‹ Histoire militaire des éléphants, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'introduction des armes à feu; avec des observations critiques sur quelques-uns de plus célèbres faits d'armes de l'antiquitéChapitre 21 sur 79 · BATAILLE DE RAPHIA · texte numérisé non relu

BATAILLE DE RAPHIA

(M17.av. D: CG)

Les rois d'Égypte s'étaient emparés d’une partie de la Syrie, et avaient poussé leurs incursions jusqu'aux bords de l’'Oronte. Antiochus le Grand, dès le commencement de son règne, se mit en mesure de reconquérir les provinces qui avaient été enlevées à l’ancien héritage des Séleucides. Ses premiers efforts furent heureux, et les Égyptiens , forcés sur tous les points , furent refoulés sur le Nil. Mais Ptolémée Phrlopator rassembla une nouvelle armée aux environs de Pelusium, et s’apprêta à fondre sur la Syrie. Ses troupes se composaient en grande partie de soldats mercenaires : on y voyait des Grecs, des Gaulois, des Thraces, des Arabes, et tout cela, ajouté aux Égyptiens, formait un effectif de 70,006 fantassins et de 5,000 chevaux , auxquels on avait joint 73 élé-

ch. 2. — Les détails ajoutés par ces deux derniers auteurs ne me paraissent pas vraisemblables.

{ Polyb., Hist., x1, 34. — Tit. Liv, xxxv., 32. — Schlegel, Zndi. sche Bibliothek. — Bayer., Histor. regni Bactriani.

phants. Antiochus s’avançait de son côté avec des forces non moins considérables, tirées de ses vastes États et des contrées barbares de la haute Asie, Perses, Mèdes, Arméniens, qu'il avait réunis aux Grecs, aux Syriens, aux Galates, dont se formait le noyau de son armée. Il comptait sous ses drapeaux 71,000 hommes de pied, 6,000 chevaux et 102 éléphants.

Les deux rois se trouvèrent en présence sous les murs de Raphia, ville de la Palestine, à quelque distance de Gaza. L'ordre de bataille était le même des deux côtés : au centre, l'infanterie; sur les ailes, la cavalerie protégée par les éléphants. Ceux de Ptolémée appartenaient à la race d'Afrique; ceux d’Antiochus étaient de la belle espèce de l’Inde. Le premier en avait placé 33 devant son aile droite, et 40 devant sa gauche, où il commandait en personne. Antiochus en avait 42 sur la gauche, et 60 devant son aile droite, dont il s’étaitréservé le commandement. Ce fut par ce côté que commença le combat.

On vit d’abord les éléphants s’avancer d’un air menaçant, s'attaquer de front, entrelacer leurs trompes, et employer chacun toute sa force et toute son adresse pour rester maïître du terrain et faire reculer son antagoniste. D’après la description que Polybe nous a donnée de cette bataille, ces animaux luttaient avec leurs défenses comme les taureaux luttent avec leurs cornes, et aussitôt que l’un était forcé de prêter le flanc, l’autre le transperçait et l’étendait mort à ses pieds. En même temps. les soldats postés dans les tours combattaient entre eux à coups de traits et de sarisses; enfin, les deux armées contemplaient avec effroi ce terrible engagement, qui se termina par la destruction de presque tous ceux des éléphants de l’armée de Ptolémée qui avaient pris

Aujourd'hui Réfah ou Retha.

part au combat. Ceux, en petit nombre, qui purent se soustraire au carnage, se replièrent sur la cavalerie égyptienne et y jetèrent le désordre.

Encouragé par cet heureux début, Antiochus attaqua l'aile gauche et la rompit; puis, se croyant sûr de la victoire, il se mit inconsidérément à poursuivre les fuyards , tandis que Ptolémée, cédant à la peur, abandonnait lâchement le champ de bataille. Rien n’était cependant décidé, car les centres et les deux autres ailes n'avaient point encore pris part à l’action. L’aile droite des Égyptiens était commandée par un officier de mérite, Échécrate, qui vit la possibilité de rétablir la fortune du combat. Ce qui venait de se passer lui avait fait comprendre qu'il ne pouvait compter sur ses éléphants : il les fit donc retirer, et attaqua, avec sa cavalerie, l'aile gauche des Syriens, en la prenant en flanc et en faisant avancer une autre colonne pour la couper du centre de l’armée. Cette manœuvre lui réussit, et 1l obtint de son côté le même succès qu'Antiochus avait obtenu à l’autre extrémité de la ligne. Il ne resta plus alors sur le terrain que les deux phalanges : c'était par elles que le sort de la journée devait se décider. Les chefs de l’armée ésyptienne parvinrent à ramener Ptolémée, qui, soutenu par ses meilleurs officiers, se mit à la tête de son corps de bataille et chargea les Syriens. Ceux-ci, consternés de l'absence de leur roi, n’opposèrent qu'une faible résistance, et Ptolémée eut tout lavantage de la journée, tandis qu’Antiochus, lorsqu'il revint, trop tard , de son imprudente poursuite, eut à peine le temps d’assurer sa retraite.

La perte des Syriens fut de 15,000 hommes tués ou prisonniers et de 5 éléphants; celle des Égyptiens fut de 2,006 hommes environ; mais 16 de leurs éléphants furent tués, et presque tous les autres tombèrent entre

les mains de l'ennemi. Après la victoire, Ptolémée sacrifia 4 éléphants au soleil, et lui en consacra 2!.

Le même Antiochus III eut, sur la fin de son règne, le malheur d'écouter les suggestions d’Annibal, et de s'attirer ainsi l’inimitié des Romains. Ayant rompu ouvertement avec eux, 1l porta la guerre en Thessalie, et tenta vainement de les arrêter aux Thermopyles. Forcé de regagner à la hâte son royaume, il éprouva auprès de Magnésie une défaite complète, et dut abandonner aux vainqueurs une partie de ses États. ses vaisseaux et tous ses éléphants. Antiochus Épiphanes, son fils et son successeur, parvint cependant à réorganiser un train de ces animaux, qu'il émploya dans ses guerres contre Égypte et contre les Juifs?; et il les fit paraître richement parés ou attelés à des chars magnifiques dans les fêtes qu’il donna , et dont Polybe nous a conservé la description*. Antiochus £Eupator entretint aussi beaucoup d’éléphants de guerre *, et ses successeurs, jusqu’à la réduction de la Syrie en province romaine, en eurent toujours plus ou moins.

Tant que la puissance des Séleucides s’étendit jusqu’à l'Inde, il leur fut facile de tirer des éléphants de cette contrée ; mais ils perdirent toute influence du côté de lorient, une fois que les Parthes se furent établis sur le Tigre et sur l’Euphrate. S'ils continuèrent encore à tirer des éléphants de l'Inde, ils ne purent les obtenir qu’à prix d’argent et par la voie du commerce.

1 Polyb., Hist.,v, 19, 83,87.— Macchab., im, 1.— Folard,Commentaire sur Polybe,1.v.—Schlegel, Zndische Biblioth.—Flathe, op. laud.

2 Et intravit Ægyptum in multitudime gravi, in curribus et ele- «phantis et equitibus.» (Macchab., 1, 1, 18.)

# Polyb., Fragm., lib. xxx1, 3.

# «In multitudine peditum , et in mullibus equitum , et in octo- «ginta elephantis confidebat.» (Macchab., 1, x1, 4.)

Ils avaient , aux jours de leur prospérité, établi le dépôt principal de ces quadrupèdes près de la ville d’4pamée, fondée par Séleucus Vicator, au confluent du Marsyas et de l’Oronte. Le territoire de cette ville était si fertile, qu’on y nourrissait non-seulementtous les éléphants, mais encore les chevaux et une partie de l’armée; et 1l paraît que les habitants tiraient vanité de cet établissement, car la figure de l'éléphant se rencontre souvent sur leurs médailles !.

! Strab., Geogr., XVI, 2, p.358. — Gisb. Cuperus, de Elephant. in nummis obviis, ap. Sallengre , Vov. thesaur. antiquit. roman., t. ni. — Cellar., Votit. orbis antiq., 1, 12. — Apamée n’est plus maintenant qu'un pauvre village appelé Famiéh, dans le pachalik de Damas.

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