DES ÉLÉPHANTS. — LIV. 1, CHAP. IX. 165 BATAILLE DU MACAR
Ainsi que nous l'avons déjà dit, Carthage était bâtie sur une presqu’ile, et séparée du continent par une chaîne de collines. Au delà coulait ur fleuve large et profond, le Macar !, qui allait se perdre dans la mer, à peu de distance d’Utique. Les rebelles, retranchés dans les passages des collines, ne laissaient à Amilcar aucune possibilité de sortir de ce côté: mais, quand même il aurait pu forcer les défilés, il se serait trouvé arrêté par le courant du Macar; car Spendius gardait avec 10,000 hommes le seul pont qu'il y eût sur ce fleuve, et 1l avait entouré son camp d’un haut parapet en maçonnerie. Un autre corps de 15,000 rebelles continuait en même temps le siége d'Utique.
Ces difficultés, devant lesquelles se serait arrêté un esprit ordinaire, ne servirent qu'à donner au génie du général carthaginois l’occasion de se déployer. Il avait remarqué que le vent de mer, toutes les fois qu’il soufflait, amoncelait des sables à l'embouchure du Macar. et y formait un banc sur lequel on pouvait se hasarder à passer : il se tint donc prêt, et lorsque ce phénomène se renouvela, il longea la côte pendant la nuit et traversa le fleuve avec ses troupes et 70 éléphants. Son armée était déjà en pleine marche sur la gauche de la ri-
1 Rien n’est aussi embarrassant pour l'historien que les différences que présentent les noms géographiques chez les Grecs et chez les Latins. Tite-Live donne à ce fleuve le nom de Bagradas ; dans les manuscrits de Polybe on le trouve nommé Æacara et Macaros ; Suidas le nomme Bucaras. C’est la rivière appelée aujourd’hui Mejerda où Medjerdah. Nous lui conserverons le nom de Macar, pour nous conformer aux auteurs que nous suivons dans cette partie de notre travail.
vière, et menaçait également le camp de Spendius et celui d'Utique, lorsque les rebelles eurent connaissance de son mouvement. Ils se hâtèrent de concentrer leurs forces, et firent tant de diligence, que les deux corps avaient fait leur jonction avant qu'Amilcar eût eu le temps de les attaquer.
Ce général avait formé sa petite armée sur trois liones pour marcher avec plus de vitesse. Dans la première, il avait mis ses éléphants: la seconde était composée des troupes légères et de la cavalerie; la phalange formait la troisième. Nous avons dit qu'il n'avait en tout que 10,000 hommes; son front ne pouvait donc être bien étendu. Les rebelles, le voyant ainsi venir à eux au milieu d’une plaine ouverte, conçurent l'espoir de l'envelopper, car leur armée était plus que triple de la sienne. Ils se déployèrent donc sur une seule ligne, qui débordait de beaucoup les flancs des Carthaginois. Amilcar avait deviné leur projet; il ne s’en inquiéta point, et les laissa s'étendre autant qu'ils voulurent. Impatients d’en venir aux mains, ils hâtèrent leur marche; mais une armée dont le front était aussi étendu et qui s’avançait avec précipitation ne pouvait pas conserver d’alignement : il y eut donc du flottement, 1l se forma des vides dans leurs phalanges, et ils étaient à peu près en désordre lorsqu'ils arrivèrent en face de l'ennemi.
était là ce qu’Amilcar avait prévu. Il changea alors, par une évolution aussi simple que rapide, l’ordre de bataille qu'il avait conservé jusque-là. Son armée s’arrêta tout à coup; il fit faire demi-tour à ses trois lignes à la fois, ordonna à la phalange de rompre par sections {c’est-à-dire probablement par doubles syntagmes de 32 hommes de front), fit passer ses éléphants, ses troupes légères et sa cavalerie par les intervalles des sections. et leur ordonna de se porter sur les flancs, à droite et à
gauche. Enfin, lorsque ce passage eut été effectué, il rétablit sa phalange face en tête, et forma son nouvel ordre de bataille sur une seule ligne, dont l'infanterie occupait le centre, la cavalerie et les éléphants les deux ailes.
Lorsque les mercenaires virent le premier de ces mouvements, ils crurent que les Carthaginois, saisis de crainte, allaient se mettre en retraite. et ils s’élancèrent à la course pour les poursuivre, ce qui acheva de mettre la confusion dans leurs rangs. Les éléphants et la cavalerie d’Amilcar sortirent alors par les flancs, vinrent prendre leur place de bataille, et n'eurent aucune peine à pénétrer dans les masses des rebelles, qui avaient perdu toute consistance. La phalange, tombant en même temps avec résolution sur les corps qui cherchaient à se rallier, les renversa les uns sur les autres: le désordre fut bientôt au comble ; les mercenaires n’obéirent plus qu’à la frayeur, et il ne fut plus possible à leurs chefs de se faire écouter. Le succès d’Amilcar fut aussi complet qu’il pouvait le désirer : 6,000 ennemis furent taillés en pièces par la cavalerie, ou écrasés par les éléphants ; 2,000 tombèrent en son pouvoir: les autres se sauvèrent comme ils purent, soit dans le camp près d’Utique, soit dans celui des bords du Macar.
Polybe rend compte d’une seconde victoire remportée peu de temps après par Amilcar, et à laquelle les éléphants eurent également la principale part. Cependant, malgré ces avantages, il lui fallut encore du temps pour achever sa tâche; car les insurgés, qui lui étaient de beaucoup supérieurs en force, pouvaient agir en même temps sur différents points, tandis que son armée, trop faible pour être partagée, ne pouvait le plus souvent rien tenter au delà de la portée de son camp. Îl prit done
le sage parti de temporiser et d’épier les mouvements de ses adversaires, afin de profiter de leurs fautes. En effet, 11 manœuvra avec tant d’'habileté, qu'il parvint à les engager dans les gorges des montagnes, et 1l y les tint si bien bloqués qu’il leur fut impossible d’en sortir sans s'exposer à être exterminés. Ce fut alors que, manquant de vivres, ils prirent l’affreux parti de se dévorer entre eux ; mais cette position ne tarda pas à devenir tout à fait intolérable , et ils se décidèrent à tenter une sortie désespérée, pour vendre du moins chèrement leur vie. Amilcar, qui s’y attendait, les enveloppa, lança sur eux ses éléphants, et les extermina en masse. On dit qu'il en resta 40,000 sur la place, ce qui ne doit pas nous étonner, car ils n'avaient nul refuge, et les Carthaginois étaient pressés d’en finir avec eux. Telle fut la fin de cette guerre désastreuse qui avait duré plus de trois ans, et dans laquelle les éléphants furent toujours d’un grand secours aux Carthaginois, soit pour décider la victoire, soit pour en compléter les résultats !.
1 Polyb.. Æist., 1, 65, 70,75, 88. — Diodor. Sicul., Fragm., Hb. xxv. — Corn. Nep., Hamilcar. — Guischardt, Mémoires militaires, chap. 3.
RAR VAS VALLE VER VAS LUS LIEVALLLLS VULVAVELEVRR LUS VUS LEUR R LOL VERS LAS VAR LUI VIEN LAEULVLLLSLLLARR