‹ Histoire militaire des éléphants, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'introduction des armes à feu; avec des observations critiques sur quelques-uns de plus célèbres faits d'armes de l'antiquitéChapitre 11 sur 79 · Â HISTOIRE MILITAIRE · texte numérisé non relu

 HISTOIRE MILITAIRE

meuré onze ans à Ceylan, n’en a vu qu’un seul dont la taille excédât dix pieds; et il affirme même que ceux de neuf pieds et demi n’y sont pas communs !. On prétend toutefois qu’on en trouve d’une plus grande taille au Tonquin et à la Cochinchine; mais cela ne paraît pas bien avéré.

La force de l'éléphant excède certainement celle de tout autre animal terrestre; cependant elle n’est pas aussi grande que sa masse et ses proportions pourraient le faire supposer : il peut soulever avec sa trompe un poids de deux cents livres, et soutenir sur ses défenses un millier pesant ; mais ce sont là des efforts instantanés, sur lesquels il ne faudrait pas compter. Rien n’est aussi violent que la première impulsion de ce colosse, lorsqu'il est excité par la colère ou par la frayeur, mais il résiste difficilement à un travail soutenu : aussi les fardeaux qu’on lui impose en voyage ne vont-ils guère au delà de deux mille à deux mille cinq cents. Ainsi chargé, il peut faire de douze à quinze lieues par jour ; si on augmente sa charge, 1l se fatigue promptement, il se rebute, et refuse d'avancer. Sa marche ordinaire n'est guère plus rapide que celle du cheval; mais quand on le pousse, il prend une sorte de pas d’amble qui, pour la vitesse, équivaut au galop. Il a le pied très-sûr; 1l marche avec circonspection, et il lui arrive rarement de broncher. Malgré cela, c’est toujours une monture Imcommode, à cause de son balancement continuel et de son allure saccadée.

L'éléphant nage avec facilité, et enfonce dans l’eau moins que les autres quadrupèdes. C’est un avantage qu'il doit à la rondeur de ses formes et à la capacité

{ Cuvier, ouvrage cité. — Buckingham, Tableaux pittoresques de l'Inde. — Forbes, Eleven years in Ceylon, tom. 1, ch. 16.

DES ÉLÉPHANTS. — LIV. 1, CHAP. I. 5 de sa poitrine ; sa trompe, qu'il lève en‘l’air pour respirer, lui permet d’ailleurs de plongerisans être suffoqué. Elien raconte que lorsque ces animaux passent en troupe les rivières, les plus forts portent les plus petits sur leurs défenses !.

Les Indiens tirent parti de cette aptitude de l'éléphant, toutes les fois qu’ils ont besoin de franchir des rivières profondes avec des marchandises ou des équipages de guerre : les hommes se jettent alors dans l’eau , et, pour sagner le bord opposé, ils se tiennent aux oreilles et à la queue de l’animal. On lit dans Tacite que Vologèse, roi des Parthes, franchit à la nage, sur son éléphant, le fleuve Arsanias *. Le grand Khosrou, mis en fuite par les armées de l’empereur grec, traversa l'Euphrate sur le dos de son éléphant. Le sultan Humayun franchit aussi deux fois le Gange de la même manière, pour se soustraire à ses ennemis. À une époque plus récente, le célèbre Nadir- Schah, revenant de la conquête de Delhy et se trouvant arrêté dans sa marche par les rivières du Pendjab et du Caboulistan, ne dut son salut qu'aux nombreux éléphants qu’il menait à sa suite, et à l’aide desquels il put franchir l’Indus et les autres courants qui lui barraient le passage. Nous reviendrons avec plus de détails sur ces événements dans les deux derniers chapitres de cet ouvrage.

Doit-on ranger l'éléphant parmi les animaux qui se reproduisent en état de domesticité, ou parmi ceux qui ont besoin de la liberté et du mystère des forêts pour propager leur espèce ? C’est une question qui divise les naturalistes, et sur laquelle il ne me semble pas que

L Ælian., Ænimal., Vi, 15; x111, 8. — Voyez aussi, à ce sujet, Plin., Hist. nat., Vin, 10. — Aristot., Hist. animal., 1, 2.— Strab., xV, p. 281. — Langlès, Monuments de l'Hindoustan. — Philosophical transactions, ann. 1799, 1° partie.

2 Tacit., 4nnal., xv, 15.

nous ayons assez de données pour prononcer en dernier ressort. Selon. Buffon , l'éléphant n'aurait subi qu’à moité le joug de l'homme; l'individu seul serait esclave : l’espèce aurait conservé son indépendance. Cette idée est plus ingénieuse que juste : on a vu, en effet, des éléphants privés se reproduire, et ce fait est attesté par ce même M. Corse que nous avons déjà cité, et qui était en position de bien observer. Il a même constaté que le temps de la gestation est de vingt mois et dix-huit jours !. Elien parle positivement d’éléphants qui étaient nés à Rome, et il cite comme tels ceux qui figurèrent dans les jeux de Germanicus. Columelle confirme cette assertion *, Dans lÆrstoire des Mongols de Raschid-Eldin, traduite par le savant E. Quatremère, on trouve des documents qui prouvent que l’éléphant peut se reproduire en captivité, quoique cela soit arrivé très-rarement ; et l'on peut même dire, d’après une observation très-juste de Foucher d’Opsonville, que la plupart des femelles qui mettent bas en domesticité se trouvaient déjà pleines lorsqu'elles furent prises , ou qu'elles s'étaient échappées pour se mêler avec des éléphants sauvages, ce qui arrive en effet quelquefois*. Quoi qu'il en soit, il est certain qu’on n'a jamais songé dans l'Inde à établir des haras d'éléphants; et cependant ce moyen aurait été plus sûr et moins dispendieux que celui de la chasse. On peut donc poser en principe qu'il n’y a presque pas d’éléphant privé qui n’ait été sauvage.

Il faut environ deux cents livres d'herbes et de racines pour la nourriture journalière de l'éléphant. Si l’on veut augmenter ses forces et son ardeur, on lui donne du

L Philosophical transact., 1799, 1°° part.

Æliau., Animal., hb. 1, 11. — Columell., de Re rust., in, 8. Observat. philosophiques sur divers animaux étrangers ; Paris,

DES ÉLÉPHANTS. — LIV. 1, CHAP. I. 7 riz, du sucre, du pain, des fruits, et même du vin, de l'eau-de-vie, du poivre, et d’autres toniques.

Nous manquons d'observations assez suivies pour établir avec certitude la durée de la vie des éléphants. Il faudrait, pour résoudre cette question, pouvoir examiner ces animaux dans l’état sauvage et même dans leur pays natal; car la domesticité abrége leurs jours, et quant à ceux qui végètent tristement dans les ménageries de l'Europe, nul doute que l’âpreté du climat, le changement de nourriture, et le défaut d'exercice, ne doivent les faire périr avant le temps. Les anciens ont singulièrement exagéré la longévité des éléphants. Onésicrite, cité par Strabon, les fait vivre plus de trois cents ans. Suivant Philostrate, l'éléphant de Porus vivait encore quatre cents ans après ce roi. Pline fixe les limites de la vie de ces quadrupèdes entre deux cents et trois cents ans. Aristote a été plus près de la vérité en la fixant de cent vingt à deux cents ans !. En effet, selon l’{yéen Akbery, Véléphant ne vit pas au delà de cent vingt ans ?.

Ce n’est pas uniquement à cause de sa taille que l’éléphant tient le premier rang parmi les quadrupèdes : 1! : doit surtout ce privilége à sa rare intelligence. Une fois dompté, une fois familiarisé avec l’homme, il devient non-seulement un serviteur docile, mais on dirait presque un ami empressé. Il ne se borne pas à obéir à la voix de son maitre, il cherche à lire dans ses yeux, 1l devine, 1l prévient ses volontés. Chez la plupart des animaux, c'est la crainte qui détermine l’obéissance ; chez l'éléphant, c’est la sympathie et la reconnaissance. Il s’attache à son bienfaiteur, il s'expose pour le servir , :l le

! Strab., Geogr., xv, 1, p.280.—Philostrat., Apollon. vit., Bb. xv. — Plin,, Hist. nat., vin, 10. — Aristot., Animal. ,1%,,72.

? Ayéen Akbery, or the instilutes of the emperor Akber, translated by F, Gladwin; London, 1860,

ë HISTOIRE MILITAIRE défend au péril de sa vie. Mais s’il conserve le souvenir des bienfaits, 1l ne perd pas celui des injures, et quand il en a reçu, 1l épie longtemps l’occasion de se venger.

Ce qui, avant l'invention de la poudre, donnait à cet animal une grande importance, c'était l'extrême dureté de sa peau, que le grave Cassiodore ‘ a caractérisée avec justesse par l’épithète d’ossea. Pour attaquer ce géant des quadrupèdes , les anciens durent inventer des armes extraordinaires ; et souvent ils furent réduits à le battre, pour ainsi dire, en brèche avec des machines. De nos jours même les fusils ne sont pas d’un grand effet contre lui: on a été quelquefois dans la nécessité d’employer de véritables feux de peloton, et, après l'avoir terrassé, l’on a retiré jusqu’à quatre-vingts balles de son corps?. Il n'y a pas longtemps que pour chasser deux éléphants qui faisaient de grands dégâts dans le district de Bombay, on fut forcé d'envoyer des troupes avec du canon; et l’on ne parvint à les tuer qu’après leur avoir fait essuyer plusieurs décharges de grosse mitraille*. Au reste, nous avons eu de pareils faits presque sous nos yeux, et tout le monde a entendu parler de léiéphant qu'on fut obligé d’expédier à coups de canon à Genève en 1820, et de celui dont on ne parvint à se délivrer à Venise, deux ans auparavant, qu’en employant le même moyen “.

Ce précieux avantage, qui rendait l'éléphant presque invulnérable, a fournt au poëte Lucain le sujet d’une belle description :

1 Var. Epist., bb. x, 30.

2 Asialic Journal, 1828, 1832.

% Artcle du Bombay Courrier, rapporté dans le Courrier français du 19 mars 1840.

# Biblioth. univers. de Genève, tom. xiv (1820), et les journaux du temps.

.......... Densis elephas oppressus ab armis Omne repercussum squalenti missile tergo Frangit, et hærentes mota cute discutit hastas : Viscera tuta latent penitus, citraque eruorem Confixa stant tela feræ; tot facta sagittis,

Tot jaculis, unam non explent vulnera mortem !.

Strabon assure que les Maures et les Numides faisaient des boucliers à l’épreuve, avec la peau de cet animal”: et tel était, au dire d’Appier, celui de Massinissa. Pomponius Mela raconte que, de son temps, on montrait à Tingis un de ces pavois d’une grandeur démesurée, et que l’on disait avoir appartenu au géant Antée * ; enfin, aujourd’hui encore, les habitants du Sennär et les Abyssins font avec le cuir de l'éléphant des boucliers qui les garantissent des flèches et quelquefois même des balles.

L'on à cru, et l’on a trop facilement répété, que l’éléphant ne faisait point de mal à ceux qui ne lavaient pas provoqué. Ce fait, admis par Buffon, n’est vrai qu'avec des restrictions; on sait, en effet, qu’à certaines époques de l’année, et spécialement au temps du rut, les éléphants sont sujets à des accès de férocité qui les poussent au carnage et à la destruction : alors ils sortent de leurs retraites, dévastent les récoltes, arrachent les arbres, renversent les chaumières, courent sur les hommes qui ont le malheur de se trouver à leur portée. Heureusement ces paroxysmes ne durent que quelques semaines, pendant lesquelles les éléphants se livrent des combats acharnés pour la possession de leurs femelles. Pline connaissait très-bien ces particularités : «Circa «coitus, maximé efferantur, et stabula Indorum denti-

1 Pharsal., vi, vers. 209 sqq.

2 Strab., Geogr., XVH, 5, p. 482.

3 Pompon. Mela, 1, 5.

«bus sternunt!;» et Aristote en avait parlé avant le naturaliste romain *. Les éléphants attaqués de cette rage érotique sont connus au Bengale sous le nom de Must, qui veut dire furieux, et à Ceylan sous celui de funfédors. Is sont un objet de terreur pour les voyageurs; et Je pourrais donner beaucoup d'exemples de malheureux qui ont été leurs victimes *.

Les éléphants d'Afrique sont, comme ceux d’Asie, sujets à ces accès de fureur. Les Anglais avaient dernièrement établi, au delà de Fishriver, une station militaire dépendante de leur colonie du Cap; ce poste, qui portait le nom de Frideriksbourg, n’était entouré que d’un rang de palissades. Les éléphants sauvages venaient la nuit rôder autour, arrachaient les pieux. renversaient les baraques, et tuaient les soldats. Pour mettre le poste à l'abri de ces incursions, on l’entoura d’un fossé et d’un épaulement, sur lequel on établit de l'artillerie. Les éléphants s’étant encore présentés , on les repoussa à coups de canon; mais ils ne renoncèrent à leurs attaques qu'après avoir laissé quinze des leurs sur le terrain. Ce penchant de l'éléphant à détruire est un fait constaté, dont les anciens ont tiré parti pour l'attaque des lieux fortifiés; nous aurons l’occasion de le démontrer plus tard,

L'espèce de l'éléphant appartient exclusivement à l’ancien continent, où elle est à peu près circonserite entre les tropiques. En Afrique, en partant des bords du Sénégal, on trouve l'éléphant dans l’intérieur des terres et le long de la côte, jusqu'à la rivière d'Orange

1 Plin., ist. nat., vur, 9.

2 Aristot., ist. animal., V1, 17, 18.

3 Relation du Ceylan, par Wolf, 1716. — Baldæus, Description of Ceylon, 1672. — Ritter, Géographie. — Vict. Jacquemont , 'orrespondance.

DES ÉLÉPHANTS. — LIV, 1, CHAP. I. ii

et aux environs du cap de Bonne-Espérance; une partie des atterrages de la Guinée a reçu le nom de côte de l'Ivoire, à cause ducommerce qu’on y fait de dents d’éléphant; enfin, il y a une baïe des Éléphants dansle royaume de Benguéla, et une rivière des Éléphants dans le gouvernement du Cap. Mais les progrès de la colonisation ont refoulé ces animaux dans l’intérieur des terres, où. de tout temps, d’après le témoignage d'Hérodote, de Strabon, et de Léon l’Africain!, ils ont été très-communs. Les ambassadeurs envoyés par Justinien, en 531, auroi d'Éthiopie , racontèrent qu'ils avaient vu, entre Axzum et Adulis, un troupeau d’éléphants sauvages composé au moins de cinq mille têtes?. Le major Denham, qui voyageait dans le Bornou en 1823, rencontra plusieurs centaines d’éléphants sur les bords du lac Tchad; le naturaliste Ruppel et le voyageur Rochet d'Héricourt en ont vu dernièrement beaucoup en Abyssinie, sur la côte d’Adel et dans le royaume de Choa*. Enfin, depuis le Dongola et le Sennàär jusqu'aux Cafres et aux Boschimens, toute la plage est peuplée d’éléphants, et les vaisseaux vont prendre de fortes cargaisons d'ivoire sur les côtes du Zanguebar et du Mozambique.

De tout temps les Éthiopiens ont donné la chasse aux éléphants pour en retirer l'ivoire, et pour se nourrir de leur chair. Cette nourriture était surtout en grande faveur chez les Troglodytes, qui habitaient sur la côte du golfe Arabique, et auxquels on avait donné, à cause

1! Herodot., 11, 97,114, ed. Gronov. — Strab., xvu, 2, p.472. — Leo. Afric., Africæ descript., tom. 1.

? Le Beau et Saint-Martin, Hist. du Bas-Empire, lv. XL.

3 Dusgate, Append. 1", à la suite des Recherches sur la topographie de Carthage, par M. Dureau de La Malle. — Nouv. annal. des voyages, octobre 1841. — Burkardt, Travels in Nubia. — Lobo, l’oyage en 4byssinie.

de cela, le nom d’éléphantophages. Tel est le seul parti que ces peuples ont jamais su tirer de ce noble quadrupède; on ne connaît, en effet, aucun fait dont on puisse induire qu'ils s’en soient jamais servi, ni pour la guerre ni même comme bête de somme.

Quant aux Éthiopiens de l’intérieur, on peut affirmer qu'ils ignoraient, du temps de Xerxès 1°, les services que pouvaient rendre les éléphants à la guerre. En effet, ils fournirent à ce prince, pour sa célèbre expédition contre la Grèce, un fort contingent de troupes; et ce roi, qui demanda aux Arabes des escadrons de dromadaires, et tâcha de réunir tous les moyens qui pouvaient donner de l’importance à ses préparatifs et assurer le succès de son entreprise, n'aurait pas manqué de leur demander des éléphants, s'ils eussent pu lui en fournir ?. Au vi siècle même, s’il faut en croire le témoignage de Cosmas /ndicopleustes, qui voyagea à cette époque en Éthiopie, les peuples de cette contrée ignoraient encore l’art de dresser les éléphants. Îls tentaient cependant, de temps à autre, d’en dompter quelques-uns pour les plaisirs ou pour le service de la cour, et ce genre de luxe serait resté en faveur parmi eux, si nous ajoutons foi à l'Anglais Webbe, qui visita l’Abyssinie sur la fin du xXvI° siècle. On pourrait même inférer de la relation de l'Espagnol Marmol, que, vers la même époque, les Abyssins essayaient d’organiser des éléphants pour la guerre; mais à tout prendre, je pense qu’il n’y à rien d’avéré à cet égard.

Non-seulement les éléphants ont toujours habité les parties de l'Afrique que nous venons d'indiquer, mais il fut un temps où ils vivaient en liberté sur toute la plage

! Agatharchid., de Mari rubro, ap. Hudson, Geogr. Gr. min., {.1. 2 Herodot., vis, 70.

qui s'étend depuis la Méditerranée jusqu’à la chaîne de l'Atlas. J'ai jugé important de rechercher et de réunir iei les preuves de ce fait, qui mérite également de fixer l’attention du naturaliste et celle de l’archéologue.

I. En commençant par les documents les plus anciens, je citerai d’abord le Périple d'Hannon, fragment précieux auquel on assigne deux mille quatre cents ans. d’antiquité. Ce navigateur, envoyé par les Carthaginois pour explorer les côtes occidentales de l'Afrique, raconte qu'ayant à peine franchi les colonnes d'Hercule, il vit une multitude d'éléphants qui paissaient en liberté sur la côte, c'est-à-dire aux environs du cap Spartel d'aujourd'hui'. Hérodote affirme que dans cette partie de l'Afrique qui se trouve à l'occident du fleuve Triton, ily avait des forêts qui recélaient une grande quantité d’éléphants *. Or, le Triton sort de l'Atlas et se jette dans la petite Syrte : le pays désigné par Hérodote n’est donc autre que l’ancienne Byzacène, c'est-à-dire une partie de la régence actuelle de Tunis.

IL. Selon Diodore de Sicile, il y avait entre le bord occidental du Nil et les sables de la Libye, un canton remarquable par sa fertilité, et où les éléphants se rendaient en troupe, attirés par la bonté des herbes et des roseaux qui y abondaient*. Quoique la topographie de cette partie de l'Afrique ait subi de grandes modifications, je pense que les lieux indiqués par Diodore ne peuvent être que les alentours du lac Mæris, ou la vallée fertile, jadis arrosée par le Lycus, rivière maintenant desséchée, mais dont le lit est encore reconnaissable. Près de là se trouvait la petite Oasis, renommée par l’abondance de ses

Hannon., Peripl., ap. Hudson, Gcogr. min., tom. 1. Herodot., 1v, 191.

Diodor. Sicul., 11, 10.

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eaux et par la fraicheur de sa végétation. Si l’on admet cette conjecture, qui me paraît s’accorder assez avec la séographie et avec la narration de l'historien , il en résultera que les éléphants ont autrefois habité sous une latitude de dix degrés au moins plus au nord que celles où ils vivent maintenant.

IL. Strabon nomme plusieurs fois l'éléphant parmi les animaux indigènes de la Mauritanie. Polybe parle également de la grande quantité d’éléphants qu'on trouvait en Afrique, et quoiqu'il ne cite aucune localité en particulier, on voit clairement qu’il entend désigner l'Afrique romaine, c’est-à-dire la partie septentrionale de la péninsule ?. Selon Pomponius Mela, il y avait des bois peuplés d’éléphants entrele mont Atlas et la Gétulie*, indications qui, selon moi, répondent à la partie de la Mauritanie qui est baignée par la mer Atlantique, et précisément au canton où Pline a placé les Autololes *. Elien assure également que l’on rencontrait des éléphants dans les forêts du mont Atlas, et il ajoute que les plus vieux et les invalides allaient finir leur vie dans ces retraites, où les chasseurs se faisaient scrupule de les troubler. Enfin, selon ce même auteur, les empereurs envoyaient en Mauritanie des officiers pour faire la chasse aux éléphants *.

IV. Une preuve irrécusable de l’ancienne existence de ces animaux en Numidie a été consignée par Plutarque dans la vie de Pompée”. En effet , suivant le biographe, ce général, après avoir vaincu les partisans de Marius en Numidie, voulut s'arrêter encore quelques jours dans

Strab., Geogr., XVI, 2.

Polyb., Fragm., bib. xir, c. 3.

Pomp. Mel., hb. m1, 10.

Plin., Hist. nat, a.

Ælian., Animal., vu, 2: x, 1.

$ Plutarch.; Pomp., 12.

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