‹ Histoire militaire des éléphants, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'introduction des armes à feu; avec des observations critiques sur quelques-uns de plus célèbres faits d'armes de l'antiquitéChapitre 22 sur 79 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les Lacipes. — Règne remarquable de Ptolémée Philadelphe. — Découvertes en Afrique. — Établissements sur le golfe arabique. — Progrès de la navigation et de la géographie. — Chasses aux éléphants. — Nombre considérable de ces animaux amenés en Égypte. — Ptolémée Évergètes. —Ses expéditions. — Ptolémée Philopator, — Ptolémée Philométor. — Coup d’œil général sur cette dynastie.

Après les Séleucides , ce fut aux Lagides qu’échut la plus belle part dans la succession d'Alexandre. Ptolémée, fils de Lagus, appelé aussi Ptolémée Soter, passe pour le plus habile politique, et il fut certainement le plus heureux de tous les successeurs du conquérant macédonien. Îl eut l'adresse, lorsqu'on fit la distribution des provinces, de choisir pour sa part le pays le plus riche et le plus facile à garder. L'Égypte, en effet, entourée de nations peu belliqueuses, ou de contrées peu accessibles aux armées, n’avait à craindre que pour sa frontière de Syrie, laquelle était elle-même resserrée entre deux mers, et protégée par le désert et par la branche orientale du Nil. L’isthme de Suez offrait d’ailleurs aux armées égyptiennes un passage naturel pour pénétrer en Âsie, et une retraite assurée en cas de revers. Les contrées adjacentes, la Nubie, l'Éthiopie, la Cyrénaique, pouvaient en outre être regardées comme des dépendances faciles à conquérir , et il y avait possibilité de reculer les limites de la nouvelle monarchie autant que l'exigerait l'intérêt ou l’ambition de ses souverains.

Ces motifs déterminèrent le choix de Ptolémée, et les événements justifièrent ses prévisions. L'Etat qu’il fonda fut le moins agité, le plus florissant et le plus durable

de tous ceux qui s’élevèrent sur les débris de l'empire d'Alexandre. Ptolémée protégeait les lettres, et 1l Les cultivait; 1l avait composé une we d'Alexandre, que les anciens estimaient beaucoup, et dont Arrien, Plutarque et Quinte-Curce se sont servis pour écrire leurs histoires. Ce fut lui également qui fonda le musée et la bibliothèque d'Alexandrie, établissements qui, sous ses successeurs, furent portés au plus haut degré de splendeur.

Lorsque lon fit le partage des dépouilles d'Alexandre, Ptolémée eut comme les autres sa part d’éléphants, et il put ensuite l’augmenter lors des victoires qu'il remporta sur Perdiccas et sur Antigone. Mais, moins heureux que les Séleucides, les Lagides ne pouvaient, sans passer sur un territoire étranger, faire venir de l'Inde leurs remontes ; les marchés de ce pays devenaient même inaccessibles pour eux, toutes les fois qu’ils étaient en guerre avec les rois de Syrie, ce qui arrivait souvent. Il leur eût donc été difficile, s'ils n'avaient eu une autre ressource, de réparer les pertes causées par le temps et par les accidents. Mais une fois que leur domination fut bien établie et qu'ils commencèrent à entretenir des relations avec les États de l’intérieur de l'Afrique, ils apprirent que les éléphants étaient abondants dans ces contrées, et ce fut de ce côté qu'ils dirigèrent leurs vues. Ptolémée fils de Lagus, engagé dans des guerres continuelles, et tout occupé d'assurer sa domination, n’eut jamais assez de loisir pour entreprendre l’exploration des pays situés au midi de son royaume. Cette tâche était réservée à son fils, Ptolémée Philadelphe, prince entreprenant et éclairé, qui s’'appliqua à perfectionner, par de solides institutions, ce que son père avait créé par la force de son épée.

Pendant toute la durée de son long règne, Ptolémée Philadelphe poursuivit‘ le noble projet de faire de

l'Égypte un vaste foyer de civilisation, et de sa cour, le centre des lumières, des arts et de l’industrie. Dans cette vue il ouvrit ses palais et ses trésors aux hommes distingués de tousles pays. Bientôt, en effet, ils vinrent se presser autour de lui, pour jouir à sa cour de l’aisance et de la paix, qu'on ne trouvait plus dans les autres contrées, bouleversées par les ambitieux et tourmentées par la discorde. Ce fut alors que l’on vit les Grecs d'Europe et d'Asie accourir en foule aux bords du Nil, et y apporter le tribut de leurs talents et de leur expérience. Une colonie de philosophes, de géomètres, de littérateurs, d'artistes, s'établit à Alexandrie, et y posa les fondements de cette école célèbre qui devait recueillir le feu sacré du génie et le transmettre aux autres nations.

La première mesure que Philadelphe avait à prendre pour organiser la traite des éléphants, c'était de bien reconnaître l’intérieur des terres, et d’y établir des étapes de sûreté, afin d'assurer les communications. Avant le règne des Ptolémées, les Égyptiens sortaient peu de chez eux; ils n’avaient même formé aucun établissement maritime. Le commerce de l'Inde, abandonné aux Arabes, se faisait par le port de Suez, où les Égyptiens venaient en acheter les produits, pour les transporter chez eux au moyen des caravanes. Philadelphe se proposa non-seulement d’affranchir son pays de cette dépendance, mais même de lui assurer le monopole des mers de l’Europe et de l'Asie, en établissant dans la capitale de ses États l’entrepôt général du commerce. Le succès dépassa ses espérances, car Alexandrie a conservé pendant une longue suite de siècles, et jusqu’à la découverte du cap méridional de l'Afrique , une immense supériorité commerciale ‘.

Î Ameilhon, Æistoire du commerce et de la navigation des Égyp-

Pour préparer ce brillant avenir, Philadelphe commença par faire reconnaître le cours du Nil, la plus commode et la plus naturelle des communications entre l'Égypte et l’intérieur de l’Afrique. Des officiers, des géographes, des commerçants, remontèrent le fleuve aussi haut qu’il fut possible, pénétrèrent dans l’intérieur des terres, et y établirent des postes dans le but d’assurer les communications et de contenir les habitants. L’histoire a conservé les noms de Bion, de Timosthènes, d’Aristocréon, de Basilis, de Simonides, qui, à la tête d'un certain nombre de troupes et d’une petite flottille, accomplirent cette importante mission. Après s'être avancés tous ensemble jusqu’à Méroé, ils se séparèrent, et suivant les différents affluents du Nil, ils pénètrèrent au cœur de l’Afrique, et découvrirent des contrées dans lesquelles peu de voyageurs ont osé s’aventurer depuis. Partout ils assurèrent l'influence de leur gouvernement , établirent des comptoirs, et fondèrent des colonies.

Philadelphe eut aussi la pensée de rétablir le canal commencé, suivant la tradition, du temps de Néchao, pour établir une communication entre le Nil et la mer Rouge. On se mit, en effet, à l'œuvre; mais après que l’on eut poussé pendant quelque temps les travaux avec vigueur, on craignit que les avantages de cette entreprise ne fussent accompagnés de graves inconvénients, et l’on n’osa pas la poursuivre !. Dans tous les cas, ce canal n’aurait été vraiment utile qu'aux habitants de la basse Égypte. Pour procurer les mêmes avantages aux autres parties de ses États, Ptolémée fit ouvrir deux grandes routes qui, partant de Coptos (aujourd’hui Kept),

tiens sous le règne des Ptolémées. — Robertson’s Historical disquisition concerning India, etc.

! Voyez la note B à la fin du volume.

ville située près du Nil dans la haute Égypte, allaient en traversant le désert jusqu'à la mer Rouge. L'une aboutissait au port de #/yos-Hormos, l'autre à celui de Bérenice, près du tropique. De cette manière tous les points de l'Égypte se trouvèrent en communication avec la côte, et la vallée du Nil devint un vaste entrepôt entre la Méditerranée et la mer des Indes. Malgré les révolutions qui, tant de fois, changèrent la face de ce pays la belle conception des Ptolémées régla, pendantdix-huit siècles, les destinées du commerce. Le golfe Arabique et le Nil furent, soit du temps des Romains, soit au moyen âge, la route principale par laquelle les trésors del’Orient affluèrent en Europe ‘. Ce fut de cette source que Venise, Gênes, Pise, Marseille, tirèrent les richesses et la puissance qui les rendirent si florissantes ; enfin la révolution commerciale qui s'opère en ce moment n’a d'autre but que de diriger encore une fois par la même route les communications de l’Europe avec l'Inde.

Ces explorations par terre, ces projets d'établissements maritimes, cadraient admirablement avec l'intention qu'avait Ptolémée Philadelphe de tirer des éléphants de l'intérieur de l'Afrique. Dans ce but, il envoya d’abord à la découverte plusieurs navires commandés par Ariston, par Satyrus, par Timosthènes, et par d’autres officiers de sa flotte, auxquels il enjoignit de longer la Troglodytique, c’est-à-dire cette partie de la côte d'Éthiopie qui s'étend jusqu’à l'entrée du golfe Arabique. Ils devaient

1 Les deux échelles de commerce que nous venons de nommer n’ont pas changé de destination, s’il est vrai que Hj'os- Hormos réponde à la position du Vieux-Kosseir, et Bérénice au Foul-Bay des Anglais ou au Minet-Bellad-el-Habesh des Arabes. Voyez à ce sujet Gosselin, Recherches sur la géographie des anciens ; Heeren, /dées sur la politique et le commerce des peuples de lantiquité , t. 1V; et l'ouvrage d’Ameilhon, que j'ai déjà cité.

reconnaitre les lieux propres à labordage , y faire des descentes, et entrer en relation avec les indigènes, afin de découvrir les endroits fréquentés par les éléphants, et de prendre des renseignements relativement aux établissements qu’ils étaient chargés de préparer. Ces ordres furent exécutés avec intelligence, et Satyrus eut la gloire de fonder la première colonie égyptienne qui fut établie sur la côte de la mer Rouge. Il l’appela Phrlotera ou Philoteris, du nom d’une sœur du roi. Timosthènes, qui avait dirigé ses explorations sur d’autres points de la côte, rapporta aussi à Alexandriela description des pays qu’il avait visités !.

Au retour de ces navigateurs, Ptolémée fit équiper une nouvelle escadre, fournie de troupes-de débarquement et de tout ce qu'il fallait pour être bien reçue dans le pays et y fonder des colonies. Le commandement de cette seconde expédition fut confié à £umèdes , homme de mer aussi brave qu’expérimenté. Muni des observations de ses prédécesseurs, cet officier fit voile du port d’Arsinoë (Suez), et cingla droit au midi. vers un point de la côte qu’on lui avait désigné comme le plus à portée des lieux où abondaient les éléphants. C'était une presqu’ile où se trouvait un bon port, à proximité d’un lae appelé Honoleus, à quelques degrés au delà du tropique. Eumèdes, y ayant abordé, se retrancha du côté du continent pour assurer sa position, ef entra en pourparlers avec les naturels, pour les engager à lui servir de guides dans les chasses qu'il se proposait d'entreprendre. fl posa ensuite les fondations de la nouvelle colonie, à laquelle il donna le nom de Prolémaïs Épithéras (Ptolé-

1 Strab., Gcogr., xv1, p. 769, Casaub. — Pompon. Mela, nr, 8.— Agatharchid., de Mari rub., in Phot. Biblioth., cod. cer. — Plin., Hist. nat., Vi, 33. — Suivant d’Anville, la position de Philotéris correspondrait au Nouveau-Kosseir ou Port-Blanc.

DES ÉLÉPHANTS. LIV. 1, CHAP. V. 83 mais des chasses ), dont il est souvent fait mention chez les anciens géographes. On la trouve aussi quelquefois désignée sous le nom de Ptolémaïs Thérôn. Strabon lui donne le nom de #p0ç 7% Udox rüv élepivrev , et Ptolémée, le géographe, celui de ért bipxs Tv ÉXEPAYTOY :

Tel fut le premier établissement fondé pour la chasse des éléphants. Ce ne fut pas le seul: on organisa dans la suite, sur une plus vaste échelle, la colonisation de cette partie de la côte, et on y établit d’autres stations. Une des plus importantes, dont la fondation est aussi attribuée à Philadelphe, était celle de Saba, tout à fait au midi, en face du pays des Sabéens. Une autre portait le nom Bérénice Epidire, parce qu’elle était située sur le cap de Diré, dans le détroit de Bab-el-Mandeb. À portée de tous ces lieux, il y avait dans l’intérieur des établissements pour la chasse et la garde des éléphants. Agatharchide, Strabon et Pline en font mention ; et ce système de colonies ne s’arrêtait pas aux limites du golfe : au dela même de ces limites, tout près d’'Aromata Promontorium (cap de Guardafui ), nous trouvons encorel’£lephas Promontorium {Ras-el-Fil), qui était vraisemblablement une station avancée pour la chasse de ces animaux. Ce promontoire est noté sur les cartes par 11° 50 de lat. N; enfin, un autre cap de l Éléphant etune rivière du même nom, sur la côte Troglodytique, sont cités dans les périples de Marcien d'Héraclée et d’Arrien. Cette chaine de stations maritimes se rattachait aux ports de Philotéra et de Myos-Hormos, qui servaient de relais entre le fond du golfe et les parages de l’Éthiopie.

Les communications étant ainsi assurées sur toute la

! «Ptolemaïs à Philadelpho condita ad venatus elephantorum , «ob id Epitheras cognominata, juxta lacum Monoleum.»(Plin., Hisr. nat., V1, 34.) — Selon d’Anville, le cap sur lequel était la colonie d'Épithéras serait le Ras-Ahéhaz d'aujourd'hui.

côte, Ptolémée put entreprendre ses chasses et les faire suivre avec régularité. Les habitants de la Troglodÿytique avaient la réputation d’habiles chasseurs d’éléphants : le roi d'Égypte en attira autant qu'il put à son service, et il les fit organiser en compagnies; ces compagnies partaient escortées de troupes nombreuses, précaution nécessaire pour pénétrer au milieu des peuplades féroces de l’intérieur, et elles arrivaient, après plusieurs jours de marche, à une contrée boisée traversée par une large rivière, probablement cet affluent du Nil que l’on connaît aujourd'hui sous le nom de Bahr-el-Azrek ou Fleuve- Bleu. C'était là que se tenaient les éléphants. Les moyens employés pour les prendre devaient être ceux que nous avons indiqués au chapitre premier, et dont les Grecs avaient eu connaissance dans l'Inde. Aussitôt qu'on en avait un certain nombre, on les dirigeait sur le port le plus voisin, où ils étaient gardés jusqu’à ce que l’on pût les embarquer pour l'Égypte !.

Mais le transport de ces animaux n’était pas aisé, attendu l'état imparfait de la marine à cette époque , et les difficultés que le golfe Arabique offre à la navigation. Le trajet pouvait être de deux à trois cents lieues, et même plus; la nature de la cargaison rendait nécessaires les plus grandes précautions; enfin les dangers que l’on courut dans les premières traversées firent sentir la nécessité de construire des embarcations d’une forme particulière et appropriée à ce nouveau service. C'étaient de grands bateaux non pontés et très-solides, auxquels on donna le nom de porte-éléphants | \eoavrn-

1 Avec les éléphants , on envoyait aussi des rhinocéros et des girafes. Agatharchide, à qui nous devons ces particularités, est le premier écrivain qui parle de ces animaux. Il en avait vu à Alexandrie, où les Ptolémées réunissaienttout ce qu'il y avait de curieux dans l’intérieur de l'Afrique.

DES ÉLÉPHANTS. — LIV. I, CHAP. V. 85 yat. [ls étaient assez larges pour qu’on püût y placer ces quadrupèdes , et les en faire sortir avec facilité, En outre, comme leur tirant d’eau était très-faible, ils pouvaient longer la côte, sans craindre les bas-fonds, si nombreux dans ces parages !.

Tels furent les plans que Philadelphe concçut et suivit avec persévérance, pendant un règne de trente-huit ans. Le succès couronna ses efforts, et aucun prince de la race des Lagides ne parvint à réunir autant d’éléphants, soit pour le service de ses armées, soit pour le luxe de sa cour. Saint Jerdôme dit , en faisant l’énumération de ses forces, qu'il avait 400 éléphants de guerre. Il est certain qu'il en laissa au moins un pareil nombre à son fils Ptolémée Évergète ; Car ce prince emmena 400 de ces animaux en Syrie, pour faire la guerre à Séleucus Callinicus, dont 1l ravagea, dit-on, les États, d’un côté, jusqu'à la Bactriane, de l’autre. jusqu’à l’'Hellespont. Du reste, il enleva à son ennemi, dans cette expédition, un grand nombre d'éléphants de l'Inde, dont, à son retour, il enrichit les dépôts d'Alexandrie ?.

Fidèle aux inspirations de son père, Ptolémée Evergète poursuivit avec ardeur la colonisation de lAfrique; il chargea Simmias, l’un de ses généraux , de visiter les régions maritimes de l'Éthiopie, pour s'assurer de la prospérité des nouveaux établissements, et organiser partout les chasses d’éléphants. Suivant Diodore deSicile.

l Les Grecs avaient de même donnélenom d'irrayoyet Où irrnyot à des navires destinés au transport des chevaux. Les Romains, qui avaient aussi de ces navires, leur donnaient le nom d’hippagines.

2 Hieronym., in Daniel, 1. — Diodor. Sicul., m1, 18, 41. — Schlegel, Zndische Bibliothek. — Champollion-Figeac, 4nnales des Lagides. — Monument. Adulit., in Fabrie., Biblioth. græc., t.n. —

Héeren , /dées sur la politique et le commerce des peuples de l'aniiquité , t. 1V et Vi. — Ameilhon, ouvrage cité.!

à qui nous devons la connaissance de la mission confiée à ce général, Évergète aurait conduit lui-même une expédition dans le cœur de l'Afrique, dans le but d’y porter le flambeau de la civilisation , et cette assertion a été admise par des savants distingués'. Ce qui parait hors de doute, c’est que ce prince fit reconnaitre son autorité jusqu'aux extrémités de l'Ethiopie : il nous en est resté une preuve dans la célèbre inscription d’Adulis, trouvée huit siècles plus tard aux dernières limites de cette contrée”. Nous sommes également fondé à croire qu'Évergète fitouvrir des routes et établir des postes militaires pour assurer les communications entre l'Égypte et l'Éthiopie. La chasse des éléphants dut alors être orsanisée sur une plus vaste échelle, et probablement ce

! Entre autres par M. Dureau de La Malle, dans ses savantes Recherches sur la géographie de la mer Noire et de l'Afrique, ch. 12.

2 L'inscripuon d’4dulis, dont nous devons laconnaissance à Cosmas Indicopleustes,a été publiée pour la première fois en 1631, par Léon Allatius, d’après un manuscrit du Vatican. Elle a reparu ensuite dans différentes collections , entre autres dans la Bibl. græca de Fabricius, et dans la Collect. patrum græcor. de Montfaucon. Le monument sur lequel était gravée cette inscription avait été indubitablement élevé à l'honneur de Ptolémée Évergète, et il servait peut-être autrefois de piédestal à une statue de ce prince. C'était donc une preuve que sa domination, ou du moins son influence, s’étendait sur cette partie de l'Afrique. Une autre inscription, également en grec, et placée à la suite de la précédente, parle, à ce qu'il paraît, des conquêtes d’un ancien roi d’Ethiopie dont le nom ne nous est pas parvenu. Ceux qui seraient curieux de plus amples renseignements à ce sujet pourront consulter les voyages de M. Salt et de lord Valentia; une lettre de Sylvestre de Sacy inserée dans le douzième volume des Annales des voyages (1810 ); un mémoire de M. Letronne sur l'inscription grecque du temple de l'almis en Nubie, dans le onzième volume du recueil de l'Académie des inseripuüons (1831 ); enfin les recherches de M. Dureau de La Malle, que j'ai déjà citées. |

DES ÉLÉPHANTS. — LIV. 1, CHAP. V. 87 fut à cette époque que l’on commença à conduire ces animaux à Alexandrie en suivant la voie de terre, moins dangereuse et moins dispendieuse que celle de la mer !.

Ptolémée Phrlopator, successeur d'Évergète, fut un prince indolent et efféminé. C’est de lui qu’on peut faire dater la décadence des Lagides. Il est constant toutelois qu'il se servit d’éléphants dans ses guerres, et nous en avons vu une preuve dans la bataille de Raphia, qu'il gagna sur Antiochus [IT, roi de Syrie *. Mais ce fut précisément à cette bataille que l’on acquit la triste conviction que les éléphants d’Afrique étaient incapables de lutter contre ceux d'Asie, découverte qui diminuait de beaucoup le prix des efforts qu'on avait faits pendant ies deux règnes précédents pour se procurer un grand nombre de ces animaux. On dit que Philopator avait toujours à Alexandrie un dépôt de 500 éléphants. S'iln’en emmena pas plus de 73 dans son expédition de Svrie, ce fut peut-être parce qu’il ne voulut prendre que les plus forts et les mieux dressés ÿ.

Il est naturel de penser qu'après l'expérience fâcheuse de Raphia on n’aura plus fait grand cas en Égypte des éléphants d'Afrique, et qu’on les aura réservés pour les spectacles et les parades. préférant pour la guerre le petit nombre de ceux qu’on pouvait faire venir de l'Inde. Je ne trouve pas qu’on en ait fait un grand usage pendant le règne de Ptolémée Épiphane, fils de Philopator, règne qui ne fut presque qu’une longue minorité. Mais, après la mort de ce prince, la couronne passa à Ptolémée Philométor, qui employa des éléphants dans ses

1 Voyez à la fin du volume la note C, sur les découvertes des Lagides dans l'intérieur de l'Afrique.

2 Voyez ci-dessus, au chap. 1v.

3 Macchab., 1, 4,13. — Flathe, Geschichte Macedoniens, t. u, p. 460. |

armées, et auquel l’emploi de ces animaux devint funeste. Îl venait, en effet, de remporter aux environs d'Antioche une victoire sur Alexandre Bala, lorsque son cheval, effrayé des cris d’un éléphant , le jeta à terre avec une telle violence, qu'il expira sur-le-champ.

Pendant un espace d'environ cent ans, ses successeurs continuèrent à entretenir des éléphants; mais leur histoire ne présente rien qui mérite de fixér l’attention. Nous nous contenterons d'ajouter qu’à la cour d'Alexandrie, il y avait toujours un é/éphantarque , officier d’un rang élevé, chargé du commandement supérieur de ces animaux, dont le dépôt était d’ailleurs établi à proximité de la capitale !.

Les Romains, devenus maîtres de l'Égypte, continuèrent les chasses d’éléphants établies par les Ptolémées, et firent la traite de ces animaux par les échelles du golfe Arabique. Arrien, qui écrivait au deuxième siècle de notre ère, dit que de son temps le centre du commerce de l’ivoire était à zum, en Éthiopie, et qu'on embarquait cette denrée au port d’Adalis?. «Les chasses d’éléphants, dit le savant Gosselin, se continuaient encore avec une grande activité dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. Les ports de Ptolémaïs Épithéras et d’Adulis étaient très-fréquentés, et c'était particulièrement à Adulis que se réunissaient les dépouilles de tous les éléphants qu'on tuait dans cette partie de l'Éthiopie nommée maintenant Abyssinie *. »

1 Joseph., 4ntiq.judaic., xui.— Macchab., in, 5, 45.

2? Arrian., Peripl. mar. Erythræi. Wsera question des deux villes d’Axum et d’Adulis dans la note C à la fin du volume.

3 Gosselin, Recherches sur la géographie des anciens, t. n, p. 143.

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