusitz. Ce fut de sa part une grande faute : il empêchait, en effet, ainsi les Prussiens d'y rester, mais il se privait aussi

DE LA PRUS8B. 233

de la possibilité de s'en emparer et de s'y poster; en un mot, il oubliait ce grand principe d'art militaire : // ne faut incendier un village que lorsqu'on Vaban^ donne^ afin d'empêcher l'ennemi de continuer sa poursuite.

Le régiment prussien de Schwerin abandonna donc le village , qui devint, dès lors, une barrière entre les deux armées : Pennemi attaqua néanmoins la gauche des Prussiens, où s'était placé le régiment de Schwerin, à la droite du village ; mais les Prussiens avaient pu, grâce à l'incendie du village, se refaire un flanc de ce côté, et la supériorité du feu de leurs bataillons couchant symétriquement par terre les rangs de l'infanterie hongroise, qui tentait de les culbuter malgré l'abandon de la cavalerie autrichienne, l'attaque du maréchal Kœnigseck réussit mal. Un auteur rapporte que dans cette attaque la cavalerie autrichienne fit feu, tandis que l'infanterie hongroise attaqua avec le sabre; mais ce singulierr échange dans l'emploi ordinaire des armes ne profita guère ni à Tune ni à l'autre.

A cet instant, Frédéric fit donner avec prompli* tude sur le flanc gauche de l'infanterie autrichienne. Ce mouvement fut décisif; l'ennemi, engagé dans un terrain défavorable où il ne pouvait combattre, se rejeta sur sa droite, et fut bientôt acculé à la Dobroya; la confusion devmt générale, et la campagne se couvrit de fuyards. Le maréchal de Buddenbrock le poursuivit vivement, à la tête de &0 escadrons soutenus par 10 bataillons, jusqu'à un mille du champ

de bataille ; mais Tarmée prussienne ne put suivra Taraiée autrichienne, parce qu'elle se trouvait trop fatiguée par les mouvements de la journée précédente, quoique la bataille se fût terminée à onze heures du matin : elle avait commencé vers huit heures.

Les Prussiens s'emparèrent de 17 canons, d'un obusier et de S drapeaux. Les Autrichiens perdirent en tués, blessés, prisonniers et déserteurs , environ 7,000 hommes (1). Les Prussiens eurent 1,600 njorts, dont 700 fantassins, et 3,000 blessés.

Malgré le succès remporté par les Prussiens, on peut mentionner les fautes qu'ils commirent ; plies précédèrent raction. Le Roi eût dû rester à la tête du gros de ses troupes, et confier à un autre oflScier 1q commandement de son avant-garde, parce qu'alors il eût pu ranger lui-même son armée en bataille. Quant au prince Léopold, il fit trop tard ses dispositions, et elles ne furent pas toutes judicieuses ; par il aurait dû mieux couvrir sa gauche, et retrancher Iq village de Chotusitz, pour empêcher l'ennemi d'y pénétrer. Heureusement la valeur (2) et la bonne vp-

(1) 3,000 ai| plus d*après Mottin de la Balme, qui r^pporte^ page 98 de ses Éléments de tactique pour la cavalerie^ qu'à cettç bataiile llnfaiiterie prussienne tira 750,000 coups de fusil. L'au- Uur de l'Histoire de ia dernière guerre de Bohême {k vol. in-i9, Am^ter^am, ^7^) dit qxk^ ck^e infantefifi \m §Q\k\^x^^ 650,000 coups (de fusil, et que la perte des Autnchi^ns mop^a ai) plus, en tout, à 5,000 hommes (t. II, p. 16A).

(2) La précision dès manoeuvres et la facilité de se rattf er de PlnlaoUrie pruttioDO^, voifô, suivant Tauteur tnonjm éBVMi»^ toire de la dernière guerre d^ fiçhéme, ouyragç que iioms ciQons il

DE LA PAVS$B. 3S(

lonté (1) des troupes prussiennes effacèrent les faute» deiceuy qui les commandaient. Le prince Léopold avait d'ailleurs bravement payé de sa personne , et Frédéric II lui en tint compte en le créapt feld-marécbal sur le champ de bataille y pendant que le feu durait encore^

D'après un auteur contemporain, une circonstance qui contribua à jeter du désordre dans les rangs autrichiens, c'est que, sur Tatt^que des hussards ennemis, leur seconde ligne d'infanterie fut obligée de se forpfîer en carré : de sorte, dit cet fauteur, quêtant^ par cette position^ comme isolée, elle souffrit également de toutes parts (2). Je citççe fait, moins pour compléter Texposé des détails de la bataille que pour mon* trer l'opinion que Ton avait alors sur les carrés. 11 résujte, en effet, des mots en italique qui précèdent, que le carré n'était alors regardé que comm^ une assez mauvaise formation , et, en tous cas, comme une formation exceptionnelle, à laquelle il ne fallait avoir recours que dans des occasions extrêmes* Jifsqu'à l'expédition française en Egypte, sous les ordres du général en chef Bpnaparte, à la fin du

n'y a qu'un instant, ce qui a le plus contribué au gain de la bataille. « Un corps d'infanterie prussienne, dit cet écrivain (t. II, p. 166), est comme une vtocM'ne ddnt la offleiers dirigent les ressorts. »

(1) Expression de Frédéric II.

(2) Histoire de Maurice, comte de Saxe, dressée sur les Mémoires de M. d'Alençon, son gouverneur. LûQd|re§| chez Jean lïourse, 1753 , 2 tomes in-i8. 7m& h P* 295.

âS6 HISTOIAE mUTAlAB

xviii* siècle, les carrés furent, il est vrai, considérée comme une formation purement défensive ; c'est alors seulement qu'ils furent adoptés comme formation offensive, et aujourd'hui ils sont devenus classiques, même pour attaquer et pour marcher dans des circonstances particulières, notamment en cas éventuel d'attaque par la cavalerie.

Le baron d'Espagnac, à la fois lieutenant-général et gouverneur des Invalides, présente dans son Histaire du maréchal de Saœe^ à propos de la bataille de Czasiau, une réflexion qui mérite d'être rapportée (1) : « Il convient d'observer, dit-il, que dans cette bataille la cavalerie des Autrichiens, pour se soustraire à la pesanteur des escadrons prussiens, prit une méthode nouvelle de combattre : leurs escadrons s'avancèrent au trot, et serrés comme à l'ordinaire ; mais à quelque distance de ceux qui leur étaient opposés, ils s*ouvrirent des deux côtés, et se portèrent sur les flancs des escadrons prussiens, où, par leur feu^ ils mirent d'abord du désordre, et tuèrent plusieurs chevaux; mais quelques officiers prussiens ayant pris sur euœ de faire tirer aussi leurs cavaliers, cette manœuvre para à celle des Autrichiens, o Ainsi déjà, à l'époque de la bataille de Czasiau, Frédéric avait interdit les feux à sa cavalerie. Nous reviendrons sur le véritable mode de combattre pour la cavalerie, en parlant des perfectionnements apportés par le roi de Prusse à son armée pendant la paix. D^ailleurs le lec-

(1) Tome I, p. 204.

ou LA PAUSSE. 3S7

leur vient sans doute déjà de remarquer que la cavalerie prussienne a grandement contribué au gain de cette seconde bataille, tandis qu'à Mollwitz elle manqua faire perdre la victoire ; cette arme avait donc fait en treize mois (1) de rapides progrès. .

Telle fut la bataille de Czaslau, dite aussi deChotusitz, la seconde livrée par les troupes prussiennes pour la conquête de la Silésie, et à laquelle Frédéric 11, commandant pour la première fois en personne, prit une part imposante. M acquérait tous les jours do J'expérience, et il allait incessamment devenir un général de premier ordre.

Après leur défaite, les Autrichiens ne s'arrêtèrent qu'à â milles du champ de bataille, auprès de Habor, où ils campèrent dans une position fortifiée sur la croupe des montagnes : ils y furent rejoints par un renfort de 4,000 hommes.

Le roi de Prusse reçut bientôt aussi un renfort de 6;000 hommes que le prince d'Anhalt lui envoyait de la haute Silésié sous les ordres du général I)erschau« L'armée prussienne suivit les Autrichiens; mais, dès que son avant-garde parut aux environs de Habar,il se trouva que l'ennemi avait décampé pour se jeter au travers de grands bois sur le chemin de Deutschbrod. Alors Frédéric renonça à faire entrer ses troupes plus aviant en Bohême, où il n'était pas assuré d'avoir des vivres, et il se dirigea sur Kuttenberg, oà il arriva le 1" juin : il y campa sa droite au bourg de

(1) Du 10 ayril 1741 au 17 mi 17A3.<

26S HISTOIftB MILtTAIRB

MaledchaU, sa gauche aux hauteurs près du village de Nedchkaf etite , la ville de Kùttenberg derrière sa gauche.

Quelque temps après, le maréchal de Belle-Islese rendit auprèâ de Frédéric pour s'entendre avec lui suf les moyens de tirer les Saxons de leur inaction (1); mais il était trop tard : Frédéric penchait vers la paix et se décidait à accepter les propositions dé' la reine de Hongrie, qui, menacée d^une ruine totale par la coalition, faisait taire sa fierté devant une impérieuse nécessité. Le maréchal de Belle-Isle connaissait les dispositions du Roi, et il fit tous ses efforts |[)0ur le détourner de ses projets pacifiques, afin de conserver à la France un allié si utile. Mais le roi de Prusse l'eut bientôt réduit au silence ; il montra à M. de Belle-Isle et lui donna à lire une dépêche par laquelle le cardinal de Fleury offrait à l'Autriche d* abandonner le roi de Prusse si Ton voulait faire la paix avec la France aux conditions indiquées dans la dépêche. La pièce était authentique, bien sigpée et sans réplique. « Peu importe, lui dit le Roi, de quelle tnattière cette dépêche est tombée entre mes mains ; màià elle vous prouve que je n'ai fait que ce que je ïûé devais à moi-même. Je suis persuadé que Louis XV n'a aucune part à cette infidélité ; cependant, puisque tïiônsieur le cardinal est tout-puissant chezk vous, il ne m'est resté qu'une seule voie, celle de le prévenir

(i) Auguste 111 laissait tout faire à son ministre ; mais il ne fut pas content en apprenant que les Saxons n^avaient pas assisté à It bataille de Gzaslau. (Eistoire de mon temps^ U 1, p. 269.)

pour ne pas être sa victime. » M. de Belle-Isle fut interdît et consterné. Les olïicîers- généraux et autres personnes de la suite du Roî qui se trouvaient dans les premières salles furent frappés de l'air furieux et déconcerté tout ensemble qu'il avait en sortant du cabinet de Sa Majesté; ils l'entendirent répéter plusieurs fois comme hors de lui-même : « Ah! Je b... de prêtre! (1) »

Outre cette considération, de craindre d'être bientôt abandonné par ses alliés les Français, ainsi qu'il résultait de la dépêche dont nous venons de parler et que la cour dé Vienne lui aVait fait communiquer, Frédéric II avait un autre puissant motif de faire la paix : c'était le piteux état de ses finances. Il ne lui restait en épargnes que 150,000 écus à peine, comme il l'avoue lui-même dans l'Histoire de mon tempe. Le trésor laissé par le feu roi Frédéric-Guillaume 1** avait donc été à peu près dépensé durant ces deux années de guerre, c'est-à-dire que l'acquisition de la Silésie coûta en argent plus de 8 million^ et demi d'écus que la Prusse tenait en réserve, indépendamment de? dépenses qui furent faites sur son revenu courant pendant cette première guerre de Silésie.

Les préliminaires de la paix furent signés par T entremise de l'ambassadeur d'Angleterre à Breslau, le 11 juin; la paix définitive fut signée à Berlin lé 11 juillet suivant, sous la garantie du roi d'Angleterre : elle est connue dans l'histoire sous le nom de

(i) Thiébàult, Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, à* édition, 1626, t. IV, p. ISA, i85.

2&0 UISTOIRU AiiLrrAlRB

paix de Breslau. Voici les condilions du traité conclu entre les deux puissances :

1* La reine de Hongrie cède au roi de Prusse la haute et la basse Silésie, et la principauté de Glatz, à Texception des villes de Troppau, Jagerndorf, et des hautes montagnes situées au delà de l'Oppa.

2* La Prusse se charge de renf)bourser aux Anglais 1,700,000 écus hypothéqués sur la Silésie.

Ainsi, en dix-huit niois, Frédéric 11 avait su conquérir la Silésie, grâce à la supériorité de l'armée prussienne, au dévouement de ses sujets et à un certain bonheur qui accompagne souvent la jeunesse et se refuse à Vdge avancé (1). 1 1 plaçait par là son pays au rang des grandes puissances européennes.

Après réchange des ratifications, le Roi retira seô troupes de la Bohême : une partie traversa la Saxo pour regagner le sol national, l'autre partie se rendît en Silésie pour garder cette nouvelle conquête.

A la nouvelle delà paix de Breslaù» la France cria à la trahison et anathématisa le roi de Prusse pour sa défection ; mais Frédéric, qui avait agi dans Tintérêt de son pays, pour le sauver d'une position critique, se borna à répondre qu'ils^ était mis dans les remèdes et qu'il conseillait aux aiUres malades d'en faire autant,

(1) Expression de Frédéric 11. (Histoire de mon temps^ t. I, p. 266.)

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