CHAPITRE XII
OAMFACH» »* f 744.
l^lWiiAniE : La mataëie ëe Louis XT à Mets paralyse }a marcké dea apérationa. — Pour sauver PAlsaoe envahie par k» Autri--
chiens, Frédéric entre en Bohême. — Prise du château de Teschen, qui gêne la navigation de l'Elbe. — Les Prussiens investissent Pra^e. — Ils échouent daiis la tentative d*enlever le magasin i^utrichien de Beraun. — Ouverture d« la trancbétt devant Prague. — Prise de cette ville au bout de six Jours. -- Frédéric adopte à contre-cœur le plan de campagne proposé par FEmpereur et Louis iV. — Fautes commises par le monarque prussien. — Sa pointe jusqu'à Tabor et Biidweis; — PosttioB critique de ses troupes privées de vivrea et de commuftieatîODii. — Escarmouche de Muhlhausen. — Frédéric, contraint de battre en retraite, se réunit à Tabor avec le maréchal deSchwerîn. — Prise de Budweis par un corps hongrois. — Remarqué sur eeite prisé. — ^^Le roi de Prusse essaie en vain de livi^er une action décisive. — Coup de main heureux des Prussiens aur Kamerbourg et Kotin. — Les Autrichiens tentent de surprendre Pardubitz; cette tentative ne réussit pas. — Frédéric poursuit son mouvement rétrograde jusqu'à Nachod et Tannhausen. — 11 part pour Berliu. -^ Évacuation, de Prague par le général . Ejnsedel. -r Mauvaises mesures adoptées ensuivies par Frédéi^ l^endant la cs^mpagne de %'jiil\.
Louis XV, au conrjmencement de 1744^ tommUÉ^ dart en personne les armées françaises dans les Pays-Bas, et s^eniparait de diverses places, lorsqu'une diversion puissante vint arrêter les progrès de ses ariMs. Lé prince Charles de Lorraine réussit,
SAS HISTOIRE MIUTAIRE
grâce à l'inaction du feld-mai^chal Seckendorf , qui dirigeait les troupes bavaroises, à passer le Rhin du côté de Spire et à s'emparer des lignes importantes de Lautern et de Weissembourg. Cette invasion inattendue de r Alsace fit accourir Louis XV, qui né laissa que 40,000 hommes, sous Je maréchal de Saxe, dans les Pays-Bas, et se rendit à Metz, lieu ou il voulait réunir ses troupes, pour défendre se& provinces me* nacées. Mais arrivé à Melz, le rôi de France tomba ma^lade ; on crut à une fièvre maligne ou putride (i) , ou à un abcès dans le cerveau. Les médecins déclarèrent le mal sans ressource. I/évêque de Soissons exigea, pour donner les sacrements au roi^ le renvoi de sa maîtresse, madame de Châteauroux, qui fut éloignée honteusement, et les^ intrigues commencèrent autour du lit du mourant. Survint alors un médecin inconnu qui sauva le roi, dont la constitution était bonne, en lui donnant une forte dose d'émétique; la maladie n'avait eu d'autre cause qu'une indigestion. Cette maladie fit éclater l'amour (2) que lès
(1) Voltaire, Siècle rfcLoww JTF, chapitre XIL Voye^ surtout Bistoire de la guerre de i77il, attribuée à cet auteur et refondue en effet dans le Siècle de Louis XV, Amsterdam, 1755. in-12, t. II, p. 62 à 69. Dans ce dernier ouvrage, on défend et JusCiûe les médecins de Louis XV.
(2) Un poète gracieux de cette période, Gresset, a écrit à ce pnK pôs, dans son Ôdè sur la convalescence du roi :
Occupé de Louis plus que du diadème, L7État n*offre à ipes yeux qa*une famille en {)leurs Près d*un père expirant, qu'on pleure pour hii'mêiii0 Du plus profond des cœurs.
DB LA PACSSfi. 2&9
sujets portaient au roi, qui reçut dti peuple françate le surnom de Bien-zéinié. L'événement faillit devenir funeste à la duchesse de Cbâteauroux, favorite de Louis XV, et' certes cette dame ne méritait nullement ce coup du sort, car c'était' elle qui, par amour pbur la France, avait, en satrifiant les intérêts de son coeur et de sai fortune, tiré Louis XV de sa vie oisive pour lui faire prendre le commandement de ses armées, à rimitalion de son grand-père et prédécesseur Louis XIV; réminiscence heureuse de la conduite que tint Agnès Sorel (1) vis-à-vis de Charles VIL Par bonheur pouf elle, tout son crédit revint après la guèrîsori du roi ; mais si sa disgrâce avait duré ^ quelques âmes charitables n'auraient pas ananqué de dire que c'était un ch&timent du ciel , tandis qu'il n'eût fallu y voir qu'un exemple de plus à ajouter à ceux dont fourmille l'histoire sur l'ijî gratitude des hommes et des événement^.
La maladie de Louis XV influa éw la marche.de la guerre : sans cet accident fâcheux, il y aurait peutêtre eu quelque grande bataille , et , si les Français avaient remporté la victoire, l'histoire des campagnes que nous avons à raconter se trouverait très
(1) Cette conduite, dont la tradition eèt populaire en France, est contraire à la vérité historique, comme le démontre M. Le Roux de Lincy dans ses Femmes célèbres de Vancienne France, édition in-12, 1. 1, p. A3A et suivantes; mais ici la tradition, offrant uu sens symbolique plein de poésie, mérite qu'on la rappelle, même après que le scalpel des historiens Ta dénudée de sa réalité.
980 HISTOIAK MILITAIRE
abrégée. Mais Louis XV eu^ beau ordoimQr d'éorire, au maréchal de Noailles quç pendant quon partait Louis XUl au tombeau, le prince deCondé gagnait une bataille, ce maréchal n*6n devint ni pi 00 décidé ni plus hardi, et sa circpnspection outrée gâta tout (1)- 1*0 prinoe de Lorraine repassa le Rhin aux ponts de Beiaheim sans avoir été sérieusement entaqié» et se dirigea sur la Bohême par ta Souabe et le haut Palatinat ; il était ri^ppelé dans ce pays par Taltaque dvk roi de Prusse.
Frédéric, en effet, dè^ qu'il coniiut Tinyasion de r Alsace par le3 Autrichiens^ écrivit à {^ouis XV» le 12 juillet 17/i&, une, lettre par laquelle il lui annonçait que cet événement déterminait ses opérations, quMl alla,it se mettre qu marche et qu'il serait devant Prague i^ lafln du mois d'août. Dans cette lettre^ il feeomnmndait au roi de France de faire agir s€^ troupes rondement et surtout offensivement. Le pa&- ^ge mérite d'être cilé : « U vaut topjours mieux, dit Frédéric, agir offensîviment,^uand même l'on est mlérieur en n(>mbre : souvent la téi^iérité étonne l'^n^ nemif et donne lieu ^ remporter d^ av^tag^ 9^r Im, C'e^t aio^i que 1^ graqtd Co«4é» M. do Ture9D.e«
(i) IfiXotre d^mon temp;^^ t, U, p, 93. U maréchal de Nos^ijiles resta inactif sanç doute, pour ne point nuire ^ sa très chère commodité, suivant l'expression pittoresque employée par Mottia de h B^lme, p. i99 de $e& Éléments de tactique pour la cavalerie. L'expression chère commodité se trouve aussi employée par le maréchal de Saxe dans^ ses Rêveries, ^hap. Ill, art %
A^. de LuxomlpiouFg et M. de Catinai ont agi, et c'est en agissant, pour la plupart du temps, ofiensiveipent qu'ils 0^ 9^oqm cette gloire in»mortelle aax troupes fi^nçaises^ et pour eux une réputation au-dessus du t^ps et de l'envie. Il ne dépendra que de Votre Mà^ jesté de remettre les choses sur le naême pièd« Elto n^u^ a ^^nné des éeliaatillanés de ce que peut un pribce écls^iré et sage à la/ tête de $09 troupes. Qu'elle cft^ donne à ses généraux de bidtre partout sesepneini^^ |}t 90^ ennejBBEis fM^ront battus. » Le conseil était assiN rément fort bon , mais nous devons avouer qu'il fut au^ peu aiiivi que pendant la prenôère campagne d€lSilAiie.
Fi^édério tiM parole : après avoir lanoé contre l'Au^ trîehe^son manifeste de guerre oii il énumérail 8^ gfiefîBi et déelaraifr qu'il ne voulait riéu pouf lui, mais q<»'i| prenliit les armes^pour la lil>6rtéde rAllemag<ne, la dignité 4e l'Empereur, son dlié, et le repos dé t'E^iFopeyil fit sea dispositions pour entfeivèn Bohâmey et forcer aî«â la reifie de Hongrie à rappeler se§ troupes do l'Atlsaoe.
So0 8tn#e était forte d'environ 79 vOOft hommes} il h parlage«v en trois eotoi^Ms : .
ia prenièfe, sous ses ordres^ devait l(^|er la ri^ ganeJb^ ^ Y l^l^ et ia ren^onter jusqu'à Pf •«ue^
Uk aeoQknide, 9oqs les ordres cHi pr^e Léopoi^ d'ii^balt, devait traverser la Lusaoe,et, laissantrËlbe èk 6^ droite, Sie ren<ke aussi à Praguç.
Ces dQux cplom^ pf otégeaient le eoavoi c^'artilr lèrie et de vivres [pour trois moii^J que l'oa avait em-^
969 OJSTOIAB mLlTAIRE
b^qué sur l'Elbe, dans le dessein de le conduire jusqu'à Leutmen^z.
La troisième colonne, commandée par le maréchal de Schwerin , devait déboucber de (a Silésie par Braunau, et se joindre au reste de Tarmée pour investir Prague.
En outre, un corps de 17,000 hommes, aux ordres du vieux prince d'Anhalt, couvrait les Marches brandebourgeoises, et le général de Marwitz se trouvait préposé, avec 22,000 liommies, à la défense de la haute Silésie. ^
Le roi marcha droit sur Pirna» ville qui se trouve située sur TEIbe, à 15 kitomètres.sud-est de Dresde* Alors la mauvaise volonté de la Saxe éclata, malgné les lettres réquisiloriales par lesquelles Tempereur Charles VU demanidait à Télecteur de Saxe, en même temps roi de Pologne, le passage par ses États pour les troupes de ses alliés les Prussiens qui devient envahir la Bohême et la lui conquérir* Mais donner preuve d'unmauvais vouloir fut tout ce dont Pénergie saxonne fut capable; Frédéric y fit d^ailleurs peu d'attention, heureusement pour la Saxe, car les Prussiens eussent facilement eu raison de ce pays, mal gouverné et habité par une population alors efféminée : s'en rendre maître ne leur eût coûté probablemeiii qu'une semaine. Bientôt, en effet, la crainte agit sur la fierté des ministres de Saxe; ils laissèrent passer la flotte, chargée de vivres, au milieu de Dresde; ils prêtèrent des bateaux pour traverser T Elbe; ils donnèrent même des subsistances.
L'armée prussienne était précédée par quatre r^i« mentç de hussards et quatre t>atailIoDs^ qui se trouvaient en avant d une joui[;n^e de^niarche pour rassembler les vivres nécessaires aux troupes, de sorte que, dans Tintention du roi, le système de réquisi* tion devait alors être employé concurremment avec le systèrne des magasins. Le 25 août, Frédéric arriva sur les frontières de la Bohême, et n*y rencontra au* cune résistance. L'ennemi ne se montra point; ses troupes purent eiTectuer leurs mouvements et opérations. Il n'y eut. que la flottille de l'Elbe qui rencontra des obstacles : il lui fallait passer, en entrant en Bo* tiém^, ^u pied du rocher sur lequel s'élève le château de Tetscjien. Les ennemis occupaient c^ château ; ils embarrassèrent le passage au. moyen de grosses pierres et d'une estacade. Le général Bonin fut envoyé à iâ tête d'un détachement pour enlever cet obstacle; i| s'empara du château et dejsa garnison, composée d'un capitaine et de 70 hommes, déblaya la rivjère et rendit la navigation libre;. mais cet incident n'en retarda pas nioins la marche des Prussiens de deux jours.
Frédéric porta ensuite son armée sur la rivière d'Eger, qui vient se jeter dans PËlbe tout près de Leitmeritz. Des hussards prussiens apprirent, dand une escarmouche qui eut lieu près d'un hameau nommé Murzifai, que M. cle Bathyani s'était avancé, en quittant la Bavière , jusque sur la Beraun, petite rivière qui o6toie la ville du mdmë^ nom, à proximité de son confluent avec TAiza, et qu^il avMt
851 histihAb militaire
aveo lui on corps de 12,000 hommes; ces cavaliers apprimnt également que ce général autrichien venait de jeter 3,000 hommes dans Prague, qui se troufait en outre défendue par un corps de milice dé iS^OOO combattants.
Le 2 septembre, tous les corpd de Tarmée prussienne furent réunis devant Prague; Le roi campa prés de la ehapelle de la Victoire ; le maréchal dé Schwerin et le prince Léopold investirent lé grand côté de la villa. Pour faire le siège de ce cQlé, qui se trouve sûr la rive droite de la Moldau^ tandis que la petite viUeee trouve sur la rive gauche de cette rivière, on avait besoin de la grosse artillerie, qui était elieore avec les vivres & Leitmeritz; il fallut huit joun peur effectuer ce transport, quoique Leitmeritt hé soit qu'à 53 kilomètres nord-ouest de Prague. Ce fait démontre bien que Tartillerie était loin d'avoir, en ilkkf la mobilité qu'elle possède de nos jours.
Quelques magasins restèrent encore à Leitmeritz, faute d'un nombre suffisant dé chevaux pour les faille avancer; aussi, pour veiller à leur sûreté, un batail* Ion fut-il mis en garnison dans cette ville.- Le lecteur se demandera sans doute pourquoi ces magasins n'étaient point amenés par eau près de Prague, puisque Leitmeritz et Prague sont reliés par deux cours d'eau , l'Elbe et la Moidau : cela tenait k ce que \h Moldau n'est point navigable, et que» par suite, depuis Melnidc, point oh elle se réuhit à l'Elbe^ les bateaux traniportant le convoi n'eussent pu remonter jusqu'au camp d'investissement.
Les huit jôurâ nècéssairêfe ïtii chàfrîàge dé là grosse àrtîllei^ie furent empiloyés à tout préparée pouf le siégé. \ "■ -
Sur ces entrefaîtes,^Frédértc apjjrit qUe fè général ennemi, M. de Bathyaiii, raéèpmblait un magasin considérable dans la ville de Beraùn , et le- fait lui fut confirmé par des hussards quMl détacha en reconnaissance, H envoya le général Haake s'en emparer à la tète de cinq bataillons et'dé 600 hussards , lu! ordonnant de cheminer avec toutes les pfécautibnè possibles, dans le but de ôurprendi^e l'enneftii } mais M, de ëàthyàni avait été prévenu, et il avait pris «es mesures. Les Prussiens traversèrent le pont de Bè*^ raun et forcèrent la porte de la ville; à ce thoment, deux dètachementjs de èavàlerie autrichienne passèrent la rivière à droite et à gauche de la ville, dans l*inténtion de venir tonibèr Sur les flancs des assaillànts et de leur couper la retraite. Dans cette pôsitiort critique, le général Haake n'hésita pas : il abandonna aussitôt son attaque pour aller se poster sur des hâu* teûrs 011 il forma son infanterie en Carré , ayant- en outre soin de faire avertir au camp devant Prague du dangèi* qu'il courait; puis, malgré Une viter Attaque exécutée par les corps de cavalerie dont tious âvonç pi^rié et par un fort détachement d'infanterie hongroise^ il repoufisa bravement V ennemi et réussit à fit dégager^ ♦, aussi, lorsque le roi arriva à son secours à la tèle de 80 escadrons et de 16 bataillons, il était trop tard.
Ce fut ainsi qtt'é^houa la t€titatirè d-ehtàver le
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magasin autrichien de Beraun ; néanmdns cette affaire eut pour résultat que H. de Bathyani, ne croyant pas ses approvisionnements en sûreté sur ce point, transporta immédiatement son magasin à Pilsen. Là encore on pouvait tenter d'enlever ce magasin , et la réussite d'un semblable projet, en en^pêctiant les ennemis de profiter des vivres qu'ils avaient amassés, eût pu forcer le prince de Lorraine à se rejeter dans la haute Autriche, en même temps qu'elle eût augtneoté les ressources des Prussiens et par conséquent facilité leurs opérations. Dans la relation de la campagne de 17&& que renferme Y Histoire de mon temps^ Frédéric semble regretter de n'avoir pas osé tenter de nouveau l'enlèvement dont il s'agit ; il s'excuse sur la mauvaise administration des vivres de^Farmée prussienne (1), qui ne lui eûtp^ts permis d'entreprendre une semblable ei^pédition. Cette excuse doit d'autant plus surprendre y qu'il n'y a de Prague à Pilsenque Ik milles; a^issi faut-il plutôt admettre, avec M. le général de Lassau (2} , que le roi crut pouvoir différer cette expédition, et qu'ensuite l'occasion
(i) «Les PnissfeDs, dit k cette occasion Frédéric, manquaient d*uu M. de Sechelles (Histùirede mon tempSt U If, p. 104).» M. de Sechelles était un intendant français, qui, pressé en 17A2, à Prague, par Frédéric II, de fournir de$ sut)sistances aux Saxons, lui avait répondu : « Je ferai l'impoisiblfi poseible^ » etavait tenu parole. « GeUe rél[>onse», ajoute le roi de Prusse en rapportant ce fait, devrait être écrite $n lettre^ d'or sur le bureau de tous les intendants d'armée. » M[. de Sechelles devint depuis contrôleur des finances.
(2) Icfèa(é*r iïn<^/^«*rufi^, t. lU,i'» partie, p. 72.
ne se présenta plus auâsi favorable. N'est-ce pas encore le cas de remarquer, comme nous l'avons fait ailleurs (1) à propos d'Annibal ne marchant pas sur
Rome après la bataille de Cannes, qu'une occasion raanquée se retrouve difficilement, et que Tallégorie antique est pleine de sens lorsqu'elle représente la divinité Occasion sous la forme d'une femme nue^che* velue par devant, mais chauve par derrière , pour indiquer qu'une fois qu'elle nous a échappé, il est très malaisé de la ressaisir-
Enfin la grosse ariillerie arriva, et Ton put commencer te siège de Prague, Laissons ici parler Frédéric II lui-même :
ft Le 10 septembre au soir, dit ce grand roî, ou ouvrit la tranchée devant Prague à trois endroits dif-^, férents, savoir : au plateau de Saint<Laurent, à Bubenitz, vis-à-vis du moulin de la Basse-Moldau , et h la montagne de Ziska (2). Le comte de Truchses commandait la première attaque, le margrave Charles
(1) Le plus grand Jiomme de guerre tlBliSi p. 21, 22, {1) Sur les plans alleiDaiids if ZîskabtTg, ainsi nommé du âiir^ nom ût Ziska donné au fameux ctief des Hussites, JeanTromïov, qui prit Prague en Jâlt>- Ce surnom tui venait de ve qu'il élait borf^ne; il correspondail^ïorie au codéti des Lalins, On fit: tïil^)u, de sa peau, el d'après son ordre, un ïambour qui avîiit h vertu dnntimider rennemi el de le mettre en fuite (Voltaire, Dktiontimire philosophique, diap. LXXMl). Jean Ziska perdit dan;^ uue bataille Toeil qui lui restait; nrais il n'en ilirigea \ms moins les Bohémiens révoilés par rinlerraédiaire du prèlre Pmt^op^ le Rasé, ctfluilpararracberàrempereui'Si|;lsmond le litre t le vice^r^^l de Bohême et un pouvoir absolu Mir re royaunap.
SM nSTOIBB MliJTAJM
U seconde; la troisième élait sous la directiou du nruirécbal de Scbweriiu On ne perdit rien la première nuit. Le lendemain, le maréchal fit attaquer le fort de 2iska en plein jour, l'emporta après y avoir fait jeter des bonibes et prit tout de suite deux petites redoutes qui étaient derrière le premier, et que les Français, qui les avaient construites, appelaient des pfds d*hirondeliet I^ roi se trouvait précisément à la tranchéç de BubenitjK; il en sortit avec beaucoup d*oiSciers^ pour voir comment tournerait l'attaque du Zi^a. Les ennemis aperçurent cette foule de monde, tournèrent leurs canons de ce côté, et un malheureux coup emporta le prince Guillaume, frère du margrave Charles, le même qui avait si vç^illamment conobattu & Molwitz pour la gloire de sa patrie. On fit avancer incontinent les batteries y de sort^ .qu'elles battaient en brèche la courtine qui est entre le, bastion de, Saint- Nicolas et de Saint-Pierre. Le 15, les,, batteries du margrave CJiarles, à force de jeter des bombes, mirent le feu au moulin à eau et détruisirent les écluses de la Moldau. Les eaux en devinrent si basses qu'elle était partout guéable et qu'on pouvait prendre la ville d'emblée, y ayant de ce côté-ià un assez grand espace sans rempart et sans muraille. M. de Harsçh, qui commandait dans la ville, commença à désespérer de son salut : ce gouverneur s'aperçut que )e 16, dé grand matin, un gros corps de grenadiers défilait du côté de Bubenitz; il prévit l'assaut qu'on se préparait à lui donner, demanda k capituler et se rendît prisonnier de guerre avec sa garnison, qui consistâçit
DE LA PEUSSB. 259
en 12,000 hommes. Ce siège ne dura que six jours; il coûta aux assiégeants kO morts et kO blessés, te même jour, les portes furent consignées, et la garnison fut conduite en Sifésie, où elle fut distribuée dans les places (1).»
La prise de Pr^giid était pour les Prussiens im beaudébut'de campagne; malheureusement, comme nous allons le voir, la fm de la campagne de ilkli fut loin d'âtpe aussi brillante pour eux.
Le sort de Pirague impressionna les Saxons ; mais Tor anglais calma les craintes de ce peuple , qui se déclpira bientôt opntre la Prusse.
Frédéric pouvait alors prendre deux partis, adopter deu^ plans d'opérations tput ditTérents : le premier^ celui que lui suggérait sa propre inspiration, consis^ tait & traverser la Beraun, à expulser M. de Bathyani de la Bohême, à s'emparer de Pilsen et du magasin considérable que nous avons vu les Autrichiens y former, puis à aller fermer les gorges par lesquelles les ennemis pouvaient entrer d^i haut Palatinai dans la Bohême. De cette manière le prince de Lorraine ne pouvait plus que sejoindre à Eger am( Saxons et Ion* ger TËger, mais alors il se serait trouvé dans un pays trop stérile pour en tirer ses subsistances ^ et il eût été isolé de P Autriche, qui djès lors se trouvait è^ans défense, exposée aux entreprises du eorps prussien
(1) ^%stoife de mon temps 1 1. II, p. i04, 105, i06. Ainsi Frédéric ne craignait pas de recruter son armée avec des prisonniers ennemis : c'est un point caractéristique de la constitution militaire àê la Pruflae à Mie époque.
!> illSTOlAE MILITAIRE
placé dans la haute Silésie, soas les ordres de M. de Marwiiz. Par là Frédéric aurait donc coupé en deux les forces de la reine de Bongriey et il aurait eu facilement raison de chaque parti isolé; mais les alliés proposèrent un autre plan, et» sur les instances de l'Empereur et de Louis XY que poussait le maréchal de Bellisle, Frédéric céda et Tadopta. Ce plan faisait porter les Prussiens à Tat>or, Budweis, Neuhaus, pour communiquer avec la Bavière et donner au prince de Lorraine des inquiétudes sur T Autriche. De cette manière, on permettait aux Saxons de se joindre au prince de Lorraine ou de tenter quelque entreprise sur Prague, tandis qu'il eut peut-être mieux vahi se cantonner fortement autour de cette ville et attendre t'eimemi. Au surplus, la principale. considération qui parait avoir déterminé le roi de Prusse à condescen* dre au désir de ses alliés, c'est la crainte d'être accusé de ne songer qu'à ses intérêts; nous avons vu, en effet, dans le chapitre XI de cette histoire, qu'en vertu d'un article du Traité cTunion confédérale^ Frédéric s'était engagé a conquérir la Bohême au profit de Charles Vil, mais qu'il devait garder, à titre de dédommagement, tes trois cercles les plus voisins de la Silésie; or, en restant autour de Prague, il semblait ne vouloir conquérir que les trois cercles qui lui étaient destinés. Cette apparence le décida, parce qu'il ne se souciait pas d'encourir un semblable re« proche, c'est-à-dire que, cédant à un mouvement de respect humain, il compromit ses premiers succès et risqua de perdre sa conquête pour avoir le inérite
DK LA PRUSSB. 264
d'agir avec générosité et désintéressement. Se comporter ainsi, dans la vie individuelle, c'est souvent faiblesse ; dans la vie publique et politique , c'est toujours folie; aussi, par la suite, le roi (jle Prusse, corrigé et éclairé par rexpértence, se garda-t*il bien de suivre une ligne de conduite aussi erronée..
Mais si Frédéric ii coniinit une faute qui faillit lui devenir funeste en adoptant le plan de ses alliés, il en fit d'autres en Texécutant, comme il Tavoue lui-même. II négligea de faire transporter ses farines d'approvisionnement de Leitmeritz à Prague, oii elles eussent été mieux garanties; il ne renvoya pas en Silésie, ou elle eût été en sûreté, Tartillerie qui avait servi au siège de Prague. 11 ne laissa dans cette grande ville qu'une garnison tout h fait insuffisante, .car elle se composait de sico bataillons.
Le 17 septembre, l'armée se mit en marche pour Conradize, qui est située à 1 mille de Prague. L'avantgarde, forte de 10 bataillons et &0 escadrons, fut placée sous les ordres du général Nassau, et l'armée se partagea en deux colonnes. L'avant* garde prit le chemin de Prague k, Tabpr, suivie à peu de distance parla colonne de gauche, commandée par le maréchal Scbwerin; quant à la colonne de droite, aux ordres du maréchal prince Léopold, elle côtoya la Moldau : ces deux colon ries ne devaient laisser entre elles qu'une étendue d'un denii -mille d'Allemagne au maximum, et derrière la colonne de gauche cheminait le convoi de farine que couvraient 1,500 hommes, commandés par le général Posadowslcy. l/ar-
969 HISTOJBB MILITAIUK
mée arriva le 26 à Tabor, où les colonne» se rejoignirent : cette ville, ainsi que Budweis et Frauenberg» s'était rendue sans défense au général Nassau. Mâiâ Ift OQoitié seulement du convoi put arriver ; Pautre moitié resta eh route, parce que les bêtes de somme (chevaux et bœufs) empiQyées à son charriage avaient été télle^ ment négligées qu'il en avait péri une &\jt deux ; et . cependant on n'avait point été attaqué par l^enûem^! Les Prussiens n'eurent ainsi à leur sdite que pour quinze jours de farine. C'était trop peu pour la position particulière dans laquelle ils se trouvaient*, car M. de Bàlhyani ayant envoyé plusieurs milliers deCroàtes et de hussards à Beraun et à Ronigsaal dès que led Prussiens eurent quitté Prague , ces troupes légères interceptèrent les arrivages de vivres et coupèrent tes communications au point que l'armée prussienne fut quatre semaines sans recevoir de nouvelles, ni de Prague, ni de ce qui se piassait dans le reste de l'Europe. On enleva deux malles au roi , de sorte qu'il ignorait non-seulement la marche des Saxons, mais encore où pouvait être l'armée du prince de Lor* raine (1).
Le fait paraîtra étrange au lecteur, parce qu'une armée aussi forte que celle des Prussiens semble devoir être en état de potwoir toujours entretenir ses communications, ou tout au moins de pouvoir toujours s'éclairer suffisanniment pour avoir des nouvelles de l'ennemi. Voici l'explication qu'en donne Frédéric
(1) Histàiré de mon temps ft II, p. ili.
DE h A PRUSSK. 268
dans V Histoire de mon temps. V.n Bohême, les nobles, les prêtres et les fonctionnaires restaient fort attachés à la tïiaisori d'Autriche, et le fanatisme catholique dà peuple indisposatît la population contre les Prussiens; ces dispositions avaient été habilcTUent exploitées, A rapproche des Prussiens, les villages se vidaient et les habitants, aVant de les quitter pour se réfugier dans les bois voisins, avaient soin d'enfouir leufs blés; de plus, la crainte des châtiments proriiik pair les Autrichiens empêchait de trouver un Bohétnièà qui voulût servir d'espion, ou qui même consentit à donner des renseignements pour quelque somme que ce fût. La position était d'autant plùà fâcheuse que 10,000 hussards hongrois interceptaient le peu de corhmunications et lés quelques défilés qu'offrait le pays, naturellement marécageux et boisé. La supériorité de ces hussards (1) sur les troupes légères de Frédéric était telle que les partis envoyés par ce monarque aux nouvelles, ou en reconnaissance, comme nous dirions aujourd'hui, se trouvaient fréquemment enlevés. Aussi l'armée du rai, quoique tott/our^ retranckée à la romaine (2), suivant rexprtssion de
(1) De toat teml» TAUtriche a eu à sa disposition d'éxeeilentes troupes légères. Les chasseurs de Fischer, qui prirent origine dans l*armée française pendant la guerre de 17/i2, près de Prague, et qui sont devenus la source de notre infanterie légère et d'une parfic de ndtfè cavalerie iéçère^eî les lïussards levés sous Louis XIV par le maréchal de Luxembourg, sont line imitation des troupe légères autrichiennes.
(2) Frédéric indique par là le soin avec lequel il fortifiait son camt) pour le mettre à Tabri d'une surpi'ise.
!26â HISXOIUE MILITAIRB
Frédéric^ était*elle réduite à Tenceinte de son camp. Le manque de subsistances, Tincertitude de la positioD de l'ennemi, les communications interceptées, ces trois causes réunies indiquaient qu'il fallait rétrograder, et l'on hésitait sur le mouvement à opérer, lorsque Ton sut par un espion que Tarmée du prince de Lorraine était cantonnée à Protiwjp. Aussitôt Tarraée prussienne repassa la Moldau et vint camper sur les hauteurs de Wodnian ; mais, une fois dansce nouveau camp, on apprit bientôt que Tavis apporté par Tespion était faux.
Sur ces entrefaites, un lieutenant-colonel prussien, nommé de Janm , chargé de |îressér la rentrée des fournitures de vivres que les habitants devaient faire àTabor, marcha avec 200 hussards surMuhUiausen, village situé entre Pisek et Tabor et à peu de distance de la Môldau ; mais il fut entouré par un corps considérable de hussards ennemis, et se fit bravement tuer; s^ petite troupe fut dispersée, après avoir été cruellement décimée, A ]a suite de cette affaire, lé général Nadasti traversa la Moldau vis-à-vis de Muhlhausen et marcha sm\ Tabor, mais il.n'avait avec lui que de la cavalerie légère, et son attaque contre cette ville, où commandait le colonel Kalnein, resta sans succès.
Alors le roi apprit que le prince de Lorraine, re* joint par les Saxons, campait à 2 milles de Pisek, derrière la petite rivière de la Wotawa ; qu'il avait l'intention de passer la Moldau sur les derrières de l'armée prussienne pour la couper dé la Sasawa et de
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Prague, et que, dans ce but» il faisait déjà préparer des magasins h Beneschau et même dans le cercle de Çhrudim. Cette manœuvre tournante indiquait une manière large de comprendre la guerre, car, si elle réussissait, Frédéric eût été obligé ou de faire un long détour pour regagner ses États, ou de livrer bataille pour se faire jour, et ses troupes , fatiguées par la position critique dans laquelle elles se trouvaient, eussent été plus aisément vaincues qu'en tout autre moment; aussi Frédéric IL résolut-il de Pempécher, et le 8 octobre il repassa la Moldau à Teyn, puis vint réoccuper son ancien camp de Tabor, afin de donner au général Du Moulin, détaché à Neuhaus, le temps de rejoindre.
Le manque de subsistances forçait donc les Prussiens de rétrograder ; d'ailleurs, en présence du mouvement projeté par Tennemi , la garnison laissée à ' Prague était beaucoup trop faible, et Frédéric le sentait à merveille.
Il était important d'occuper, avant les Autrichiens, le poste de Beneschau, qui était inattaquable, car s sans cela on n'aurait plus eu d'autre ressource qu'un passage fort incertain de la Sassawa, dans le but de tirer des vivres de Pardubitz. Une marche rapide du maréchal de Schwerin, h, la tété de 15,000 hommes, décida l'affaire : les Prussiens s'emparèrent du can)p de Beneschau et des magasins qu'on y avait amassés pour les Auti:ichiens.
Le 8 octobre, le roi quitta Wodnian, atteignit Ta* bor le 12, et y resta plusieurs jours. Le 18, il se
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réanit à Tabor avec le feld-maréchal de Schwerin ; l'armée prussienne séjourna huit jours entre Beneschau et Konopitz.
Avant d'effectuer ce mouvement rétrograde, Frédéric avait laissé garnison dans Tabor et Budweis, espérant pouvoir utiliser plus tard ces places, ou pensant au moins qu'elles forceraient les ennemis, en cas de défaite, à se rejeter vers Pilsen ; d ailleurs, Tabor renfermait 300 malades ou blessés que Pon n'avait pu transporter faute dé voitures, et lé roi ne voulut pas les abandonner. Il laissa donc le régiment de Creutz à Budweis et celui des pionniers àTabor. A peine se fut-il éloigné qu'il se repentit de laisser* ainsi 3^000 hommes dans une position aussi aventurée, et il envoya l'ordre au général Creutz d^évacuer Budweis et de suivre l'armée ; mais son ordre ne parvint pas à destination. Bientôt un corps de 10,000 Hongrois vint assiéger ces villes; Budweis se rendit après huit jours de siège et Tabor après quatre. L'ennemi réussit également à s'emparer de Frauenberg, en interceptant les eaux dont se servait la garnison. Le roi de Prusse reçut ces nouvelles à Béneschau, et il comprit toute la faute qu'il venait de commettre en sacrifiant 3,000 hdrnmés pour sauver 300 malades ; aussi Ait-Ù dans V Histoire de mon temps : « \\ vaut mieux, dans un cas pressant, perdre 300 malades que de hasarder quelques milliers d'horhmes dans des villes où ils ne peuvent se défendre. » L^expérience amène donc les grands généraux aux mêmes ^^ésultâts ; tar le général Bonaparte, mettant à profit
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cette réflexion de Frédéric II , abandonna à Saint- Jean-d'Acre 160 pestiférés français, A la guerre, en effet, le général en chef doit avant tout considérer l'intérêt général da l'armée entière, et, dans cet inté rét^ il he doit pas hésiter à en sacrifier souvent quel"* que partie minime. C'est là assurément, quoi qu'éfi puissent penser certaines personnes, la véritable humanité. Quand on répond de la conservation d'une agglomération d'hommes, il ne faut point se laisser attendrir par une humanité partielle en faveur de quelques individus : il faut, au contraire, sacrifier ces individus au salut de la masse. Les Gaulois poussaient ce principe jusqu'à la cruauté; ils égorgeaient tous les blessés qui ne pouvaient marcher : il est vrai dédire qu'à cette époque l'ennemi faisait peu grftce aux blessés; '
L'armée prussienne pouvait craindre de manquer de vivres d'un instant à l'autre : c'est pourquoi le général de Winterfeld fut chargé d'établir la sûreté de la communication avec le magasin de Leitmeritz, et on lui confia, dans ce but, le commandement d'un régiment de hussards et de plusieurs bataillons.
Le roi de Prusse sut bientôt que l'avant-garde du prince de Lorraine, prévenue par les Prussiens dans l'ooedpation db poste de Beneschau^ s'était relirée sur Marskowitz^ où J'avàit rejoint toute V armée aus-tro-saxonné; aussi, dans l'après-midi du 2^ octobre, se mit-il en; marche sur huit colonnes et traversa-t-il des chemins peu praticables pour tâcher de surprendre l'ennemi. Le soir, il arriva sur une hauteur, à un
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quart, de mille de la position occupée par son adversaire, y forma ses troupes et y passa la nuit. Dès le point du jour, il fit une reconnaissance; mais les Au* tricfaiens avaient profité de Tobscurité pour décamper, et venaient de choisir une position très difficile k attaquer; il fallut donc renoncer au projet de livrer une action décisive, et Frédéric prit le parti de retourner au camp de Benescfaau. Il effectua un mouvement rétrograde dans lequel son avant-garde, formée par les grenadiers, devint son arrière-garde. Ce naouvemcnt s*opéra paisiblement, parce qu'une montagne dérobait aux ennemis la marche des Prussiens, et il n*y eut qu'une escarmouche à Tarrière-garde.
Le manque de fourrages (1) et la nécessité de se rapprocher de la boulangerie forcèrent Frédéric à déca^nper ; son armée alla passer la Sassawa et se poster près de Pyschéli. Il détacha ensuite 10 bataillons et 30 escadrons, aux ordres de M. de Nassau^ poijir déloger de Kamerbourg un corps de 10,000 ennemis ; ce coup de main réussit. L'ennemi abandonna son poste en désordre pour repasser la Sassawa à Battay et se diriger sur Kolip; mais ilfut prévenu par M. de Nassau, qui s'empara de ce poste. Depuis cet instant, ce général ne put plus avoir aucune nouvelle de l'armée prussienne ni lui en faire parvenir, tant les troupes légères des Autrichiens infestaient la campagne , et conservaient une supériorité marquée sur celles des Prussiens.
Pardubitz, qui renfermaitun magasin^ prussien et (ij 1/armée prussienne comptait alors 160 escadrons. .
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qui se trouvait défendue par le régiment du colonel Zimernau, faillit être surprime. 1,500 grenadiers et 600 hussards ennemis, déguisés en paysans, se présentèrent aux portes, sous prétexte de faire une livraison de denrées, et cherchèrent à entrer au moyen de leurs chariots; mais un Autrichien ayant lâché par imprudence un coup de pistolet, Téveil fut donné, Lçs gardes des postes et des demi-lunes fir'ent feu^ et Tennemi fut repoussé après avoir perdu 60 hommes.
Le prince de Lorraine prit le camp de Beneschau dès que les Prussiens l'eurent quitté, et, comme toute la population lui était dévouée, son armée put encore subsister quelques jours dans des lieux que les Prussiens avaient été contraints d*âbandonner faute de foun*ages et faute de vivres. Les Autrichiens vinrent alors passer la Sassawa à Kamerbourg et se dirigé-* rertt sur Janowitz.
Évidemment , d'après tout ce que nous venons de rapporter, le dessein du prince de Lorraine ou du maréchal Traun, qui dirigeait sous son nom les opérations, était, dans cette campagne de 1744, de forcer le roi de Prusse à évacuer la Bohême et à se retirer- en Silésie, et il voulait obtenir ce résultat rien que par des marches bien dirigées et des positions habilement choisies. En un mpt, le maréchal Traun temporisait, comme jadis Fabius vis-à-vis d'Annibal ; il coupait les vivres h son ennemi ; ii évitait tous les engagements sérieux» et nous allons voir ce système lui réussir complètement.
Il fallait, en effet, que Frédéric 11 se décidât : s'il
restait près de Prague, on interceptait ses communications avec la Siiésie; s'il se dirigeait vers Pardubite, la Bohême et la ville de Prague étaient perdues pour lui. Avant de prendre un parti décisif, le roi de Prusse voulut encore tenter le sort des armeâ, et résolut de s'emparer de Kuttemberg pour déjouer les projets de Tennemi, Il s'avança donc avec une partie de son armée« et campa à Kosteletn où il trouva pour trois jours de vivres destinés aux autrichiens; puis il alla prendre position à Kuraim , situé k l mille de TËlbe. Là il eut des nouvelles du général de Nassau, stationné à Kolin, comme nous Tavonsdit; il apprit qu'un convoi de pain arriverait incessamnoent de teitmeritz à Tarmée, fit occuper Brandeis et Nybiburg pour protéger la marche de ce convoi, et fut rejoint; par le prince Léopold. L'armée prussienBe vint ensuite à Planiany, très près de l'armée enw-r mie ; comme cette dernière était plu3 rapprochée de Pardubitz que la première, Frédéric craignit pour C9 point, et envoya le général Du Moulin le couvrir avec 8 bataillons et 10 escadrons ; puis il voulut gagner Kuttemberg sans délai, malgré la fatigue que irais marche» consécutives^ suivant son expression, avaient occasionnée à. ses troupes. Cela fait voir qu'à cette époque on regardait à ne pas accabler les soldats par 4es marches précipitées, et c'est là l'un des traits caractéristiques qui distinguent les guerres de Vt^ déric des campagnes des Français en Italie pendant les années 1796 et 1797, ain^ que des campagnes du rfègne 4d Napoléon 1".
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Un brotiill^rd ^ai^ r^tar4a la marche, et TaPinée prussiçpoQ ne put arriver qu'à- Gros^-Gubel, non loin de Kolin , pb elfô dressa ses teqtas » ayant la ville de Kolin et TElbe à dos. Devant son front campait 1^ prince de Leorraine; bientôt d* autres corps autrichiens vinrent la. resserrer dans son camp et l'empêcher de fourrager. Ces corps avaient eu soin de se poster derrièrç des défilés, d^ telle sorte que les Prussiens ne les pouvaient attaquer sans désavantage ; aussi Frécjériç renonça-t-il à |es déloger, et ses troupes, frappées par la dysenterie et privées de vivres et de fpurrages, souflrirent-elies beaucoup dans cette posi-^ tlon. C'est pourquoi il se décida à passer l'Elbe à Kolin pQur cantonner son armée derrièi'e cette rivière et la refaire. Le 9 novembre, il effectua son mouvement rétrograde dans un ordre parfait, se préparant toujours à livrer une affaire générale , qu'il désirait $irdemment pour reconquérir la supériorité des armes, mais que les Autrichiens: évitaient,, au contraire, avec le plus grand soin* Dès que l'Elbe eut été traversé, les villes de Kojiri et de Pardubits devinrent deux points importants, comme assurant à la fois aux Prussiens la communication avec la Silésie et avec Prague ; aussi Frédéric y appuya-t-il ses deux ailes^ Ses av^pl-postes furent disséminés le long de l'Elbe, entre ces deux villes, et l'armée cantonna derrière la ligP^ d'^v^nt-postes* Si l'on veut. assimiler Kolin et P^rdubft^ h deux bastions protecteurs, l'arma prus^ sienne formait donc la courtine qui les liait l'un à l'autre.
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Dès que les Prussiens eurent passé PEIbe, Tennemi attaqua Kolin , mais il fut repoussé ; une )seconde attaque sur le même point n^eut pas plus de succès.
I^e prince de fiOrraine aurait voulu terminer la campagne et donner du repos à ses troupes, mais la cour de Vienne lui intima Tordre de continuer les opérations. Les Prussiens s'attendaient -à voir Tennemi attaquer Prague ou Kolin ; Frédéric doubla ses avant-postes pour être averti dès que Tadersaire tenterait le passage de l'Elbe, et envoya à la garnison de Prague un renfort , commandé par le général de Rottembourg.
Pendant la nuit du 18 au 19 novembre, le prince de Lorraine ordonna de jeter des ponts auprès de Solnitz, et la négligence des patrouilles prussiennes fit que Ton ne s'en aperçut qu'au poipt dû jour. Le lieutenant- colonel de Wedel^, qui se trouvait cantonné le plus près, marcha à l'ennemi, et, maigre une vive canonnade, parvint à disputer le passage pendant cinq heures. Malgré ce brillant fait d'armes, qui lui valut le surnom de Léonidas (1) prussien, il fut contraint de se replier sur l'armée prussienne. Ce passage de l'Elbe décida de la campagne. L'armée du roi de Prusse dut se retirer sur Wischenjowitz, ne laissant à Pardubilz que trois bataillons, sous les ordres du colonel Retzow. Le général Nassau se trou^ vait toujours à Kolin, et il y avait un bataillon à Bràndeis et un autre à Nymburg.
(i) Wedel fut tué ii la bataille de Sôhr (3a septembre iU^)»
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Alors Frédéric rassembla ses principaux officiers et tint conseil : on y décida qu'on abandonnerait Prague et la Bohême, quoiqu'il fallût abandonner en même temps la grosse artillerie, que les chemins ne permettaient pas de transporter, et quoique la garnison de Prague eût un long parcours à faire pour opérer sa retraite. Marcher en Silésie était le parti le p!uà sûr, parce qu'on s'y retrouvait sur le territoire prussien et qu'on y rencontrait toutes les ressources dont l'armée savait besoin pour se rétablir ; ce parti fut adopté. 11 devenait urgent d'exécuter promplemént celle résolution. Frédéric envoya un aide-de-camp donner l'ordre à la garnison de Prague et à tous les corps détachés d'évacuer la Bohême.
l.e 20 novembre, le roi s'approcha de ChlumetsS pour faciliter et protéger l'évacuation de Kolin; puis il vint entre Pardubilz et Kœnigsgraelz pour protéger l'évacuation de Pardubilz. Le 25 et le 26^ l'armée cantonna au delà de Kœnigsgraelz; Le 27, elle se partagea en trois colonnes pour gagner la Silésie, les malades et Tes bagages ayant pris les devants sous bonne escorte pour alléger la marche du gros des troupes. La colonne de droite suivit la route du comté de Glatz ; la colonne du centre, commandée par le roi) se dirigea par les gorges de Braunau, et la colonne de gauche prit le chemin qui mène de Trautenau à Schatzlar. Il y eut quelques combats d'arrière garde à la colonne du centre et k celle de gauche, mais tous peu importants. Le prince de Lorraine n'accompagna le roi qu^ jusqu'à Nachod. J^e k dé«
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eetnbfe, ta colonne du centre était rendue à Tannhausen, d'oii Frédéric partit pour Berlifl, afiii de prendre ses dispositions relativenoent à la campagne prochaine/
Le détachement (6 bataillons) laissé à Leltmeritz^ sous les ordres de M. de Winterfeld, réussit à rega-^ gner la Silésie sans avoir été entamé ; quant à la garnison de Prague, forte d'environ lt,000 bomrixes^ elle fut moins heureuse. Le lieutenant-général de Eiosedel, qui la commandait , avait reçu Tordre d6 faire sauter les ouvrages du Wischerad et de Saidi- Laurent, de faire crever les canons de la grosse arùilerïe^ d'en brûler les affûts et de jeter h Tèau les fusils qui avaient appartenu à la garnison autHchienue. M lui répugnait de détruire Tartillerie avant te dernier moment, et, espérant toujours que le roi révoquerait à cet égard son ordre , il attendît tellement que, lorsque Tinstant d'évacuer la ville approcha, il était trop tard. Alors, rassemblant tous les chevaux qu'il put trouver, il emmena avec lui 42 pièces de cauipagne autrichiennes, à la place du gros canort ^a*il fallait absolument abandonner, et le 26 novembre il sortit dô Prague. A peine ses troupes quittaîentèfles la ville d'un côté, que les pandodrs autrichiens y entraient de l'autre. Le 30, là gàrhison de Pfagué parvint à Leifmeritz (1) , où elle se pourvut de pain ei de provisions { puis elle se dirigea sur F'riediand par Bohraisch-Leyppà et Reicheflberg. Arrivée à Reî-
(1) Je hnh ici rindicatfoÉi de Frédéric (Histoire de mon tefnpSf
i)È LÀ p&bâ^È. S75
chènbëfg, {fbrhpJè sans ctoUté par ses giiidés^ elle tourna â gaiicné et reiicontra aaiis les montagnes, sur iés cohiins de ia Luèacé, un corps saxon conimanclé {)ar ié général d^Arnîm, qiiî îà reséerràit d^iiii côié, tàftdiâ que (e cfcévàlier de l^àke, qui i'àvaiî poursui-^ vîè, rètiveiô{)pàit Ûè l^âUlrè càté. Le général Ëînsedél se posta près de HotSrald, bouré sîtué à Û milles de I^Hediâhd el â é dés fj-()fl(ièreâ de \d Sîlésîe , et ses tréapë^ reël4fènt 6ouf âgeUâéiiiéHl et fiatiemmeht sii? iifa lëiTèlîfi étrôîi, àj^aftt de la itieigé jUsqu'àux genoux, dëpto ié !l jusiqu'âti iâ décembre, Jotif 6à le lièiitënafit-léiiëràl 6Ômte dé Nàsëau vint lêâ dégager â la fêle de 4â,(îdO fiShfiihes. Ëirisedèl gagna ensilîté pifôinplëtiiènt t'Hédlàiid, et âfHvà sur leâ froftlîèrëâ ai Sirêslé avec S,000 dd 6,000 fioinrheâ seiilemerif; lés jîr'ivaiibns et la déséi^libri avaient fait disparaître iè reste. On né peut disconvenir que lès tiieâurès prisés pâl- le général Ëlilsëdel pdiir peiftir dé Pra^iîë, polir {Jràiégéf là ftiaféhê du cbnvôi, pour àê jjirdëliréi^ dès guides Mrâ et dèà àppravislonnements, h*àieill été dêfficttiieuséâ i âusôf C6 général éiifcôùrdt-ll te ïiiiècotitéiitéttièM dtf roi, mécontentement qiiè l*ôii voîi ftiêfhé pèrcèf dâiis lés inédits qui tèrmîfleni Ié chàpîtféîdê \* Histoire de inoh temps. Est-ce ce^eiidànl le cas d^êtfe sévérè lorsque i*on d comrhîs sôî-m^oiè dêé fautes!
t. II; p; id7); ehàmtûi qn'mi rmité Mm ianAttï et Pàgamu Mi
passer au général ËimedeirËlbeàBuntzIau; aii re^te^ deBuntzlâtt il a pu remonter ja rite droite de VElbe jusqu'à Leitmeritz. et àlërs le^ deiix véhions s^accôfdent.