‹ Histoire militaire des éléphants, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'introduction des armes à feu; avec des observations critiques sur quelques-uns de plus célèbres faits d'armes de l'antiquitéChapitre 28 sur 79 · BATAILLE D'HÉRACLÉE · texte numérisé non relu

BATAILLE D'HÉRACLÉE

L'armée romaine, commandée par le consul Valerius Lævinus, était campée dans la Lucanie; Pyrrhus ne tarda pas à la rejoindre. La première rencontre eut lieu aux bords dufleuve Srris, près la ville d’Æéraclée, sur le golfe de Tarente. Tant qu’il ne fut question que d'oppo-

1 T. Liv., Epitom., bb. xu1. — Justin., Hist. philipp., xvn, 2. — Pausan., Atticor., 1, 12. — Plutarch., Pyrrh. — P. Oros., 1v, 1. — Pyrrhus n’était pas le premier prince de sa race qui faisait une invasion en Îtalie; environ cinquante ans auparavant, son oncle,

ser la valeur à la valeur, non-seulement les Romains disputèrent bravement le terrain, mais ils forcèrent même les Épirotes. Suivant Plutarque, les armées plièrent sept fois, et revinrent sept fois à la charge. Sans prendre à la lettre cette assertion ,on peut du moins en conclure que l'engagement fut très-vif et le combat très-acharné. Déjà le roi était entraîné dans la déroute, et il était grièvement blessé, lorsqu'il fit avancer ses éléphants. L’apparition soudaine de ces animaux changea aussitôt la face du combat; leurs cris et leur aspect menaçant effrayèrent les chevaux des Romains, qui, se précipitant sur l'infanterie, y portèrent le désordre. Pyrrhus fit alors charger les légions par sa cavalerie thessalienne; et, dès cet instant, ce ne fut plus que terreur et tumulte dans l’armée du consul. Tel est le récit à peu près unanime des historiens de l'antiquité, réeit qu’ont adopté les plus judicieux d’entre les modernes !.

Mais Pyrrhus ne fut pas en état de profiter de ce revirement de fortune ; ses troupes avaient autant souffert que celles du consul; ses éléphants l'avaient sauvé d’une défaite qui sans eux eût été inévitable : c'était le seul service qu’ils lui eussent rendu. Il restait maître du champ

Alexandre , roi d'Épire comme lui,-y était également venu pour secourir dé Tarentins contre les Brutiens et les Lucaniens , et il y avait perdu la vie dans une bataille.

1! Dionys. Halicarn., Fragm., hb. xvur. — Plutarch., nains 16,

17.—T. Liv., Epitom., lib. x. — Justin., xvut, 1, 2. — Florus, 1, 18. — Frontin., Stratag., 11, 3, 21; et 1V, 13. — Eutrop., 11, 11. — Aurel. Vict., de Vir. illustrih., xxxv. Les circonstances de

cette bataille, et la supériorité relative des deux ordonnances grecque et romaine, ayant donné lieu à beaucoup de discussions parmi les modernes, j'ai cru devoir en faire le sujet d’un appendice que,

pour ne pas interrompre le fil de ma narration, J'ai renvoyé à la fin de cet ouvrage.

de bataille , mais il y avait perdu ses meilleurs officiers, et environ 13,009 hommes, ce qui faisait la moitié de son armée. Îl eut donc raison de répondre à ceux qui vinrent le féliciter de sa victoire : Hélas ! encore une pareïlle , et je pourrais bier m'en retourner tout seul !

Le consul, dont l’armée était plus nombreuse, fit aussi de plus grandes pertes : elles s'élevèrent, selon Denys d'Halicarnasse, à 15,000 morts, auxquels il faudrait ajouter, suivant d’autres auteurs, 2,000 prisonniers et 22 enseignes militaires.

Quant au nombre d’éléphants que Pyrrhus fit agir dans cette bataille, on ne saurait le déterminer que par conjecture. Nous avons vu qu'il en avait à sa disposition une soixantaine; mais Plutarque nous apprend qu'il n’en embarqua d’abord que 26; on peut donc supposer qu’il n’en eut pas davantage à la journée d'Héraclée, événement qui suivit de près son débarquement. Cette supposition se trouve d'accord avec Île récit de Florus, suivant lequel le nombre des éléphants que Îles Romains eurent à combattre n’était point aussi considérable qu’ils le craignaient avant la bataille !. On savait donc dans le camp du consul de combien d’éléphants Pyrrhus pouvait disposer, mais on ignorait qu’il n’en eût amené qu'une partie en Italie.

Ce qui prouve que ces animaux étaient totalement inconnus aux soldats de Lævinus , c’est qu’ils les prirent pour des bœufs d’une taille démesurée , et que, dans cette erreur, ils leur donnèrent le nom de boves lucas ?. Mais, bien qu'ils eussent été surpris et déconcertés par un genre d'attaque dont ils n’avaient point l’expérience,

! «Quum ignotas sibi belluas amplius quam erant suspicaren- «tur.» (Florus , 1, 18.) 2 Voyez la note D à la fin du volume.

ils ne craignirent point de se mesurer de nouveau avec ces redoutables quadrupèdes, et ils firent voir bientôt que, si le vrai courage peut être quelquefois ébranlé, il finit cependant toujours par triompher.

Les éléphants de Pyrrhus furent probablement les seuls de race asiatique qui figurèrent dans les guerres d'Italie; car ceux qui y furent conduits plus tard par les Carthaginois appartenaient à l'espèce africaine. Nous avons vu que ceux du roi d'Épire provenaient de Ptolémée Céraunus et de Démétrius. Ceux-ci tenaient les leurs de Séleucus et d’Antigone, qui les avaient pris au dépôt laissé par Alexandre , ou parmi ceux qu'Eudème avait amenés à Eumène, ou que Sandrocottus avait donnés au roi de Syrie. Ainsi, avant d'arriver à Pyrrhus, ces animaux avaient passé par les mains des différents chefs macédoniens qui s'étaient disputé la succession d'Alexandre, et pris part au plus grand nombre des combats qui avaient été livrés depuis la mort de ce conquérant.

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