CHAPITRE VL
Les ANrTiconipes ou les NEo-MacÉDoNIENS. — Vastes projets d'Antisone. — Belle conduite d'Eumène. — Batailles de la Gabiène et de Gadamarta.—
Disposition remarquable des éléphants dans ces deux combats. — Les éléphants d'Eumène, surpris en route, se forment en carré pour résister. — Sédition des argyraspides. — Fin tragique d’Eumène.
La mort d'Alexandre avait été le signal de la destruction de sa famille, La tombe s'était à peine fermée sur le vainqueur de l'Orient, que déjà ses femmes, ses fils, son frère, sa mère et ses sœurs, avaient péri les uns après les autres, victimes soit de rivalités domestiques, soit de l'ambition des anciens serviteurs de la famille royale. Le trône de Macédoine, longtemps disputé, souvent ensanglanté, devint enfin le partage des descendants de cet Antigone dont nous avons raconté la mort à la bataille d’'Ipsus !.
Antigone était un des plus anciens généraux de Philippe. Il se vantait de tenir, par les liens du sang, à la famille royale ; son influence était très-puissante en Macédoine; enfin, à la mort d'Alexandre, il se trouvait investi du gouvernement d’une partie de l'Asie Mineure. Capitaine habile et bon politique, il vit d’abord tout le parti qu'il pouvait tirer de sa position, et il conçut les plus hautes espérances.
Mais ses projets furent bientôt découverts par la surveillance jalouse de Perdiceas, qui, nous l’avons vu, avait été investi de la régence. Ne se trouvant pas encore assez fort pour lutter contre lui, il prit le parti de se réfugier en Grèce, auprès d’Antipater et de Cratère, qui avaient
! Voyez pour ces événements les livres xvVit, xiX et xx de Diodore de Sicile, et les livres x11, xiv, xv et xvi de Justin.
toujours été dans ses intérêts. Ils firent tous trois cause commune avec Ptolémée, qui travaillait aussi de son côté à se rendre indépendant. Menacé par cette ligue formidable, Perdiecas se mit en campagne avec tous les officiers qui étaient restés ou qui feignaient de rester fidèles à la famille d'Alexandre.
Le plus illustre parmi ces officiers était Eumène le Cardien, dont Plutarque et Cornelius Nepos ont écrit la vie. Thrace d’origine, et venu de bonne heure à la cour de Philippe, il avait, par d’atiles services, obtenu la faveur de ce prince. Alexandre l’employa aussi, et lui confia même le commandement d’un corps de cavalerie. Eumène justifia ce choix en se montrant grand homme de guerre, et se signala par sa fidélité à la personne et à la famille de son bienfaiteur. Après la mort de Perdiccas, il se trouva à la tête de l’armée royale, et rejeta avec dédain les offres d’Antigone, qui essaya d’ébranler sa loyauté. Celui-ci ne rougit pas alors de mettre la tête d'Eumène à prix, et cette infâme tentative n'ayant pas réussi, il s’attacha à poursuivre par les armes celui qu'il n'avait pu perdre par la trahison, ni gagner par les plus séduisantes promesses.
Parmi les batailles que se livrèrent ces deux antagonistes, nous ne raconterons que celles de la Gabiène et de Gadamarta, auxquelles prirent part, des deux côtés, plus de 200 éléphants, et qui présentèrent d’ailleurs, quant à la disposition de ces animaux sur le champ de bataille, quelques particularités remarquables.
{ Plutarch., Eumen.—Corn. Nep., Eumen.— Diodor. Sicul., xviu, 40, 41,58 ,59,61. — Justin., xiv, 1,2, 3, 4. — Droysen, Geschichte der Nachfolger Alexanders.