CHAPITRE XI
BE LA PkïX BB BKBULAU K LA 8BC01IBB GOBBRB BB SILÉSU.
Sommaire : Frédéric II, grâce. à son éco(komie et 2i la manière babile dQ0t il administre la Silésie, cicatrise les plaies de la guerre, reforme le fonds de réserve de la monarchie prussienne, et augmente ^n armée, — Mauvaise volonté de TAutriche et de TAngleterre à son égard. — 11 fait alliance avec la Russie» la Suède, la France, la Bavière, et se prépare à recommencer la lutte contre Marie-Thérèse.
Nous avons dit, à la fin du chapitre précédent» qu^une des principales considérations qui engagèrent Frédéric II k signer le traité de paix de Breslau fut répuisement de ses finances. A l'époque de la signature de ce traité (11 juillet 17/12), son trésor se trouvait délabré, ses ressources étaient usées; il s'appliqua dès lors à s'en créer de nouvelles par une économie rigide et bien entendue. C'était là. un point impor* tant : il prévoyait de nouvelles guerres, et il voulait s'y préparer comme ses prédécesseurs, en amassant une réserve métallique, ou, comme on disait alors, un trésor. L'acquisition de la Silésie avait augmenté les revenus de Frédéric de 3,600,000 écus, ce qui les portait au chiffre total de 11 millions d'écus. Avec des revenus si minimes, il ne fallait point songer aux res-*» sources extraordinaires d'emprunts ou de nouveaux impôts; le roi de Prusse répugna, d'ailleurs, toujours à l'établissement de ces derniers, et il n'y en eut pas même pendant la désastreuse guerre de Sept ans.
2&2 BISTOIUB MILITAIAB
Il lui fallait cependant payer aux Anglais les 1,700,000 écus que leur devaient les Autrichiens, dette qui était hypothéquée sur la Silésie et que le If&ité de.paik mettait à la charge de la Prusse. De plus, il fallait continuer à entretenir Tarmée prussienne, qui était d'un effectif élevé pour la population de l'État, et l'augmenter même s'il était possible ; il fallait encore construire quelques forteresses. Ces dépenses obligées, jointes ^ la nécessité de refaire le trésor laissé par Frédéric-Guillaume 8t dépensé dans la première guerre dô' Silésie, forcèrent de gérer les finances du pays avee une rigide économie. Frédéric trouva moyen dé faire face h tout. Il corrigea ce que l'administration de la Silésie présentait de défectueux •t trouva ainsi moyen de se procurer une légère augmentation dans les recettes. Il entreprit de fortifier ciiiq places : Glogau, Brieg, Neiss, Glatz et (^sel ; augmenta ses troupes de 6,500 hommes (1) et forma de nombreux magasins dans les places.
(1) Le général de Lossau {Idéale ier KriegfUhrung , t. III, i'* partie, p. 65) dit que Tannée prussienne s*augmenta, en 1743, 4e 10 batailions et de lo escadrons, tandis que le major Fi de CU riacy IChrondhgiichê Ubèrsicht der Gisehiehte des Preuêêkehên ^eçr^, p. 37) indique seulement à cette date la création de A régiments d'infanterie et de .1 régiment ()e hussards. L'indication de Ciriacy revient à 8 bataillons et à 10 escadrons, puisque sons Frédéric II le régiment d'infanterie comptait 2 bataHlotas , et le régiment de hussards 10 escadrons^ M. le général de Lossau» fui a écrit dix-sept années après Ciriacy, p'expliqi)^ p^s pourquoi il porte au compte de 1743 une création de 2 bataillons en plus de celle dtée par Tauteur du Chronhlogisch Ubétiicfu^ qui compo-
Bfehtôl la paix devint pour Tarmée prussienne tin tenfips d'école et de progrès ; la discipline b'affermlt, et la cavalerie parvint à acquérir de l*agilité et de IMnleltigence.
Par une habileté potiUque dont il a toujours donné des preuves, le roi de Pj'usse chercha à faire tenir en équilibre les puissances belligérantes, c'est-à-dire d*une part riîmpereur et la France, et d'autre part l'Autriche, afin d'éterniser la guerre. Le calcul était bon : de cette manière, sea ennemis sNisaîent réciproquement, tandis que lui cicatrisait ses blessures à !a faveur d'une paix bienfaisante.
Mais, dés l'année 1744, Frédéric s'aperçut de la mauvaise volonté que manifestaient à son égard l'Angleterre et r Autriche; il apprit que, sur les plaintes de Marie-Thérèse, relatives à la cession de laSilésie, le roi Georges avait répondu ; « Ce qui est bon à prmdre est bon à rendre (l). w 11 ae tint donc sur ses
sait d'après des d ocu ni etitsofO ciels : son opinion manqnedonc de preuvns. En adoptant calle da Clriacy, m obtient pour le i^hilTre de rangmentalion d'effectif:
Il régimenls dlnfauleneà 1,730 hommes l*un. fi,92D hommes 1 régiment de hussards. I,5i8 —
Total 8,ii3s hommes.
[Les chiffres de 1,730 hommes par régimenl d'infanterie, et de 1,51 S hommes par régiment de hus&ards, sont empruhlèi aux Études sitr la Prusse.]
Ce&i donc k 8,i38 qu'il faut réduire le chiffre de 18,000 soldats dont parlent quelques auteurs» comme rau^imentetioii correspondant à 17â3.
(1) Ceci rappelle qu'en 16i^o les habitants d'Arrts, défendus par
2&& UISTOIAB mUTAIEe
gardes et se prépara même à la guerre qui pouvait survenir d*un instant à Taulre. Les forteresses dont ii avait entrepris la construction n^éUient pas encore achevées; mais les augmentations de son armée étaient terminées, et il avait amassé des approvisionnements en vivres et en munitions suffisants pour une campagne ; de plus, il avait thésaurisé assez d'argent pour subvenir aux frais de deux campagnes.
Frédéric II réussit & se mettre en sûreté du côté de la Russie en faisant agréer à Timpératrice Elisabeth, pour épouse de son neveu le grand*duc, la princesse d*Anhalt-Zerbst, fille d'un feld-marécbal de Tarmée prussienne et d'une princesse de Ilolstein, et qui devint plus tard la célèbre et dissolue Catherine 11, — et, du côté de la Suède, en faisant épouser au prince royal de Suède, avec le consentement de Timpéralrice de toutes les Russies, sa sœur, la princesse Ulrique de Prusse.
Pendant que les noces de cette dernière se célébraient avec magnificence h Berlin (1), Frédéric travaillait aux préparatifs de la campagne qui allait s'ouvrir, car, malgré l'avis de ses ministres, il avait résolu de prévenir les effets du mauvais vouloir de Marie-Thérèse et de Georges en déclarant la guerre
une armée espagnole, avaient écrit sur une de leurs portes :
Quand les Français prendront Arrai I^ fourii mangeront les tbatf.
Les Français, maîtres de la ville, laissèrent subsister rinscrip* Uon ; ils effacèrent seulement la première lettre du mot prèn^onl. (1) Au mois d'août .
à rAutrJche. D'ailleurs, le traité connu sous le nom de Traité d^union confédérale^ et signé à Francfort le 22 mai 17&&, lui garantissait dans cette seconde guerre de Silésie Talliance de la France» de la Suède, de la Bavière et de Tempereur Charles VII. Les princes confédérés avaient pour but de faire rendre à Charles VII ses Étals héréditairea par TAulriche et de forcer cette puissance à le reconnaître. Dans un article epécial, Frédéric II s*engageait en outre à conquérir la Bohême au profit de Cliarles Vif; mais il s'en réservait expressément, à litre sans doute d'honoraires, les trois cercles les plus voisins de la Siîésie.
Dans le chapitre suivant, nous allons exposer les principaux événements de la campagne de 1744, la première de cette nouvelle guerre.