‹ Histoire militaire des éléphants, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'introduction des armes à feu; avec des observations critiques sur quelques-uns de plus célèbres faits d'armes de l'antiquitéChapitre 20 sur 79 · DÉFAITE DES GALATES PAR ANTIOCHUS SOTER · texte numérisé non relu

DÉFAITE DES GALATES PAR ANTIOCHUS SOTER

Les Galates, nation puissante et belliqueuse de l'Asie, tiraient leur origine de colonies gauloises qui, par des migrations successives, s'étaient transportées des bords du Rhin jusqu’en Phrygie. Mélés aux Asiatiques et aux Grecs qui habitaient cette contrée, et renforcés par des bandes de leurs compatriotes, accourues de divers points de l’Europe, ils formèrent un État considérable qui prit le nom de Galatie ou Gallo-Grèce , et qui figura longtemps dans les révolutions politiques de l'Asie.

À l'époque dont nous parlons ils étaient en guerre avec les Syriens ; leur armée se composait, outre une infanterie formidable, de20,000 chevaux et de 200 chars armés de faux. Celle d’Antiochus Soter était inférieure en nombre et en valeur ; le seul avantage que ce prince eût sur eux consistait en 16 éléphants qu'il gardait en réserve; du reste 1l se méfiait tellement de ses troupes, qu’arrivé en face des Galates, il n’osait pas en venir aux mains ; déjà même 1l prenait ses dispositions pour la retraite, lorsqu'un Rhodien, nommé Théodotas , homme de tête et de cœur, lui conseilla d'attendre de pied ferme la charge des

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ennemis, et de tenir ses éléphants cachés derrière ses lignes, pour les lancer tout à coup, au moment de l’attaque. Îl suivit ce conseil, et il eut lieu de s’en applaudir.

L'armée des Galates s’avançait en bon ordre, ayant au centre la phalange serrée et formée sur vingt-quatre rangs, et sur chaqueaïile 10,000 cavaliers. 80 chars drépanophores étaient rangés devant le centre, dont le premier rang était formé d'hommes recouverts de fer; les autres chars étaient en réserve. Antiochus fit lâcher à la fois ses {6 éléphants, de manière que 8 fussent dirigés sur le centre , et 4 sur chaque aile. Cette apparition inopinée frappa de terreur les Galates, qui n'avaient jamais eu en tête de pareils adversaires; leurs chevaux effrayés se retournèrent précipitamment , les conducteurs furent jetés en bas des chars, et ces terribles instruments de destruction, poussés au hasard, où Peffroi des chevaux les entrainait, rompirent l'infanterie, la sillonnèrent en tous sens , et y firent un horrible carnage. Les Syriens, profitant du désordre, taillèrent en pièces les Galates; tandis que les éléphants , poursuivant les fuyards, les écrasaient sous leurs pieds, les perçaient de leurs défenses, ou les lançaient en l'air avec leurs trompes. Enfin Antiochus, qui avait craint un entière défaite, remporta une victoire signalée. On dit qu’il eut la modération de ne pas se vanter d’un succès dont il était uniquement redevable à la terreur panique de ses ennemis. Ce fut en vain que ses soldats vinrent lui offrir des couronnes, et lui décerner le titre de glorieux vainqueur. « Hélas! leur dit-il, nous devrions plutôt rougir d’une victoire dont le mérite n'appartient qu'à des brutes. » Il sanctionna la sincérité de cet aveu, en faisant élever sur le lieu du combat le simulacre d’un éléphant : ce fut le seul trophée qu'il se crut permis de dresser.

Ce singulier événement a fourni au spirituel Lucien

le sujet d’une brillante narration. C’est malheureusement

le seul document un peu circonstancié qui nous soit parvenu sur la victoire d’Antiochus. Appien se contente de la mentionner sans entrer dans aucun détail'. La date de cette bataille est incertaine , mais on peut la rapporter avec assez de probabilité à lan 275 avant notre ère; c'est l'opinion du savant Heeren. L'action a vraisemblablement eu lieu sur les confins de la Cappadoce ou de la Phrygie, provinces des États d’Antiochus limitrophes des Galates.

En suivant toujours l’histoire des rois de Syrie, nous arrivons à Antiochus IIL, surnommé /e Grand, V'un des princes de cette famille qui ont possédé le plus d’éléphants. Outre ceux qui lui avaient été laissés par ses prédécesseurs , il en ramena un grand nombre de la haute Asie et de lInde, où il fit deux expéditions. La première fut dirigée contre Euthydème, qui s'était déclaré roi de la Bactriane, et qu’il força à entrer en arrangement et à lui livrer un grand nombre d’éléphants. Il s’avanca ensuite au delà de l’Indus, dans les États de Sophagasenus , qui régnait sur les contrées qui avaient autrefois appartenu à Porus et à Taxile. Il fit alliance avec ce prince, et en obtint des présents considérables en argent et en éléphants. Ceux de ces animaux qu’il ramena en Syrie s'élevaient, suivant Polybe, au nombre de 150. Nous savons enfin que ce prince fit venir de l'Inde un renfort d'éléphants lorsqu'il se prépara à la guerre contre les Romains. Cette particularité est constatée par le récit

{ Lucian., Zeuxis vel Antiochus. — Appian., Bell. syriac., 1xv. — Amédée Thierry, Histoire des Gaulois, première partie, ch. 5. — Flathe, Geschichte Macedon., t. 1. — Folard, Commentaire sur Po-

lybe , t. 1. — Guischard, Mém. milit. sur les Grecs et les Romains ,

des Étoliens envoyés à sa cour pour demander du secours , récit dont la substance nous a été conservée par Tite-Live !.

Parmi les batailles que livra Antiochus IT. pendant la longue durée de son règne, il en est une qui fait époque dans l’histoire des éléphants : c’est celle de Raphia, première occasion bien constatée où les éléphants de l'Inde se trouvèrent en présence de ceux d'Afrique, et où la supériorité de la race asiatique fut établie par le résultat.

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